La démocratie à l’épreuve par Laurent Laot

La démocratie à l’épreuve d’aujourd’hui

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1 préambule

Le Politique  est le domaine de l’activité humaine qui a pour fonction, au sein d’une communauté habitant sur un territoire donné, traversée par des conflits et tensions d’établir un minimum d’accord pour « vivre ensemble » et gérer les relations avec le monde extérieur. Cet accord est précaire et en constante évolution.
Cette fonction de régulation se traduit par l’établissement d’un corpus de règles, de normes, d’obligations et d’interdits dont le respect est garanti par le monopole de la coercition du pouvoir politique habilité par le corps Lire la suite

 L’heure des Kurdes a-t-elle sonné? par Daniel Cleach

 

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Les KURDES

par Daniel CLEACH

« Notre passé est triste, notre présent lugubre, heureusement nous n’avons pas d’avenir. » citation kurde

En 2014 la presse internationale a vu son attention attirée par les Kurdes lors de l’avancée des islamistes au Nord de l’Irak, notamment lors de la prise de Mossoul, la 2nde ville du pays. Des pays occidentaux ont confié des armes Lire la suite

Vie et mort des Templiers : de la Réalité au Mythe

Vie et mort des Templiers, de la Réalité au Mythe

francois-ars-par François ARS, professeur d’histoire à l’UBS

Fondé au moment des Croisades, l’Ordre du Temple a fait couler beaucoup d’encre. Ces moines soldats, chargés de protéger les pèlerins ainsi que les lieux saints, suscitent la curiosité et l’interrogation. Qui sont ces hommes dont la Règle tranche tellement avec celle de saint Benoît ?

1) De l’origine des Templiers

a) de l’importance des pèlerinages au Moyen Âge
La pratique du pèlerinage est très répandue au Moyen Âge :une visite à un petit sanctuaire local ou régional, réputé pour ses reliques, ou l’un des grands pèlerinages de la Chrétienté comme Rome, Saint-Jacques-de-Compostelle ou Jérusalem entrepris en général qu’une fois dans sa vie.
Le pèlerinage pour Jerusalem, le centre du monde spirituel terrestre. pouvait durer plusieurs années et les pèlerins devaient parcourir près de douze mille kilomètres aller-retour à pied, ainsi qu’en bateau pour la traversée de la mer Méditerranée
Le pèlerinage en Terre Sainte valait une indulgence plénière à qui l’entreprenait Lire la suite

Les origines du vin en Méditerranée occidentale et en Gaule

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Les origines du vin en Méditerranée occidentale et en Gaule

par Dominique Frère, maître de conférences en histoire ancienne et en archéologie à l’UBS .

AMPHORE GRECQUE
AMPHORE GRECQUE

Les historiens considéraient, jusqu’à une époque récente, que la fabrication du vin était le fait des Grecs, les populations protohistoriques de l’Europe occidentale n’ayant eu à leur disposition que de la bière, boisson typique du monde barbare. Des données récentes, fournies en particulier par l’archéo-botanique et la chimie moléculaire, nous fournissent des informations qui permettent de répondre à des questions demeurées sans réponse Lire la suite

1517. L’explosion de la Réforme. Un événement inattendu ?

nicole lemaitre1517. L’explosion de la Réforme. Un événement inattendu ?

Par Nicole Lemaître, professeur émérite à Paris1 Panthéon-Sorbonne, historienne

« L’affichage de 95 thèses » par Luther à la Toussaint 1517 est généralement présenté comme une révolution, un sursaut contre les « abus de l’Église romaine », un progrès de l’humanité et de la culture.
Or selon les archives de l’époque provenant des paroisses et des diocèses, la réforme de l’Eglise romaine est déjà en marche à cette époque. Comment expliquer alors l’émergence d’un personnage comme Luther et le succès de sa Réforme , qui changea le cours de la civilisation occidentale ?

