La retraite dorée

                                            La retraite dorée   

             Maria Mens -Casas Vela

 

Il avait toujours vécu en égoïste. Marc le reconnaissait sans vergogne et même avec un certain cynisme. Il avait bien traité son personnel et sa famille lointaine ; il était célibataire, pour ne pas se compliquer la vie, ce qui ne l’avait pas empêché d’avoir de brèves idylles – très brèves en général et pour une raison simple : il était sympathique, bien de sa personne, il avait eu une bonne réussite en affaires et il était libre. Ainsi il suscitait la convoitise des donzelles avec lesquelles il sortait un peu plus longtemps et qui commençaient à parler d’un avenir commun, ce qui était pour lui un  signe sans équivoque d’avoir à déguerpir sans tarder.

 

Mais les années passèrent, la retraite arriva et il fallait qu’il pense à sa future vieillesse. Comme il ne voulait dépendre de personne, il commanda un robot – de la dernière fournée des robots sophistiqués – pour le servir et s’occuper des tâches ingrates. Celui-ci parlait six langues, les lisait et les écrivait toutes, calculait avec rapidité. Cela n’excluait pas les tâches quotidiennes nécessaires aux besoins d’une personne âgée. Il l’appela « Georges » et lui programme une série d’exercices destinés à maintenir son maître en  bonne santé : réveil à huit heures, gymnastique douce et respiration yoga. Douche et massages, réflexologie des pieds – il adorait cela ! -, petit déjeuner modéré et habillement pour une promenade dans le parc proche. Ah, et avant de partir, un petit compliment du genre : – Vous êtes très  élégant, monsieur ! (très bon pour le moral ! ).

 

En rentrant vers midi de la promenade, il rencontrait le fils de la concierge, d’origine espagnole, Miguelito, charmant garçonnet de huit ans, avec des yeux noirs malicieux   sous des cheveux bouclés très bruns et épais, comme ceux de ses parents, originaires de Séville. Marc se dit que le petit semblait encore le guetter pour venir à sa rencontre et , en tournant autour du pot, lui demander des nouvelles de son robot – tout le monde dans l’immeuble savait qu’il en avait un -, les détails de sa voix, de sa démarche et s’il fallait le recharger comme un aspirateur, etc. Ce jour-là, sa mère sortit pour s’en excuser mais Marc, amusé, proposa au petit de monter voir ce qui l’intriguait tant après l’école. Plus que ça, il lui proposa de monter avec un de ses jeux électroniques pour jouer un moment avec le robot. Mais sa mère lui rappela qu’il lui fallait faire auparavant les devoirs de l’école, qu’il laissait toujours pour le dernier moment, ce qui se voyait dans ses notes. Marc, voyant  la mine déconfite de Miguelito, ajouta : – Très bien ! Qu’il apporte  ses devoirs. Je vous promets qu’il va travailler ses maths avec mon robot, un vrai maître.

 

Le bonheur et la surprise de Miguelito se voyaient dans ses yeux et sans réfléchir il se lança vers Marc, le serrant très fort avec ses petits bras. Malgré la confusion de la mère, Marc fut ému de cet élan de tendresse, voyant, dans un éclair de  clairvoyance, ce qu’il avait perdu en se privant d’enfants.

 

Quelques années sont passées et, au coup de sonnette, Georges, très stylé, ouvre la porte à un beau jeun homme brun, qui donne une petite tape amicale au robot et crie de joie : – Parrain ! Je viens d’avoir la réponse du Japon. Je suis admis au Centre d’Intelligence Artificielle et Robotique de Tokyo !

– Entre, Miguel, tu n’as qu’à commander le billet d’avion sans perte de temps ! crie Marc, au comble du bonheur… partagé !

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