Les lectures d’Annette de février 2017

Titus n’aimait pas Bérénice

 

de Nathalie Azoulai

 

Titus quitte Bérénice. Horrible chagrin. Il faut qu’elle trouve le moyen de survivre. Elle se plonge dans les alexandrins de Raine qui est  » le supermarché du chagrin d’amour ». Bérénice veut le comprendre : elle décide de commencer par le commencement. Et voici la vie de Racine décrite par le narrateur. Il vit sous nos yeux : ses pensées, ses sentiments, son évolution, ses états d’âme nous sont contés. P 206 :Racine « déteste le temps parce qu’il use l’amour et le chagrin d’amour ».

Et le temps dans ce livre tient une grande place, même si parfois, et ce fut mon cas, il est difficile de s’y retrouver.

Cette lecture : une véritable délectation

les lectures d’Annette de Décembre 2016

Soudain j’ai entendu la voix de l’eau

 

de Hawakami Hironi
Ce livre aborde un sujet rare, du moins au cours de mes lectures. L’amour entre frère et sœur. Il est ici en dehors de toute diabolisation. J’aurais envie d’écrire : il coule de source, il est assumé.
Ils le vivent dans une sorte d’accomplissement, avec intensité, constance, bonheur. Le regard des autres ne semble pas les affecter profondément, même s’ils ont conscience de le subir.
L’attentat au gaz sarin a beaucoup marqué les personnages, bien qu’ils n’en aient pas été victimes directement.
Importance de la mère, du temps qui s’écoule. Nous passons constamment du présent à l’évocation des souvenirs.
Amour synonyme de profondeur et de secrets, d’incertitudes.
Discrétion, subtilité, beauté me semblent des mots clefs pour définir ce livre.

Stevenson et Sylvain Tesson

L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde de Stevenson

 

jekyllTrès court : 86 pages

Je ne l’avais pas encore lu; petit voyage dans le fantastique.

Le départ : un cauchemar de Stevenson.

Et le cauchemar revisité nous tient en haleine durant 86 pages. Construction, écriture parfaites sont bien sûr de mise. Il m’est difficile d’en dire plus sans le déflorer.

Si ces pages manquent à votre culture, réparez-vite cette erreur : il ne vous an coûtera que quelques heure et vous comprendrez son succès.

 

 

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

 

sur-les-chemins-noirsRécit à la 1ère personne. L’auteur nous fait participer à son voyage à travers la France. Le but de son périple : convalescence du corps après une chute de 8 mètres. Voyage pédestre. Pour lui, ce n’est pas le 1er, mais après avoir parcouru le monde, il parcours la France. Voyage tranquille mais pas sans douleurs.

Livre à lire quand se manifeste le besoin de se reposer de fatigues physiques ou psychologiques. On y prend un tel plaisir tant l’écriture est admirable. Extrait : « C’étaient les pleines vendanges, la terre suait sa folie. Les vignes rendraient bientôt en gaieté ce qu’elles avaient raflé en lumièreIl demeurait des chemins noirs (qui permettent d’éviter le goudron). De quoi se plaindre. »

Le son du silence

Le son du silence

de H.J. Lim

le-son-du-silenceUne enfance, une adolescence et l’orée de l’âge adulte résumées en un seul mot : le piano.

Elle ne pense, ne vit que pour son art. Douleurs, difficultés pour arriver au bonheur…En fin, un bonheur d’artiste. Elle arrive toujours à force de volonté, de courage. Elle refuse la facilité, le bien-être , antinomiques avec son art. Sa mère l’aide, la soutient indéfectiblement, même lorsque la distance s’interpose entre elles.

Beau livre. Merci à celle qui me l’a fait découvrir.

Pourquoi j’ai mangé mon père

Pourquoi j’ai mangé mon père

de Roy Lewis

pourquoi-jai-lange-mon-pere_Pendant le pléistocène(- 1 millions d’années avant J-C), Edouard, le père, le génial inventeur qui entre autres donne le feu à la famille : autoritaire et social
L’oncle Vania  est contre le progrès : il se réfugie toujours dans les arbres et est très remonté contre son frère Edouard.
Ernest, le fils est le narrateur. Il a 4 frères : Alexandre, Tobie, Oswald et le petit dernier William.
Les femmes : Mathilde, la mère, les filles , les tantes et Griselda, l’épouse d’Ernest.
Le livre joue sur l’anachronisme entre l’époque décrite et le langage à la précision scientifique du XXème siècle, ce qui provoque une sensation d’ambiance pleine d’humour.
La lutte de l’homme pour sa survie. Il vit de chasse mais les animaux aussi et l’homme ne sort toujours pas gagnant.
Les merveilleuses découvertes d’Edouard, les progrès qu’elles permettent ne sont pas toujours sans danger, mais il n’en a cure.Les fils sont plus circonspects. Allusion transparente à la puissance nucléaire, au « feu atomique  » qui a détruit Hiroshima, comme le précise Vercors dans sa préface.
Si le livre est drôle, il est néanmoins très documenté sur l’homme et ses origines. La postface  le présente comme un récit à trois dimensions :
– celle d’un roman d’aventures quasi picaresque
– celle d’un exposé documentaire
– celle d’une parabole en forme de fable allégorique.

