La Manu de Morlaix

La conversion d’une friche industrielle en un nouvel espace de vie culturelle

 

par M Thierry Seguin, prof en Arts du Spectacle à Rennes, administrateur Théâtre de l’Entresort

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Sur les friches industrielles

Les 3 révolutions industrielles avec rupture technologique espacées d’un siècle ont laissé des friches industrielles , situées pour une part au coeur même des cités, pour d’autres en périphérie des villes qui dans leur développement les ont absorbées ;
Pour mémoire
1ère révolution industrielle vers 1770 : charbon, acier, textile
2nde révolution industrielle vers 1870 :chimie, électricité, aluminium, automobile
3ème révolution industrielle vers 1970 : informatique – internet
L’emploi agricole avant la 1ère révolution a cédé sa place prépondérante à l’emploi industriel puis à l’emploi tertiaire,
Cette évolution de l’emploi a provoqué une révolution de l’urbanisme : des villes defensives du Moyen âge aux villes industrielles interconnectées , puis aux villes « pavillonnaires » actuelles très étalées ( densité urbaine divisée par 2 , espace occupé x 4 en 30 ans)
60 % des français vivent dans des villes de plus de 100 000 Hab.
Parallèlement en Occident, l’espérance de vie n’a cessé de croître
L’urbanisation massive des populations ,couplée à une espérance de vie plus importante et à une réduction de la période travaillée sur une existence crée une demande croissante de « biens culturels »,
Pour l’illustrer :
un européen regarde en moyenne la télévision 4 heures par jour (5 heures pour un nord-américain)
l’économie culturelle qui regroupe la création artistique, la production culturelle et les métiers de la mode représentent en 2008 en Europe 700 Milliards € contre 275 Milliards pour la production automobile.
En vingt ans , le nombre des espaces culturels s’est multiplié en Bretagne ( sans parler de la croissance de leur capacité d’accueil )
Les friches industrielles délaissées par leurs propriétaires ont été transformées successivement en squats , en ateliers par des artistes ( peintres, etc), en espace de vie par adjonction de cafés…
Dans un 2ème temps, les collectivités territoriales, réticentes au départ , ont « patrimonialisé » ces friches ( musée de mémoire collective) puis ont décidé de créer sur ces friches et/ou avec ces friches de nouveaux quartiers de ville à forte implantation culturelle

Des réalisations à Nantes, à Paris, ……

L.U. le lieu unique
l uSituée en bordure du Canal Saint-Félix, à proximité de la gare SNCF et du centre ville, l’ex-usine LU revit depuis le 1er janvier 2000 au rythme d’un centre d’arts atypique : le lieu unique.
Scène nationale de Nantes, il est un espace d’exploration artistique, de bouillonnement culturel et de convivialité qui mélange les genres, les cultures et les publics. S’y côtoient : arts plastiques, théâtre, danse, cirque, musique, mais aussi littérature, philo, architecture et arts gustatifs.
chaque année :
• plus d’une quarantaine de spectacles de théâtre, de danse, de cirque, de concerts, de rencontres littéraires, de débats philosophiques…
• plus de 200 jours d’expositions et de résidences d’artistes – des temps forts (Locus Solus, Un Week-end Singulier, Les rencontres de Sophie…) et un Labo Utile ouvert à tous (littérature, architecture, musique, philosophie…)
• 550 000 passages et plus de 100 000 spectateurs pour les activités artistiques.
L’ile de Nantes
vaste territoire de 337 hectares au bord du fleuve, l’Ile de Nantes occupe une position géographique centrale au cœur de la ville. Bastion industriel à partir du XIXe siècle, elle vit la fin des chantiers navals (Dubigeon – Chantiers de l’Atlantique)en 1987 comme un traumatisme.
Après presque 10 ans de réflexion (1989-1997), la Ville confie à l’équipe d’architectes-paysagistes Alexandre Chemetoff/Jean-Louis Berthomieu la mission d’imaginer le projet urbain de l’île de Nantes.
L’aménagement et la création d’espaces publics constituent la colonne vertébrale du projet : places publiques, squares et quais de Loire comme lieux de respiration ; circulations douces, piétonnes et cyclables favorisées ; transports collectifs structurants avec la les géantsligne 4 de BusWay et la future ligne Chronobus C5.
Autour d’eux, c’est toute une vie de quartier qui se développe : des programmes d’habitat variés et de qualité avec 25% de locatif social sur les opérations neuves ; des équipements publics pour répondre aux besoins des habitants ; des commerces de proximité.
L’île de Nantes contribue au rayonnement économique de la métropole. Auprès des industries encore présentes sur le site, de nouvelles activités se développent autour de l’économie de la connaissance (développement du Quartier de la Création) et d’une nouvelle offre culturelle et touristique : les Machines ( le Grand Eléphant, ….), les nefs, le hangar à bananes, la Fabrique, mais aussi Estuaire ou les Rencontres du fleuve .
Le Cent Quatre à Paris
Le bâtiment des pompes funèbres de Paris , inauguré en 1874 au 104 de l’ancienne rue des Vertus était composé de deux grandes halles dotées de verrières, de quais de déchargement, de cours anglaises, d’écuries et de caves sur plus de 270 mètres de long, et a cent quatreété inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques en 1997.
A l’arrêt de son activité, le maire de Paris en 2003 a décidé de réhabiliter l’ensemble architectural dans une démarche de renouvellement urbain . Inauguré le samedi 11 octobre 2008 ,le Cent Quatre s’étend sur une parcelle de 15 848 m2. Sa surface totale est de 36 800 m2 dont 7 300 m2 de parkings et 4 500 m2 de traversée centrale, soit 25 000 m2 de surfaces exploitables.
un pôle évènementiel et commercial de 2 500 m2 qui peut se déployer sur deux niveaux.
2 salles de spectacles de 200 à 400 places
4 000 m2 de plateaux de fabrication et de production répartis en 16 ateliers et 18 bureaux .
6 appartements allant du studio au 4 pièces.
jauge maximum : 5000 personnes ; 200 artistes en permanence sur le lieu. ;60 permanents
110 millions d’euros d’investissement financé à 100 % par la Ville de Paris 12 millions € de fonctionnement/an
Le recyclage des monuments ne date pas d’hier (cf la mosquée de Cordoue transformée en cathédrale ou Sainte-Sophie)

 

Le projet culturel à la « MANU »

Ouverte en 1740, la Manufacture Nationale des Tabacs a fermé définitivement ses portes en 2004 , laissant vacant 31 000 m2 bâtis.
Dès 2001, la CCI de Morlaix avait racheté la totalité du site pour le préserver ,avec classement aux Monuments historiques. Après de gros travaux de conservation (rénovation toitures) et de démolition ( 10 000 m2 de bâtiments sans intérêt patrimonial),la CCI entreprit de céder des parties de la Manufacture, notamment à Morlaix Communauté qui s’y est installé, entraînant dans son sillage d’autres structures : l’IUT GACO , les Editions Skol Vreiz, le Télégramme, l’AADI.
Afin de renforcer l’attractivité de Morlaix en tant que ville universitaire ( accueil du département Génie Civil en 2013-2014 , création de GACO- Arts) , un pôle culturel devait y prendre place : parallèlement au projet d’implantation du musée dédié à la mémoire industrielle et de l’Espace des Sciences de Rennes, le développement d’un espace culturel a été confié à SEW , une association qui regroupe le Cinéma La Salamandre, le Théatre de l’Entresort et l’association Wart, organisatrice du festival Panoramas qui porte le projet d’une grande salle de spectacle, une petite salle de répétition, 2 salles de cinéma de 100 et 200 places, des locaux administratifs communs et un café-restaurant
Le budget prévisionnel qui doit prendre en compte 2 types de contraintes fortes ( architecture et sécurité) oscille entre 3,4 Millions € et 3,9Millions € . L’ouverture est donnée pour 2014-2015. Le financement viendra pour une grande partie des collectivités territoriales et du CNC(Centre National du Cinéma), 10 à 15% restant à la charge de SEW.(siou)
Par ailleurs autour de la présence de KLT(Kerné Leon Treguer) d’autres projets verront le jour.

gaco morlaix

 

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CY-J2014

Nourrir le monde de demain par Marc Dufumier

Nourrir le monde de demain

 

par Marc Dufumier, Professeur émérite à l’AgroParisTech (Grignon)

1 LES ENJEUX

Les besoins alimentaires futurs demandent à prendre en compte les paramètres suivants :

a)l’ensemble de la population mondiale :

Notre planète compte aujourd’hui plus de 7.3 milliards d’humains et comptera probablement plus de 9.5 milliards d’habitants en 2050, soit une progression de plus de 30%

b) une alimentation de qualité
qui suppose l’absence de :
-listeriose
-salmonellose
-antibiotiques
-perturbateurs endocriniens ( résidus de pesticides dans les aliments mais aussi l’eau)
Prédiction scientifique : les générations (1970 & 1990 & 2010…) qui auront été exposées aux pesticides,et aux perturbateurs endocriniens, in utero et jusqu’à la post-puberté, même à faibles doses, ont une espérance de vie en bonne santé de dix ans inférieure à celle de la génération née en 1950.
Faut-il attendre que les statistiques(maladies d’ alzheimer , de parkinson) viennent le confirmer dans 50 ans ?

c) une production agricole mondiale qui permette aux habitants de toute la planète d’avoir une alimentation diversifiée (accès au lait, à la viande)
d) des productions agricoles
– pour l’alimentation humaine et animale
– pour l’industrie
– pour les agro-carburants

La planète serait-elle condamnée à la malbouffe au Nord, à la malnutrition au Sud, à un environnement dévasté au Nord comme au Sud  ?

2   DES ERREURS  A NE PAS COMMETTRE

a) augmentation des terres arables
Déforester à tout va permettrait sur une courte période d’accroître les surfaces cultivées et donc d’accroitre les volumes produits mais au prix d’une réelle dégradation de l’environnement ;

Cette solution ne résout pas le problème de la faim car un être humain a besoin de 200 kilos de céréales par an pour se nourrir correctement, c’est-à-dire sans carence en vitamines ou en oligo-éléments.
Paradoxe : La production mondiale est actuellement de l’ordre de 330 kilos par personne.
Le problème n’est donc pas quantitatif, mais économique : à l’échelle globale, une partie de la population mondiale (1/8ème) est tout simplement trop pauvre pour consommer.Comment donner les moyens de se nourrir à ce 1/8ème?

b) produire plus à l’ha selon le modèle actuel
La mise au point par la recherche (INRA, laboratoires des multinationales semencières) de variétés au moins à un pays ou à un continent voire à la planète a réduit la gamme des variétés, faisant courir un risque pour la biodiversité et donc pour l’approvisionnement en aliments .Trois entreprises multinationales se partagent plus de 50% de la production mondiale de semences.
Ces variétés pour donner leur plein potentiel supposent l’utilisation de tous les « cides » de l’industrie chimique (herbicide,insecticide, fongicide, nématicide,..), « cides » qui sont également produits par les mêmes multinationales…Impact sur la santé.

c) logique économique – dégradation  environnementale – aspects – impasses

c1 la concurrence internationale

Par exemple, la France (ou la Bretagne) a-t-elle les moyens de lutter à armes égales avec la concurrence internationale sur des produits basiques ? :
-l’Ukraine et ses céréales,
-le Brésil et le soja /le maïs (un poulet brésilien élevé au soja brésilien devrait être logiquement plus compétitif qu’un poulet breton élevé au soja brésilien transitant par Lorient, et ce sur les marchés du Moyen Orient)
-la République tchèque et ses fermes des mille vaches, (la Chine va mettre en concurrence la Nouvelle Zélande, l’Uruguay, l’Irlande pour la fourniture de la poudre de lait)
Ces produits bas de gamme, énergétivores, ont-ils un avenir sur le sol européen ?
c2 dumping sur les surplus
La surproduction européenne aboutit souvent sur les marchés des pays en voie de développement à des prix de dumping.  Par exemple la surproduction laitière européenne menace la production locale africaine et anéantit les possibilités pour les communautés pastorales locales de gagner leur vie.(idem céréales)
c3 les économies d’échelle
L’agriculteur des économies développées est pris entre les mâchoires
– de l’agro-business qui lui demande un produit standardisé
– d’une grande distribution qui exige des prix de plus en plus bas
c4 les coûts indirects
Dans le prix d’achat des denrées de base, le coût de traitement des eaux, des algues vertes ,le coût de traitement des maladies que cette alimentation cause, sont-ils incorporés ? Non. La collectivité, par le biais des impôts les prend en charge…
c5 un déséquilibre écologique
La spécialisation régionale aboutit à un paradoxe
-produire du porc breton suppose des importations de maïs brésilien ( la production de paille a été abandonnée, et comme le lisier est un fluide…)
-produire du blé suppose l’apport d’urée provenant de gaz sibérien
L’humus des sols n’est plus reconstitué…

