“Questions d’éthique : demande de repères ou retour de l’ordre moral ?”

 

Questions d’éthique : demande de repères ou retour de l’ordre moral ?”

Élisabeth G. Sledziewski universitaire honoraire, IEP Strasbourg

La fin du XX° siècle occidental a vu la défaite des sociétés disciplinaires et de la morale de prescription et d’interdit qui les avait structurées depuis l’âge classique. Ce “crépuscule du devoir” a induit une soudaine permissivité des mœurs, une émancipation brutale des individus, et par contrecoup une nostalgie, souvent fantasmée, des repères susceptibles de réguler les liens sociaux et d’assister le sujet dans sa quête de sens.

C’est dans cette tension entre effacement de la Loi et demande de règles que se noue l‘inquiétude éthique, posture caractéristique de la conscience contemporaine. Contrairement à la morale qui nous assujettit collectivement à des impératifs non discutables et nous livre individuellement aux affres de la culpabilisation, l’éthique se déploie avec l’effort original de chaque sujet, non plus pour se conformer aux normes, mais pour se les approprier en assumant la responsabilité partagée de leur fonctionnement. On voit donc toutes les instances de la société se doter de dispositifs éthiques d’alerte ou de réflexion qui, par leur dimension participative, se veulent des embrayeurs de citoyenneté.

Mais cette omniprésence de l’interpellation éthique, assortie d’une prolifération de recommandations et d’injonctions, peut aussi susciter le désarroi des acteurs sociaux. Ne s’agit-il pas là d’une ruse du vieux “dragon Tu dois” ? La société de contrôle, plus hypocrite que la société disciplinaire d’antan, ne tend-elle pas à faire de chacun de nous un agent de sa propre soumission à l’interdit ? N’assiste-t-on pas, sous couvert d’éthique, à un retour à l’ordre moral ?

On peut faire l’hypothèse, plus optimiste, que ce qui se joue dans l’actuelle demande d’éthique est une attente renouvelée à l’égard du lien social. Il s’agit en effet de surmonter la crise de l’éthos hyperindividualiste contemporain, marqué par deux expériences paradoxales, la difficulté d’être avec l’autre et le réinvestissement du bien commun. Ambiguë mais féconde, l’exigence éthique serait ainsi portée par notre besoin de reconstruire un nouveau régime de socialité démocratique, par notre espérance de reformer la figure du Nous.

Ci – après , vous pouvez écouter la conférence . Cliquez sur     Ethique – conf- 22112018