2 – Du Volcan à l’Atoll : origine des îles de Polynésie française

sylvain-blaisDu volcan à l’atoll :   origine des îles de Polynésie française

triangle-polypar Sylvain Blais, enseignant-chercheur en géologie e.r.

La Polynésie française, située à plus de 17 000 km de l’Hexagone s’étend sur une  surface équivalente à celle de l’Europe. Elle rassemble 118 îles . Elle compte environ 266 000 habitants.Le climat y est tropical, océanique, chaud et humide.

 

 

 

 

plaque-tectoniqueL’explication de l’origine des îles de Polynésie française prend en considération les notions de tectonique des plaques et le concept de point chaud (source de magma fixe dans le manteau terrestre).

La dérive des plaques tectoniques entraînant la lithosphère au-dessus des sources profondes fait que le point chaud crée des alignements volcaniques à la surface terrestre, comme noyau_terreStre.Jl’archipel des îles Hawaii, l’archipel des Marquises, des îles de la Société.

 

1-  Naissance d’une île océanique

L’édification d’une île océanique nécessite l’émission de plusieurs milliers de km3 de laves. Son développement en milieu sous marin, puis aérien, doit se faire rapidement car, dans un schéma simple de point chaud et compte tenu de la vitesse élevée de dérive de la plaque pacifique (11 cm/an), elle ne dispose que de 2 millions d’années environ pour s’édifier et émerger avant de quitter définitivement la zone 220px-Lava_fountain_domed’alimentation magmatique.

 

 

 

 

 

2 – Du volcan à l’atoll

Pendant le déplacement lié au glissement des plaques, l’édifice volcanique a tendance à s’enfoncer, phénomène dû à la flexure de la croûte océanique sous le poids de l’île.
volcan hawaiVers la fin de l’activité volcanique, des organismes constructeurs (coraux et algues calcifiées) prolifèrent autour du volcan émergé et édifient un récif corallien. Pour proliférer, les constructeurs coralliens doivent se maintenir au voisinage du niveau de la mer et avoir des conditions de salinité et de températures particulières.
Ces formations coralliennes vont peu à peu ceinturer l’édifice volcanique qui continue de s’enfoncer, pour former un atoll qui représente le stade ultime des îles océaniques.
L’archipel de la Société sert d’exemple à cette démonstration car, partant de Méhétia (point chaud), en passant successivement par Tahiti, Moorea, Huahiné, Raiatea, Tahaa, Bora-Bora et Maupiti, cette évolution depuis le point chaud jusqu’à l’atoll est démonstrative.
L’archipel des Australes, plus au Sud, est un peu plus compliqué car l’île de Rurutu, au cours de ce voyage initié à partir du point chaud Mac Donald, est surélevée car passée au dessus d’un carte polynésie française_ppoint chaud supplémentaire.

3- Points chauds polynésiens et islandais

Après avoir montré des photos de l’éruption du Burdarbunga islandais démarrée en août 2014, l’intervenant fait  une comparaison entre « le point chaud » islandais et  les 6  » points chauds » polynésiens  .

Particularité des Iles Marquises : elles possède 2 alignements quasiment parallèles

bora-bora_polynésie 555

Le métier d’écrivain par Hervé Hamon

Le métier d’écrivain

H HAMON PHOTpar Hervé Hamon, écrivain , journaliste

« L’écrivain ne considère aucunement ses travaux comme un moyen. Ils sont des buts en soi. » disait un écrivain allemand.

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Les écrivains, d’ordinaire, ne parlent guère de leur travail. Ils parlent d’esthétique, ils évoquent les influences reçues, leurs sources d’inspiration. Quelques uns commettent une autobiographie mais ils répugnent à se présenter comme des producteurs.
En France, une image très XIXè Siècle de l’artiste éthéré que les contingences de la vie n’atteignent pas (bien que la rançon du génie soit l’alcool, la tuberculose, le suicide ou la misère) perdure.
Le « livre » dans notre société est une marchandise comme une autre, un produit élaboré par un producteur : l’écrivain. Comme tout travailleur, cet écrivain a donc un métier mais un métier qui n’est pas  reconnu officiellement : pas de diplôme, pas de certificat, pas de nomenclature dédiée au niveau de l’INSEE, pas de droits sociaux. Par contre il jouit d’une liberté totale dans sa création, n’étant tenu par aucun code. Seule la maîtrise de la langue lui est indispensable.
Pour se déclarer écrivain faut-il être reconnu par ses pairs, par le volume de diffusion de ses ouvrages ?
L’éditeur, qui a un statut voisin de l’écrivain exerce un métier qui lui fait faire des choix hasardeux, incertains où l’erreur sur le volume des ventes est aussi fréquente que la bonne estimation.

1 – Comment devient-on écrivain ?

Autant de réponses que d’écrivains. H Hamon ne peut donc que reprendre son cas personnel pour évoquer la question.
Malgré l’école et grâce à l’école !
La fréquentation des grands textes (Montaigne, Pascal, Diderot, Montesquieu…) permet d’approcher la beauté de la littérature.Le lecteur est en position de consommateur et de commentateur.
Mais implicitement, l’écriture est réservée aux «génies» aux destins hors normes et contrariés (buveurs invétérés, drogués impénitents…), destins qui ne peuvent que s’achever par une mort prématurée.
En France, s’accorder le droit d’écrire prend donc du temps.
H Hamon, après 5 années de professorat, s’est plongé dans le journalisme d’investigation où les enquêtes ne se résumaient pas à des commentaires de dépêches.
Puis en compagnie de P. Rotman, il s’est investi dans des enquêtes longues (24 à 36 mois) qui ont débouché sur des livres :
les porteurs de valises, ( Guerre d’Algérie )
La deuxième gauche,
les intellocrates chez Ramsay ( le monde intellectuel et littéraire parisien)
Tant qu’il y aura des profs,
Génération,
Tu vois je n’ai pas oublié (biographie d’Yves Montand).
En 1991, il débute sa carrière solo
Nos médecins, Seuil, 1994 (enquète dans un hôpital)
puis trois livres centrés sur la mer
Besoin de Mer, Seuil, 1997
L’Abeille d’Ouessant, Seuil, 1999
Le Livre des tempêtes, Seuil, 2001
Puis entre autres
. Le vent du plaisir, Seuil, 2001
. La Diagonale du traître, nouvelles, Dialogues Éditeur, 2010.
. Ceux d’en haut, Seuil, 2013
. Pour l’amour du capitaine, Seuil, 2015.
Quand s’est-il senti écrivain ? Quand Pivot l’a «labellisé»dans son émission Apostrophes en parlant de son livre «Besoin de mer», (soit après avoir commis 16 livres)

Un écueil attend l’écrivain : son désir d’écrire le chef d’œuvre du siècle.  Typhon de Conrad, et de Moby Dick de  Melville   à ses yeux sont des bijoux de la littérature : rien à retoucher. Il considère que l’écrivain doit se cantonner à écrire selon ses capacités, du mieux qu’il peut bien entendu… et ne pas être obnubilé par la postérité.