3 ALORS QUE FAIRE?

a) objectifs
-production plus importante à l’hectare mais d’une manière autre
-des produits de haute qualité dans tous les sens du terme ­ – gustatifs, nutritionnels, environnementaux.
-Rémunération correcte des agriculteurs pour l’ensemble de leur travail
-respect de l’environnement

b)Comment

 Les techniques agricoles
Il existe des techniques agricoles inspirées de l’agroécologie qui permettent de nourrir correctement et durablement l’humanité toute entière,en couvrant les besoins journaliers en calories, protéines, lipides, vitamines et minéraux
(l’agroécologie est une discipline scientifique qui tend à rendre intelligibles les agro-systèmes élaborés par les agriculteurs au fil du temps)
– sur le plan technique
Les obstacles à l’élévation durable des rendements agricoles, sans recours excessifs aux énergies fossiles et aux produits pesticides, ne sont pas d’ordre technique .
11 Les besoins d’une plante
-les rayons solaires (utilisation maximale et gratuite) : couverture des sols
-le carbone (abondant dans l’atmosphère)
-l’eau ( utilisation maximale des eaux de pluies : haies, couverture végétale permanente, labours adaptés)
azote (nécessaire à la fabrication de l’humus et des protéines) qui proviendraient des légumineuses et non de l’azote de synthèse (urée, ammonitrate) du gaz russe
-calcium
-potassium
-phosphore ( épuisement d es ressources pour 2060 env. ; utilisation du phosphore total dans les sols, utilisation des arbres pour l’enrichissement des sols, du bois raméal fragmenté,…)
La combinaison de plantes diversifiées (ex blé/lentillon)pour la couverture des sols permettrait à l’humus de se reconstituer
12 des variétés fermières
La sélection dite « massale » effectuée par des générations d’agriculteurs a permis de constituer des variétés adaptées aux régions de production et à leur parasites (mécanismes d’autodéfense).
Par ailleurs , en conservant le bocage les équilibres écologiques entre insectes devraient permettre deréduire les dégâts occasionnés par les ravageurs.
c) les obstacles d’ordre économique et politique
Ce type de politique de développement agricole va à l’encontre :
– des intérêts directs de l’agro-business dans son ensemble et des filières associées ( transports,…)
– de la tendance des politiques douanières actuelles(suppression des barrières)

Il demande une amélioration de la gestion des terres agricoles (extinction des conflits d’occupation des sols)
d )les intérêts de ce type développement
-économie de moyens
-faire vivre les populations sur leurs sols ( éviter l’exode rural, le chômage, les migrations intra et intercontinentales)
-qualité de vie améliorée
-préservation de l’environnement
e) pure spéculation intellectuelle ou réalité
Des exemples en Afrique et en Asie ont démontré que les rendements peuvent être multipliés par 3 en moins de 15 ans, c-à-d plus vite que l’accroissement de la population.
Il semble toutefois que la mise en place de ce type de développement s’avérerait plus aisé dans les pays où l’agriculture est la moins mécanisée et où la main d’œuvre agricole est abondante.

f) la PAC – impact sur la santé et l’environnement
Pour les pays développés, la production agricole devrait d’abord satisfaire les besoins de leur propre population avant d’envisager l’exportation de produits élaborés à forte valeur ajoutée . L’hyper-spécialisation de chaque région devrait laisser place à un panel de productions diversifiées( Beauce =  blé + bétail par ex)
Plutôt que de verser directement aux agriculteurs français les 9 milliards d’euros de subventions, la PAC pourrait transférer 1,6 milliard à la « restauration collective hors domicile ». : les cantines d’écoles primaires, de collèges… les subventions servant à assumer le surcoût (et les circuits courts seraient favorisés). Moins d’importations et plus de productions locales.

Autre réorientation possible : donner aux subventions de la PAC un caractère incitatif. Les agriculteurs pourraient être rémunérés pour leurs services environnementaux. Ainsi, un professionnel qui pratique la technique du « zéro labour », et donc qui permet d’éviter les inondations et d’atténuer le réchauffement climatique, serait récompensé par les pays européens pour service rendu.

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L’Agroécologie :Vision passéiste ou vision futuriste de l’agriculture?

La « révolution verte » a laissé sur le bord de la route 1/8ème de l’humanité. Est-ce un abandon définitif , un dégât collatéral  ?

Ou d’autres voies doivent-elles être explorées ?

2017 CR Nourrir la planète

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Réf : CY-J09II2017

Le CESER Bretagne par Jean Bernard Solliec et Fanny Tartarin

   Le CESER de Bretagne

Par Jean-Bernard SOLLIEC-

Membre du Bureau du Conseil économique, social et environnemental – collège Entreprises et activités professionnelles non salariées

Et par Fanny Tartarin Directrice du Ceser

Dans chaque région française., deux assemblées régionales existent :
– le Conseil Régional : exécutif régional
– le Conseil économique , social et environnemental régional (CESER) : organisme consultatif / bureau d’études

En 1954, des comités d’expansion économique sont créés pour que les acteurs socioprofessionnels soient associés aux décisions publiques.
En 1972, année de la loi qui fait de la région un établissement public, naissent les Comités Économiques et Sociaux Régionaux (CESR) qui regroupent les représentants socioprofessionnels et associatifs. Après le Grenelle 2 ,ils deviennent Conseils Économiques, Sociaux et Environnementaux Régionaux (CESER) en 2010.

A) Rôle du CESER

a1 – Une assemblée consultative
Il donne son avis sur les dossiers que le Président du Conseil régional soumet au vote de l’assemblée.
Il réalise des études et débat sur toute question d’intérêt régional.
a2 -Un avis obligatoire sur les politiques régionales
Saisi par le Conseil régional ou le représentant de l’Etat dans la région, le Conseil économique, social et environnemental régional émet obligatoirement des avis :
– sur le budget régional,
– les grandes politiques de la Région
-les orientations dans les domaines relevant de sa compétence, le contrat projets Etat-Région et son bilan annuel d’exécution.
L’agenda du CESER est tributaire de l’agenda du Conseil Régional qui peut le questionner 15 jours avant une session.

Exemple d’avis lors de la session de janvier 2017
– budget primitif Région 2017
– Schéma directeur immobilier des lycées publics
-Plan d’actions 2017 – 2018
-Élaboration du SRADDET (Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires) : la Bretagne au carrefour des transitions

a3-Une force de proposition (auto-saisie)
Le Conseil économique, social et environnemental régional peut de sa propre initiative émettre des avis sur toute question d’intérêt régional. Il a ainsi une fonction d’évaluation des politiques publiques.
Pour anticiper les évolutions, il réalise des études prospectives d’intérêt régional. Il contribue de ce fait à l’élaboration des stratégies du développement régional.

Ex : vœu du Ceser de Bretagne sur la crise de l’élevage

B) Composition

Tout CESER en France est composé de membres (entre 65 et 128) nommés pour 6 ans par arrêté du préfet de région. Le CESER Bretagne compte quant à lui 119 membres :
Les conseillers économiques et sociaux régionaux bretons sont répartis en 3 collèges de chacun 38 membres et un 4ème de 5 membres :
-1/3 de représentants des entreprises et activités professionnelles non salariées de la région ;
-1/3 de représentants des organisations syndicales
-1/3 de représentants des organismes et associations qui participent à la vie collective de la région ;
-des personnalités qui, en raison de leurs activités ou de leur qualité, concourent au développement de la région. Elles sont désignées par le préfet de région : soit 5 conseillers pour la Bretagne
Ils se réunissent 4 fois par an minimum en séance plénière (L’hôtel de Courcy accueillant les séances plénières du Conseil régional, du Conseil économique social et environnemental régional) et travaillent dans des commissions spécialisées
La parité n’est pas encore atteinte dans cette institution méconnue du grand public.
Le Bureau du CESER ( 30 membres avec une composition respectant la règle de composition du CESER)
Il coordonne les travaux des Commissions dans l’intervalle des sessions, sous la responsabilité du Président du CESER Jean HAMON (Entreprises et activités professionnelles non salariées)

 Quatre Commissions
-sur la formation et l’enseignement supérieur
-le développement économique et la recherche
-l’aménagement du territoire et l’environnement –
-la qualité de la vie, la culture et les solidarités.

Deux Sections
-La Section prospective sur les évolutions techniques, économiques, sociales, démographiques…
-La Section Mer-littoral sur les questions liées à la vie maritime et littorale
En Bretagne, le Conseil économique, social et environnemental régional est engagé dans une coopération active avec les Conseils de développement de Bretagne.
Au niveau national, il coopère avec les Conseils économiques et sociaux régionaux français de la façade atlantique.
Au niveau européen, avec ses homologues des pays de l’Arc atlantique.

C) Budget de fonctionnement

La rémunération des membres du CESER est variable selon l’importance des régions, et représente au maximum la moitié des indemnités perçues par les conseillers régionaux de leur région . Pour la Bretagne : entre 1200 € et 1300 €/mois si activité pleine c-à-d 11 demi- journées par bimestre.

Une structure administrative de 15 personnes vient en appui aux travaux des membres du CESER Bretagne

Financement : 0,15% du budget de la Région
Exemples d’ études du CESER par thèmes
-les déchets en Bretagne : vers un cercle vertueux !(2015)

-Contribution du CESER de Bretagne à la réflexion : Territoires 2040, 7 grands enjeux et 31 défis.
-Les musées de France en Bretagne : de la conservation à la conversation
-Numérique et entreprises de Bretagne : urgence et opportunités
-Les formations aux métiers de la mer pour conforter la Bretagne comme grande région maritime
-Et après ? Les enjeux du Brexit pour la Bretagne –
-Des énergies marines en Bretagne : concrétisons la filière
-Les enjeux de l’eau en Bretagne à l’horizon 2040 : contribution à l’élaboration du Plan breton pour l’eau
-Sécuriser les trajectoires résidentielles des actifs en Bretagne
-Mobilité des populations et territoires de Bretagne, à l’horizon 2030 .Réflexions prospectives

D) Communication

Revue : « L’Avis régional » publié par le CESER Bretagne présentant ses études, forums et vœux sur des questions d’intérêt régional
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Le site internet du Ceser est complet et très bien élaboré : il permet de consulter l’ensemble des avis, des vœux,des études, des forum, des publications , etc….
CESER Bretagne
7, rue du Général Guillaudot CS 26918
35069 Rennes Cedex
Tél. : 02 99 87 18 75
……………………….
Réf CY-J2017II2ces

 

 

 

 

 

 

 

L’électrification des campagnes bretonnes par Jérôme Lucas

Jérôme LUCAS – auteur

L’électrification des campagnes bretonnes

Conférence animée  par Jérôme Lucas, « passeur de mémoire »

La collecte de témoignages auprès d’une centaine de personnes âgées se souvenant des débuts de l’électricité dans les campagnes bretonnes et les recherches effectuées dans les archives départementales, permettent de découvrir le défi relevé en Bretagne de 1920 à 1960 et de comprendre le changement radical du quotidien des habitants suite à l’électrification de leur maison, de leur village qui fut l’un des bouleversements majeurs de leur vie.

1 Un défi à relever

Les départements de l’Ouest, et plus particulièrement ceux de la Bretagne, furent les plus difficiles à électrifier. Les raisons en sont nombreuses : une population très dispersée et répartie sur toute la commune, de petites exploitations qui pratiquent la polyculture et l’élevage, des bâtiments agricoles et des fermes de taille modeste, un grand nombre d’exploitations affermées et morcelées, un obstacle physique sérieux à l’établissement des lignes de distribution dû aux nombreux talus plantés d’arbres et de haies et surtout une absence presque totale de grandes centrales hydroélectriques ou thermiques, absence de grands besoins industriels.

2 Comment vivait-on sans électricité dans le monde rural ?

Sans grande évolution depuis le Moyen Âge, l’habitation est constituée d’une pièce, chauffée par la cheminée, éclairée par une lampe à pétrole ou au carbure, dépourvue de point d’eau. L’eau était extraite d’un puits, le linge lavé au lavoir, la toilette corporelle a minima. La force des bras était l’unique source d’énergie pour baratter, pour hacher le jonc…La garde des troupeaux était confiée aux enfants ou aux anciens.
Les informations demandaient un passage par le bourg ou le bistrot (pas de journaux dans les campagnes)

3 Les balbutiements de l’électrification en Bretagne

En 1881 s’est tenue à Paris la première exposition internationale de l’électricité. Parmi les nouveautés le téléphone mais surtout les premières génératrices électriques alimentant les premiers moteurs comme celui du premier tramway ayant circulé à Paris ou encore les premières lampes à incandescence, en particulier celles de Thomas Edison.
Vers 1860, l’éclairage public dans les villes françaises était assuré par le gaz. L’arrivée de l’éclairage électrique à la fin du siècle a d’abord été vécu comme une rude concurrence par les compagnies délivrant le gaz d’éclairage. Les plus performantes n’ont pas tardé à s’adapter en devenant fournisseurs d’électricité, les autres freinant l’ arrivée de la nouvelle source d’énergie avant de péricliter.
 

(En 1893 la compagnie Lebon, créée en 1847 procède à un essai d’éclairage électrique en Espagne. Essai concluant et la compagnie propose l’électricité là où elle exploite le gaz. A Morlaix,où elle distribue le gaz depuis 1857 elle fournira l’électricité à partir de 1902. La distribution électrique en courant continu est alimentée par des moteurs à gaz et une batterie d’accumulateurs. Le courant alternatif suivra en 1924.)

4 Construction des 1ères usines électriques fin 19e

En 1887, la ville de Chateaulin sera la première cité finistérienne (la troisième en France) à s’éclairer aux ampoules électriques en utilisant une force jusque-là perdue, la chute d’eau de l’écluse de Coatigrac’h,

Les villes de St Brieuc, de Lorient(1894), de Brest (la centrale de Poullic Al Lor. De la Compagnie d’électricité de Brest et extensions) suivront ainsi que d’ autres grandes villes bretonnes.
Pour cause de contrats de 50 ans avec l’usine à gaz, le centre de Landerneau ne sera desservi en électricité qu’en 1925 et les quartiers périphériques attendront 1945.
A partir de gaz pauvre, les usines fournissent soit un courant continu soit un courant alternatif.

