Georges Bernanos : un écrivain du libre par Yves Goulm

Georges Bernanos : un écrivain du libre

par Yves Goulm, écrivain-conférencier

Auteur controversé de son vivant, scruteur de la condition humaine, polémiste clairvoyant lors de la montée du fascisme en Europe (sacrifier la liberté à la sécurité, c’est à terme perdre les deux), il verra son étoile pâlir bien vite après la Libération, à l’inverse de celle d’un Camus ou d’un Sartre

_Georges-Bernanos_4245Né à Paris en 1888, Georges Bernanos passe sa jeunesse en Artois. Cette région du Nord marquera profondément son enfance et son adolescence, et constituera le décor de la plupart de ses romans.
Son père, Émile Bernanos, est un tapissier décorateur ; sa mère est issue d’une famille de paysans . Il gardera de son éducation une foi catholique et des convictions monarchistes.

Fidèle à ces dernières, il milite très jeune dans les rangs de l’Action française en participant aux activités des Camelots du roi .Remarqué par Léon Daudet, celui-ci le nomme à la direction du journal L’Avant-garde de Normandie .
Réformé, il décide en 1914 tout de même de participer à la guerre en se portant volontaire ; il sera plusieurs fois blessé. Après la guerre, il cesse de militer, rompant avec l’Action française, puis s’en rapproche lors de la condamnation romaine de 1926
Ayant épousé en 1917 Jeanne Talbert d’Arc (1893-1960), il mène alors une vie matérielle difficile et instable (il travaillera dans la compagnie d’assurances de son beau-père) dans laquelle il entraîne sa famille de six enfants et son épouse à la santé fragile.
Après le succès de Sous le soleil de Satan , Bernanos pourra se consacrer entièrement à la littérature. En moins de vingt ans, il écrit l’essentiel de son œuvre romanesque traversée par :
-l ‘enfance
-la mort
-la quête du salut

-le combat entre le Bien et le Mal

Sous le soleil de Satan

sous le soleil de satanPublié en 1926 aux éditions Plon, éreinté par la critique ,ce premier roman est un succès public(100 000 exemplaires vendus lors de l’année de parution). André Gide place Bernanos dans la lignée de Barbey d’Aurevilly, mais « en diablement mieux ! » ajoute Malraux
Sous le soleil de Satan présente l’ensemble des personnages et situations de l’œuvre de Bernanos . Autour du personnage central de l’abbé Donissan, jeune prêtre tourmenté par l’impiété de sa paroisse et par le sentiment de son incompétence, une galerie de personnages brûlés par la souffrance et le mal.
Mouchette, jeune fille broyée par le mal et devenue, après une rencontre de l’abbé Donissan avec le diable une nuit sur un chemin creux des monts d’Artois, la sœur que Dieu lui donne, est une des figures marquantes de son œuvre romanesque

L’adaptation cinématographique du roman vaudra à Maurice Pialat la Palme d’or au Festival de Cannes 1987.
Ce roman est suivi de L’Imposture en 1927 et de sa suite La Joie, qui reçoit le prix Fémina en 1929.

La Grande Peur des bien-pensants

la grande peur des bien pensants_Publié en 1931, ce livre polémique, est un violent réquisitoire contre la 3ème République, la bourgeoisie bien-pensante et les puissances d’argent. Bernanos rend hommage aussi à Drumont (fidélité en amitié) avec lequel il partage sa détestation de la bourgeoisie mais aussi l’association des juifs à la finance, aux banques, au pouvoir de motoGeorges-Bernanos_3451l’argent sur celui du peuple.
Bernanos y fustige aussi un patriotisme dévoyé qui humilie l’ennemi allemand dans la défaite au lieu de le respecter, en trahissant ainsi l’honneur de ceux qui ont combattu et en hypothéquant l’avenir.

En 1932, sa collaboration au Figaro, entraîne une violente polémique avec l’Action française et sa rupture publique définitive avec Charles Maurras.

Après un séjour pour le pays basque, Bernanos s’installe à Majorque en 1934, et ce en partie pour des raisons financières.

un crime_Il publie en 1934 « Un crime ». Roman policier. Drôle d’histoire : une jeune femme qui assassine un prêtre et prend son habit. Ainsi froquée, elle parvient à donner le change.