1 LUTHER (1483-1546)

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La prison en France : historique, état des lieux, utilité

lavocat-reste-actif-pendant-sa-retraiteLa Prison en France

par Alain GUILLOUX  , avocat pénaliste Vannes
1 Histoire de la Prison

Dans l’Antiquité, point de prison. Le prévenu pouvait être mis en dans un lieu de rétention avant sa présentation devant le juge. La sentence , s’il était jugé coupable : esclavage, exil, travail dans les mines , galères ;
Au Moyen Âge, la prison n’existe toujours pas. Seule existe la rétention pour s’assurer de la présentation du prévenu devant le juge .La condamnation : peines corporelles,pilori, carcan…
Exception : les tribunaux ecclésiastiques ne pouvant condamner à mort invente la peine d’enfermement:
-condamnation au « murus largus » ( possibilité de recevoir, de sortir…) voisin de l’assignation à résidence
-condamnation au « murus durus » enchainement pieds et mains au mur vertical avec isolement total
cachotAncien Régime : la prison arrive de manière insidieuse. Le Roi par lettre de cachet peut isoler selon son bon vouloir , et pour une durée de son choix tout individu  à la Bastille et dans d’autres lieux sur le territoire . Par exemple l’intendant Fouquet ,Voltaire , le Marquis de Sade y goûteront.
La hiérarchie sociale se retrouve dans les prisons ( anciens pensionnats ou monastères) qui comprennent deux quartiers, le quartier du commun et le quartier de la pistole (riches payant des frais de geôlage pour disposer d’une chambre à part et autres commodités : vivres, boissons, livres)
Particularité : jusqu’en 1837 , une condamnation d’emprisonnement pour dettes. Lire la suite

la Syrie et l’Etat Islamique

 

La Syrie et l’Etat Islamique  ( oct.2015)

par M COLLAS, professeur à l’UBSplusieurs-conferences-avec-luniversite-du-temps-libre

La guerre civile syrienne est un condensé des problèmes vécus par le monde arabe actuellement.
-une lutte entre chiites et sunnites
-un modèle occidental laïc qui cède la place à une ré-islamisation
-la fin d’un monde hérité du partage effectué à la fin de la 1ère WW
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les 4 piliers de la sagesse républicaine

les 4 piliers de la sagesse républicaine

par Alain Le Guyader , Maître de Conférences er à Ivry

Toute société renvoie à un projet politique. En France, le texte fondateur de ce projet figure dans le Préambule de la Constitution, qui constitue le socle de l' »identité nationale » et qui est l’aboutissement de longs combats pour les libertés fondamentales :

«Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de Lire la suite

La Guerre de la Ligue en Bretagne (1588-1598)

 La guerre de la Ligue en Bretagne ( 1588-1598)

par Hervé Le Goff , professeur de lettres et historien

Quand le sort de l’Europe se jouait en Bretagne (1588-1598)
Guerre civile et conflit international

Cette période troublée, connue, et en même temps mal connue est le fruit d’une construction historique élaborée à des fins politiques. Les conflits qualifiés de « religieux » sont en effet, au 16ème siècle, essentiellement d’ordre politique.

1 Rappels historiques généraux

Les guerres de religion qui ont ravagé le royaume de France où se sont opposés catholiques et protestants, (les huguenots) commencent en 1562 et se suivent (8 au total), entrecoupées de périodes de paix jusqu’en 1598

Henri_III_VersaillesEn 1588, la dynastie française est dans une situation particulière : elle n’a pas de successeur en ligne directe et le futur roi, issu d’une ligne collatérale, Henri de Navarre est protestant.
Les Guise, branche cadette de Lorraine, représentant l’aile ultra-catholique prennent la tête d’une rébellion contre le pouvoir royal à laquelle s’associe une ligue des villes (d’abord Paris, puis des villes en Touraine, Champagne, Bourgogne ).Le roi doit abandonner la capitale aux ligueurs après la journée des barricades du 12 mai 1588.
Le roi profite de la réunion des États généraux à Blois pour faire assassiner les chefs de la Ligue, le duc de Guise et son frère le cardinal de Lorraine en décembre 1588.
En réaction à cet assassinat, toutes les provinces tenues par la Ligue dirigée par le duc Charles de Mayenne, frère de Henri de Guise.(essentiellement la Champagne, le Midi, la Bourgogne, la région de Paris…) se soulèvent contre le « tyran » Henri III. Celui-ci s’allie au roi de Navarre, et leur armée met le siège devant Paris. Henri III est assassiné le 1er août 1589 par Jacques Clément, un dominicain membre de la ligue.
Henri de Navarre, chef des protestants, devient le nouveau roi de France réactivant la guerre civile. Comprenant HENRI IVqu’il ne sera accepté comme roi que s’il est catholique, il annonce sa conversion au catholicisme et abjure pour la 2ème fois, à la cathédrale de Saint-Denis le 25 juillet 1593. Cette conversion lui ouvre les portes de Paris en 1594. Il est sacré à Chartres le 27 février 1594. Le 7 décembre 1595, le pape reconnait la légitimité de la succession. Les ralliements (contre finances) au roi légitime s’accélèrent.Il déclare officiellement la guerre à l’Espagne et entame une campagne en Bourgogne qui débouche sur l’écrasement des dernières forces armées de la Ligue à la  bataille de Fontaine-Française. Mayenne vaincu, la Ligue nobiliaire cesse peu à peu d’exister L’Edit de Nantes, en 1598, met un terme définitif à la Guerre de la Ligue.