 Des « ingénieurs » bricoleurs créent leurs petites centrales
Dans les villes de taille plus modeste , voire dans des bourgades, des initiatives menées par des bricoleurs ingénieux mettent en place des générateurs alimentant sommairement l’éclairage public et/ou quelques habitations (Ex Le Faouet, St Aignan, Plouguenast)

5 Le plan d’électrification des années 1920

Le programme de l’électrification rurale de la France a été réalisé en grande partie entre 1920 et 1938.
La Première Guerre mondiale a élargi les domaines d’application de l’énergie électrique en ouvrant les yeux à un grand nombre de paysans, notamment aux plus jeunes : prisonniers de guerre en Allemagne, sur le front dans l’Est de la France, ils ont entrevu le progrès apporté par la « fée mystérieuse »
Ils seront d’un appui précieux pour les politiques comme Yves Le Troquer, Ministre des Travaux Publics, trégorrois d’origine qui voudront moderniser les campagnes bretonnes afin de freiner l’exode rural.
La période 1919-1939 constitue les années charnières où l’État et les collectivités publiques jouent pleinement leur rôle de propagandiste et de financier et voudront utiliser au mieux l’énergie de la péninsule : l’eau.

Intervention de l’Etat : étude gratuite des projets par l’intermédiaire du Service du Génie Rural , subventions et avances à taux réduits.
L’électrification passera par les syndicats intercommunaux à l’échelle du canton qui se regrouperont à partir de 1937 en syndicats départementaux pour pouvoir discuter à pied d’égalité avec les industriels du secteur.

6 À la recherche de nouvelles productions électriques (Guerlédan…)

Les côtes bretonnes sont électrifiées grâce à de petites centrales thermiques mais pas le pays du Centre-Bretagne Pour permettre le développement de la zone intérieure
L’aménagement hydroélectrique de Guerlédan se construit entre 1923 et 1930. Il a d’abord fait l’objet d’une concession accordée à la Société Générale d’Entreprises en 1923, qui a été rapidement transférée à sa filiale : la.UHEA .
L’aménagement hydroélectrique de Guerlédan est situé sur le fleuve du Blavet, à la frontière des départements du Morbihan et des Côtes d’Armor.(le projet initial prévoyait la construction d’une échelle d’écluses(ascenseur à péniches) en parallèle au barrage afin de maintenir le trafic fluvial sur le canal de Nantes à Brest. )

7 Première phase d’électrification des années 1930

Parallèlement à l’aménagement de Guerlédan, l’UHEA (Union Hydroélectrique Armoricaine) , constituée en 1923 avec le concours financier de l’Etat, des départements des Côtes d’Armor et du Morbihan et de la ville de Lorient, se préoccupe de l’absorption de l’énergie produite : elle construit un maillage de lignes de 45 000 Volts permettant l’interconnexion des réseaux
Entre 1920 et 1940, les petites entreprises disparaissent ou sont absorbées par les 2 compagnies qui à la veille de la 2nde WW dominent le marché de la distribution d’électricité en Bretagne : la Compagnie Lebon et l’E.I. (Energie Industrielle). EN 1940, 80% de la population du Morbihan a accès à l’électricité.

8 Implantations des lignes

 La ligne droite est privilégiée dans la mesure du possible.

9 Les résistances, la peur de l’électricité

l’électrification rurale se heurte à une forte résistance des populations rurales qui demeurent traditionalistes. Cette résistance (crainte du feu, perturbation des animaux, coût de l’électricité et de son installation) s’atténue progressivement les bienfaits que pourrait apporter l’électrification sur leur vie de tous les jours : éclairage et force motrice l’emportent finalement..
Certaines communes refusent toutefois son installation dans les années 20, n’y voyant pas d’intérêt.

10 L’électricité sous l’Occupation allemande

L’occupation allemande fera regretter ces refus : la pénurie de charbon, de pétrole pendant cette période se traduira par un appel au système D : branchement sauvage sur lignes existantes, etc.
Les réseaux électriques bretons souffriront également de pénuries(priorité à l’armée allemande), pannes, sabotages et bombardement par les forces alliées.

11 Dernière phase d’électrification 1950- 1960

En 1919, sur les 38 014 communes que compte la France métropolitaine, 7 500 seulement sont raccordées à l’électricité, soit environ 20 %, celles-ci comprenant d’ailleurs toutes les villes.
Au 1er janvier 1941, 36 899 communes, soit 97 % de la population, sont desservies
En Bretagne toutefois, près de la moitié des logements ruraux n’ont pas encore accès à l’électricité.

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ampoule centenaire

De 1948 au milieu des années 1960 (1964 pour la Bretagne)s’achève, avec Électricité de France (EDF) créée en 1946, l’œuvre entreprise sous le signe de l’équité territoriale par la péréquation des prix et tarifs.
Les syndicats d’électrification en Bretagne se démènent pour réaliser les programmes prévus ; parfois même des extensions hors programmes sont réalisées.
Des électriciens « formés sur le tas » assurent les installations chez l’habitant.
Des entreprises s’implantent dans la région pour construire des poteaux et ceci à proximité des gares, pour poser ces mêmes poteaux. Les communes sont subdivisées en quartier d’environ 30 foyers pour être doté d’un poste de transformation.

12 Le soulagement, l’émerveillement des habitants

Le monde rural entre de plain pied dans la modernité : l’égalité entre citoyens(citadins/ruraux) est retrouvée.
L’électricité permet un autre regard sur son environnement,son propre habitat qui sort de la pénombre, une ouverture sur le monde ( le poste : la TSF) (,avec toutefois la crainte du montant de la facture…)

13 Les évolutions permises grâce à l’électricité

. les appareils pour les tâches ménagères (fer à repasser, machine à laver…)
. les moteurs pour les opérations de battage, …
. l’eau courante…
. le gardiennage des troupeaux

L’électrification, avec les grands aménagements d’après guerre ( réseau routier, téléphonie…) participera à la modernisation à marche forcée de l’agriculture, tout en faisant disparaître il est vrai quelques anciens métiers ( ex : fabricants de bougie). Comment imaginer le présent sans l’électricité ? Impensable. Economiser l’énergie comme faisaient les 1ers utilisateurs ? Peut-être judicieux ?

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Réf : CY-J2017OI12

BRETAGNE connectée par Gwenegan BUI

gwenegan-bui
Gwenegan BUI – Conseiller Régional – Membre de la Commission Champsaur

BRETAGNE connectée

par Gwenegan BUI

La Bretagne s’est engagée dans un plan de développement du « très haut débit » sur une quinzaine d’années mobilisant d’importantes ressources financières. Pourquoi ce plan ?

1) Une demande croissante

(la notion de très haut débit désigne aujourd’hui un débit supérieur à 30 Mégabits par seconde ; cette frontière va rapidement évoluer vers le seuil de 100 Mbit/s, et probablement beaucoup plus d’ici 2030)

78 % des Bretons de 15 ans et plus sont considérés comme internautes : ils se connectent à Internet au moins une fois par mois. Parmi eux, 81 % se connectent quotidiennement.

Close-up of fiber optic cables
Close-up of fiber optic cables

a) innovation technologique et évolution des équipements : accélération

S’il a fallu 80 ans pour que 50% de la population française soit équipée d’automobiles, 70 ans pour le déploiement de la téléphonie filaire sur l’ensemble du territoire, 50 ans pour l’électricité, il n’a fallu que 20 ans pour que l’usage d’Internet se généralise.

b) l’équipement des ménages en Bretagne

                                  2012        2014
-téléphonie mobile  86%        92%
-ordinateurs            80%       83%
-usage internet       79%        83%

c) segmentation de l’utilisation d’Internet

c1 pour les ménages
-communication ( mail, skype…)
-information (drive,….)
-démarche administratives
-achats, ventes
c2 pour les entreprises
      évolution                                           2008     2015
-Site Web                                                  53%       78% ( communication )
-traçabilité produits                                57%       74% (logistique)
-Certificat électronique                          37% env 50% (sécurisation des transactions)
La marge de progression est encore importante au niveau des entreprises

d) évolution prévisible des équipements des ménages

En moyenne , en 2015 un ménage possède 6 écrans connectés , soit 2 à 3 téléviseurs, 1 smartphone, 1 tablette, 1 console de jeux ; en 2008 ce nombre passera à 9 écrans ; en 2022 12 écrans connectés .
Car la domotique va se généraliser , le prix d’équipement pour un pavillon étant déjà descendu à 2500 € contre 10 000€ il y a 5 ans.

Cette évolution aura un impact :
-sur l’emploi existant (ex mail / poste , drive/Grande Distribution…)
-sur le quotidien des citoyens dans des domaines divers (sécurisation des sites, contrôle énergétique des habitations, santé, éducation)
-dans l’industrie ( contrôle de la production, automobile connectée, visioconférence,….fibre_interieur)

Cette demande en forte croissance nécessite une augmentation des débits sur les réseaux ( débit descendant mais aussi débit ascendant)

2) le Très Haut Débit en Bretagne (THDB)

a) Inventaire des technologies existantes

– le satellite ( onde faible et partage des informations)
– Wi Max dans les années 2000 par onde téléphonique (signal dégradé)
– ADSL cable cuivre ( limitation à 250Mega)
– fibre optique (sans limitation en flux ascendant et descendant)

Si le temps de chargement d’un site prend 20 sec. par ADSL, il se réduit à 0.2sec par fibre optique.

schemab) équipements à réaliser en Bretagne pour la fibre optique

-connexions entre centres répartiteurs et centres sous-répartiteurs
-connexions entre centres sous-répartiteurs et usagers

c) le plan France du très haut débit

Le plan France très haut débit (THD) qui entend apporter le très haut débit à l’ensemble de la population française d’ici 2022, dont 80% en technologie FTTH (fibre à domicile) comprend la couverture des zones denses et moyennement denses (soit 57% des foyers) par les opérateurs  ; les collectivités se chargent, à partir de réseaux d’initiative publique (RIP), de couvrir les 43% restant. Le budget pour créer la future infrastructure de communications électroniques a été estimé à 20 milliards d’euros dont 6 à 7 seront supportés par les opérateurs et plus de 13 par les collectivités appelées à recevoir environ 3 milliards d’aides.

d)aménagement du territoire breton : initiative privée & initiative publique

En Bretagne, les opérateurs privés se sont engagés à déployer des réseaux de fibre optique jusqu’à l’abonné (FttH) dans certaines villes et agglomérations l’initiative privée concerne 10% du territoire et 40% de la population : les territoires autour de Brest, Concarneau, Douarnenez, Fougères, Guingamp, Lannion, Lorient, Morlaix, Quimper, Rennes, Saint Brieuc, Saint-Malo, Vannes et Vitré.
Quid des 90% du territoire breton restant et de 60% de la population restante ?

e)la démarche publique bretonne

La Région a créé un syndicat mixte MEGALIS associant toutes les collectivités locales. Celles-ci regroupent toutes les tendances politiques afin qu’en cas d’alternance le projet soit mené à son terme.
canvase1 2 projets :
-couverture à 80% : coût 950 Millions €
-couverture à 100 % : coût 2,1 Milliards €
La couverture à 100% du territoire breton a été retenu.
e2 les raisons du choix
– L’économie de la Bretagne repose sur 3 fondamentaux :
.l’agro-alimentaire
.l’industrie automobile
.les TIC (Technologies de l’information et de la communication )
Ces 3 secteurs sont confrontés à une concurrence internationale exacerbée ,en provenance du monde asiatique pour les 2 dernières.
Le Japon par exemple a décidé de passer à la fibre optique à 100%, considérant que ce passage est un avantage compétitif de rupture.
Ne pas investir dans la fibre optique en Bretagne équivaudrait à terme à sortir la région des circuits commerciaux.

– le choix du 100% s’explique aussi la volonté de ne pas accélérer la désertification des zones non desservies (délocalisation régionale des entreprises par ex.)

La Bretagne est la seule région en Europe à avoir fait ce choix de 100%( l’Europe curieusement n’ayant pas cru devoir adopter une politique globale en ce domaine.)

f) le financement retenu

f1 le coût moyen  par prise installée
Ce coût est estimé à 2000 €;
Ce coût varie en fonction de la zone : de 800€ à 4000 €
f2 un financement forfaitisé au niveau breton
. 445 € à charge de l’EPCI local ( établissement public de coopération intercommunale)
. 1555 € par MEGALIS

INITIATIVE PUBLIQUE
INITIATIVE PUBLIQUE

g) axes de la politique de déploiement

  • géographique
    . priorité aux villes moyennes bretonnes (Carhaix, Loudéac, Redon, Lamballe,…) « fibrée » au même rythme que les villes équipées par le secteur privé ( horizon 2018)
    . une prise installée en milieu urbain = 1 prise installée en secteur rural
    . « boostage » des zones très mal desservies comme Guimaëc (inconvénient : elles attendront la fibre optique…)
  • dans le temps
    La Phase 1 prévoit
    ,entre 2014 et 2016 le déploiement de la fibre optique jusqu’à l’abonné pour environ 70 000 locaux (foyers, entreprises et services publics) situés dans 4 villes moyennes (Auray, Carhaix-Plouguer, Lamballe et Redon et l’équivalent en nombre de lignes dans 28 zones rurales –
    ,entre 2014 et 2018 le déploiement de la fibre optique pour environ 240 000 locaux (foyers, entreprises et services publics) situés dans 13 villes moyennes (Auray, Carhaix-Plouguer, Châteaulin, Dinan, Dinard, Lamballe, Landerneau, Loudéac, Paimpol, Ploërmel, Pontivy, Quimperlé et Redon ) et l’équivalent en nombre de lignes en zone rurale

Phase 2 : 2019/2023     400 000 prises
Phase 3 : 2024-2030     627 000 prises
Ce phasage était nécessaire pour les raisons suivantes :
– phase d’apprentissage pour les entreprises qui installent la fibre avant la montée en puissance
– déficit de personnel qualifié
– obtention des financements
– un recensement ajusté des besoins en tenant compte du développement futur ( projet de constructions, etc)
– des difficultés imprévues ( élagage pour les réseaux aériens, passage enterré dans les propriétés privées)

-la complexité des réseaux sur le territoire

h) décision d’équipement

Cette décision de déploiement  appartient à le l’EPCI local (c-à-d l’intercommunalité)

i) équipement de la zone de Morlaix

. Morlaix est en cours d’équipement avec boostage en zones périphériques
. Lanmeur équipement en raison de l’Hôpital
. la zone côtière léonarde pas de demande hors boostage
. zone landivisienne : en demande d’équipement

j) coût pour l’usager

. proposition commerciale particulier : 49,99€/mois
. pour entreprise : 400€/mois (tarif aménagé)

k) opportunité d’emploi

Ce chantier va s’étaler sur 15 ans : les entreprises de génie civil comme Vinci sont à la recherche de personnel local qualifié ( formations existantes de 6 mois)

En conclusion

Au delà des difficultés techniques et technologiques, au-delà de la gestion de l’impatience de certains usagers en attente de desserte , la prolifération des appareils (interconnectés en temps réel) d’évaluation et d’auto-contrôle des individus et de leurs activités conduit insidieusement mais inexorablement aux portes d’une société « orwellienne » . Véritable défi que devra affronter la société de demain, non la société d’aujourd’hui..