Journal d’un curé de campagne

journal d'un curé de campagnePublié en 1936, il sera couronné par le Grand prix du roman de l’Académie française, puis adapté au cinéma sous le même titre par Robert Bresson (1950).
Le roman décrit l’existence discrète d’un jeune prêtre dans une petite paroisse de l’Artois , son désespoir devant le manque de foi dans la population du village. Il se sait faible, inférieur,mais croit vivement que la grâce de Dieu passe par son sacerdoce: « Tout est grâce ! »
Ce roman, baigné par « l’extraordinaire dans l’ordinaire », est l’un de ses plus célèbres

Les Grands Cimetières sous la lune

cimetières sous la luneAyant dans un premier temps été très proche sur le plan politique de la Droite espagnole, ayant vu de ses yeux les exactions commises par les troupes nationalistes, Bernanos rédige Les Grands Cimetières sous la lune, un violent pamphlet anti-franquiste qui aura en France un grand retentissement lors de sa publication en 1938.
« Les autres camions amenaient le bétail. Les malheureux descendaient ayant à leur droite le mur expiatoire criblé de sang, et à leur gauche les cadavres flamboyants. L’ignoble évêque de Majorque laisse faire tout ça. »

Ce livre lui vaudra l’hostilité d’une grande partie de la droite nationaliste, en particulier de son ancienne famille politique, l’Action française.
Il quitte l’Espagne en mars 1937, sa tête ayant été mise à prix par le Caudillo. La honte que lui inspire la faiblesse des politiques français face à l’Allemagne hitlérienne le conduit  à s’exiler en Amérique du Sud. Réalisant un rêve d’enfance, il se rend au Paraguay. Echec de sa tentative de devenir propriétaire fermier.Il part pour Rio de Janeiro buenos airesGeorges-Bernanos_7141au Brésil en août 1938. Enthousiasmé par ce pays, il s’y installe en août 1940 à Barbacena, dans une petite maison au flanc d’une colline« Cruz das almas », Il y reçoit entre autres l’écrivain autrichien Stefan Zweig peu avant le suicide de ce dernier
Après la défaite de 1940, il se rallie à l’appel lancé par de Gaulle et décide de soutenir l’action de la France libre dans de nombreux articles de presse où il met cette fois son talent de polémiste au service de la Résistance. Il qualifie Pétain de « vieux traître » et sa révolution nationale de « révolution des ratés ».
A La Libération ,de Gaulle, qui l’a invité à revenir en France (« Votre place est parmi nous »), veut lui donner une place dans son entourage. Il déclinera cette offre. De Gaulle confiera plus tard, à son propos : « Celui-là, je ne suis jamais parvenu à l’attacher à mon char… » .

Lors de son retour en France, Bernanos est, en fait, écœuré par l’épuration et l’opportunisme qui prévaut dans son pays. Il voyage en Europe pour y faire une la france contre les robotssérie de conférences, dans lesquelles il alerte ses auditeurs et ses lecteurs, sur les dangers du monde de l’après-Yalta, de l’inconséquence de l’homme face aux progrès techniques effrénés qu’il ne pourra maîtriser, et des perversions du capitalisme industriel (cf La Liberté pour quoi faire ? et La France contre les robots, 1947).

 

Monsieur OUINE ( publication française 1946)

Bernanos s’attaque de nouveau aux figures du mal et à la déchéance de l’humanité sans Dieu
Il dépeint à plat un village possédé par le Mal. Dans cette œuvre ,le point de vue surnaturel disparaît, le versant de la sainteté est gommé. Ainsi le lecteur est-il entraîné vers les terres froides du désespoir dans une lente descente vers l’inanité et l’enfermement infernal.
Monsieur Ouine devient une espèce de récit contemplatif glacial sur le vide terrifiant de la civilisation moderne.

 

Dialogues des Carmélites

Invité pour une série de conférences, Bernanos part pour la Tunisie en 1947 et s’y installe, fuyant l’atmosphère pesante qui régnait en France dans l’après-guerre. Il y rédige un scénario cinématographique inspiré de l’histoire véridique des carmélites de dialogues des carmélites_Compiègne guillotinées à Paris en 1794, . Bernanos y traite de la question de la Grâce, de la peur, du martyre.Le scenario   après réécriture deviendra œuvre théâtrale.
Bien plus qu’un scénario, Dialogues des carmélites, publié de façon posthume en 1949,est considéré comme son testament spirituel.