2 – Quelques aspects de l’économie du livre

a) l’offre en librairie
Chez un libraire, avoisinent en général 2 tables  :
– l’une pour les documents
– l’autre pour les romans
Ce distinguo n’est pas aussi tranché qu’il n’y paraît. Si la littérature est la capacité du passage à l’universel, des romans comme Les Habits neufs du Président Mao de S Leys, le joueur d’échec de Stefan Zweig, Hommage à la Catalogne de George Orwell,  Voyage au bout de la nuit de Céline ou La route au tabac d’Erskine Caldwell permettent de donner le reflet complexe des sociétés dans lesquelles ces romans évoluent.
L’écrivain, après sa longue phase solitaire d’écriture, est ensuite chargé d’en assurer la promotion (séance de dédicace, interviews…)
Pour un 1er roman, les tirages s’effectuent à 800 ex., les suivants entre 1000 et 2000 puis quelques fois à 30 000ex. A ce stade, la reconnaissance arrive, parfois tardivement Kourouma qui à son 26 ème livre et à 68 ans a vendu 70 000 exemplaires , soit 3 ans avant sa disparition.

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b) le monde de l’édition
– Certains écrivains tombent dans le piège du succès, dans la mesure où les volumes de vente du dernier ouvrage déterminent le volume du tirage du suivant. Sous la pression de son éditeur, l’écrivain se sent obligé de conserver le genre qui l’a mené au succès, en délaissant les chemins de traverse qui lui auraient permis d’aborder d’autres genres de littérature.
H Hamon plaide pour un déplacement permanent des écrivains dans les genres où les différentes facettes des auteurs pourraient s’exprimer.

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– les prix littéraires
Ces prix représentent un danger pour la profession. Une rentrée littéraire représente 400 ouvrages : 5 sont mis en avant. Quid des autres ? D’autant que la vie d’un livre en librairie ne cesse de se restreindre : de 4 mois il y a 30 ans à 15 jours à l’heure actuelle. Ils sont retirés avant d’être connus…

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– la concentration du monde de l’édition et de la diffusion (4 groupes en France)
Comme tout secteur économique, ce monde connaît une forte concentration et une internationalisation à l’heure actuelle avec le risque de favoriser les «best-sellers» et de passer à coté de perles.
H Hamon a connu au Seuil l’époque où le primat était donné au décryptage de l’évènement, le service commercial étant chargé de placer les livres.
En 2015, le schéma est renversé : primat du commercial sur l’éditorial
En France, les deux premiers distributeurs, Hachette et Interforum (Editis) contrôlent de l’ordre de 65 % du marché et les six premiers 80 % au moins.

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-particularité du marché du livre
.la demande pour un titre donné est difficilement prévisible, que ce soit par l’éditeur, le vendeur ou le lecteur;
.la période pendant laquelle se fait l’essentiel des ventes d’un nouveau titre est très courte (rentrée littéraire, livres concernant l’actualité);
.les livres se différencient sur un spectre de caractéristiques de dimension très grande, par opposition aux biens conventionnels.

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– autres menaces sur l’édition
. les étals des libraires regorgent de faux livres qui jouent sur le capital de notoriété ( Zidane, Trierweller ex) au détriment des livres qui ont leur propre valeur intrinsèque.
. internationalisation du droit (le copyright prendrait le pas sur le droit d’auteur)
. le développement de sociétés de type Amazon et le numérique qui pourraient remettre en cause l’équilibre économique fragile des librairies, protégé par la loi Lang.
L’arrivée du numérique serait-elle l’occasion pour l’écrivain de renégocier à la hausse ses droits ?(sachant que l’écrivain est dans l’ordre des rémunérations le dernier maillon de la chaîne = variable d’ajustement).

composition du prix du livre                                                                       estimation           en H.T.

 

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amour du capitaine_Après s’être mis au roman à soixante ans passés, passionné par les romans d’aventures (Dumas, Reverte…), H Hamon à 68 ans vient de publier dans cette veine «Pour l’amour du capitaine».
Manifestement épargné par le syndrome de la page blanche , et le terme « retraite » n’apparaissant  pas dans son horizon, il a l’intention de poursuivre sa carrière d’écrivain en privilégiant 3 axes d’écriture :
– traiter d’évènements sérieux avec «légèreté» (références : Molière, Goldoni, Dac et … Soljenitsyne / le pavillon des cancéreux)
– mélanger les genres, les styles…
– conserver l’enracinement sociétal (référence : Louis Guilloux/ le sang noir) et la présence du monde du travail dans les écrits (référence : Maylis de Kerangal).
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Economie du livre en quelques chiffres :
production de livres en 2013 = 75 000 titres (nouveautés et rééditions)
production commercialisée en 2013 = 66 500 (nouveautés et rééditions)
tirage moyen 2012 = 7 300
nombre de titres disponibles = 674 000
CA éditeur : 2 771 M€
droits d’auteurs : 437M€
ventes totales : 440 millions d’exemplaires/an

les 4 piliers de la sagesse républicaine

les 4 piliers de la sagesse républicaine

par Alain Le Guyader , Maître de Conférences er à Ivry

Toute société renvoie à un projet politique. En France, le texte fondateur de ce projet figure dans le Préambule de la Constitution, qui constitue le socle de l' »identité nationale » et qui est l’aboutissement de longs combats pour les libertés fondamentales :

«Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004».

Pour expliciter le titre de la conférence
la sagesse : le droit pour toute personne de réussir sa vie
la république : (res publica ) il existe une sphère publique qui prime sur toutes les autres sphères d’activité, que nul ne peut s’approprier, lieu de discussions et d’arbitrages entre citoyens libres. La république est souvent confondue avec l’organisation de l’Etat (par opposition à la monarchie, la théocratie, l’Etat français) ce dernier n’étant que l’instrument au service du politique.

A) LES «PILIERS» de la REPUBLIQUE

L’article premier de la Constitution de 1958 définit les principes fondamentaux de la République française.
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales.»