Sa lecture est un vrai bonheur que vous avez peut-être déjà vécu(traduction française en 1990)

Je suis fatigué

Je suis fatigué

de Dany Laferrière (membre de l’Académie française)

je-suis-fatigueCe livre m’a été donné par mon libraire qui fait parie du réseau »Initiales »

Dany Laferrière déclarait, au grand dam de ses lecteurs, qu’il était fatigué et arrêtait du coup d’écrire des romans,
Sa vie par thèmes. Il est haïtien et s’est trouvé obligé de fuir après l’assassinat de son meilleur ami par les « tontons macoutes » de Papa Doc Duvalier, puis de son fils.
Port-au-prince, Montréal (New York), Miami. Ses galères, ses réussites. Dany en liberté, Dany en gloire.

J’ai aimé. Bien écrit. Plein d’humour. Une sorte d’autobiographie.

Bel Air de Lionel SALAÜN

Bel Air de Lionel SALAÜN

 

bel airUn quartier, un bistrot le Bel Air. Et l’histoire de Franck (ou Jacky) enfant d’un quartier pauvre et digne de banlieue. Il tient à sa liberté dont il ne sait que faire…

Comment s’appelle-t-il ? Franck bien sûr, mais aussi Jacky.

Qui va-t-il construire ? Qui va la construire ?

Son père, un vague souvenir. Sa mère toujours présente assure tout l’aspect matériel, affcetif même ; Elle est cependant incapable de l’aider à se définir un but. Un seul ami qui ne l’est plus. Il erre de travail minable en travail pénible. Son rayon de soleil : Cathy. Son amour partagé mais… La guerre d’Algérie qui pourrait l’anéantir, le tuer. Elle ne le tuera pas, certes mais l’anéantira. Il n’ira pas mais à cause de cette guerre, il perdra, non pas son amour mais elle-même malgré elle.

Quelle tristesse, quelle beauté. Le néant.

Tout dort paisiblement sauf l’amour de Claude PUJADE-RENAUD

Tout dort paisiblement sauf l’amour de Claude PUJADE-RENAUD

tout dort paisiblement_Régine, fiancée de Sören Kierkegaard . Ils s’aiment. Sören rompt les fiançailles. Grand chagrin de Régine, déstabilisation.

Elle comprendra que Kierkegaard a rompu non parce qu’il ne l’aimait plus, bien au contraire, mais parce qu’il se sentait incapable d’assumer une femme, puis une famille.

Régine se marie avec Frédérik. Tous deux liront les œuvres de Kierkegaard. L’auteur donne à découvrir la pensée du philosophe ainsi que sa vie. Régine restera la muse mais on ne se marie pas avec sa muse ?. Emouvant, agréable à lire.

Une certaine ambiance propre à Régine Pujade-Renaud.

L’incolore Tsuruku Tazaki et ses années de pèlerinage d’Haruki MURAKAMI

L’incolore Tsuruku Tazaki et ses années de pèlerinage d’Haruki Murakami

 

l'incolore tsurukiUn groupe de cinq jeunes lycéens très liés par l’amitié, très soudés.

Tsuruku expulsé du groupe sans en comprendre le motif. Il manque mourir de désespoir, arrive tout de même à se relever. Il en sortira transformé.

Bien des années plus tard, il trouve une femme, Sara, qui lui devient indispensable. Il comprend qu’il l’aime vraiment.

Elle lui conseille d’élucider le mystère de son adolescence, du moins d’aller voir ses anciens amis : cela lui pèse tant. Il comprend leur raison, se sent conforté dans son amour pour Sara. Il aimerait la garder mais il n’est pas seul à décider.

J’ai lu ce livre avec passion mais je dois dire que j’apprécie beaucoup cet auteur, que son livre « Kafka sur le rivage » m’avait tant enthousiasmé !

Beau roman d’apprentissage.

L’histoire édifiante et véridique du chat Moune de Philippe RAGUENEAU

L’histoire édifiante et véridique du chat Moune de Philippe RAGUENEAU

Si vous n’aimez pas les chats, s’abstenir.