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Nota : la zone de Langolvas en sous-équipement actuellement devrait bientôt voir arriver la fibre… : une entreprise a quitté la zone récemment en raison de l’insuffisance de réseau (NDR)

 

Réf :CY-JXI27

cr-bretagne-connectee-gwenegan-bui2016

Le lin et le chanvre dans le Léon finistérien par Mme Andrée Le Gall-Sanquer

le gall sanquerSUR LES TRACES DU PATRIMOINE LINIER EN LEON

par Mme Le Gall-Sanquer

Le lin (vraisemblablement le plus vieux textile au monde) et le chanvre sont deux cultures ancrées dans une tradition historique ancienne en Europe et notamment en Bretagne.
L’Association Lin et Chanvre de Bretagne, présidée par Mme Andrée Le Gall Sanquer, qui regroupe 60 structures sur les 5 départements bretons, s’est donnée pour mission de 220px-Egyptiens_récoltant_le_lin_(hypogée_de_Thèbes).mener un inventaire du patrimoine linier et chanvrier de Bretagne, de développer la visibilité de ce patrimoine sous la forme d’une Route des Toiles et enfin de promouvoir leur culture dans une démarche de développement durable.

fleur de lin1- HISTORIQUE (du XVème siècle au XIXème siécle)

 

L’essor de la population européenne à partir du XIVe siècle, puis les grandes découvertes et le développement des échanges transocéaniques, ont entraîné un accroissement des besoins en textile. : l’habillement, la literie mais également pour emballage des marchandises et, surtout, les voiles des navires.

manufacture_toile_ea) Les zones de production
Les productions de lin et de chanvre sont plus ou moins présentes sur l’ensemble du territoire breton. En dépouillant les inventaires après décès,apparaissent toutefois 3 zones plus largement dédiées à la production de lin pour le commerce. La qualité de la production encadrée par un règlement édicté en 1736(tampon dateur apposé sur les toiles) assurera leur prospérité.

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b) la culture du lin
b1. origine de la semence de lin
Les graines de lin arrivaient au port de Roscoff en provenance des pays baltes, pour être redistribuées par

Routoir
Routoir

cabotage. Les belles demeures anciennes de Roscoff doivent beaucoup à ce commerce.
b2.  zones de culture
Les zones limoneuses de bord de mer se sont avérées les plus propices à cette culture ( inversement au chanvre), le travail du lin étant plutôt effectué dans l’arrière-pays(rotation : 7 ans entre 2 cultures de lin; excellent en tête de culture)
b3. la plante
Le lin est une plante annuelle, avec une tige de 75 cm pour le lin oléagineux, de 1m à 1,10 pour le lin fibre (3m pour le chanvre), reconnaissable à ses fleurs bleues. Une coupe transversale d’une tige de lin fait apparaître un « bois » central entouré de tiges elles-mêmes enveloppées de  pectine qui elle, est soluble dans l’eau.

andin de lin
Andins de lin

c) les étapes de production de lin
-semis (1800 graines au m2) à la Saint Georges (23 avril)
-arrachage en juillet
-égrenage
-rouissage (désagrégation de la pectine par humidité)
-teillage (élimination du bois central) pour la récupération des fibres
-peignage (séparation des fibres courtes des fibres longues)
-filage (au rouet principalement)
-particularité du Léon, blanchiment du fil  dans les Kanndi pour une meilleure valorisation
-tissage à bras (au 18ème siècle, 25 000 tisserands en Bretagne)
A noter que ces différentes étapes de production étaient assurées par des petits paysans en complément d’activités, qui étaient au service d’une petite caste de paysans-marchands : les juloded.

d) le commerce des toiles
exportation_toiles_eLa Bretagne se retrouve à cette période au cœur d’un vaste système d’échange planétaire. ; les toiles sont exportées vers l’Angleterre et l’Espagne par les ports agréés de Saint-Malo, Morlaix (lin et papier), Landerneau (lin). De l’Espagne, où sont implantés des marchands français, les toiles de lin et de chanvre gagnent les colonies d’Amérique.
Au début du XIXème, le textile breton est violemment concurrencé par les filatures anglaises, belges et du Nord de la France ; le coton prend son essor, la marine à voiles sombre…
Pour enrayer le déclin de la production de toile, des marchands léonards créent en 1845 la Société linière du Finistère, basée à Landerneau. Elle fait venir des machines d’Irlande et d’Angleterre, des Ecossais pour encadrer la production. Elle emploiera jusqu’à 2000 salaries, 4000 en comptant la sous-traitance. Liquidation de la société en 1891.

2- LE PATRIMOINE ASSOCIE AU LIN

kanndi_
Kanndi – schéma

a) le patrimoine direct
a1 les « ateliers »
.dans le Tregor, les routoirs (pour rouir) – parfois en enfilade
.dans le Leon, les Kanndi (pour blanchir le fil)

a2 les outils spécifiques
-les peignes à égrener- -les espades
-les peignes à peigner-les rouets à lin-les métiers à tisser -les dévidoirs

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tourisme-la-maison-penanault-ouvrira-en-2014
Penanault – maison de négociant – quai Morlaix

b) les patrimoines indirects
-les maisons de paysans-marchands avec escalier extérieur menant à la pièce dédiée au commerce des toiles
-les grandes maisons des négociants exportateurs et armateurs

maison à pondalez - Morlaix
maison à pondalez – Morlaix

-des maisons à pondalez (qui auraient pu servir de maison d’exposition pour les toiles)
-du mobilier (coffre à grain, « presse à lin », orfèvrerie (tasses à 2 anses)

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La Martyre

-les enclos paroissiaux
Les riches marchands ont bâti ces enclos et paradoxalement le déclin brutal de la richesse liée à la production linière a préservé ces enclos fortement concentrés sur l’arrière pays léonard ( le manque de fonds empêchant toute rénovation des bâtiments religieux).
Cette richesse, qui en amont  a donné du travail aux paysans, a également permis d’entretenir toute une population d’artistes , de sculpteurs, d’orfèvres..

3- LE LIN AUJOURD’HUI

a) utilisation du lin
La graine de lin est riche en oméga 3 : alimentation humaine et animale.
Par ailleurs, le lin fibre peut être utilisé comme matériau composite (bio sourcé) dans l’automobile, dans le nautisme et dans l’aéronautique.
Ses sous-produits sont également utilisés : étoupe, papier,…
Carte-production-lin

b) la production linière fibre
Le lin (200 000 t/an) et le chanvre n’occupent qu’une place marginale dans la production mondiale de  fibres naturelles (respectivement 2,4% et 0,3% de la production mondiale)  largement dominée à près de 75% par le coton
France         75 000 Ha.    95 000 Tonnes de lin teillé

La France reste le principal producteur de textile de lin ;
La Normandie, grâce à ses conditions climatiques exceptionnelles et au savoir-faire de ses liniculteurs, reste le bassin de production privilégié pour cette culture. Ils assurent en effet 60% de la production française et 45 % de la production européenne transformée.

récolte del in
récolte mécanique

c) la transformation
Le lin textile (80%) partait pour la Chine en début de ce siècle, pour revenir en produits manufacturés. Les producteurs normands conscients du risque de n’avoir qu’un seul client ont diversifié leurs débouchés (automobile, etc…) et sont parvenus à réduire leur dépendance à l’égard de ce pays (60% de leurs débouchés).

Cette production a disparu des paysages léonards depuis plus d’un demi-siècle (la relance par l’OC de Landerneau dans les années 1960 ayant fait long feu).
champ-de-lin« L’or bleu » tapissera-t-il de nouveau  les campagnes du Léon ? L’étude de rentabilité reste à faire. Son retour supposerait la mise en place de toute une filière, lourde en investissements….

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Le lien ci-dessous vous donnera information détaillée sur le lin et le chanvre en Bretagne :

www.linchanvrebretagne.org

Les illustrations de ce CR proviennent en grande partie de ce site.

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Réf : 03CYJmarzo6

 

L’étain en Bretagne par Pierre Reynard

L’étain en Bretagne

pierre reynardpar Pierre Reynard,ingénieur e.r.
Depuis 2013 Ministère de l’économie est sollicité pour l’octroi de permis exclusifs de recherches de mines (Perm) en Bretagne. La Presse s’en est fait écho à plusieurs reprises. L’étain est l’un des métaux recherchés. Que sait-on de la présence et de l’exploitation de ce métal en Bretagne?

2010_Carte_Mines_BRGM

1) Généralités sur l’étain

structure cassiterite
structure cassitérite

a) propriétés
l’étain est l’élément chimique de numéro atomique 50, de symbole Sn (du latin stannum). Il appartient au groupe des cristallogènes .Température de fusion : 232°C .Corps conducteur de l’électricité, et de la chaleur,
À température ambiante le corps simple étain est un solide métallique, à -50°C il devient pulvérulent. Il résiste à la corrosion par l’eau de mer et l’eau douce

b)usage actuel
Il est connu depuis l’antiquité où il servait à protéger la vaisselle de l’oxydation(peu toxique.) et pour préparer le bronze. : il en est fait mention dans l’Ancien Testament.
En 2015 , l’étain est utilisé:
-50% pour des soudures sur les pièces électriques et électroniques ( téléphone portable : 7 gr)
-15 % industrie chimique,( pigmentation…)
-en alliage pour obtenir du bronze
-dans la fabrication du verre
-15% fer blanc
-vaisselle

c) Minerai d’étain
cassiteriteL’étain est extrait essentiellement d’un minéral appelé cassitérite où il se trouve sous forme d’oxyde SnO2. La cassitérite se trouve dans les roches magmatiques acides (granites et pegmatites) et dans les filons liés. Elle est aussi exploitée dans des gîtes alluvionnaires.

L’étain est également extrait de la stannite qui est le sulfure d’étain commun(Cu2FeSnS4) . Elle se trouve dans des gîtes de haute température, elle a un éclat et une couleur acier, elle se présente en masses granulaires. Il s’agit d’assemblages de petits cristaux (30 mm) associés à différents minéraux, souvent de cuivre, d’arsenic ou de tungstène.

d) une utilisation
Dans l’Antiquité, vers -4.000 ans, les forgerons savaient qu’en chauffant par réduction, un mélange de malachite et de cassitérite ils obtenaient du bronze, d’autant que l’étain était facile à récupérer ( dans les alluvions). L’influence du bronze fut si grande qu’une période de l’histoire fut appelée « âge du bronze » en référence à cet alliage (d’environ 2000 à 800 av. J.-C.).