1-indivisible

Uniformité du droit applicable sur l’ensemble du territoire national.
Unicité du peuple
Égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de couleur de peau ou de religion.
Monopole du Parlement, représentant la souveraineté nationale, pour l’élaboration de la loi.

2 -laïque

La séparation des églises et de l’État (Loi de 1905).
La neutralité de l’État, et donc des agents publics
La République assure la liberté de conscience (article 1 de la Loi de 1905).
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (article 2 de la Loi de 1905).

3 -démocratique

État de droit.( différence avec l’Etat légal / hiérarchie des droits)
Suffrage universel.
Libertés publiques (liberté d’aller et venir, liberté d’opinion, liberté d’expression, liberté d’association, liberté de réunion, liberté de manifestation, etc.)
Le principe de la République est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple (article 2 de la Constitution française).
La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice (article 3 de la Constitution française).

4 -sociale

Progrès de l’Humanité et construction d’un monde meilleur.
Fraternité citoyenne.
Égalité des chances par l’école de la République.Instruction obligatoire.
Solidarité nationale entre les citoyens et entre les territoires de la République.
Droits économiques et sociaux du Préambule de 1946.
Interventionnisme social de l’État.

B) LES RISQUES DE FRAGILISATION DE CES PILIERS

a) un referendum  dont les résultats ne sont pas pris en compte par les représentants du peuple.Conséquence : abstention massive lors des élections suivantes
b) l’actuelle construction européenne : plusieurs domaines de compétence ont été transférés au niveau européen. Des décisions sont prises au niveau européen alors qu’il n’existe pas de véritable démocratie européenne.
c) des projets pour la reconnaissance d’un peuple corse ou d’autonomie de l’île
d) l’introduction d’une «société civile» dans le débat public
e) des prétentions nationales-racistes ou religieuses quant à la conduite des affaires
f) des projets de subventions aux activités cultuelles
g) les projets de reconnaissance de minorités disposant de droits spécifiques
h) la concentration des médias entre les mains de quelques grands groupes industriels et financiers.
i) l’émergence d’un «vote musulman», d’un «vote catholique» ou … d’un « vote bouddhiste »
j) la séparation culturelle, sociale et géographique des « élites »
Ce « catalogue » est bien entendu loin d’être exhaustif….

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Ce discours sur ces valeurs fondamentales de la République , alors que les fractures économiques, sociales, culturelles et géographiques s’amplifient sur le territoire français peut-il encore être entendu (au-delà des disputes byzantines sur des sujets mineurs) par les chantres de la mondialisation et par  leurs émules qui ne se reconnaissent plus désormais que dans un «récit mondialisé» où l’histoire ne s’écrit plus à l’échelle d’une nation (jugée construction vieillotte,anachronique voire liberticide) mais à celle du monde ?

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Le visage des GAD – témoignage d’Olivier Le Bras

LE VISAGE DES GAD

(ou la chronique d’un désastre industriel et social annoncé)

le bras cruzA l’occasion de la parution de son témoignage « LE VISAGE DES GAD», Olivier Le Bras s’est entretenu avec Anne Guillou de son expérience dans l’entreprise GAD (de son embauche à la liquidation de la société).

1 – l’entreprise GAD

-1956 création de l’entreprise GAD dans le bourg de Lampaul-Guimiliau
1987 Loîc Gad, le dernier fils du fondateur succède à son frère René à la direction de l’entreprise
2000 le site de Lampaul emploie 1200 salariés
-2001 Prestor, groupement finistérien de producteurs de porc entre au capital de Gad à hauteur de 33% en compagnie d’Unigrain
2008 Unigrain cède ses parts à la coopérative agricole CECAB (marque d’Aucy)
2011 la CECAB rachète les parts de Loïc Gad et devient majoritaire en détenant 66% du capital.
Pertes de l’entreprise : 14 millions d’€ (bénéfices de 9 millions en 2010)
2012 Gad SAS :
.St martin des Champs siège = 50 salariés
.Lampaul Guimiliau abattage et découpe de porcs, fabrication de produits élaborés et précuits / 859 salariés / site de 43 000 m2
.Josselin abattage et découpe de porcs, fabrication de produits élaborés crus 650 salariés
.Saint Nazaire fabrication de produits élaborés et de charcuterie 80 salariés
-2013 en février, la société est mise en redressement judiciaire et mise sous tutelle
le 11 octobre, validation du plan de continuation : le site de Lampaul est fermé .

gad

2 – les raisons des difficultés

Les outils bretons d’abattage de porc se retrouvent dans les années 2010 en sous capacité d’utilisation. L’entreprise s’engage dans une spirale de pertes et d’endettement(100 millions d’€).
De surcroît la CECAB, spécialisée dans la transformation des légumes a racheté, dans une stratégie de diversification, une activité très éloignée de son secteur d’origine (conserve/frais)et de sa culture d’entreprise.

3 – le parcours ouvrier d’Olivier Le Bras

– le salarié : Fils d’agriculteur, il renonce à reprendre l’exploitation familiale de St Thégonnec pour entrer en 1995 chez GAD (intérimaire puis CCD Gad, puis CDI) où il gravit tous les échelons de la production
le syndicaliste : de 95 à 97 apprentissage en étant délégué du personnel suppléant CFDT auprès d’André Terrier, puis délégué titulaire FO en 1997, puis délégué central en février 2013

4 – la condition d’ouvrier chez GAD

. répartition : 60% hommes, 40%femmes
. horaire: 5 heures – 13 heures
. salaire SMIC (avec 13 ème mois) en dehors de 30 ouvriers qualifiés
. origine sociale des salariés : en majorité enfants d’agriculteurs des communes avoisinantes
. recrutement : par relation (familiale pour beaucoup)
. pénibilité du travail /forte camaraderie entre salariés/  paternalisme de la direction
. grève : une seule en 19 ans