LE CHAT MOUNEPour autant ne cherchez pas à imiter cette relation un peu particulière car vous devrez abandonner votre chat pendant que vous vous faites dorer au soleil des Baléares ou ailleurs puisque vous ne disposez pas forcément de voisins qui participent avec autant de vigilance.
Après toutes ces recommandations, vous pouvez lire sans retenue. Le livre est léger, les sentiments exprimés avec tant d’humour ne pèsent pas.

Sa majesté « Moune » indépendante et sympathique vous séduira comme elle m’a séduite et l’auteur qui s’amuse de lui-même nous fait passer un joli moment.

Pas pleurer de Lydie SALVAYRE

Pas pleurer de Lydie SALVAYRE

pas pleurer1936 et les années suivantes en Espagne
La guerre d’Espagne
Le récit par trois personnes

le côté droite politique honnête : Georges Bernanos qui a milité à l’Action Française mais qui ne peut plus cautionner les exactions des fascistes avec la bénédiction de l’Eglise.

La mère de la narratrice se rappelle ce que fut pour elle l’été 1936, ses merveilles : la ville (elle qui était campagnarde), la liberté jusque dans l’amour. Puis …les suites : la grossesse, le mariage avec résignation, l’exil. Elle était fille de paysans pauvres, donc côté gauche. Mas de ce côté également , il y avait des excès.
Donc des désespoirs des 2 cotés
La narratrice complète le récit lacunaire de la mère : « deux scènes d’une même histoire, deux expériences… »

Hérétiques de Leonardo PADURA

Hérétiques de Leonardo Padura

hérétiquesLe sujet : un tableau de Rembrandt, de sa création à sa redécouverte.(de 1643 à 2007 en passant par 1939)

Le récit se déroule en grande partie à La Havane. Pour le XVIIè siècle, nous nous retrouvons à Amsterdam.
Le martyre des juifs, à toutes les époques, leurs errances, leurs fuites mais aussi les contraintes qu’ils s’imposaient ou du moins qu’ils imposaient à ceux qui partageaient leur foi.
Les hérétiques sont ceux qui, tout étant juifs, n’en respectaient par obligatoirement toites les lois.
Le livre fint par « Tout ce qui te reste, la seule chose qui en réalité t’appartienT, c’est ta liberté de choix… »
Tout le livre découle de cette liberté de choix. Si tu veux être libre, alors il faut en accepter les conséquences, car, en fait, la liberté est une une longue suite de sacrifices délibérément choisis.
Une très belle fresque de 714 pages.
Surtout ne pas sauter une ligne, ce serait dommage. Bien repérer tous les personnages, cela facilitera la lecture. Votre patience sera récompensée.
L’écriture est très belle. L’histoire aussi même si elle est souvent cruelle. L’amour est présent avec ses beautés. Il faut savoir aimer pour créer les merveilles que j’y ai savourées. Courage, vous avez le temps , ce sont les vacances.
Peut-être pas à la plage mais chez soi, au frais…

Madame Perfecta d’Antonine MAILLET

Madame Perfecta d’Antonine MAILLET

 

madame perfectaLe narrateur conte l’histoire de Perfecta, l’espagnole venue l’aider dix-sept ans durant dans les taches quotidiennes.

Près de deux décennies ne se passent sans qu’une forme d’intimité ne s’instaure.

Ces deux portraits se déclinent avec discrétion, respect réciproques et donc l’affection qui en découle, subrepticement, insensiblement, (insidieusement?).

Madame Perfecta est un livre tout en nuances, en finesse, très riche et bien écrit.

La Chute des Princes de Robert Goolrick

La Chute des Princes

la chute des princes_L’Amérique et l’argent
Ces jeunes traders qui gagnent tant d’argent dans les banques : des princes, oui, mais des princes éphémères. Choisis sur un coup de poker,…puis la chance passe à d’autres.
Parce que l’argent et le travail d’abruti pour le gagner mènent aux fêtes, à la drogue, à l’alcool, au sexe pour décompresser , « Profiter » pour se faire valoir ? Et puis le Sida.
Beaucoup meurent ( suicide parfois) , d’autres se retrouvent d échus par un excès, parce qu’ils dépassent la mesure, ou simplement parce qu’ils ont fait leur temps.
Comment vivent-ils cette déchéance ?
Style sobre, précis , efficace.
La beauté et la force des sentiments trouvent aussi une place, d’autant plus émouvante dans ce monde froid et et cruel de l’argent.