2 La Bretagne et la Guerre de la Ligue (1588-1598)

a) clarifications préliminaires

Le 16 éme siècle est pour la Bretagne le siècle d’or, contrairement aux idées reçues . La Bretagne, en expansion démographique (2,4 millions d’habitants) est une province prospère qui commerce avec tous ses voisins : 65% des entrées sorties de l’avant port d’Amsterdam sont enregistrées sous «pavillon breton». Par ses ports très actifs, les idées nouvelles pénètrent sur son territoire.
«On ne peut laisser tomber aux mains des Espagnols une province aussi riche que la Bretagne» dixit Elisabeth I d’Angleterre
La Guerre de la Ligue n’est, en Bretagne, ni une guerre de religion ni une guerre séparatiste, ni une simple mise à sac de villes (La Fontenelle)

b) son déroulement

b1 une guerre civile

Après l’assassinat des Guise, passé le moment de sidération, la Bretagne ne bouge pas contrairement à d’autres provinces françaises. Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et beau-frère -mercoeur_(détail)d’Henri III, dit Mercoeur se range finalement, sous l’influence des ordres religieux, du coté des ligueurs prenant la tête d’une révolte armée :
-paralysant le Parlement de Bretagne en emprisonnant son président
-en provoquant un coup d’état municipal à Nantes
-en investissant Rennes en tant que représentant du roi mais établissant aussitôt des comités ligueurs
-en marchant sur Fougères pour contrôler «l’entrée» de la Bretagne
Puis dans un 2ème temps en1589-1590, la Bretagne est secouée par des insurrections de type rural
-siège de Vitré qui compte 20 % de protestants (peur d’une St Barthélémy à rebours)
-pillage de Tréguier contraignant à la fuite l’Evêque fidèle au roi ainsi que le lieutenant général
-sédition populaire anti-seigneuriale et conflits locaux (de Boiséon) à Kérouzéré dans le Léon
-pillage de Carhaix
-blocus de Brest de février à août 1591 assiégé par des léonards
En dehors du cas de Vitré, la religion n’intervient pas dans ces troubles.
Le commandement militaire royal, après le défection de son gouverneur est désemparé. Aussitôt nommé, le nouveau gouverneur de Bretagne, le comte de Soissons est fait prisonnier par Mercoeur. Le Duc de Montpensier lui succède.
Se poursuit une guerre de type médiéval sans objectifs bien précis. L’organisation rebelle s’appuie essentiellement sur les villes : conseils des ligueurs ou conseils de l’Union (cf archives de Morlaix, Nantes, Guingamp) et offre une résistance au pouvoir royal.
Au final la Bretagne est divisée en 2 , non par des axes géographiques, mais par petites zones géographiques (en fonction des influences nobiliaires et des intérêts économiques) constituant un véritable patchwork. Vont coexister 2 administrations parallèles avec 2 parlements (Nantes et Rennes), 2 chambres régaliennes, 2 chambres d’Appel…