5 – « la descente aux enfers » et la casse sociale

A la mi-février 2013, dans le cadre de la mise en redressement judiciaire, Olivier Le Bras est désigné comme délégué syndical central. Il devient le porte-parole de l’ensemble des salariés du groupe .
La statégie adoptée :
. dans un premier temps, «sauver l’emploi à tout prix» en faisant valoir les atouts suivants :
a) un outil industriel classé le meilleur d’Europe
b) un important bassin de production porcine dans le Nord Finistère
fight gadc) un outil industriel en état de marche ( non paralysé par les grèves)
Pour les syndicalistes ouvriers, pas de doute : l’entreprise intéresserait des repreneurs. Mais aucun ne se présente….
Les élus sont, dès le départ, alertés mais se révèlent impuissants (idem pour les différents ministres contactés). Impuissants par exemple à regrouper les industriels bretons de l’abattage pour affronter la concurrence allemande .Les dirigeants de la CECAB quant à eux sont aux abonnés absents…
Seul recours : une large mobilisation et l’utilisation des media
Mais le 11 octobre, le plan de continuation est annoncé : le site de Lampaul ferme ; le site de Josselin est préservé
889 salariés restent sur le carreau et autant de familles…
. dans un 2ème temps : « la défense des intérêts des salariés »
a) obtenir des primes de licenciement extra-légales : un doublement est acté
b) la cellule de reclassement (entre les mains de sociétés privées)
le résultat du reclassement 1,5 an après fermeture est décevant : 140 salariés (les plus qualifiés) ont retrouvé un travail sur les 889 licenciés ( soit 15%)et les fins de droits s’annoncent (suite = RSA)
c) des appuis pour une remise à niveau en français pour les salariés étrangers (18),

un lourd bilan :
-5 suicides, 40 divorces, la rupture du lien social pour tous, Lampaul Guimiliau et ses environs sinistrés, une friche industrielle
-un outil industriel dépecé, bradé aux concurrents est-européens.(la CECAB a finalement liquidé l’ensemble de son secteur viandes)

Son combat pour la dignité des salariés qu’il a mené ,avec ses coups d’éclats médiatiques, mais le tout sans violence l’a profondément transformé, confie-t-il.
A 4O ans passés , Olivier Le Bras qui prévoit d’autres futurs « Gad » , si une harmonisation sociale ne voit pas le jour à l’échelle de l’Europe, prépare sa reconversion dans un autre secteur d’activité.

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« Le visage des GAD » – le combat d ‘un « métis breton »

par Olivier Le Bras en collaboration avec Anne Guillou
Paru aux éditions : Locus Solus 18€

Le patrimoine sous-marin en Bretagne

« le patrimoine sous-marin en Bretagne »

par Bernard Foucault, plongeur, chercheur d’épaves

«Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage. » Lao- Tseu.

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Le service hydrographique de la Marine (Shom) recense à ce jour pas moins de 4.125 épaves (bateaux, avions…) le long des côtes françaises. la Bretagne est aux avant-postes. Cargos, chalutiers, navires des deux dernières guerres… En Bretagne, les épaves sous-marines attirent de plus en plus de «chasseurs de trésors»: des  passionnés de plongée et d’archéologie sous-marine , mais aussi des collectionneurs invétérés, des pillards en tous genres et même des sociétés spécialisées internationales.

état de l'épave du Leopoldville au large de Cherbourg
état de l’épave du Leopoldville au large de Cherbourg
1 INVENTAIRE
A) les raisons des naufrages

Elles sont multiples : des côtes mal « pavées », les tempêtes, le brouillard, les collisions, les erreurs de navigation, les avaries et les guerres (mines , torpillage,…)

carte_finistere epaveB) la recherche d’ une épave

a) recherche préliminaire dans les archives
plusieurs sources permettent de croiser les informations : les archives militaires, les cartes SHOM, la presse de l’époque du naufrage,les compagnies d’assurances Lloyd’s- Véritas , les témoignages, les cimetières, les pêcheurs signalant des croches, un document Ouest France
b) recherche de la localisation effective de l’épave
Du matériel sophistiqué embarqué permet de localiser les épaves
Suit une plongée sur site pour confirmation : celles qui ont échoué près de la côte sont rapidement détruites par le ressac et la houle. Les plus belles se trouvent au-delà de quarante mètres,

c)des épaves exceptionnelles : un inventaire non exhaustif

Prince Frederik coulé en 1890 au Sud Sud-Ouest de la pointe bretonne. Il recèlerait 400 000 pièces d’argent valant 2000€/pièce. Non retrouvé .
Elisabethville gisant à 70 m de profondeur , torpillé en 1917 près de Belle Ile
Au fond des cales du bateau sommeillaient 30 tonnes d’ivoire et 12 kilos de diamants soit 12.770 carats. Cette cargaison va éveiller bien des appétits, dont celui de la SORIMA. L’Artiglio arrive de Quiberon, le 18 juin 1928 pour la pêche aux diamants. Les 12 kg n’ont pas été officiellement retrouvés….
La Cordelière , bateau d’Anne de Bretagne coulé par la flotte anglaise en 1512, non retrouvé
Drummond Castle paquebot anglais au large d’Ouessant
Egypt paquebot anglais contenant 7 tonnes d’or et 40 tonnes d’argent , à 120 m de fond
(voir infra Sorima)
Village de Bomport , bateau de Louis XIV, non trouvé cargaison estimée à 24 millions d’€
-L’Aboukir Bay disparût au cours d’une tempête le 25 novembre 1893 lors d’un voyage retour en Iquique (Chili) et Dunkerque avec sa cargaison de nitrate. .. Aucun marin écossais n’en réchappa. Le maire de Carantec se distingua particulièrement par son comportement peu reluisant : partant du principe que les marins de l’Aboukir Bay étaient écossais et donc protestants, il décida de les enterrer dans la fosse commune du cimetière de Carantec .L’épave repose désormais par 30 mètres de fond au large de la baie de Morlaix
HMS Victory avec 100 000 pièces d’argent à son bord – 70 m de fond
– le President Lincoln, plus gros navire américain coulé,sans doute à 430 milles à l’ouest de Brest , durant la 1ère Guerre mondiale, disparaît chargé d’une importante cargaison d’or destinée à financer l’effort de guerre en Europe.
GAIRSOPPAMantola ( 1917) et Gairsoppa ( 1941) coulés en mer Celtique reposant à 4000 m de fond contenant à eux des dizaines de tonnes d’argent

d) l’exploitation des épaves

Après la 1ère Guerre mondiale au cours de laquelle un grand nombre de bateaux furent envoyés par le fond, la chasse aux épaves s’est ouverte :
Exemples :

d1 SORIMA ( l’entre 2 guerres)

ARTIGLIOL’Artiglio fut sans doute l’un des plus célèbres navires de l’histoire de la plongée sous-marine.
Patrouilleur pendant la première guerre mondiale, il est acquis et réarmé par la Société Italienne de Récupération Maritime (SORIMA) en 1928.
Cette société fut la première à son époque à effectuer des plongées à plus de 100 mètres pour récupérer les cargaisons de navires naufragés. L’Artiglio a ainsi travaillé sur de nombreuses épaves en Méditerrannée, en Atlantique et en Manche. Les scaphandriers de la Sorima ont acquis une renommée mondiale en remontant, de 1930 à 1932, les 7 tonnes d’or des cales du paquebot Egypt coulé au large de Sein par 130 mètres de profondeur. Technique employée : chalutage en bœufs pour détecter l’épave – dynamitage par tronçon (sous le contrôle d’un plongeur) pour accéder au coffre-fort- remontée au grappin du butin

d2 ODYSSEY MARINE EXPLORATION ( XXIème siècle)