Nuits tranquilles à Belem de Gilles Lapouge

Nuits tranquilles à Belem

Au Brésil, à Belem, un historien voyageur a rendez-vous avec un autre historien à propos d’un géographe : Blaise de Pagan
nuits tranquilels à belem_Surgit un gamin qui lui crie : «  tu es revenu papa, tu es revenu » et il lui saute au cou.
L’historien délaisse son r-d-v et suit l’enfant. Il sera père de cet enfant. Comment il doit tout apprendre de sa nouvelle vie, qui il était, qui il est . Il s’accommode d’ailleurs assez bien de « sa femme » mais ce n’est pas forcément réciproque. Etre un autre dont on ignore tout et cependant rester soi-même par la force des choses. Fiare son trou dans la vie de l’autre jusqu’à devenir l’autre ?
Il y bien des limites ?

Petit Piment d’Alain Mabanckou

Petit Piment

petit pimentUn orphelinat près de Pointe Noire. Aussitôt né, Piment est déposé à la porte de l’orphelinat. Il s’y fait un ami Bonaventure Kolsolo qui, lui, attend que s amère vienne le chercher.
Vie d’un orphelinat avec les élèves dominants qui exercent leur autorité sur les condisciples ; le directeur cruel et caméléon.
Eclate la révolution socialiste qui bouleverse la vie. Le personnel ancien quitte l’établissement et arrivent les nouveaux : le directeur se sent remis en question en haut lieu.
L’enfant Petit Piment s’enfuit avec d’autres mais laisse son ami…
Après bien des vicissitudes, il se trouve une maman, mère maquerelle : maman Fiat 500 et ses dix « filles ». Dix ans de vie heureuse et équilibrée ( mais oui!) pour Petit Piment. Malheureusement, tout a une fin.
Description de la vie africaine, de ses spécificités, domination blanche, misère des enfants, des jeunes.
Le ton n’est pas misérabiliste mais humoristique, le constat lugubre.
L’humour, léger, grinçant ; lucidité, descriptions « en toute naïveté » où la cruauté est mise en évidence

les lectures de mars d’Annette

La carte de Mendelssohn de Diane Meur

la carte des MendelssohnLa base du livre : le grand-père de Félix Mendelssohn, Moses Mendelssohn, le philosophe.

A partir de ce personnage, l’auteur fera des recherches sur toute la famille, les descendants jusqu’à nos jours. Elle arrivera à une généalogie complexe, comptant plus de 200 noms avec les pièces rapportées, les mariages consanguins. Nous participons à ses recherches, ses enthousiasmes, ses lassitudes.Félix et Fanny sortent à peine de la multitude. Un embryon de la carte nous aide. Nous avançons dans le livre en même temps qu’elle. Peut-être?  les amateurs de généalogie y trouveront-ils plus de plaisir que moi.

 

 

2084, la fin du monde de Boualem Sansal

Bien sûr ce titre fait penser à 1984 de George Orwell : l’auteur y compte bien.

L’Abistan, pays au peuple soumis à une religion autoritaire, unique, éternelle. La liberté, mot inconnu des habitants. Le vocabulaire de leur langue, très pauvre, n’incite pas à la pensée autonome ( euphémisme…). Les Abistanais ne 2084 la fin du monde_connaissent ni l’histoire, ni la géographie, ni la science, ni aucune culture.Ils sont confinés dans leur quartier sans pouvoir soupçonner un ailleurs différent. L’ailleurs connu est répréhensible, maudit.

Ati, tuberculeux, a pû connaître autre chose. Il a été guéri, chose rare,et  est revenu parmi les bien portants. Mais il a vu autre chose. De « mauvaises pensées » l’habitent . La description de cet univers clos  ainsi que la vie qui s’y déroule est étouffante, angoissante. La religion, l’obéissance ou la mort. J’ai bien dit la religion et non pas une religion particulièrement. Parodie qui nous parle directement si l’on se réfère aux évènements actuels. Et c’est bien le but de l’auteur.

La liberté, elle n’est pas donnée, elle se conquiert, parfois au prix fort, elle se cultive, elle est un combat de tous les instants.

 

les lectures de Février

Par une nuit obscure , je sortis de ma maison tranquille

de Peter Handke

par une nuit obscureLe pharmacien de Taxham raconte au narrateur son voyage.
Fâché avec son fils qu’il a chassé ? Pour avoir commis un vol, séparé de sa femme mais vivant sous le même toit.
Sa femme est partie pour l’été, alors « par une nuit obscure, je sortis de ma maison tranquille ».Il part en voyage et conte ses péripéties de manière très onirique. Minutie des descriptions. Reflets des états d’âme. Période de mutisme, puis vers la fin, il prend le chemin de retour pour reprendre sa pharmacie, et le métier exercé de père en fils(ou en fille). Un vrai clan de pharmaciens.
Atmosphère lourde, même dans une fête. A mon avis, ce livre se rapproche de ce qui est appelé  «nouveau roman » avec tout ce que cela comporte de « statisme », d’obsession…

Surtout prendre son temps pour livre ce livre sans se fixer sur ce qui peut déranger. Cela fait partie des aléas de la lecture sans donner à cela un aspect négatif. Ne pas lire pour le plaisir de l’action car ce livre a une aspect très statique.