b2 un conflit  international

l’affrontement de 2 puissances
PHILIPPE 2La Bretagne est coincée entre 2 impérialismes et est l’objet de convoitise :
& l’Espagne et Philippe II
Pour rallier les Flandres, l’Espagne recherche des bases pouvant servir d’escale à ses bateaux : elle lorgne vers les ports bretons
Pour contrer l’Angleterre, elle a également besoin de ces ports
Cf : l’Invincible armada
Par ailleurs, Philippe II a des prétentions pour l’Infante : la couronne de Bretagne, mais également la couronne de France et il passe des accords et traité avec les ligueurs.
& l’Angleterre et Elisabeth Ière
Avec une population de 4 millions d’habitants à la fin du 16 ème, l’Angleterre dispose de peu de moyens mais sa reine Elisabeth ne veut à aucun prix que la Bretagne ne tombe aux mains des Espagnols. ( et pire encore la couronne de France…)
Elle lâche ses « chiens de mer »Hawkins, Raleigh,Drake.Ils coupent la route des galions espagnols en provenance d’Amérique du Sud, les délestant de leurs précieuses cargaisons, et ce faisant  mettent à mal les finances espagnoles qui étaient déjà à leur 3ème banqueroute.
L’Angleterre tient également à protéger ses voies de communications avec la Guyenne ( fourniture de sel, de vin)
Le comte d’Essex en 1595 se permet de piller dans le port de Cadix un convoi chargé d’or et de saccager le port.
Par ailleurs Philippe II a été chassé d’Angleterre à la mort de son épouse, reine d’Angleterre.Vieux contentieux personnel.
« Qui commande la mer, commande le commerce, qui commande le commerce commande les richesses du monde » Cette devise anglaise résume l’affrontement entre les 2 puissances, …tandis que les troupes d’Henri IV qui n’a aucune politique maritime font le siège de Montcontour, Josselin, Abbeville…..

la guerre sur le terrain
Les deux camps, de force égale, ne peuvent prétendre l’emporter sans le renfort de forces étrangères. Le duc de Mercoeur fait alors appel à Philippe II d’Espagne qui lui envoie en octobre 1590 une armée de 7 000 soldats, commandée par Don Juan del Aguila et bientôt installée à Blavet (Port-Louis). Puis ils construisent un fort à Roscanvel pour contrôler l’entrée de la rade de Brest, menace directe pour les intérêts anglais.

En réponse à l’appel à l’aide du roi de France , Elisabeth Ière fait débarquer en mai 1591 à Paimpol, seul port resté royaliste , un corps expéditionnaire de 2400 hommes qui restera jusqu’en février 1595 commandé par John Norris, et qui comptera jusqu’à 15 000 hommes
La guerre de faible intensité prend une autre tournure quand débarquent ces troupes étrangères.
Des batailles rangées s’engagent : ,Merdrignac, Craon (1592) où les royalistes associés aux anglais accusent une cuisante défaite.( 5000 morts du coté anglais)
Les anglais reviennent alors vers l’Ouest , reprennent avec des forces royalistes  Quimper, Morlaix et s’emparent du fort de Crozon en nov-déc1594. Leur objectif est atteint : ils ont neutralisé les espagnols et s’en retournent en Albion …
(Les espagnols restent jusqu’en 1598 , date du Traite de Vervins.)
Après le départ des Anglais, alors que les ralliements au roi sont nombreux , la guerre s’éternise en Bretagne. Pour quelles raisons ? Mercoeur poursuit la lutte pour obtenir un bon prix de son ralliement ( 2 800 000 écus soit le tiers du budget du royaume) : membre de la maison de Lorraine, il a des prétentions sur la couronne (car le roi à cette époque n’a pas de successeur en ligne directe) et  en continuant à guerroyer, il reste entouré d’anciens ligueurs pouvant l’appuyer dans ses desseins.

Henri IV , le bon roi, qui s’était engagé à payer le contingent anglais, à apporter à ce contingent l’aide d’une troupe équivalente, à donner un port fortifié à la couronne anglaise renie tous ses engagements mais il met les bretons à contribution : paiement des soldes des soldats étrangers, paiement du retour des troupes espagnoles dans leur pays.
A Nantes,ex-ville rebelle où il refuse une entrée solennelle, il prend l’Edit de Nantes en 1598, qui est présenté comme un modèle d’expression de la liberté religieuse, qui en fait organise un « apartheid » religieux : la religion catholique retrouve sa place de religion officielle tandis que les protestants sont cantonnés dans des régions réservées…
Elisabeth I  a , quant à elle, préservé les intérêts de son royaume à peu de frais, sauvant le trône d’Henri IV vacillant, influençant en cela le sort de l’Europe.

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Jean-Jacques BOUESTARD DE LA TOUCHE (1780-1810)

Jean-Jacques Bouestard de la Touche (1730-1810), médecin, philosophe, franc-maçon, créateur de la première École de Sages-Femmes à Morlaix en 1774.

 

Ce médecin né à Angers y fit ses études de médecine et aurait pu demeurer dans cette ville où son frère était apothicaire. Mais, marié en 1758 à Anne Serbert, il choisit de s’installer à Morlaix avec son épouse et sa fille Charlotte qui vient de naître.