ZEUSPlus la technologie s’améliore ( robots, sous-marins de poche…), plus les sociétés spécialisées plongent profondément pour dénicher des épaves englouties
BlueExplorerDans les années 2010,la société spécialisée dans la récupération d’épaves Odyssey , cotée en Bourse (CA 2013  : 31,7 millions de dollars)a retrouvé les 1.574 lingots à bord du SS Gairsoppa, qui repose à 4.700 m de fond dans l’Atlantique Nord, au sud-ouest de l’Irlande. ( butin estimé à 40 millions de dollars.)
Le cargo britannique avait coulé en février 1941 après avoir été torpillé par un sous-marin allemand alors qu’il  naviguait de Calcutta vers Londres. Odyssey a remonté plus de 99% de la cargaison qui a été déposée en lieu sûr en Grande-Bretagne. Selon le contrat passé avec le ministère britannique des Transports, la GairsoppaSilversociété garde 80% de la valeur de la cargaison. La récupération de la cargaison a pu se faire grâce à des engins conduits à distance équipés spécialement pour les grandes profondeurs.
La même société a retrouvé la cargaison du vapeur britannique SS Mantola, MANTOLAqui a coulé en 1917 Le Mantola aurait transporté une vingtaine de tonnes d’argent assurées pour les risques de guerre.

 

D’autres sociétés ne sont pas en reste. Galleon Ventures et Seaquest International ont remonté des artefacts et autres trésors d’un bateau espagnol du XVIIe siècle. Sub Sea Research a trouvé 1,7 million d’onces de platine à bord d’un navire marchand coulé en 1942…

2 EPAVES – BUTIN – DROIT DE LA MER

Ces bâtiments reposant sur les fonds marins sont la mémoire historique de nombreux et dramatiques événements de mer. Navires de commerce, bateaux de guerre, sous-marins quasiment intacts posés sur le fond.(renfermant parfois des équipages entiers).. Beaucoup de ces épaves des deux guerres mondiales sont donc de poignants sanctuaires sous-marins.

L’Unesco estime à 3 millions le nombre d’épaves englouties à travers le monde. Moins d’un millier d’entre elles renfermeraient assez d’objets de valeur pour rentabiliser leur renflouement.
L’exploration et l’exploitation de ces épaves sont-elles encadrées ?

A) Dans les eaux territoriales, chaque pays a adopté sa législation.

En France,
tout vestige découvert doit être déclaré et appartient à l’État. Doctrine : laisser sur place
Le DRASSM est chargé de veiller à l’inventaire, la mise en valeur et la protection du patrimoine immergé
Cet organisme , basé à Marseille ,regroupe trente fonctionnaires d’Etat aux compétences diverses, archéologues, scaphandriers professionnels, administratifs et techniciens.Il accorde parfois des délégations de fouille à certaines associations.

en Grande-Bretagne :
Trois lois protègent les épaves
Protection of Wrecks Act 1973 (loi sur la protection des épaves de 1973) :
Protection of Military Remains Act 1986 (loi sur la protection du souvenir militaire 1986) :
Merchant Shipping Act 1995 (loi sur le commerce maritime 1995)
Une commission d’experts prend des décisions au cas par cas.
U.S.A.
Dans les eaux américaines, seules les épaves à moins de 5 km des côtes reviennent à l’État. Entre 5 et 22 km, la juridiction n’étant pas clairement établie, c’est souvent un procès qui départage les parties.

b)Dans les eaux internationales,

Les biens retirés des galions ou des épaves  appartiennent en totalité au découvreur.
Sauf si… Sauf s’il s’agit d’un bâtiment militaire, qui revient alors à son pays d’origine, ou d’une épave relevant du patrimoine de l’humanité.
Jusqu’à une période récente, les chasseurs de trésors américains avaient coutume de faire fi de ces restrictions….

En 2001 , l’UNESCO a élaboré une convention sur la protection du patrimoine sub-aquatique.

………………………………………………………………………………………………..

Pour l’anecdote : l’ARTIGLIO , le fameux chasseur d’épaves des années 30 ,a été englouti par les flots dans la baie de Quiberon lors d’une opération de dérasement d’un navire bourré d’explosif. Son épave a fait depuis l’objet de fouilles sous-marines…..

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Amour sacré et passions profanes par M Bernard RIO

Amour sacré et passions profanes

Le-cul-bénit-Bernard-Rio-Lectures-de-LilibaUne fée peignant sa blonde chevelure à la fontaine, une sainte Vierge offrant sa généreuse poitrine à l’enfant Jésus, une femme exhibant ses jolies fesses dans le chœur d’une chapelle… , un diable coquin dans une église, un acrobate exhibi­tionniste… La dame à la quenouille, saint Guernichon le petangueule, le souffle-à-cul .

L’accumulation de ces images dans les chapelles de Haute Bretagne et de Basse Bretagne est telle que elle ne peut pas être considérée comme anecdotique.( De la préhistoire, il reste quelques monuments mégalithiques qui célébraient déjà la fécondité : Coat Mandon, menhir de Plouarzel, Commana)

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Les documents écrits laissant entendre le sens exact qu’il convient de leur donner font défaut.

L’idée la plus communément avancée pour expliquer ces scènes érotiques, à savoir la dénonciation de la luxure pour édifier les fidèles ne convient pas davantage qu’une (suite…)

liberté d’expression – le vivre ensemble – la laïcité : débat du 31 mars

Débat du 31 mars 2015 à l’I.U.T. de Morlaix

Notes prises par Ninon

entre Yves-Marie Lelay, prof de Philo er et Pierre Chamard-Bois, théologien.