Mais quelle écriture ! Elle m’a donné le plaisir de la lecture.

les lectures de Janvier 2016

« La confrérie des chasseurs de livres »

de Raphaël Jerusalmy

conf chas têtes_Un roman d’espionnage au Moyen-Âge. Personnage principal : François Villon.
Raphaël Jerusalmy imagine la vie du poète après sa disparition. Son compagnon d’infortune, Colin, est à ses côtés.
Quelle truculence ! Quel style !
Beaucoup de descriptions ; elles créent une atmosphère : des geôles de l’Inquisition avec quelques descriptions de tortures ( toujours discrètes pour ne pas heurter nos sensibilités exacerbées d’humains du XXIème siècle) au Palais Royal.
Ce roman nous entraîne jusqu’à Jerusalem, y compris dans ses bas-fonds. Le personnage principal, ai-je dit est François Villon, plutôt le « livre » dans toutes les acceptions du terme, y compris en songeant à la Bible. François est conduit dans des prisons, des caves , des monastères, des déserts, accompagné de religieux de toutes croyances.
Il trouvera Aïcha, sa perle…
Vous ai-je suffisamment alléché ? Partagerez-vous la délectation qui fut la mienne à la lecture de ce livre ?
Humour, beauté de l’écriture, inventivité …et référence à François Villon.

« Sauvez Mozart : journal d’Otto Steiner »

de Raphaël Jerusalmy

(Juillet 1939-août 1940) Malade tuberculeux, O. Steiner séjourne dans un sanatorium. Il mourra des peu de temps.
save moz_C’est la période glorieuse d’A. Hitler, de l’extermination des juifs, etc…
Steiner, un juif ? Un peu, en tous cas très solitaire, politisé.
Un humour glaçant, grinçant parcourt le livre entier, en fait aussi l’intérêt.
Steiner n’aime que la musique. Hitler et ses sbires, des rustres, des assassins. Insupportable(s)..
Sa tentative d’assassinat, qu’il mène à bien, ne réussit pourtant pas : tout est truqué.
Mais il sauve tout de même Mozart.

Conseil :lisez ce livre-ci avant « la confrérie des chasseurs de livres » si vous avez le projet de lire les deux. J’ai fait le contraire et j’ai mis longtemps avant d’apprécier celui-ci à sa juste valeur.

les lectures d’Annette décembre 2015

La brigade du rire de Gérard Mordillat

brigade du rireUn prologue sur la victime : M Ramut bien dans sa peau, bien dans sa réussite.
Puis le livre s’ouvre sur les « bourreaux ». Rencontre pour fêter les 30 ans d’une victoire au Hand-ball de leur équipe du lycée.
Personnages très caractéristiques, ne se prenant pas au sérieux ; en tous cas les déboires n’ont manqué à aucun d’entre eux, à chacun sa réaction.
A l’issue des retrouvailles, ils mettent à exécution un canular.
Le « Ramut », économiste de droite, bien pensant , méprisant le monde du travail, mis à tâche par ces « collégiens dans l’âme » dans les mêmes conditions qu’il préconisait pour les masses ignorantes et viles.
Pendant ce temps, la vie continue avec ses aléas, ses bons moments aussi. Fin cocasse , inéluctable.
Ce livre nous plonge au cœur du monde actuel, de ses injustices, des luttes qui s’en suivent. La seule façon de survivre est d’en rire. Loufoque.

La Source d’ Anne Marie Garat

la source_L’histoire : une jeune femme arrive dans un village sans hôtel. Elle est hébergée par une vieille dame qui lui raconte la vie de ceux qui ont habité la maison dans laquelle elle finit ses jours. Recoupements pas tout à fait fortuits.
Style étonnant d’Anne Marie Garat : charmes de cette syntaxe organisée de manière singulière, syncopée. Ambiance particulière, beauté quelquefois envoûtante et qui oblige parfois à rechercher le sens.
Cela va comme un gant à ce conte de grand-mère où la vérité n’est pas toujours évidente, tant chacun se réfère à la sienne.

les lectures de novembre d’Annette

a  la croix et le croissantLa Croix et le Croissant de François Taillandier

En l’an 639, l’empereur de Constantinople, Héraclius, attend la mort, tandis que Dagobert, le franc agonise. Le problèmes des successions est récurrent à cette époque et engendre le chaos. Dans le Nord de l’Afrique, des cavaliers intrépides sillonnent le désert sous les ordres d’Omar, 2nd successeur de Mahomet. Karl, Charles Martel, reconquiert un territoire où tout se délite. Certes il est guerrier, vaillant, intrépide mais Frégédaire est là, le prêtre, le sage. Ils se parlent beaucoup. Frégédaire, lui, vit dans et par les livres. Petit à petit, Karl comprend l’importance de la réflexion, de la lecture.