 

Georges Bernanos s’éteint, en 1948, à l’Hôpital américain de Neuilly,

Ce démolisseur d’impostures pour reprendre ses propres termes, cet intellectuel de combat,ce polémiste, ce visionnaire,ce réveilleur de conscience, cet ardent défenseur de la liberté de l’homme contre toutes les dictatures , fasciste, communiste, techniciste, religieuse . cet écrivain d’une puissance hors du commun n’aura jamais aliéné sa liberté .A découvrir donc.

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Crimes et chocolat par Chantal Pommier

le 09 avril 2015 à Langolvas

Crimes et chocolat

Quoi de plus sensuel, de plus festif que de siroter un chocolat mousseux ou de déguster une bouchée pralinée ? Qui soupçonnerait alors que le « nectar des dieux » pourrait sceller un pacte avec la mort ?
A la fin du Moyen Age, le port d’armes était interdit aux femmes, aux ecclésiastiques et aux gens de rien qui avaient alors fréquemment recours au poison pour se débarrasser de manière définitive des importuns.Le chocolat empoisonné pouvait paraître une arme idéale

1 le chocolat et les européens

 

Hernan Cortès découvre le breuvage chocolaté en 1519. Il est le premier à en rapporter en 1528 , à ses maîtres d’Espagne  . Dès le 17 ème siècle, le chocolat devient une boisson très appréciée de l’aristocratie et du clergé espagnol. Son commerce s’étend alors aux autres colonies espagnoles comme les Pays Bas.
L’arrivée du chocolat en France a commencé avec l’exil des juifs d’Espagne et du Portugal qui fuyaient l’Inquisition et qui sont venus se réfugier en transportant le chocolat dans leurs valises . De nombreux marranes s’installent notamment à Bayonne après 1609 ; ils sont à l’origine de l’introduction du chocolat en France.

2 les crimes associés au chocolat

Les annales judiciaires toutefois ne regorgent pas de procès retentissants alliant crime et chocolat
Don Bernard de Salazar, évêque mexicain, en 1630, aurait été empoisonné  par un verre de chocolat suite à la menace d’excommunication de toutes celles qui se gavaient de la boisson lors des offices religieux.
Antoine-François Desrue, épicier parisien qui, au lieu de payer une dette auprès de Mme de Lamotte l’empoisonna avec du chocolat, fit de même avec le fils mais échoua avec le père.
En 1774, le pape Clément XIV aurait été empoisonné avec du chocolat selon la lettre d’un diplomate. Doute sur la tentative d’empoisonnement sur Frédéric II

Une dernière affaire en  2008 : celle de la bouchée Mon chéri posée, avec un petit mot doux, sur le pare-brise d’un maire d’une petite ville touristique autrichienne, qui la mange imprudemment. La liqueur était lestée de sept-cent milligrammes de strychnine ! Le maire s’en sort mais dans quel état ! L’empoisonneur dont le geste s’expliquait par un refus de permis de construire a quant à lui tout le restant de ses jours pour méditer sur les bienfaits du chocolat, et ceci derrière les barreaux…
D’autre part, les « crimes par chocolat » inspirèrent aussi écrivains et cinéastes (Sade, Agatha Christie, Chabrol….) qui les mirent en scène dans leurs œuvres.
Dans « Chocolat » publié en 1921, destiné avant tout à l’édification politique et morale, mêlant intrigue policière et morale ,Alexandre Tarassov-Rodionov est allé trop loin en dévoilant certains tabous : les rouages du système policier qui se mettait en place et la misère du peuple.
Cette description conduisit son auteur au peloton d’exécution en 1938 .
Le chocolat peut également détruire indirectement, insidieusement, faire mourir à petit feu les enfants dans les champs de cacaoyers ( conditions de travail ) ou éliminer ceux qui s’intéressent de trop près à la « filière cacao ».

Professeur de lettres, comédienne, Chantal Pommier a d’abord écrit pour le théâtre et ensuite étudié les similitudes entre George Sand et Colette.

Simone de Beauvoir

Le 27 novembre à Langolvas :

Simone de Beauvoir (1908 – 1986) ou l’expérience de la liberté

Par Olivier Macaux , conférencier littéraire.