Animateur :  Gérard Maillet, président de l’UTL du Pays de Morlaix.
4 thèmes : 1) Le blasphème ; 2) La liberté d’expression ; 3) La laïcité ; 4) Le vivre ensemble

Le 7 janvier 2015, « Notre 11 septembre » a dit Michel Onfray. 17 personnes exécutées sur des sites différents : des journalistes, des personnes de confession juive, une policière…
En réaction, le dimanche 11 janvier 2015, à la suite d’un appel lancé, des milliers de personnes ont défilé sous la bannière « Plus jamais ça ! »

(suite…)

Crimes et chocolat par Chantal Pommier

le 09 avril 2015 à Langolvas

Crimes et chocolat

Quoi de plus sensuel, de plus festif que de siroter un chocolat mousseux ou de déguster une bouchée pralinée ? Qui soupçonnerait alors que le « nectar des dieux » pourrait sceller un pacte avec la mort ?
A la fin du Moyen Age, le port d’armes était interdit aux femmes, aux ecclésiastiques et aux gens de rien qui avaient alors fréquemment recours au poison pour se débarrasser de manière définitive des importuns.Le chocolat empoisonné pouvait paraître une arme idéale

1 le chocolat et les européens

 

Hernan Cortès découvre le breuvage chocolaté en 1519. Il est le premier à en rapporter en 1528 , à ses maîtres d’Espagne  . Dès le 17 ème siècle, le chocolat devient une boisson très appréciée de l’aristocratie et du clergé espagnol. Son commerce s’étend alors aux autres colonies espagnoles comme les Pays Bas.
L’arrivée du chocolat en France a commencé avec l’exil des juifs d’Espagne et du Portugal qui fuyaient l’Inquisition et qui sont venus se réfugier en transportant le chocolat dans leurs valises . De nombreux marranes s’installent notamment à Bayonne après 1609 ; ils sont à l’origine de l’introduction du chocolat en France.

2 les crimes associés au chocolat

Les annales judiciaires toutefois ne regorgent pas de procès retentissants alliant crime et chocolat
Don Bernard de Salazar, évêque mexicain, en 1630, aurait été empoisonné  par un verre de chocolat suite à la menace d’excommunication de toutes celles qui se gavaient de la boisson lors des offices religieux.
Antoine-François Desrue, épicier parisien qui, au lieu de payer une dette auprès de Mme de Lamotte l’empoisonna avec du chocolat, fit de même avec le fils mais échoua avec le père.
En 1774, le pape Clément XIV aurait été empoisonné avec du chocolat selon la lettre d’un diplomate. Doute sur la tentative d’empoisonnement sur Frédéric II

Une dernière affaire en  2008 : celle de la bouchée Mon chéri posée, avec un petit mot doux, sur le pare-brise d’un maire d’une petite ville touristique autrichienne, qui la mange imprudemment. La liqueur était lestée de sept-cent milligrammes de strychnine ! Le maire s’en sort mais dans quel état ! L’empoisonneur dont le geste s’expliquait par un refus de permis de construire a quant à lui tout le restant de ses jours pour méditer sur les bienfaits du chocolat, et ceci derrière les barreaux…
D’autre part, les « crimes par chocolat » inspirèrent aussi écrivains et cinéastes (Sade, Agatha Christie, Chabrol….) qui les mirent en scène dans leurs œuvres.
Dans « Chocolat » publié en 1921, destiné avant tout à l’édification politique et morale, mêlant intrigue policière et morale ,Alexandre Tarassov-Rodionov est allé trop loin en dévoilant certains tabous : les rouages du système policier qui se mettait en place et la misère du peuple.
Cette description conduisit son auteur au peloton d’exécution en 1938 .
Le chocolat peut également détruire indirectement, insidieusement, faire mourir à petit feu les enfants dans les champs de cacaoyers ( conditions de travail ) ou éliminer ceux qui s’intéressent de trop près à la « filière cacao ».

Professeur de lettres, comédienne, Chantal Pommier a d’abord écrit pour le théâtre et ensuite étudié les similitudes entre George Sand et Colette.

J.J. AUDUBON

« J.J. Audubon (1785-1851), ornithologue, naturaliste, peintre : le breton le plus célèbre des U.S.A.

par Serge DUIGOU

Jean-Jacques Fougère Audubon , né Jean Rabin, est sans doute avec La Fayette le Français le plus célèbre et le plus admiré aux États-Unis.
Né à Saint-Domingue en 1785, il est le fils illégitime d’une immigrée bretonne, Jeanne Rabin et d’un capitaine au long cours, Jean Audubon qui possédait dans cette île plantations et esclaves. À la mort de sa mère, trois ans plus John_James_Audubon_1826tard, le père ramena en France, à Nantes, l’enfant et sa demi-sœur Rose. Ils furent accueillis tous les deux par l’épouse de Jean Audubon qui les éleva comme ses propres enfants. L’un et l’autre furent d’ailleurs adoptés par le couple qui possédait à Couëron une propriété « La Gerbetière » située non loin des bords de Loire. Dans les marais qui bordent le fleuve le jeune garçon observe, identifie et croque ses premiers oiseaux. Cette passion naissante va s’enrichir au contact de Charles-Marie d’Orbigny, médecin de famille, féru de sciences naturelles ;

En 1803, Jean Audubon père envoie son fils en Pennsylvanie sur sa propriété Mill Grove pour échapper à la conscription . Délaissant le développement de la propriété, celui-ci se consacre à la chasse, à la pêche, au dessin et à la musique.
white John-James-Audubon-001De retour de France, en 1806, Jean-Jacques Audubon demande la citoyenneté américaine. qu’il obtient en 1812 et devient John James Audubon.

En 1808 , il se marie avec Lucy Bakewell : deux fils naîtront de leur union.
Il publie de 1827 à 1839, « Birds of America », 435 planches de grand format dit « double éléphant folio » gravées et colorées, représentant les oiseaux grandeur nature (103 cm x 69 cm). Premier illustrateur à les dessiner dans le détail et à restituer leurs comportements, il a su faire évoluer, de manière fondamentale, le regard porté sur le monde animal.
Pour dessiner ou peindre les oiseaux, il doit d’abord les abattre avec du petit plomb pour ne pas les déchiqueter. Il utilise ensuite du fil de fer pour les maintenir et leur rendre une position Brooklyn_Museum_-_Green_Heron_-_John_J._Audubonnaturelle. Ses oiseaux sont représentés de façon vivante dans leur habitat naturel.
Il adjoint à ses « Birds of America » les Biographies ornithologiques (5 volumes in-8), qui contiennent la description de la vie de chaque espèce représentée.

Audubon poursuit ses expéditions en Amérique du Nord et achète une propriété sur l’Hudson, aujourd’hui Audubon Park. En 1842, il publie aux États-Unis une édition populaire des Oiseaux d’Amérique.
Audubon meurt à New-York le 27 janvier 1851, à l’âge de soixante six ans.
L’œuvre d’Audubon est aujourd’hui l’une des plus recherchées et des plus chères sur le marché de l’art. : en 2010, un exemplaire original de Birds of America est adjugé à 8 600 000€.