Métal de haute importance (fabrication des armes notamment), le contrôle de l’approvisionnement en étain était stratégique pour les puissances de l’époque : Les navires phéniciens ont franchi les colonnes d’Hercule et sont allés jusqu’en Bretagne et en Cornouaille (les mythiques « îles Cassitérides ») à la recherche des mines d’étain Plus tard, Jules César a décrit l’exploitation de minerais d’étain dans les mines de Cornouailles.
e) son degré d’importance au XXIème
Avec 300 000 tonnes produites par an , la production d’étain est loin du niveau de production d’autres métaux comme l’aluminium (50 Millions de T) ou encore du cuivre (20Millions de T)

world-tin-producersLes principaux fournisseurs sont à l’heure actuelle : la Chine, l’Indonésie et la Malaisie.
En France , un seul site est encore exploité : Eychassières dans l’Allier ( 60T/an de sous-produit du kaolin)
Les réserves mondiales connues sont estimées à 6 Millions de tonnes, soit 20 ans de production, sachant que 30% du métal sont à l’heure actuelle recyclés.
Le prix de la tonne sur le LME (London Metal Exchange) avoisinait en 2015 les 20 000USD (en 2003 : 6200$ et en 2007 : 16 000$)
Ces prix sont éloignés du prix de l’aluminium ( 2000 $/T) ou du cuivre (7000$/T )

f) métallogénie (mécanismes de formation des gisements métallifères )

Kassiterit
Kassiterit

L’étain est peu abondant sur la croute terrestre : 2ppm soit 2,5gr par tonne de roche ( contre 41 000 ppm pour le fer , 82 000 pour l’aluminium et 50 pour le cuivre)
Les gisements primaires ( 60%) sont situés pour la plupart soit au voisinage des masses granitiques soit au voisinage des volcans(teneur de 3 à 5% d’étain)
Les gîtes secondaires (40%) se retrouvent dans les rivières ou à l’embouchure d’un fleuve sous forme d’alluvions ( teneur : 0,1% d’étain).
g) méthodes de recherches
la battée ( instrument traditionnel)
le sondage par carottages
l’inventaire géochimique par analyse des composants du sol dans une région
des campagnes héliportée ou aéroportée pour analyser les variations des champs magnétiques au sol
h) exploitation des gisements
h1 les gisements alluvionnaires : pontons – dragline
h2 les gisements primaires : à ciel ouvert ou en souterrain
Les produits extraits sont ensuite lavés, concassés, séparés par granullométrie.
L’étain brut est obtenu par pyrométallurgie en présence de carbone et de chaux qui sert de fondant, dans des fours réverbères ou des fours électriques. Dans les fours réverbères, la réduction vers 1300-1400°C dure environ 15 heures. La plupart des impuretés se retrouvent dans les scories. L’étain brut est coulé en brames.
Principales firmes en production minière
-PT Timah (Indonésie) : 32 000 t en 2010
-Minsur (Pérou) 28 500T
-Yunnan Tin Group (Chine) 24 000 T
-Guangxi China Tin ( Chine ) 11 000 T
-Metal X (Australie) 8 000 t

2 l’étain en Bretagne

a) données chiffrées

La Bretagne (Massif Armoricain)est riche en étain : elle recèle de gîtes de taille modeste comparés à ceux de la Cornouaille anglaise où ont été extraites 200 000 tonnes d’étain.
Au total 10 000 tonnes auraient été extraites du sol breton dont 7 100 tonnes depuis le 19 ème siècle. Les réserves s’élèveraient à 25 000 tonnes

Le-monitor-en-actionb) localisation

1- Saint Renan
En 1957, des prospecteurs à la recherche d’uranium, redécouvrent (puisqu’on a alors retrouvé des traces d’exploitation antique) que les marais de Saint-Renan contiennent une importante concentration d’un minerai qui, après expertise, s’avéra être de la cassitérite d’une qualité exceptionnelle. Une campagne de sondage avec des carottages tous les 50 mètres permettra de déterminer une zone exploitable industriellement. Cette zone s’étendait sur 7 kilomètres de long sur une largeur maximale de 6oo mètres et une profondeur de 8 à 10 mètres entre Lannéon et Ty-Colo. Ces marais étaient constitués par les alluvions d’un ancien fleuve qui coulait dans la vallée bien avant l’Aber-Ildu
La Compagnie Minière de Saint-Renan (COMIREN) va être créée en 1960 sous la présidence de M. Charles Pavot, l’un des prospecteurs. L’extraction commença par la désagrégation du sol par abattage hydraulique consistant à

LA DRAGLINE
LA DRAGLINE

diriger un puissant jet d’eau sur le sol par l’intermédiaire d’une lance à grand débit appelée  » monitor ».

LaverieWb
laverie

Le sol est ainsi transformé en une boue semi-liquide aspirée par une pompe puissante et refoulée vers une station de lavage et de séparation. La boue passe par un système de tamis qui sépare d’un côté les matériaux inutilisables et de l’autre le sable lavé, le gravillon et le minerai.
Lorsque l’excavation creusée par le monitor est assez profonde une drague d’origine américaine va être mise en service avec une capacité d’aspiration et de refoulement de 2000 mètres cubes par 24 heures.
Saint-Renan prendra le surnom de capitale européenne de l’étain, mais le gisement dès 1975 sera épuisé, après l’extraction de l’équivalent de 4 000 t de métal pur pour 6 300 t de minerai exploitable. Les autres matériaux extraits, environ 700 000 m3 par an, ont été diversement utilisés, surtout pour les travaux publics (assainissement du fond de la vallée, routes,…)
De l’exploitation restent des lacs qui tapissent la vallée. Il s’agit des lacs nommés Comiren (exploitation abandonnée en 1964), Tréoualen (1965) ,Lannéon (1967) ,Poulinoc (1967), Ty Colo (1974) ,Pontavennec
À noter qu’outre l’Aber-Ildut à Saint-Renan, d’autres sites furent également exploités par la Comiren durant les années 1970, dont celle de l’affluent de l’Aber-Benoît qui arrose Bourg-Blanc, comme en témoignent la douzaine de lacs vestiges de l’exploitation: l’un d’entre eux constitue aujourd’hui le plan d’eau qui baigne le parc de loisirs La Récré des 3 Curés sur la commune de Milizac), deux autres sont le centre d’un parc aménagé par la commune de Bourg-Blanc.
La Comiren, qui a employé jusqu’à 150-180 personnes, avec le statut de mineur .Elle commercialisait 40 tonnes par mois à une société espagnole. La société s’arrêtera en 1977.

1 bis Lanmeur Plougasnou

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sable extrait

Le « district stannifère » de Plougasnou-Saint Jean du Doigt est lié au massif de granite rose de Lanmeur, recoupé par un faisceau de fractures presque verticales orientées NE-SW qui contiennent des filons quartzeux minéralisés en étain et en cuivre, à l’origine du gisement de cassitérite alluvionnaire en partie exploité par COMIREN.

Des prospections ont été effectuées par le BRGM à partir de fin 1962 et ont abouti dès 1967 à l’identification d’un gisement de cassitérite dans le vallon du ruisseau qui va de Kerprigent à l’anse du Diben. Des premiers indices filoniens ont aussi été mis en évidence ; des travaux importants de reconnaissance sur ces filons ont permis d’évaluer les réserves présentes à 5 500 t d’étain et 10 000 t de cuivre, mais ce n’était pas suffisamment rentable pour  lancer une exploitation des filons découverts.

Entre temps, la COMIREN a exploité la cassitérite dans le lit amont des ruisseaux venant de Guersaliou et de Kerprigent, en particulier le « flat » vers Mesquéau. Le minerai extrait jusqu’à 5m de profondeur subissait un premier lavage avant d’être transporté par camion sur le site de Saint Renan. Cependant l’exploitation s’est  arrêtée en 1973, après 1 ,5 année d’exploitation et après avoir extrait environ 200 t d’étain (+10 kg d’or), ceci en raison de l’opposition des riverains qui craignaient de perdre des terrains cultivables. Les zones exploitées ont ensuite fait l’objet d’une remise en état, soit en remblayant les parties excavées, soit en créant des étangs (par exemple à Mesquéau).

2 Le site minier d’Abbaretz

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vue aérienne

Il se situe  dans le département de la Loire-Atlantique, à 50 kilomètres au nord de Nantes et 80 kilomètres au sud de Rennes.
Le gisement d’étain de la région d’Abbaretz a fait l’objet d’exploitations très anciennes dont on retrouve des vestiges de l’époque gallo-romaine sur plus de 6 kilomètres entre Nozay et Abbaretz.
Mise en sommeil quinze siècles durant, la mine d’étain d’Abbaretz entame une seconde vie en 1911, quand la Société Nantaise des minerais de l’Ouest (SNMO) entreprend des campagnes de recherches souterraines dans le secteur d’Abbaretz en fonçant plusieurs puits.
Le 12 août 1920, un décret attribue à la SNMO la concession de mines d’étain et de métaux connexes d’Abbaretz, établie sur une superficie de 9,38 km².
Parallèlement, la production s’enlise et la teneur en étain du minerai s’appauvrit : l’exploitation est stoppée en 1921 . La mine reste à l’abandon tout au long de l’entre-deux guerre.
Entre 1942 et 1944, plusieurs études de faisabilité mettent en évidence l’impossibilité matérielle et économique d’une exploitation en souterrain, mais concluent à la viabilité de l’exploitation à ciel ouvert du gisement dans sa partie altérée. L’exploitation à ciel ouvert démarre en 1952. Pendant six ans (1952-1957), la mine emploiera jusqu’à 350 mineurs.
L’exploitation prendra fin en novembre 1957 après avoir extrait près de 4 millions de m3 de matériaux dont   1 750 000 m3 de stérile et 2 millions de m3 de minerai à partir duquel auront été produites 3750 tonnes de concentrés de cassitérite (minerai d’étain) par traitement mécanique.
Quarante ans plus tard, en 1997, la SNMO renonce à la concession valant également Déclaration d’Arrêt Définitif des Travaux (DADT). En mars 2004, l’Etat hérite de la concession devenue orpheline.

3 Montbellieux
Sur ce site minier était principalement extrait du wolfram (minerai de tungstène) et de la cassitérite (minerai d’étain). De 1903 à 1906, la Société Minière de Montbelleux mène ses premières recherches qui aboutirent à un début d’exploitation en 1907. Fin 1908, les travaux sont interrompus en raison de la baisse des cours du wolfram ; la mine employait alors 204 ouvriers dont 118 au fond. En 1918, l’extraction moyenne est de 41 t par jour de minerai brut fournissant 221 kg de wolfram, Mais un incendie stoppe totalement l’exploitation.
Luitré_-_mine_Montbelleux_-_chevalementLe 12 juin 1937, la concession est remise en exploitation. En 1942, des travaux préparatoires sont entrepris avec la mise en place d’une ligne de chemin de fer qui relie la concession à la gare de La Selle-en-Luitré . Cette quatrième période d’exploitation prend fin en 1944 par un sabotage et le départ des Allemands. En 1948-50, le service local des Mines fait pression sur le concessionnaire pour que l’exploitation reprenne. La reprise est effective en 1954. En 1957, la Société des Mines de Montbelleux s’oriente vers une activité réduite en raison d’une production insuffisante et de la baisse du cours du wolfram.
Une remontée des cours permet de 1977 à 1980 une nouvelle phase d’exploration (dénoyage et remise en état de l’ancienne mine, nombreux sondages). En 1980, est creusée une descenderie routière qui dessert les niveaux 61 et 130 mètres. En raison de l’inadaptation de la méthode , la mine cesse son activité le 9 août 1983.
Production : 40 t de cassitérite et 230 tonnes de tungstène

4 La Villeder
La Villeder fait partie d’un ensemble de sites miniers répartis sur le massif armoricain. Le district stannifère de La Villeder représente 17 puits, 3kms de galeries et quelques travaux au jour… dont : la carrière de granulats de Quily !
Le champ filonien de La Villeder comprend 3 filons principaux, riches en minerai d’étain et de nombreux filons secondaires .
Le gisement a fourni de nombreux spécimens de cassitérite, associés au quartz, mais aussi et surtout à l’apatite et au béryl.
Historique : Des éléments archéologiques font penser que les premières exploitations furent romaines. En 1834, le gisement fut re-découvert par Blaise Maisonneuve, qui obtint, en 1846, une concession de 2 346 hectares, mais les fouilles ne furent pas concluantes.
En 1854, la Compagnie Minière du Morbihan dépose une demande de concession qui est approuvée par décret impérial. De 1846 à 1854, de nouvelles prospections ont lieu et conduisent à des débuts d’exploitation, de nombreux puits sont ouverts. Mais à partir de 1858, le travail à ciel ouvert est privilégié. Des difficultés financières vont conduire à une revente de la concession.
Une deuxième période d’exploitation débute en 1879, avec la Société anonyme de la mine d’étain de La Villeder. Cette société porte son attention sur la partie sud du site et compte sur le fonçage, à 256 mètres de profondeur du puits principal Saint-Michel, pour desservir un vaste réseau de galeries souterraines.
Mais le noyage du puits principal conduit à un arrêt de l’exploitation.En 1916 le décret met définitivement fin à la concession de La Villeder.Au total ce sont 160 tonnes d’étain métal qui auront été extraites.
5 Treguennec
Le filon d’aplite de Tréguennec (Finistère), activement exploité autrefois pour la construction locale, a fait l’objet d’un ré-échantillonnage dans le cadre des travaux de l’Inventaire minier
Les résultats obtenus permettent de conclure à l’existence d’un gîte de gros tonnage à faible teneur en Sn, Ta-Nb, Li, Be. (5000 t en sommeil)

carte_permis_expl_recherche_minier_JPEG6 des permis de recherches en Bretagne
La France et l’Europe cherchent à se dégager de la dépendance vis-à-vis de grands pays exportateurs de métaux que sont la Chine ou la Russie, assistant à une explosion de la demande en métaux ces dernières années, que ce soit pour les ordinateurs, les portables, l’automobile, et à une tendance haussière sur les prix en raison de la raréfaction du métal sur le LT .
La société Variscan Mines a déposé une demande pour un cinquième permis de recherche en Bretagne. Créée par trois anciens ingénieurs du BRGM, Variscan Mines est basée à Orléans. Ses capitaux sont essentiellement australiens. Depuis 2013,cette société a déposé des permis de recherche (PERM) SURMerleac (22) sur Beaulieu (44)  Loc-Envel (Une zone d’une superficie de 336 km², qui englobe 25 communes dans le 22, engagement financier à hauteur de 13 Millions €), Silfiac (Morbihan – engagement financier à hauteur de 10 millions €),et Dompierre du Chemin (Ille-et-Vilaine)
Son métier : la recherche de métaux de base (tungstène, molybdène, cuivre, plomb, zinc, étain) et métaux précieux (or et argent) dans le sous-sol du secteur et l’exploitation de gisements miniers de toute nature.
En conclusion, dans l’antiquité ,l’étain, métal stratégique a été exploité en Bretagne. Oublié pendant des siècles, sa production a redémarré au 19 ème pour s’arrêter à la fin du 20èME.
Avec de nouvelles techniques de recherches plus performantes, de nouveaux gisements seront peut-être découverts. Seront-ils exploités ? Si oui ils le seront en souterrain, environnementalement plus correct. Pour ce faire, les coûts d’extraction et de production devront se situer en-dessous du cours du métal dans une perspective à long terme.L’impact sur l’emploi ne pourrait qu’être positif, sur les finances locales également (sachant qu’une tonne d’étain extraite rapporte moins de 100€  de redevances à la commune).