À cette époque, la ville de Morlaix exerce une véritable attraction auprès des gens d’affaires par son port très actif, sa manufacture qui compte 1000 ouvriers, ses orfèvres, ses artisans, ses commerçants. On vient s’installer à Morlaix de toutes les régions françaises et aussi d’Irlande, d’Écosse, de Lombardie. Mais cette ville industrieuse cache bien des failles : la mortalité y est élevée, spécialement celle des enfants. Les épidémies, venant souvent des campagnes, atteignent la ville et y font des dégâts considérables.

Arrivé à Morlaix, Bouestard de la Touche cherche à se faire une clientèle dans la ville, mais ses débuts de médecin (il est aussi chirurgien et accoucheur) sont difficiles. Pour améliorer ses revenus, il ouvre au moulin de Kervaon une usine de tissage d’ « indiennes » (toiles de coton peintes), grâce à une aide des États de Bretagne.

À l’arrivée de Bouestard, en 1759, l’Hôpital de la Charité de Morlaix, construit à flanc de colline au-dessus du Queffleuth (l’ancien, situé place de Viarmes, a brûlé en 1731), abrite les pauvres, les malades, les filles « perdues » et les enfants trouvés. La guerre de Sept Ans prend fin en 1763 et une partie des marins et soldats malades et blessés, débarqués à Brest, est dirigée vers l’Hôpital de la Charité de Morlaix pour y être soignée. Bouestard s’y présente et se met au service de ces troupes souffrantes.

En qualité de médecin-chirurgien-accoucheur, il met un pied à l’hôpital et c’est alors qu’il conçoit la création d’une École de Sages-Femmes dans l’enceinte de l’Hôpital, dont ce n’est pourtant pas la vocation. Les États de Bretagne l’autorisent, sans l’aider financièrement, à mettre sur pied cette école. Jusque-là, les campagnes surtout et aussi le petit peuple des villes s’en remettent aux matrones traditionnelles pour les accouchements. Vieilles femmes ignorantes de l’anatomie, de l’hygiène, ces dernières provoquent bien des méfaits sur les fœtus comme chez les jeunes mères. Les États de Bretagne ont mis en place des cours d’accouchement dans les villes épiscopales (Tréguier, Quimper, Vannes) assurés par le chirurgien Jacques Dubois. Madame Du Coudray qui parcourt la France avec son phantom, la machine à accoucher (un automate reproduisant l’anatomie de la femme) sillonne aussi la Bretagne. Mais Bouestard de la Touche a d’autres ambitions et conçoit une École de Sages-Femmes moderne, non initinérante, située à l’Hôpital.

Le 1er mai 1774, la première promotion d’écolières, désignées par les recteurs du Léon et du Trégor, séduits par la modernité du projet de Bouestard, commence sa formation : cours magistraux (les bons usages devant une parturiente), les travaux pratiques sur le phantom (il en a fait fabriquer un à Morlaix), et la pratique de l’accouchement réel sur des femmes venues à l’hôpital à la fin de leur grossesse.

L’originalité de l’École de Bouestard se résume ainsi : L’École est située à l’Hôpital, les écolières sont de jeunes femmes recrutées par le recteur de la paroisse, et réunissent les qualités physiques et morales exigées par leur future mission. L’enseignement est dispensé en français et en breton, Bouestard ayant fait l’effort d’apprendre le breton et de traduite le livre des Conseils destinés aux jeunes diplômées. Il fait pratiquer de vrais accouchements par les élèves sages-femmes, sous son regard, ce qui était la principale nouveauté de son enseignement.

Cinq promotions d’une trentaine d’écolières chacune se succéderont dans cette École qui fermera ses portes en 1779, Bouestard ne disposant plus des ressources nécessaires pour la faire perdurer. Plus d’une centaine de jeunes femmes y auront obtenu leur certificat officiel et elles seront protégées par un statut que le médecin-professeur d’accouchement veut leur donner.

Le médecin morlaisien ne s’est pas focalisé, pendant tout ce temps, sur l’école qui fonctionne 3 ou 4 mois par an. Il demeure, depuis 1764, le médecin des épidémies et parcourt les campagnes chaque fois qu’un fléau s’y déclare.

La Révolution passionnera le médecin-chirurgien-accoucheur et il se fera le meilleur propagateur des idées révolutionnaires et le pédagogue de l’esprit républicain.