Ecoulement du temps, évolution lente des mentalités. Fresque historique vivante et dynamique.

Profession du père de Jorg Chalendon

a profession du pèreA l’enterrement du père : la femme et le fils.
Retour en arrière : 23 avril 1961 , le putsch.
Qui fut ce père pendant les 50 anénes écoulées ? Sa dictature familiale. Son ego immense qui s’impose à sa femme et à son fils. La femme ne cherche que sa relative tranquillité. Elle subit et ne dit rien.Le fils terrorisé par ce père l’admire et subit aussi.
Jusqu’au jour où lui aussi impose sa volonté à un autre où son père démontre sa lâcheté.
A 21 ans le fils est mis à la porte et sa vraie vie commence. Son exutoire : la peinture.
Une très belle fin, inattendue mais bienvenue.

a bon rétablissementBon rétablissement de Marie Sabine Roger

Un retraité qui cultive sa solitude (un seul ami) se retrouve à l’hôpital après un accident dont les circonstances mettront longtemps a remonter dans sa mémoire et dont il se remettra au pris d’une longue convalescence.
Veuf sans enfant, son frère lui rend visite ainsi qu’un policier qui l’a envoyé à l’hôpital et un jeune étudiant qui l’a sauvé : ils parviennent à l’étonner et à l’apprivoiser.
Le tout sur un ton de dérision. Il n’est tendre à l’égard de personne, et surtout à son propre égard.
«  pépé n’était qu’un acariâtre, un vieux râleur. Je suis pareil que lui, un constipé du cœur. »
« Mensonges, maladies, lardons adultérins planent dans le ciel des amours illégitimes pire que des vautours au-dessus d’un charnier »
Agréable à lire.

les lectures d’Octobre d’Annette

1 – Le retour du chasseur de James Grenier

le retour du chasseurGilbert Malétran passe sa thèse en histoire sur un point précis concernant le Moyen âge. Son oncle, son mentor, le réprimande parce qu’il veut écrire un roman policier, même s ‘il se passe au Moyen Âge.Une fois passée sa thèse, il aura tous les droits.
Gilbert vit à son époque, la nôtre, et écrit son polar sur le Moyen Âge.
Aux deux époques, une Frédé, dévergondées toutes deux et pareillement irrésistibles:Frédérique, sa femme qui s’en va, qui revient, Frédégonde, du Moyen Âge, royale putain.
Epoque décadente du Moyen Âge.
Toute notre belle civilisation !!! engloutie sous la fête du IIIème millénaire qui dégénère. Gilbert le sage méprisé mais Gilbert l’assassin écouté.
Cette sorte de comparaison, pas trop sérieuse en fin de compte m’a séduite par son originalité, sa fantaisie, sans compter la maîtrise de l’auteur.

2 – Gisèle ou la vie rebâtie d’Anne Guillou-Gisèle Rousseau

cvt_Gisele_ ou la vie rebâtieCe n’est pas un roman, c’est un récit vécu. La vie de Gisèle qui sombre dans l’alcoolisme, qui s’en sortira après bien des déboires avec la médecine et sa façon mécaniste de considérer le malade psychologique. Elle s’en sortira grâce à 10 ans de psychanalyse. Mais elle sait combien elle doit se surveiller sans relâche.
Elle comprend bien qu’elle n’a pas été le centre du monde mais elle aussi a besoin de vivre comme tout le monde.
Seul le malade détient la clef de sa guérison, encore faut-il qu’il s’en accorde la possibilité et qu’on l’aide en l’écoutant.
La psychanalyse lui a permis d’apprendre « la distance » : ne pas se laisser envahir, réfléchir.
J’ai aimé ce récit accessible qui invite à comprendre au lieu de juger.