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source : le Télégramme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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« Produit en Bretagne »

Jacques Bernard
Jacques Bernard

« Produit en Bretagne »

par Jacques Bernard , Président de «Produit en Bretagne»

Produit_en_Bretagne_logoLe logo «Produit en Bretagne» se retrouve sur bon nombre d’emballages de produits de consommation courante. A quoi correspond donc ce logo jaune et bleu ?

 
 
 
1) Les origines

Dans les années 1990, les délocalisations, la désindustrialisation étaient déjà des thèmes d’actualité. Plutôt que de baisser les bras, un groupe de décideurs nord-finistériens, Jean-Claude Simon (Even), Jean-Marie Le Gall (Savéol), Jean-Yves Chalm (Le Télégramme), Claude Pujol et Jean-Michel Bordais ( Scarmor Centrale d’Achats Leclerc), ont l’idée d’inviter les Bretons à mettre dans leur panier de courses des produits fabriqués près de chez eux.

L’association Produit en Bretagne prend forme dès 1993 afin de promouvoir l’emploi et le développement durable sur les 5 départements bretons ( la Loire-Atlantique). Ils lancent une marque territoriale illustrée par un logo jaune et bleu agrémenté d’un petit phare ; la démarche dès le départ se veut donc collective, en associant tous les partenaires économiques.
affiche_test produit en bretagneOpération test dans les grands magasins : Une trentaine de produits, fabriqués en Bretagne par des entreprises locales, sont présentés en linéaires avec un logo marquant leur origine. Les consommateurs vont-ils adhérer ? Le test est un succès .
A ce jour, cette marque est la seule marque régionale en Europe. Bien d’autres régions (Pays Basque,…) ont tenté de copier l’initiative : échec. Vraisemblablement,le fonds culturel breton ( tradition de Coopération,de Mutualisme, JOC , JAC,..) a fortement concouru au succès du projet.

2)  Une marque en quelques chiffres

En 2016 :
-400 entreprises au total ont adhéré au projet
-4 000 produits portent le logo
-110 000 salariés sont concernés (en 23 ans,création nette d’emplois : 25 000)
L’association regroupe une galaxie d’entreprises : de l’agro-alimentaire bien sûr de la grande distribution mais aussi des secteurs du transport , du packaging, du marketing, de la finance, du nettoyage, de l’ingénierie industrielle ,…
En 1998, l’association crée un collège « Culture » qui appuiera les festivals tels que les Vieilles Charrues, Le Bout du Monde, ou les événements comme Brest 20..

3)  Les valeurs de «Produit en Bretagne»

-le respect de l’homme et de l’environnement
-l ‘ouverture sur le monde
-l’audace
-la qualité ( indispensable pour une marque collective)
-la solidarité ( incontournable pour une marque collective)
-éthique ( les différents entre membres qui peuvent être concurrents doivent se régler devant un comité d’éthique et non devant les tribunaux)
-la convivialité

4)  le budget

Pour 2016, le budget s’élève à 1 360 000€.
L’association compte 8 collaborateurs permanents .Les membres adhérents consacrent gratuitement 1500 journées par an pour les différentes actions à mener.
Les entreprises adhérentes contribuent pour 87 % à ce budget, la Région y contribue pour 13 %.(limitation statutaire à 20% d’argent public)
( Le taux d’économie souterraine , en clair le travail au noir, représenterait 3,5% en Bretagne, contre 14% en France et 35% en PACA)
Chaque structure membre s’acquitte d’un droit d’entrée la première année de son adhésion et une cotisation annuelle
Pour les Industriels membres ,les montants sont basés sur l’assiette suivante (appelée «Chiffre d’affaires cumulé»: 30% du chiffre d’affaires global de l’entreprise + le chiffre d’affaires réalisé en Bretagne. Par CA global, on entend le chiffre d’affaire total réalisé par l’entreprise, quel que soit le nombre de produits porteurs du logo et le CA réalisé par ces produits

  • droit d’entrée HT :
    .CA cumulé inférieur à 8 M€ : 942 €
    . plus de 75 M€ : 4 710 €
  • cotisation annuelle :
    . inférieur à 1.5 M€ : 1 471 €
    . de 4 M€ à 8 M€  : 4 535 €
    . plus de 150 M€ :  9 066 €
5 la Notoriété de la marque

Selon une étude récente, la marque serait connue de 96% des acheteurs bretons, de 78 % des acheteurs du Grand Ouest, et de 55% de ceux de la Région parisienne.
Pour 86% le logo représente un marque de confiance en Bretagne et pour 94% la marque est associée à la qualité des produits.

6) les spécificités de la marque

. la Grande Distribution (GMS) est co-fondatrice de la marque. M Bordais de la Scarmor a invité Intermarché puis Système U à rejoindre la marque. Puis ont suivi les enseignes nationales comme Carrefour, Auchan. À l’exception du hard discount.
. culture et économie y sont associés
acheter un produit breton c’est également « acheter » le monde qui va avec ( notamment sa culture).
Par ailleurs, la promotion du tourisme en Bretagne est l’un des axes de développement.
. mettre en avant les savoir-faire ( plus que le terroir)
le champ
. élargir la gammes de produits
( ex des produits GMS re-conditionnés dans des formats RHD(restauration hors domicile))
. édition d’un Breiz Small Business Plan, signé par le Président de la Région Bretagne
( préférence pour les produits bretons dans les collectivités bretonnes)

7) l’attribution du logo

a) demande d’adhésion
Démarche volontaire du candidat qui démontre ainsi son adhésion aux valeurs de la marque
Les Industriels des Biens de consommation courante doivent justifier d’au moins trois ans d’exercice de leur activité sur le territoire.
Ils possèdent au moins un site de fabrication dans un des cinq départements bretons : Finistère, Morbihan, Côtes d’Armor, Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique.
Seuls les produits fabriqués ou assemblés dans ces unités de fabrication bretonnes pourront être proposés à l’habilitation.
b) passage devant la commission d’adhésion
celle-ci, indépendante de la gouvernance de « Produit en Bretagne » juge de l’opportunité de l’adhésion en fonction d’un cahier des charges précis
c) attribution du logo : par produit
Chaque produit passe devant une commission d’habilitation ( critères de traçabilité,…), après un audit de l’outil de fabrication.
Pour cette habilitation , deux critères sont primordiaux: la transformation substantielle et la valeur ajoutée notable créées dans un atelier situé dans la région ; ce qui prime c’est le savoir-faire et l’emploi.
Les composants doivent avoir normalement une provenance locale( minimum 75%).
Mais certains ingrédients ne sont toujours pas issus de la production bretonne (ex : coquilles St-Jacques, café) car la production locale ne permet pas de répondre à la demande de la grande consommation. Pour tout nouveau produit, une étude est menée pour vérifier sa qualité selon des critères liés au lieu de fabrication (Bretagne à 5 départements) et aux ingrédients (qualité et origine géographique)
Toutes les entreprises sont audités tous les 3 ans.
L’ensemble de la procédure est vérifiée par le Bureau Veritas .bureau veritas
A noter : les salariés des différentes entreprises sont tenues au courant des activités de la marque  par des lettres comme « Plein Phare »

8) les activités «Produit en Bretagne»

a) édition de dépliants publicitaires
l’un des tracts publicitaires( 20 pages) regroupant 65 produits, , repris par toutes les grandes enseignes adhérentes, tirés à 1 750 000 ex., touchant 585 points de vente a généré 3 8 872 000 € de CA pour les entreprises productrices et cela en une semaine.
b) des animations commerciales en magasin
. mise en avant de toutes les marques avec une PLV adaptée
. opérations à thème ( apéro breton,…)
. des campagnes de communication comme la Fête de la Bretagne à la Saint-Yves , partagées par toutes les enseignes membres
c) opérations à l’export
. une 1ère opération en 2015 en Allemagne auprès d’un groupe de distribution haut de gamme
reconduite en 2016
. prochaine cible : la Belgique ( puis Corte Inglès en Espagne et l’Italie)
d) opérations « culturelles »
. gestion de la 1ère soirée du festival interceltique de Lorient en 2016
. mise en avant des livres d’auteurs bretons dans les espaces culturels Leclerc pendant l’été 2016
e) promotion de la langue bretonne
f) attribution du prix de la meilleure nouveauté en GMS
(avec des spots télé régionale  gratuits pour le produit retenu)
g) promotions des produits lors des grandes manifestations
(ex : Tour de France)
h) partage des coûts de promotion sur la presse régionale
i) tournée estivale en Bretagne pour la promotion des produits
j) site Internet : mise à disposition de bons de réduction sur les produits
k) action vers les jeunes diplômés ( futurs créateurs de produits/ repreneurs potentiels des entreprises/designer)
l) participation au débat public quand le sort des entreprises est en jeu
– lutte contre l’éco-taxe
– le ferroutage : une voie d’avenir

.
En 2011, la création de la filiale Bretagne Excellence est venue ajouter une pierre à cet édifice du régionalisme affiché. Son objectif est de mutualiser les moyens des entreprises du réseau (le collectif) pour vendre à l’étranger et ainsi continuer à porter haut les couleurs de l’économie de la Bretagne.

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Le métier d’écrivain par Hervé Hamon

Le métier d’écrivain

H HAMON PHOTpar Hervé Hamon, écrivain , journaliste

« L’écrivain ne considère aucunement ses travaux comme un moyen. Ils sont des buts en soi. » disait un écrivain allemand.

.
Les écrivains, d’ordinaire, ne parlent guère de leur travail. Ils parlent d’esthétique, ils évoquent les influences reçues, leurs sources d’inspiration. Quelques uns commettent une autobiographie mais ils répugnent à se présenter comme des producteurs.
En France, une image très XIXè Siècle de l’artiste éthéré que les contingences de la vie n’atteignent pas (bien que la rançon du génie soit l’alcool, la tuberculose, le suicide ou la misère) perdure.
Le « livre » dans notre société est une marchandise comme une autre, un produit élaboré par un producteur : l’écrivain. Comme tout travailleur, cet écrivain a donc un métier mais un métier qui n’est pas  reconnu officiellement : pas de diplôme, pas de certificat, pas de nomenclature dédiée au niveau de l’INSEE, pas de droits sociaux. Par contre il jouit d’une liberté totale dans sa création, n’étant tenu par aucun code. Seule la maîtrise de la langue lui est indispensable.
Pour se déclarer écrivain faut-il être reconnu par ses pairs, par le volume de diffusion de ses ouvrages ?
L’éditeur, qui a un statut voisin de l’écrivain exerce un métier qui lui fait faire des choix hasardeux, incertains où l’erreur sur le volume des ventes est aussi fréquente que la bonne estimation.

1 – Comment devient-on écrivain ?

Autant de réponses que d’écrivains. H Hamon ne peut donc que reprendre son cas personnel pour évoquer la question.
Malgré l’école et grâce à l’école !
La fréquentation des grands textes (Montaigne, Pascal, Diderot, Montesquieu…) permet d’approcher la beauté de la littérature.Le lecteur est en position de consommateur et de commentateur.
Mais implicitement, l’écriture est réservée aux «génies» aux destins hors normes et contrariés (buveurs invétérés, drogués impénitents…), destins qui ne peuvent que s’achever par une mort prématurée.
En France, s’accorder le droit d’écrire prend donc du temps.
H Hamon, après 5 années de professorat, s’est plongé dans le journalisme d’investigation où les enquêtes ne se résumaient pas à des commentaires de dépêches.
Puis en compagnie de P. Rotman, il s’est investi dans des enquêtes longues (24 à 36 mois) qui ont débouché sur des livres :
les porteurs de valises, ( Guerre d’Algérie )
La deuxième gauche,
les intellocrates chez Ramsay ( le monde intellectuel et littéraire parisien)
Tant qu’il y aura des profs,
Génération,
Tu vois je n’ai pas oublié (biographie d’Yves Montand).
En 1991, il débute sa carrière solo
Nos médecins, Seuil, 1994 (enquète dans un hôpital)
puis trois livres centrés sur la mer
Besoin de Mer, Seuil, 1997
L’Abeille d’Ouessant, Seuil, 1999
Le Livre des tempêtes, Seuil, 2001
Puis entre autres
. Le vent du plaisir, Seuil, 2001
. La Diagonale du traître, nouvelles, Dialogues Éditeur, 2010.
. Ceux d’en haut, Seuil, 2013
. Pour l’amour du capitaine, Seuil, 2015.
Quand s’est-il senti écrivain ? Quand Pivot l’a «labellisé»dans son émission Apostrophes en parlant de son livre «Besoin de mer», (soit après avoir commis 16 livres)

Un écueil attend l’écrivain : son désir d’écrire le chef d’œuvre du siècle.  Typhon de Conrad, et de Moby Dick de  Melville   à ses yeux sont des bijoux de la littérature : rien à retoucher. Il considère que l’écrivain doit se cantonner à écrire selon ses capacités, du mieux qu’il peut bien entendu… et ne pas être obnubilé par la postérité.