Il a eu 6 enfants, 4 garçons qui mourront en bas âge, et deux filles. Seule la benjamine, Anne, survivra et lui donnera une descendance. Il meurt à 80 ans dans sa maison de la rue des Fontaines et les contre-révolutionnaires du 19ème siècle s’appliqueront à effacer sa mémoire. Un passage modeste dans le quartier de la Vierge Noire porte son nom, ainsi qu’une plaque de cuivre à l’entrée de la Maternité de Morlaix qu’il parraine depuis 1989.

la violence dans les villages finistériens au 19ème – Annick Douget

LA VIOLENCE DANS LES VILLAGES FINISTERIENS AU 19ème SIECLE (1815-1914)

ANNICK DOUGETpar Annick Le Douget , greffier au Tribunal de Quimper

 

A partir des archives judiciaires du XIXème siècle, l’analyse des différentes formes de violence tant au sein des familles que dans le village permet de dresser une typologie des violences qui sont «remontées» jusqu’à l’appareil judiciaire étatique, de souligner des caractéristiques propres au Finistère, de voir l’évolution du monde rural face au contrôle de la violence.

Elle est aussi une manière de pénétrer au coeur de la société rurale finistérienne afin de lui rendre tout son relief

1) Typologie des violences observées

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La RUSSIE de Poutine

 la Russie de Poutine 

par Alain Colas, chargé d’enseignement à l’UBS

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Brefs rappels historiques
– Pierre 1er(1682-1725), au prix d’une longue guerre avec la Suède, obtient un accès à la mer Baltique ; il fait construire Saint Petersbourg qui devient la nouvelle capitale, symbolisant ainsi l’ouverture du pays vers l’Europe. Une puissante industrie métallurgique, la première d’Occident à l’époque, est édifiée dans l’Oural et permet de soutenir l’effort de guerre. Catherine II (1762-1796), autocrate éclairée, achève la conquête des steppes situées au bord de la Mer Noire après avoir défait l’empire ottoman et le khanat de Crimée et repousse vers l’ouest les frontières de l’empire russe grâce au partage de la Pologne. L’actuelle Ukraine et la Russie Blanche (Biélorussie) sont désormais entièrement en territoire russe. Durant toute cette période, les cosaques occupent progressivement la Sibérie et atteignent l’océan Pacifique en 1640.
Depuis Pierre Le Grand, qui le premier a ouvert la Russie vers le monde occidental, le débat entre Occidentalistes et Slavophiles sur une expansion vers l’Ouest ou vers l’Est perdure encore…
gorbatchev– M Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985 en prenant la tête du PCUS avec la volonté de réformer le régime pour combattre la stagnation économique et les reliquats du stalinisme, mais ses réformes donnent des résultats plutôt mitigés. La perestroïka (restructuration économique) n’a pas atteint les objectifs escomptés ayant aggravé les pénuries de biens de consommation et les inégalités sociales entrainant un mécontentement populaire, tandis qu’une démocratisation du régime, amorcée avec la glasnost (transparence), déclenche des conflits inter-ethniques et la montée des nationalismes, mal perçus par les Russes.En Août 1991, un putsch tente d’écarter Gorbatchev. Son échec précipite celui de l’URSS qui disparaît fin 1991.
– Le premier président de la nouvelle Russie,Boris Etsine et son 1er ministre Gaïdar donnent une inflexion libérale getsineau régime en appliquant une « thérapie de choc ». Le fonctionnement de la société russe qui abandonne le socialisme est profondément bouleversé et mène à l’enrichissement d’une minorité (oligarques ), au déclin de l’outil économique, à l’affaiblissement de l’État fédéral et à une chute catastrophique du niveau de vie des Russes.
Au niveau économique, la planification dirigiste et centralisée de l’économie a été abandonnée sans transition au profit d’un mode de fonctionnement s’inspirant des thèses libérales des économistes de l’Ecole de Chicago Les moyens de production ont été en grande partie privatisés, dans des conditions souvent obscures. La réorganisation rapide de l’appareil économique combinée avec les effets de l’éclatement de l’URSS ont provoqué au cours des années 1990 un effondrement de l’économie( avec une inflation galopante et un chômage important) Lire la suite

La Bretagne et les Bretons dans la Grande Guerre

La Bretagne et les Bretons dans la Grande Guerre(1914-1918)

 

par Patrick GOURLAY – historien

La Grande Guerre à nos yeux est synonyme de souffrances, de pertes effroyables, de sacrifices de la part de tous : soldats, familles, économie…. La Bretagne est une région qui a fortement contribué à l’effort de guerre national. Quel impact aura eu cette guerre sur la société bretonne dans son ensemble ?