Français le plus connu aux USA après La Fayette, son portrait est à la Maison Blanche ; des villes, un comté, un sommet des Rocheuses portent son nom. Symbole de l’écologie américaine, il a donné son nom à l’une des plus Plate-431-American-Flamingo-finalimportantes sociétés de protection de la nature aux USA, « The Audubon Society » créée en 1886, dont le siège est situé au cœur de Manhattan et qui réunit plus de 500 000 membres.
En France :
– en 1996 les marais de la commune de Couëron sont baptisés marais Audubon.
– depuis 2002 la maison d’enfance d’Audubon « La Gerbetière » est propriété de la Ville Couëron.

audubon lesothoaudon aigrette neigeuse

La Guerre de la Ligue en Bretagne (1588-1598)

 La guerre de la Ligue en Bretagne ( 1588-1598)

par Hervé Le Goff , professeur de lettres et historien

Quand le sort de l’Europe se jouait en Bretagne (1588-1598)
Guerre civile et conflit international

Cette période troublée, connue, et en même temps mal connue est le fruit d’une construction historique élaborée à des fins politiques. Les conflits qualifiés de « religieux » sont en effet, au 16ème siècle, essentiellement d’ordre politique.

1 Rappels historiques généraux

Les guerres de religion qui ont ravagé le royaume de France où se sont opposés catholiques et protestants, (les huguenots) commencent en 1562 et se suivent (8 au total), entrecoupées de périodes de paix jusqu’en 1598

Henri_III_VersaillesEn 1588, la dynastie française est dans une situation particulière : elle n’a pas de successeur en ligne directe et le futur roi, issu d’une ligne collatérale, Henri de Navarre est protestant.
Les Guise, branche cadette de Lorraine, représentant l’aile ultra-catholique prennent la tête d’une rébellion contre le pouvoir royal à laquelle s’associe une ligue des villes (d’abord Paris, puis des villes en Touraine, Champagne, Bourgogne ).Le roi doit abandonner la capitale aux ligueurs après la journée des barricades du 12 mai 1588.
Le roi profite de la réunion des États généraux à Blois pour faire assassiner les chefs de la Ligue, le duc de Guise et son frère le cardinal de Lorraine en décembre 1588.
En réaction à cet assassinat, toutes les provinces tenues par la Ligue dirigée par le duc Charles de Mayenne, frère de Henri de Guise.(essentiellement la Champagne, le Midi, la Bourgogne, la région de Paris…) se soulèvent contre le « tyran » Henri III. Celui-ci s’allie au roi de Navarre, et leur armée met le siège devant Paris. Henri III est assassiné le 1er août 1589 par Jacques Clément, un dominicain membre de la ligue.
Henri de Navarre, chef des protestants, devient le nouveau roi de France réactivant la guerre civile. Comprenant HENRI IVqu’il ne sera accepté comme roi que s’il est catholique, il annonce sa conversion au catholicisme et abjure pour la 2ème fois, à la cathédrale de Saint-Denis le 25 juillet 1593. Cette conversion lui ouvre les portes de Paris en 1594. Il est sacré à Chartres le 27 février 1594. Le 7 décembre 1595, le pape reconnait la légitimité de la succession. Les ralliements (contre finances) au roi légitime s’accélèrent.Il déclare officiellement la guerre à l’Espagne et entame une campagne en Bourgogne qui débouche sur l’écrasement des dernières forces armées de la Ligue à la  bataille de Fontaine-Française. Mayenne vaincu, la Ligue nobiliaire cesse peu à peu d’exister L’Edit de Nantes, en 1598, met un terme définitif à la Guerre de la Ligue.

2 La Bretagne et la Guerre de la Ligue (1588-1598)

a) clarifications préliminaires

Le 16 éme siècle est pour la Bretagne le siècle d’or, contrairement aux idées reçues . La Bretagne, en expansion démographique (2,4 millions d’habitants) est une province prospère qui commerce avec tous ses voisins : 65% des entrées sorties de l’avant port d’Amsterdam sont enregistrées sous «pavillon breton». Par ses ports très actifs, les idées nouvelles pénètrent sur son territoire.
«On ne peut laisser tomber aux mains des Espagnols une province aussi riche que la Bretagne» dixit Elisabeth I d’Angleterre
La Guerre de la Ligue n’est, en Bretagne, ni une guerre de religion ni une guerre séparatiste, ni une simple mise à sac de villes (La Fontenelle)

b) son déroulement

b1 une guerre civile

Après l’assassinat des Guise, passé le moment de sidération, la Bretagne ne bouge pas contrairement à d’autres provinces françaises. Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et beau-frère -mercoeur_(détail)d’Henri III, dit Mercoeur se range finalement, sous l’influence des ordres religieux, du coté des ligueurs prenant la tête d’une révolte armée :
-paralysant le Parlement de Bretagne en emprisonnant son président
-en provoquant un coup d’état municipal à Nantes
-en investissant Rennes en tant que représentant du roi mais établissant aussitôt des comités ligueurs
-en marchant sur Fougères pour contrôler «l’entrée» de la Bretagne
Puis dans un 2ème temps en1589-1590, la Bretagne est secouée par des insurrections de type rural
-siège de Vitré qui compte 20 % de protestants (peur d’une St Barthélémy à rebours)
-pillage de Tréguier contraignant à la fuite l’Evêque fidèle au roi ainsi que le lieutenant général
-sédition populaire anti-seigneuriale et conflits locaux (de Boiséon) à Kérouzéré dans le Léon
-pillage de Carhaix
-blocus de Brest de février à août 1591 assiégé par des léonards
En dehors du cas de Vitré, la religion n’intervient pas dans ces troubles.
Le commandement militaire royal, après le défection de son gouverneur est désemparé. Aussitôt nommé, le nouveau gouverneur de Bretagne, le comte de Soissons est fait prisonnier par Mercoeur. Le Duc de Montpensier lui succède.
Se poursuit une guerre de type médiéval sans objectifs bien précis. L’organisation rebelle s’appuie essentiellement sur les villes : conseils des ligueurs ou conseils de l’Union (cf archives de Morlaix, Nantes, Guingamp) et offre une résistance au pouvoir royal.
Au final la Bretagne est divisée en 2 , non par des axes géographiques, mais par petites zones géographiques (en fonction des influences nobiliaires et des intérêts économiques) constituant un véritable patchwork. Vont coexister 2 administrations parallèles avec 2 parlements (Nantes et Rennes), 2 chambres régaliennes, 2 chambres d’Appel…