Simone de Beauvoir« On ne naît pas femme, on le devient »,

 

« Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres. »

 

 

 

 

1- Sa biographie

de beauvoir sisterFigure marquante du paysage intellectuel de 1945 à 1970, Simone de Beauvoir est une philosophe, une romancière et essayiste française . Elle a partagé la vie de Sartre. Simone de Beauvoir est considérée comme une théoricienne importante du féminisme avec son livre majeur «Le deuxième sexe ».
Issue d’une famille bourgeoise, Simone de Beauvoir se distingue dès son plus jeune âge par ses capacités intellectuelles. Après la 1ère guerre mondiale, une banqueroute plonge sa famille dans le déshonneur et la déconfiture. Son père, éphémère avocat espérait vivre de l’argent de son épouse. Celle-ci se sentira coupable toute sa vie de la fortune engloutie. Simone souffre de cette situation et voit se dégrader les relations entre ses parents. Son enfance est marquée par le fait d’être une femme : son père attendait un fils,qui ne pouvait être que polytechnicien…( cf : Mémoires d’une fille rangée)
MEME YOUNG WODotée d’  « un cerveau d’homme » selon son père, à quinze ans, elle décide de devenir une écrivain célèbre.
A la fac. de lettres de Paris, où elle a obtenu une licence ès lettres en 1928, elle fait la connaissance de jeunes intellectuels en herbe , dont Sartre. Une relation mythique se noue entre eux que seule la mort viendra rompre. Elle sera son « amour nécessaire », tous deux connaîtront des « amours contingentes ». En 1929, elle est reçue deuxième à l’Agrégation, derrière Sartre.
La mort de « Zaza » , sa meilleure amie depuis l’enfance, dévorée par une passion amoureuse mal partagée, la plonge dans une souffrance extrême. De plus, Simone, élevée par une mère pieuse, a perdu la foi dès ses 14 ans , ce qui dégrade les relations avec sa mère.
Après l’agreg. Simone, ou plutôt Castor surnom donné par Maheu et repris par Sartre, est nommée à Marseille comme professeur de philosophie (« Les Castors vont en bande et ils ont l’esprit constructeur »). Sartre est nommé au Havre en 1931. Pour éviter la séparation, Sartre lui propose le mariage : rejet. Dans la Force de l’âge, elle écrit : «  je dois dire que pas un instant je ne fus tentée de donner suite à sa suggestion. Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales… » . L’année suivante, elle se rapproche de Sartre en décrochant un poste à Rouen. Bisexuelle, elle entretient des relations amoureuses avec certaines de ses élèves ainsi qu’avec un élève de Sartre…

Peu avant la 2nde Guerre Mondiale, le couple est muté à Paris. Elle enseigne dans un lycée , d’où elle est exclue pour une liaison avec l’une desartre ses élèves. Suspendue de l ‘Education Nationale suite à une plainte pour « excitation de mineure à la débauche », elle met un terme définitif à sa carrière d’enseignante, bien que réintégrée dans l’E.N. À la libération. Pendant l’Occupation,elle travaille à Radio Vichy, tout en lançant avec Sartre un mouvement de résistance éphémère et inefficace.

A la Libération , avec une pléiade d’intellectuels de 1er plan ( Sartre, Leiris, Merleau-Ponty, Aron ,Paulhan …), pour promouvoir l’existentialisme, elle crée la revue Les Temps Modernes. Elle poursuit parallèlement son oeuvre littéraire personnelle en plaidant pour l’existentialisme, mais aussi en parlant de son engagement pour le communisme et de son athéisme. Le succès de ses oeuvres lui donne une indépendance financière qui lui permet de se consacrer entièrement à son métier d’écrivain et de voyager à Cuba en Russie et aux USA où elle engage une relation passionnée avec l’écrivain Nelson Algren.

les mandarins_En 1954, le Prix Goncourt lui est attribué pour « les Mandarins » qui évoque les états d’âme des intellectuels de gauche de l’après Guerre, le désenchantement du monde et le désarroi de l’époque ,qui analyse le sens de l’engagement politique et où transparaît les difficultés d’aimer de l’auteur. Algren met un terme à sa relation avec Simone, celle-ci ne voulant pas
rompre avec Sartre.

En 1958, elle entame sa biographie , description de son milieu bourgeois d’origine rempli de préjugés et de traditions avilissantes de ses efforts pour en sortir malgré sa condition de femme.

En 1964, dans Une mort très douce, elle décrit la mort de sa mère en évoquant dans de poignantes lignes l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie.
Aux cotés de G. Halimi et de E. Badinter, elle s’engage dans le combat pour le droit à l’avortement. Elle rédige de manifeste des 343 , publié en 1971 .Elle cofonde le Mouvement Choisir dont l’objectif est d’aboutir à la légalisation de l’avortement (IVG).

En 1980, à la mort de Sartre, elle sort « La cérémonie des Adieux » décrivant les dernières années de son compagnon avec des détails qui choqueront plus d’un.