3 – La nuit de Walenhammes d’Alexis Jenni

En finissant ce livre, je pense à « 1984 » de George Orwell. Pas de vraie similitude mais…

Voilà la vie que nous menons et que nous allons mener. L’éphéméride de Larbi fait le point, il nous explique l’idéologie que sous-tend ce qui arrive.
Voilà le modernisme et ses nouvelle valeurs prônées par nos experts richement gratifiés.
Voilà ce que doit être, ce que va devenir le travail. Plus de place pour les opposants ou les embarrassants. Les Brabançons les liquident.
Charles, lui, écrit. Il ne sait fairla nuit de Walenhammer_e que cela.
Il arrive à Walenhammes pour écrire ce qui se passe dans cette ville du nord qui a perdu toutes ses usines.
Mais il rencontre Marie qui est maître-nageur, et qui n’aime que nager ; naît alors un amour simple, sûr , merveilleux sans aucune place au doute…
Des pages remarquables sur le travail, horribles sur l’école, délectables celles qui décrivent l’amour.
Elles éclairent ce livre angoissant d’autant qu’il est si proche de notre quotidien.

lectures d’été d’Annette n°4

Homesman de Glendon Swarthout

 

homesmanLes grandes plaines au cœur des USA au XIXème siècle. Cet année l’hiver a été si rude que 4 femmes de ce village près du Loup, la « ville » la plus proche(45km) ont sombré dans la folie. Le village décide de les renvoyer vers l’Est dans leurs familles respectives. Toutes les quatre mariées, trois ont des enfants. Mary Bee célibataire, femme forte , ancienne institutrice , qui a monté sa ferme et qui en vit se charge de les accompagner.
Malgré son courage, elle prend conscience qu’elle ne pourra mener à bien sa tâche seule. Elle engage un vagabond, un voleur pour la seconder . Elle le rétribuera à la fin du voyage.
Le convoi se met en route. Que de difficultés ! Mary Bee sent son énergie péricliter. Parviendra-t-elle au bout de son entreprise ? Quant à l’homme qui l’accompagne, que devient-il ? Comment évolue-t-il ? Sur quoi, sur qui compter ?
L’écriture est belle. Beauté des paysages, le printemps, les grands espaces. Rudesse de la vie, rudesse des humains et leur égoïsme.

Contes d’un matin de Jean Giraudoux

11 contes et un appendice
Contes fantaisistes racontés sur un ton sérieux révélant un humour aussi sérieux. Parfum d’autrefois. Pas de gaieté, plutôt fataliste mais extravagant.
Giraudoux fait appel à une logique qui semble, dès l’abord, rigoureux mais dérape au gré de son imagination.
L’appendice m’a semblé différent dans l’esprit plus éloigné de la réalité. Pour les 10 autres, j’ai envie de dire : c’est la vie ! En fin…peut-être.

Femmes d’Alger d’Assia Djebar

femems d alger_quelques nouvelles( quelques poèmes )
Les femmes d’Alger mutilées, englouties dans les coutumes, les interdits de la religion. Elles naissent, subissent, se taisent, enfantent et meurent. Les hommes, lointains que l’on attend, proches qui parfois torturent. Femmes infantilisées, qui travaillent toujours cachées, toujours à l’intérieur.
Beauté poétique de ce livre. Tragédie de la colonisation qui n’émancipe pas, mais resserre l’étau. Et aussi solitude,misère.

Eldorado de Laurent Gaudé

eldoradoL’émigration. Un commandant de bateau à la recherche des épaves sur la mer chargées d’émigrés, abandonnés dans leur épave à la dérive. Des émigrés qui rêvent de rejoindre l’Europe : leur Eldorado.
La misère des émigrés. Leurs tentatives de parvenir à leur but. Nombreux sont ceux qui meurent en route. Moins nombreux sont ceux qui arrivent. Histoire de Soleïman qui réussit grâce à son amitié avec Boubakar et réciproquement. Le commandant écœuré, désespéré, après avoir redonné de l’espoir, trouve enfin le bonheur dans la mort.
Lugubre et beau

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

americanah _En Afrique, Ifemelu et Obinze s’aiment intensément, profondément. Obinze rêve de partir étudier en Amérique mais n’obtient pas ce droit.
Ifémélu l’obtient et part. Les difficultés matérielles qu’elle éprouve en Amérique la mène à un compromis tel quelle n’ose pus entretenir ses relations avec Obinze, qui lui ne pourra partir que pour l’Angleterre d’où il reviendra piteusement.
De retour au pays, il trouve le moyen de s’enrichir. Ifémélu, études brillamment terminées rentre également au pays, trouve du travail et conquiert son indépendance.
Sauront-ils se retrouver ?
Bois II d ‘Elisabeth Filhol