2 – Quelques aspects de l’économie du livre

a) l’offre en librairie
Chez un libraire, avoisinent en général 2 tables  :
– l’une pour les documents
– l’autre pour les romans
Ce distinguo n’est pas aussi tranché qu’il n’y paraît. Si la littérature est la capacité du passage à l’universel, des romans comme Les Habits neufs du Président Mao de S Leys, le joueur d’échec de Stefan Zweig, Hommage à la Catalogne de George Orwell,  Voyage au bout de la nuit de Céline ou La route au tabac d’Erskine Caldwell permettent de donner le reflet complexe des sociétés dans lesquelles ces romans évoluent.
L’écrivain, après sa longue phase solitaire d’écriture, est ensuite chargé d’en assurer la promotion (séance de dédicace, interviews…)
Pour un 1er roman, les tirages s’effectuent à 800 ex., les suivants entre 1000 et 2000 puis quelques fois à 30 000ex. A ce stade, la reconnaissance arrive, parfois tardivement Kourouma qui à son 26 ème livre et à 68 ans a vendu 70 000 exemplaires , soit 3 ans avant sa disparition.

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b) le monde de l’édition
– Certains écrivains tombent dans le piège du succès, dans la mesure où les volumes de vente du dernier ouvrage déterminent le volume du tirage du suivant. Sous la pression de son éditeur, l’écrivain se sent obligé de conserver le genre qui l’a mené au succès, en délaissant les chemins de traverse qui lui auraient permis d’aborder d’autres genres de littérature.
H Hamon plaide pour un déplacement permanent des écrivains dans les genres où les différentes facettes des auteurs pourraient s’exprimer.

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– les prix littéraires
Ces prix représentent un danger pour la profession. Une rentrée littéraire représente 400 ouvrages : 5 sont mis en avant. Quid des autres ? D’autant que la vie d’un livre en librairie ne cesse de se restreindre : de 4 mois il y a 30 ans à 15 jours à l’heure actuelle. Ils sont retirés avant d’être connus…

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– la concentration du monde de l’édition et de la diffusion (4 groupes en France)
Comme tout secteur économique, ce monde connaît une forte concentration et une internationalisation à l’heure actuelle avec le risque de favoriser les «best-sellers» et de passer à coté de perles.
H Hamon a connu au Seuil l’époque où le primat était donné au décryptage de l’évènement, le service commercial étant chargé de placer les livres.
En 2015, le schéma est renversé : primat du commercial sur l’éditorial
En France, les deux premiers distributeurs, Hachette et Interforum (Editis) contrôlent de l’ordre de 65 % du marché et les six premiers 80 % au moins.

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-particularité du marché du livre
.la demande pour un titre donné est difficilement prévisible, que ce soit par l’éditeur, le vendeur ou le lecteur;
.la période pendant laquelle se fait l’essentiel des ventes d’un nouveau titre est très courte (rentrée littéraire, livres concernant l’actualité);
.les livres se différencient sur un spectre de caractéristiques de dimension très grande, par opposition aux biens conventionnels.

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– autres menaces sur l’édition
. les étals des libraires regorgent de faux livres qui jouent sur le capital de notoriété ( Zidane, Trierweller ex) au détriment des livres qui ont leur propre valeur intrinsèque.
. internationalisation du droit (le copyright prendrait le pas sur le droit d’auteur)
. le développement de sociétés de type Amazon et le numérique qui pourraient remettre en cause l’équilibre économique fragile des librairies, protégé par la loi Lang.
L’arrivée du numérique serait-elle l’occasion pour l’écrivain de renégocier à la hausse ses droits ?(sachant que l’écrivain est dans l’ordre des rémunérations le dernier maillon de la chaîne = variable d’ajustement).

composition du prix du livre                                                                       estimation           en H.T.

 

……………..
amour du capitaine_Après s’être mis au roman à soixante ans passés, passionné par les romans d’aventures (Dumas, Reverte…), H Hamon à 68 ans vient de publier dans cette veine «Pour l’amour du capitaine».
Manifestement épargné par le syndrome de la page blanche , et le terme « retraite » n’apparaissant  pas dans son horizon, il a l’intention de poursuivre sa carrière d’écrivain en privilégiant 3 axes d’écriture :
– traiter d’évènements sérieux avec «légèreté» (références : Molière, Goldoni, Dac et … Soljenitsyne / le pavillon des cancéreux)
– mélanger les genres, les styles…
– conserver l’enracinement sociétal (référence : Louis Guilloux/ le sang noir) et la présence du monde du travail dans les écrits (référence : Maylis de Kerangal).
…………………………………………………………………………………………………………..

Economie du livre en quelques chiffres :
production de livres en 2013 = 75 000 titres (nouveautés et rééditions)
production commercialisée en 2013 = 66 500 (nouveautés et rééditions)
tirage moyen 2012 = 7 300
nombre de titres disponibles = 674 000
CA éditeur : 2 771 M€
droits d’auteurs : 437M€
ventes totales : 440 millions d’exemplaires/an

Le visage des GAD – témoignage d’Olivier Le Bras

LE VISAGE DES GAD

(ou la chronique d’un désastre industriel et social annoncé)

le bras cruzA l’occasion de la parution de son témoignage « LE VISAGE DES GAD», Olivier Le Bras s’est entretenu avec Anne Guillou de son expérience dans l’entreprise GAD (de son embauche à la liquidation de la société).

1 – l’entreprise GAD

-1956 création de l’entreprise GAD dans le bourg de Lampaul-Guimiliau
1987 Loîc Gad, le dernier fils du fondateur succède à son frère René à la direction de l’entreprise
2000 le site de Lampaul emploie 1200 salariés
-2001 Prestor, groupement finistérien de producteurs de porc entre au capital de Gad à hauteur de 33% en compagnie d’Unigrain
2008 Unigrain cède ses parts à la coopérative agricole CECAB (marque d’Aucy)
2011 la CECAB rachète les parts de Loïc Gad et devient majoritaire en détenant 66% du capital.
Pertes de l’entreprise : 14 millions d’€ (bénéfices de 9 millions en 2010)
2012 Gad SAS :
.St martin des Champs siège = 50 salariés
.Lampaul Guimiliau abattage et découpe de porcs, fabrication de produits élaborés et précuits / 859 salariés / site de 43 000 m2
.Josselin abattage et découpe de porcs, fabrication de produits élaborés crus 650 salariés
.Saint Nazaire fabrication de produits élaborés et de charcuterie 80 salariés
-2013 en février, la société est mise en redressement judiciaire et mise sous tutelle
le 11 octobre, validation du plan de continuation : le site de Lampaul est fermé .

gad

2 – les raisons des difficultés

Les outils bretons d’abattage de porc se retrouvent dans les années 2010 en sous capacité d’utilisation. L’entreprise s’engage dans une spirale de pertes et d’endettement(100 millions d’€).
De surcroît la CECAB, spécialisée dans la transformation des légumes a racheté, dans une stratégie de diversification, une activité très éloignée de son secteur d’origine (conserve/frais)et de sa culture d’entreprise.

3 – le parcours ouvrier d’Olivier Le Bras

– le salarié : Fils d’agriculteur, il renonce à reprendre l’exploitation familiale de St Thégonnec pour entrer en 1995 chez GAD (intérimaire puis CCD Gad, puis CDI) où il gravit tous les échelons de la production
le syndicaliste : de 95 à 97 apprentissage en étant délégué du personnel suppléant CFDT auprès d’André Terrier, puis délégué titulaire FO en 1997, puis délégué central en février 2013

4 – la condition d’ouvrier chez GAD

. répartition : 60% hommes, 40%femmes
. horaire: 5 heures – 13 heures
. salaire SMIC (avec 13 ème mois) en dehors de 30 ouvriers qualifiés
. origine sociale des salariés : en majorité enfants d’agriculteurs des communes avoisinantes
. recrutement : par relation (familiale pour beaucoup)
. pénibilité du travail /forte camaraderie entre salariés/  paternalisme de la direction
. grève : une seule en 19 ans

5 – « la descente aux enfers » et la casse sociale

A la mi-février 2013, dans le cadre de la mise en redressement judiciaire, Olivier Le Bras est désigné comme délégué syndical central. Il devient le porte-parole de l’ensemble des salariés du groupe .
La statégie adoptée :
. dans un premier temps, «sauver l’emploi à tout prix» en faisant valoir les atouts suivants :
a) un outil industriel classé le meilleur d’Europe
b) un important bassin de production porcine dans le Nord Finistère
fight gadc) un outil industriel en état de marche ( non paralysé par les grèves)
Pour les syndicalistes ouvriers, pas de doute : l’entreprise intéresserait des repreneurs. Mais aucun ne se présente….
Les élus sont, dès le départ, alertés mais se révèlent impuissants (idem pour les différents ministres contactés). Impuissants par exemple à regrouper les industriels bretons de l’abattage pour affronter la concurrence allemande .Les dirigeants de la CECAB quant à eux sont aux abonnés absents…
Seul recours : une large mobilisation et l’utilisation des media
Mais le 11 octobre, le plan de continuation est annoncé : le site de Lampaul ferme ; le site de Josselin est préservé
889 salariés restent sur le carreau et autant de familles…
. dans un 2ème temps : « la défense des intérêts des salariés »
a) obtenir des primes de licenciement extra-légales : un doublement est acté
b) la cellule de reclassement (entre les mains de sociétés privées)
le résultat du reclassement 1,5 an après fermeture est décevant : 140 salariés (les plus qualifiés) ont retrouvé un travail sur les 889 licenciés ( soit 15%)et les fins de droits s’annoncent (suite = RSA)
c) des appuis pour une remise à niveau en français pour les salariés étrangers (18),

un lourd bilan :
-5 suicides, 40 divorces, la rupture du lien social pour tous, Lampaul Guimiliau et ses environs sinistrés, une friche industrielle
-un outil industriel dépecé, bradé aux concurrents est-européens.(la CECAB a finalement liquidé l’ensemble de son secteur viandes)

Son combat pour la dignité des salariés qu’il a mené ,avec ses coups d’éclats médiatiques, mais le tout sans violence l’a profondément transformé, confie-t-il.
A 4O ans passés , Olivier Le Bras qui prévoit d’autres futurs « Gad » , si une harmonisation sociale ne voit pas le jour à l’échelle de l’Europe, prépare sa reconversion dans un autre secteur d’activité.

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« Le visage des GAD » – le combat d ‘un « métis breton »

par Olivier Le Bras en collaboration avec Anne Guillou
Paru aux éditions : Locus Solus 18€

Le patrimoine sous-marin en Bretagne

« le patrimoine sous-marin en Bretagne »

par Bernard Foucault, plongeur, chercheur d’épaves

«Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage. » Lao- Tseu.

.
Le service hydrographique de la Marine (Shom) recense à ce jour pas moins de 4.125 épaves (bateaux, avions…) le long des côtes françaises. la Bretagne est aux avant-postes. Cargos, chalutiers, navires des deux dernières guerres… En Bretagne, les épaves sous-marines attirent de plus en plus de «chasseurs de trésors»: des  passionnés de plongée et d’archéologie sous-marine , mais aussi des collectionneurs invétérés, des pillards en tous genres et même des sociétés spécialisées internationales.

état de l'épave du Leopoldville au large de Cherbourg
état de l’épave du Leopoldville au large de Cherbourg
1 INVENTAIRE
A) les raisons des naufrages

Elles sont multiples : des côtes mal « pavées », les tempêtes, le brouillard, les collisions, les erreurs de navigation, les avaries et les guerres (mines , torpillage,…)

carte_finistere epaveB) la recherche d’ une épave

a) recherche préliminaire dans les archives
plusieurs sources permettent de croiser les informations : les archives militaires, les cartes SHOM, la presse de l’époque du naufrage,les compagnies d’assurances Lloyd’s- Véritas , les témoignages, les cimetières, les pêcheurs signalant des croches, un document Ouest France
b) recherche de la localisation effective de l’épave
Du matériel sophistiqué embarqué permet de localiser les épaves
Suit une plongée sur site pour confirmation : celles qui ont échoué près de la côte sont rapidement détruites par le ressac et la houle. Les plus belles se trouvent au-delà de quarante mètres,

c)des épaves exceptionnelles : un inventaire non exhaustif

Prince Frederik coulé en 1890 au Sud Sud-Ouest de la pointe bretonne. Il recèlerait 400 000 pièces d’argent valant 2000€/pièce. Non retrouvé .
Elisabethville gisant à 70 m de profondeur , torpillé en 1917 près de Belle Ile
Au fond des cales du bateau sommeillaient 30 tonnes d’ivoire et 12 kilos de diamants soit 12.770 carats. Cette cargaison va éveiller bien des appétits, dont celui de la SORIMA. L’Artiglio arrive de Quiberon, le 18 juin 1928 pour la pêche aux diamants. Les 12 kg n’ont pas été officiellement retrouvés….
La Cordelière , bateau d’Anne de Bretagne coulé par la flotte anglaise en 1512, non retrouvé
Drummond Castle paquebot anglais au large d’Ouessant
Egypt paquebot anglais contenant 7 tonnes d’or et 40 tonnes d’argent , à 120 m de fond
(voir infra Sorima)
Village de Bomport , bateau de Louis XIV, non trouvé cargaison estimée à 24 millions d’€
-L’Aboukir Bay disparût au cours d’une tempête le 25 novembre 1893 lors d’un voyage retour en Iquique (Chili) et Dunkerque avec sa cargaison de nitrate. .. Aucun marin écossais n’en réchappa. Le maire de Carantec se distingua particulièrement par son comportement peu reluisant : partant du principe que les marins de l’Aboukir Bay étaient écossais et donc protestants, il décida de les enterrer dans la fosse commune du cimetière de Carantec .L’épave repose désormais par 30 mètres de fond au large de la baie de Morlaix
HMS Victory avec 100 000 pièces d’argent à son bord – 70 m de fond
– le President Lincoln, plus gros navire américain coulé,sans doute à 430 milles à l’ouest de Brest , durant la 1ère Guerre mondiale, disparaît chargé d’une importante cargaison d’or destinée à financer l’effort de guerre en Europe.
GAIRSOPPAMantola ( 1917) et Gairsoppa ( 1941) coulés en mer Celtique reposant à 4000 m de fond contenant à eux des dizaines de tonnes d’argent

d) l’exploitation des épaves

Après la 1ère Guerre mondiale au cours de laquelle un grand nombre de bateaux furent envoyés par le fond, la chasse aux épaves s’est ouverte :
Exemples :

d1 SORIMA ( l’entre 2 guerres)