2- Son engagement

a) le corpus doctrinal
L’existentialisme met l’accent sur l’existence, opposée à l’essence qui est illusoire ; « l ‘Existence précède l’Essence » a écrit Sartre qui, prêtant à la conscience une glorieuse indépendance, accordait tout son poids à la réalité , lui qui avait beaucoup emprunté à la phénoménologie de Husserl. Cette phénoménologie, par un retour au concret, entendait « dépasser l’opposition de l’idéalisme et du réalisme,affirmer à la fois la souveraineté de la conscience, et la présence au monde, tel qu’il se donne à vous »(cf La force de l’âge).
Pour Sartre, il n’y a pas de nature humaine préexistante : l’homme est l’avenir de l’homme, l’homme est ce qu’il fait.
L’homme est donc responsable : il est « condamné à être libre », et ce non dans l’abstrait mais en situation. L’homme a prise sur le réel par l’action. Nos actes seuls nous jugent , et ils sont irréversibles ; « mauvaise foi » que d’invoquer de bonnes intentions ou l’idée que l’on se fait de soi.
L’existentialisme tend vers l’action. Pourtant, l’angoisse étreint l’homme au moment de l’engagement : sur quoi fonder son choix ? Cette philosophie rejette les valeurs consacrées, le bien et le mal considérés comme des absolus.( cf : les mouches)
La valeur de référence sera donc « projet », appel ; la liberté se prendra « elle-même comme valeur en tant que source de toute valeur ».
Une doctrine qui affirme le primat absolu de l’action n’a-t-elle pas ceci de redoutable que de presser l’homme à s’engager sans lui dire en quoi, pourquoi ?

b) l’engagement par la littérature les 3 essais philosophiques

b1 – les 2 premiers essais
Avocate de l’existentialisme, elle développe des thèmes existentialistes dans des essais philosophiques tels que Pyrrhus et Cinéas en 1944 suivi de Pour une morale de l’ambiguïté en 1947.

b2 – le deuxième sexe : « on ne nait pas femme, on le devient »
le deuxieme sexe_Se distinguant de Sartre pour qui l’existence est injustifiable, Simone de Beauvoir justifie l’existence humaine à travers un combat moral  : ce sera son combat pour l’émancipation de la femme. En 1949, elle consacre une volumineuse étude sur la condition de la femme : le deuxième sexe. L’ « éternel féminin » n’existe pas , pas plus que de « nature humaine ». Les traits distinctifs de la psychologie féminine ont été façonnés par un long asservissement ( infantilisation et dévouement) et ne sont pas dus à des différences originelles et immuables,( les différences physiologiques ne sont pas contestées)
Le système de domination de l’homme sur la femme est analysé :
•    tout au long l’histoire et ce depuis l’Antiquité.
•    à travers les mythes que l’homme a forgé;
•    dans des situations concrètes.
Exemples de mythes :
Adam et Eve : l’inégalité est criante dès le départ : Et Dieu créa le premier homme, Adam, puis … créa Eve, sortie du flanc d’Adam. De surcroît Eve , en mangeant le fruit défendu, chasse le genre humain du jardin de Dieu…
Ce récit attribue à la femme un rôle second , « catastrophique » , porteur d’un sentiment d’infériorité et de culpabilité.
La genèse 3 : 6 = IL dit à la femme: J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.
Elle remet en cause le mariage , la maternité, la figure de la mère, elle revendique le droit pour les femmes de vivre dans l’angoisse et le risque de la liberté, le respect de la liberté individuelle dans le couple .
L’émancipation de la femme viendra :
•    du droit au travail pour la femme
•    le droit pour la femme de disposer de son corps
•    d’une éducation sans discrimination
Ce livre est diversement accueilli lors de sa parution ( mis à l’index par le Vatican) mais aura une forte influence sur  les futurs mouvements féministes, inexistants au sortir de la guerre.
Le grand Mauriac commet cette phrase d’une élégance rare dans une lettre aux Temps Modernes : « à présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne »

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d) Son combat féministe dans les années 1970
( voir supra)
Elle a par ailleurs fortement influencé les théoriciennes féministes comme Kate Millet qui publiera une thèse Sexual Politics (La Politique du mâle) analysant le pouvoir patriarcal à travers la littérature occidentale .
Son combat pour l’émancipation de la femme autour du concept de liberté aura pesé et pèse encore sur l’évolution de notre société ( législation IVG ….).