Une usine qui va fermer, comme tant d’autres de nos jours. Une usine déclarée « non rentable » après diverses ventes ; les salariés au chômage.
Dernière entrevue , longuement préparée par les travailleurs avec le directeur pour fixer les indemnités.
Un directeur « réquisitionné »
Son endurance, son mépris, son inflexibilité, son indifférence.
Les ouvriers, leurs affres, leur détermination, leur peur. Cette discussion longuement préparée mais l’inégalité entre les deux adversaires….
Pendant tout cela, la vie autour de l’usine, les paysages, l’histoire et aussi les problèmes du chômage qui ne se résument pas au manque d’argent.

lectures d’été d’Annette n°3

Truismes de Marie Darrieussecq

truismes_« Je sais à quel point cette histoire pourra semer de trouble et d’angoisse, à quel point elle perturbera de gens ».
C’est la première phrase de ce livre. Le style, l’écriture n’en sont pas le principal intérêt. Le narrateur est le personnage du livre. Il cherche un travail. Celui qu’il (elle) trouve dans une parfumerie lui convient très bien.

 

Vous avez vite compris qu’il s’agit d’une parfumerie… spéciale. Personnes pudiques s’abstenir. Cependant pas de vulgarité : un chat est un chat. Ce livre aurait pu porter un sous-titre : loufoque ( cf vers la fin du livre).

 

Amusement de l’auteur ? Humour ? Bizarre assurément.
Ne pas s’imaginer ce livre sans intérêt, sans rapport avec la vie actuelle. En vacances, on peut tout se permettre.
P.S. : Marie Darrieussecq est romancière et psychanalyste.

Timimoun de Rachid Boudgedra

timimounLe personnage principal raconte son histoire durant un périple au cœur du Sahara. Il conduit un vieux car qu’il a acheté très bon marché. Sa carcasse, vieille, s’avère très solide mais passée de mode. Il refait le moteur à neuf lui-même. Il a 40 ans, n’a jamais été amoureux. Voilà que, durant ce voyage où il guide un groupe de touristes, il est attiré par Sarah. Il connait pour la première fois les affres de l’amour, lui, si grand, si laid, alcoolique de surcroît.

Les descriptions de ce désert tiennent une grande place. C’est un personnage important, avec ses dangers, ses beautés fabuleuses, ses changements selon l’heure du jour et de la nuit, au gré des vents. Importance du car et aussi de ses deux amis. Il se remémore son frère aîné écrasé par un tramway, sa vie passée. Il décrit sa peur récurrente, ses angoisses.
Tout cela dans une ambiance d’attentats terroristes horribles, lus dans les journaux, entendus à la radio, seulement énoncés sous forme de communiqués.
Pour moi, c’est un très beau livre.

lectures d’été d’Annette n°2

Clair de femme      de Romain Gary

calir de femme rgrrrr

 

Chant d’Amour, chant de Couple ( mais pas de place pour l’égoïsme).

 

Des morts…. mas la Vie Continue, donc l’Amour, donc le Couple.

 

Que dire de plus? Pas forcément facile. Il faut se laisser porter par l’étrange et une certaine forme de beauté.

 

 

Héloïse   de Philippe Beaussant

héloïseNon pas Héloïse d’Abélard, mais celle de Jean Jacques Rousseau.

Née fin du XVIII ème siècle, quelques années avant la mort de JJ Rousseau(1878), baptisée Héloïse en souvenir du roman , son père intendant, sa mère dame de compagnie au château. Les seigneurs du château ont appelé leur fils Jean Jacques. Les deux enfants furent élevés ensemble. Ils n’ont pas appris, dès leur jeune âge, les distances sociales. Toujours ensemble, éduqués selon les préceptes du philosophe, ils se sont aimés tout naturellement. A l’adolescence, la vie réelle fait surface, les distances sociales surgissent alors. Jean Jacques les refuse : ils s’aiment envers et contre tout et tous. Ils seront ( quelques jours) mari et femme sans sacrement.

Puis la vie les sépare définitivement.

C’est l’histoire qu’Héloïse raconte à un monsieur venu en visite alors qu’elle est déjà bien vieille, avec son vocabulaire, ses phrases, ses pensées surannées.

Joliment désuet ( ou se veut comme tel)

 

– La place     d’Annie Ernaux

la place_Elle a étudié. Ses parents sont très modestes :ils tiennent une épicerie de campagne qui va disparaître après eux.

Son père , fier d’elle, certes mais se sent petit à petit de plus en plus loin de sa fille. Annie, le temps passant, ressent et vit mal cette distance qui s’instaure à regret mais inéluctablement. Pas de sensiblerie,des faits, de la pudeur.

« Les livres, la musique, c’est bon pour toi. Moi, je n’en ai pas besoin pour vivre »… « Il me conduisait de la maison à l’école sur son vélo.Passeur entre deux rives, sous la pluie et le soleil ».