ARTIGLIOL’Artiglio fut sans doute l’un des plus célèbres navires de l’histoire de la plongée sous-marine.
Patrouilleur pendant la première guerre mondiale, il est acquis et réarmé par la Société Italienne de Récupération Maritime (SORIMA) en 1928.
Cette société fut la première à son époque à effectuer des plongées à plus de 100 mètres pour récupérer les cargaisons de navires naufragés. L’Artiglio a ainsi travaillé sur de nombreuses épaves en Méditerrannée, en Atlantique et en Manche. Les scaphandriers de la Sorima ont acquis une renommée mondiale en remontant, de 1930 à 1932, les 7 tonnes d’or des cales du paquebot Egypt coulé au large de Sein par 130 mètres de profondeur. Technique employée : chalutage en bœufs pour détecter l’épave – dynamitage par tronçon (sous le contrôle d’un plongeur) pour accéder au coffre-fort- remontée au grappin du butin

d2 ODYSSEY MARINE EXPLORATION ( XXIème siècle)

ZEUSPlus la technologie s’améliore ( robots, sous-marins de poche…), plus les sociétés spécialisées plongent profondément pour dénicher des épaves englouties
BlueExplorerDans les années 2010,la société spécialisée dans la récupération d’épaves Odyssey , cotée en Bourse (CA 2013  : 31,7 millions de dollars)a retrouvé les 1.574 lingots à bord du SS Gairsoppa, qui repose à 4.700 m de fond dans l’Atlantique Nord, au sud-ouest de l’Irlande. ( butin estimé à 40 millions de dollars.)
Le cargo britannique avait coulé en février 1941 après avoir été torpillé par un sous-marin allemand alors qu’il  naviguait de Calcutta vers Londres. Odyssey a remonté plus de 99% de la cargaison qui a été déposée en lieu sûr en Grande-Bretagne. Selon le contrat passé avec le ministère britannique des Transports, la GairsoppaSilversociété garde 80% de la valeur de la cargaison. La récupération de la cargaison a pu se faire grâce à des engins conduits à distance équipés spécialement pour les grandes profondeurs.
La même société a retrouvé la cargaison du vapeur britannique SS Mantola, MANTOLAqui a coulé en 1917 Le Mantola aurait transporté une vingtaine de tonnes d’argent assurées pour les risques de guerre.

 

D’autres sociétés ne sont pas en reste. Galleon Ventures et Seaquest International ont remonté des artefacts et autres trésors d’un bateau espagnol du XVIIe siècle. Sub Sea Research a trouvé 1,7 million d’onces de platine à bord d’un navire marchand coulé en 1942…

2 EPAVES – BUTIN – DROIT DE LA MER

Ces bâtiments reposant sur les fonds marins sont la mémoire historique de nombreux et dramatiques événements de mer. Navires de commerce, bateaux de guerre, sous-marins quasiment intacts posés sur le fond.(renfermant parfois des équipages entiers).. Beaucoup de ces épaves des deux guerres mondiales sont donc de poignants sanctuaires sous-marins.

L’Unesco estime à 3 millions le nombre d’épaves englouties à travers le monde. Moins d’un millier d’entre elles renfermeraient assez d’objets de valeur pour rentabiliser leur renflouement.
L’exploration et l’exploitation de ces épaves sont-elles encadrées ?

A) Dans les eaux territoriales, chaque pays a adopté sa législation.

En France,
tout vestige découvert doit être déclaré et appartient à l’État. Doctrine : laisser sur place
Le DRASSM est chargé de veiller à l’inventaire, la mise en valeur et la protection du patrimoine immergé
Cet organisme , basé à Marseille ,regroupe trente fonctionnaires d’Etat aux compétences diverses, archéologues, scaphandriers professionnels, administratifs et techniciens.Il accorde parfois des délégations de fouille à certaines associations.

en Grande-Bretagne :
Trois lois protègent les épaves
Protection of Wrecks Act 1973 (loi sur la protection des épaves de 1973) :
Protection of Military Remains Act 1986 (loi sur la protection du souvenir militaire 1986) :
Merchant Shipping Act 1995 (loi sur le commerce maritime 1995)
Une commission d’experts prend des décisions au cas par cas.
U.S.A.
Dans les eaux américaines, seules les épaves à moins de 5 km des côtes reviennent à l’État. Entre 5 et 22 km, la juridiction n’étant pas clairement établie, c’est souvent un procès qui départage les parties.

b)Dans les eaux internationales,

Les biens retirés des galions ou des épaves  appartiennent en totalité au découvreur.
Sauf si… Sauf s’il s’agit d’un bâtiment militaire, qui revient alors à son pays d’origine, ou d’une épave relevant du patrimoine de l’humanité.
Jusqu’à une période récente, les chasseurs de trésors américains avaient coutume de faire fi de ces restrictions….

En 2001 , l’UNESCO a élaboré une convention sur la protection du patrimoine sub-aquatique.

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Pour l’anecdote : l’ARTIGLIO , le fameux chasseur d’épaves des années 30 ,a été englouti par les flots dans la baie de Quiberon lors d’une opération de dérasement d’un navire bourré d’explosif. Son épave a fait depuis l’objet de fouilles sous-marines…..

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La mémoire des landes par François de Beaulieu

« La mémoire des landes de Bretagne »

par François de Beaulieu, historien naturaliste, ethnologue, écrivain

références  : les peintures de Lucien Pouëdras
1 Généralités

800px-View_along_Monts_d'Arrée_1Paysage si caractéristique de la Bretagne, les landes sont composées de graminées, de bruyères , d’ajoncs et de plantes diverses. Elles ne se développent que sur des sols très pauvres (qu’appauvrissent les bruyères) que sous des climats venteux et pluvieux.
Deux types de landes se distinguent :
– celles façonnées par le vent , sur les falaises littorales et les dunes = les landes primaires , le vent empêchant les arbres de s’implanter
– les landes secondaires issues de la déforestation dues aux animaux et aux hommes . Elles se situent à l’intérieur des terres et sont diverses en fonction de l’emploi recherché.

La Bretagne était couverte de près d’1 million d’ha de landes vers 1800, soit le 1/3 de la surface régionale ( 66% de la surface autour de Morlaix) contre 20 à 30 000 environ en 2000.

Il y a 10 000 ans , la forêt ( chêne , tilleul, frêne, noisetier )recouvrait la Bretagne. Puis la glaciation , le feu et les troupeaux d’herbivores ont modifié le paysage

Les landes secondaires se sont vraiment développées après les premiers défrichements initiés il y a près de 6000 ans et qui se sont accélérés il y a 3000 ans à la fin de l’âge de bronze, pour faire place à des cultures de céréales et au pâturage.

2 Un système agricole spécifique
21 développement et particularités

Peu avant le Moyen Âge tardif , les moines exploitaient directement les terres. Puis, pour défricher, ils cherchèrent à attirer des gens.
Les moines instaurèrent alors un mode de tenure : « la quévaise ». Ils proposaient aux paysans défricheurs l’emplacement d’une maison, d’un courtil et d’une petite étendue de terre contre le paiement d’une rente annuelle, une partie en argent, une partie en nature.
– Le droit de propriété était partagé entre le seigneur et le tenancier.
– Le tenancier perdait sa tenure s’il l’avait abandonné plus d’un an.
– Le plus jeune des enfants en héritait.et les aînés étaient dans l’obligation de partir « coloniser »  un autre site .

Les landes est ce « commun » où la communauté fait pâturer ses bêtes, vient chercher de la litière pour les animaux de la ferme ,tandis qu’en parallèle les paysans cultivent individuellement les meilleures terres.

Les landes avaient deux fonctions principales :
– par ses mottes fournir du feu à combustion lente pour usage domestique ou pour la ferronnerie, –
– assurer l’alimentation et la litière pour les animaux.
Par écobuage ensuite, le paysan pouvait également faire pousser pendant 4 ans du seigle ou du blé noir sur les hache landecendres des landes répandues sur des billons, les landes revenant sur ces parcelles tous les 20 ans env. Au fil des ans , le développement d’outils spécifiques pour le tranchage des mottes ,de la récolte d’ajonc témoignent de cette activité agricole ( faucilles, étrèpes , hache-lande ….)
Pendant près de 8 siècles, la société rurale bretonne vivait harmonieusement entre terres cultivées , prairies et landes jusque dans les années 1930.L’équilibre apporté par la culture des landes a donné une résilience à la société rurale bretonne qui , selon toute vraisemblance,lui a permis d’échapper aux famines frappant d’autres régions françaises : au pire en défrichant un bout de lande , du blé noir pouvait être semé ….Les excédents de production en période « normale » étaient écoulés sur les marchés régionaux.

22 le déclin des landes1 landes de bretagene

De son voyage en France en 1780 , Arthur Young décrit la Bretagne comme arriérée et misérable. : il n’y voit que landes , landes et landes entre Nantes et Vannes.
Partie d’Angleterre, la révolution fourragère atteint la Bretagne . Elle est initiée principalement par des agronomes, qui créent des écoles et stations d’expérimentation en agriculture.
Une Princesse Napoléone-Elisa Bacciochi émue par la misère des paysans bretons qui, sur ces landes ingrates de Lanvaux, vivent chichement de la culture du seigle et du blé noir,  va se consacrer à améliorer leur sort.
Dans les années 1860 ,elle expulse 400 « « bohémiens » qui iront grandir les rangs du prolétariat urbain et qui vivaient sur ces 525 hectares de terre  , à Colpo, à dix-neuf kilomètres au nord de Vannes, pour installer des colons Elle fait défricher.. drainer…
A partir de 1830 , l’agronome alsacien Jules Rieffel, fondateur de l’école nationale d’agriculture de Grand-Jouan. fait défricher 400 ha sur Nozay et développe l’emploi de nouvelles techniques
De 1846 à 1873, les premiers ingénieurs agronomes du Finistère sont formés sur la ferme de Trévarez
En 1851, Théophile de Pompéry publie un premier ouvrage qui a la particularité d’être bilingue, Quelennou var labour pe gonnidègues an douar, ou le nouveau guide du cultivateur breton.
Il expérimente les assolements et amendements en systématisant l’introduction des plantes fourragères et le drainage des terres.Il soutient activement les projets de dragage du maërl .Il pense qu’une industrialisation de l’agriculture bretonne nécessite la maîtrise des assolements et des défrichements : les cultures fourragères sont le socle du développement de l’agriculture bretonne .
Par un lobbying efficace, l’Association Bretonne fait voter une loi obligeant aux partages des communs , qui reviennent dans certains cas aux paysans ayant la capacité financière d’acheter ( situation inchangée en ce cas), soit à de riches propriétaires qui y installent des colons.( L’élite commerciale nantaise dont le commerce négrier s’est épuisé se réoriente vers le développement agricole par exemple)
Cette nouvelle agriculture va dévorer au fil des ans ces landes façonnées et entretenues par l’homme ,modifier en profondeur le paysage breton et bouleverser le mode de vie des ruraux.

3 Les landes : quel intérêt de nos jours

Les landes ne représentent plus que 20 à 30 000 ha de nos jours
1 valeur agricole : la lande dont la récolte peut être totalement mécanisée est une litière de bonne qualité ( 1500 ha de fauche dans les Monts d’Arrée)
2 valeur paysagère ( et donc touristique) cf Crozon et les Monts d’Arrée
3 un refuge pour certaines espèces animales ( courlis , papillons) qui suppose des surfaces importantes de landes d’un seul tenant.

L’introduction de résineux inadaptés, certains incendies importants, l’assèchement de zones humides ont porté atteinte ces dernières décennies aux surfaces couvertes de landes . Une loi votée en 2014 qui fait obligation de reboiser systématiquement après déforestation ( ou versement compensatoire) ne va pas dans le sens d’une gestion pérenne de ces espaces ..

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Le 5. – Montauban. Les pauvres ici le sont tout à fait ; les enfants terriblement déguenillés, et plus mal peut-être sous cette couverture que s’ils restaient tout nus ; quant aux bas et aux souliers, c’est un luxe hors de propos. Une charmante petite fille de six à sept ans, qui jouait avec une baguette et souriait, avait sur elle de tels haillons, que mon cœur s’en serra : on ne mendiait pas, et quand je donnai quelque chose, on me parut plus surpris que reconnaissant. Le tiers de ce que j’ai vu de cette province me paraît inculte et la presque totalité dans la misère. Quel terrible fardeau pour la conscience des rois, des ministres, des parlements, des états, que ces millions de gens industrieux, livrés à la faim et à l’oisiveté ; Arthur Young. Extrait.

la mamoire des landes