L’ENTREE EN GUERRE

le contexte général

1914_new_alliances Lire la suite

Les « socialistes utopiques »

Les « socialistes utopiques »

par Jean Pierre FEUILLET -conférencier- UTL Pont-L’Abbé

Le titre de la conférence vient du distinguo qu’avait opéré Marx entre les penseurs du 19ème siècle qui s’étaient penchés sur karll’amélioration ,voire la transformation de la société industrielle naissante :
le socialiste « scientifique », incarné par Marx
les autres, les socialistes  « utopiques »
Qui sont ces penseurs qui sont passés par la trappe de l’histoire ?
Certains d’entre eux d’ailleurs sont éloignés de la pensée « socialiste » : Fourier peut être considéré comme un précurseur de la psychanalyse ;Proudhon, par certains aspects de sa pensée, touche à l’anarchisme. Owen , l’entrepreneur, pense à l’humanisation du capitalisme.
Précision : ces penseurs n’ont aucun lien avec les grandes figures du socialisme : les Jaurès, Guesde, Blum ni avec celles d’aujourd’hui.

 

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Les malgré-nous

Les « MALGRE NOUS »

 

par Andrée PORTE, enseignante e.r.
Andrée Porté, en se basant sur sa propre histoire  familiale a évoqué le sort des « Malgré Nous », et plus largement du sort de la population alsacienne et mosellane sur la période 1870 – 1956

1 – Rappel des contextes historiques

-BismarckRoonMoltkea) affrontement militaire franco-allemand
La défaite des armées françaises à Sedan signe la fin du 2nd empire et donne  naissance à l’Allemagne. Un traité de paix, signé à Francfort le 10 mai 1871, ampute la France de l’Alsace sauf Belfort, d’une partie de la Lorraine et des Vosges. Une somme de cinq milliards de francs or est demandée à titre de dommages de guerre .
En 1911,est adoptée de une Constitution d’Alsace-Lorraine dans le cadre de l’autonomie alsacienne décidée par l’empire allemand .
En 1919 , l’Alsace redevient française, à la suite de la ratification du traité de Versailles .
Quand est signé l’armistice du 22 juin 40 , le cas de l’Alsace n’est pas évoqué. Le Lire la suite

Anne de Bretagne

Le 04 décembre à Langolvas :

Anne de Bretagne (1477 – 1514), un destin d’exception

par Jean Kerhervé, professeur d’Histoire médiévale à l’UBO .

blason d'Anne de Bretagne
blason d’Anne de Bretagne

Anne de Bretagne dont le nom est passé à la postérité est entourée de mythes, tantôt présentée en reine parfaite , symbolisant l’union et la paix entre le royaume de France et le duché de Bretagne, tantôt comme une duchesse bretonne contrainte à un mariage forcé et attachée à l’indépendance et au bonheur de son duché . Les historiens donnent également une vison contrastée de sa personnalité, « bornée, vindicative » pour l’un, « riche et positive » pour l’autre … Les sources narratives manquent pour discerner la réalité : les chroniqueurs bretons sont muets sur le sujet, les chroniqueurs français donnent une vision stéréotypée d’une reine.
500 ans après sa mort, elle représente dans l’imaginaire breton l’identité bretonne . Les publicitaires de tout poil se sont servis et se servent encore de cette image dans la promotion de leurs produits.
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La piraterie maritime

–  le retour de la piraterie maritime

par l’Amiral Merer le 16 octobre 2014

MER2selon les notes prises par M Ronan Pouliquen

 

 

 

La piraterie ( pillage de bateaux et prises d’otages en haute mer) connut plusieurs périodes fastes,notamment à la fin du 1er siècle avant JC en Méditerranée , au XVIIIème siècle dans les Antilles et l’Océan Indien pour disparaître peu à peu vers 1830 de ces régions, du fait du quadrillage des marines des Etats modernes.

-Laurent_Mérer_2011La réapparition de la piraterie date des années 90, à la fin du monde bi-polaire qui assurait la « police » sur les eaux internationales .

De 250 évènements de piraterie répertoriés en 2001 par l’IMB ( International Maritime Bureau), ce chiffre dépasse les 400 évènements à la fin de la 1ère décennie de ce siècle.

 

 

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