b2 un conflit  international

l’affrontement de 2 puissances
PHILIPPE 2La Bretagne est coincée entre 2 impérialismes et est l’objet de convoitise :
& l’Espagne et Philippe II
Pour rallier les Flandres, l’Espagne recherche des bases pouvant servir d’escale à ses bateaux : elle lorgne vers les ports bretons
Pour contrer l’Angleterre, elle a également besoin de ces ports
Cf : l’Invincible armada
Par ailleurs, Philippe II a des prétentions pour l’Infante : la couronne de Bretagne, mais également la couronne de France et il passe des accords et traité avec les ligueurs.
& l’Angleterre et Elisabeth Ière
Avec une population de 4 millions d’habitants à la fin du 16 ème, l’Angleterre dispose de peu de moyens mais sa reine Elisabeth ne veut à aucun prix que la Bretagne ne tombe aux mains des Espagnols. ( et pire encore la couronne de France…)
Elle lâche ses « chiens de mer »Hawkins, Raleigh,Drake.Ils coupent la route des galions espagnols en provenance d’Amérique du Sud, les délestant de leurs précieuses cargaisons, et ce faisant  mettent à mal les finances espagnoles qui étaient déjà à leur 3ème banqueroute.
L’Angleterre tient également à protéger ses voies de communications avec la Guyenne ( fourniture de sel, de vin)
Le comte d’Essex en 1595 se permet de piller dans le port de Cadix un convoi chargé d’or et de saccager le port.
Par ailleurs Philippe II a été chassé d’Angleterre à la mort de son épouse, reine d’Angleterre.Vieux contentieux personnel.
« Qui commande la mer, commande le commerce, qui commande le commerce commande les richesses du monde » Cette devise anglaise résume l’affrontement entre les 2 puissances, …tandis que les troupes d’Henri IV qui n’a aucune politique maritime font le siège de Montcontour, Josselin, Abbeville…..

la guerre sur le terrain
Les deux camps, de force égale, ne peuvent prétendre l’emporter sans le renfort de forces étrangères. Le duc de Mercoeur fait alors appel à Philippe II d’Espagne qui lui envoie en octobre 1590 une armée de 7 000 soldats, commandée par Don Juan del Aguila et bientôt installée à Blavet (Port-Louis). Puis ils construisent un fort à Roscanvel pour contrôler l’entrée de la rade de Brest, menace directe pour les intérêts anglais.

En réponse à l’appel à l’aide du roi de France , Elisabeth Ière fait débarquer en mai 1591 à Paimpol, seul port resté royaliste , un corps expéditionnaire de 2400 hommes qui restera jusqu’en février 1595 commandé par John Norris, et qui comptera jusqu’à 15 000 hommes
La guerre de faible intensité prend une autre tournure quand débarquent ces troupes étrangères.
Des batailles rangées s’engagent : ,Merdrignac, Craon (1592) où les royalistes associés aux anglais accusent une cuisante défaite.( 5000 morts du coté anglais)
Les anglais reviennent alors vers l’Ouest , reprennent avec des forces royalistes  Quimper, Morlaix et s’emparent du fort de Crozon en nov-déc1594. Leur objectif est atteint : ils ont neutralisé les espagnols et s’en retournent en Albion …
(Les espagnols restent jusqu’en 1598 , date du Traite de Vervins.)
Après le départ des Anglais, alors que les ralliements au roi sont nombreux , la guerre s’éternise en Bretagne. Pour quelles raisons ? Mercoeur poursuit la lutte pour obtenir un bon prix de son ralliement ( 2 800 000 écus soit le tiers du budget du royaume) : membre de la maison de Lorraine, il a des prétentions sur la couronne (car le roi à cette époque n’a pas de successeur en ligne directe) et  en continuant à guerroyer, il reste entouré d’anciens ligueurs pouvant l’appuyer dans ses desseins.

Henri IV , le bon roi, qui s’était engagé à payer le contingent anglais, à apporter à ce contingent l’aide d’une troupe équivalente, à donner un port fortifié à la couronne anglaise renie tous ses engagements mais il met les bretons à contribution : paiement des soldes des soldats étrangers, paiement du retour des troupes espagnoles dans leur pays.
A Nantes,ex-ville rebelle où il refuse une entrée solennelle, il prend l’Edit de Nantes en 1598, qui est présenté comme un modèle d’expression de la liberté religieuse, qui en fait organise un « apartheid » religieux : la religion catholique retrouve sa place de religion officielle tandis que les protestants sont cantonnés dans des régions réservées…
Elisabeth I  a , quant à elle, préservé les intérêts de son royaume à peu de frais, sauvant le trône d’Henri IV vacillant, influençant en cela le sort de l’Europe.

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La mémoire des landes par François de Beaulieu

« La mémoire des landes de Bretagne »

par François de Beaulieu, historien naturaliste, ethnologue, écrivain

références  : les peintures de Lucien Pouëdras
1 Généralités

800px-View_along_Monts_d'Arrée_1Paysage si caractéristique de la Bretagne, les landes sont composées de graminées, de bruyères , d’ajoncs et de plantes diverses. Elles ne se développent que sur des sols très pauvres (qu’appauvrissent les bruyères) que sous des climats venteux et pluvieux.
Deux types de landes se distinguent :
– celles façonnées par le vent , sur les falaises littorales et les dunes = les landes primaires , le vent empêchant les arbres de s’implanter
– les landes secondaires issues de la déforestation dues aux animaux et aux hommes . Elles se situent à l’intérieur des terres et sont diverses en fonction de l’emploi recherché.

La Bretagne était couverte de près d’1 million d’ha de landes vers 1800, soit le 1/3 de la surface régionale ( 66% de la surface autour de Morlaix) contre 20 à 30 000 environ en 2000.

Il y a 10 000 ans , la forêt ( chêne , tilleul, frêne, noisetier )recouvrait la Bretagne. Puis la glaciation , le feu et les troupeaux d’herbivores ont modifié le paysage

Les landes secondaires se sont vraiment développées après les premiers défrichements initiés il y a près de 6000 ans et qui se sont accélérés il y a 3000 ans à la fin de l’âge de bronze, pour faire place à des cultures de céréales et au pâturage.

2 Un système agricole spécifique
21 développement et particularités

Peu avant le Moyen Âge tardif , les moines exploitaient directement les terres. Puis, pour défricher, ils cherchèrent à attirer des gens.
Les moines instaurèrent alors un mode de tenure : « la quévaise ». Ils proposaient aux paysans défricheurs l’emplacement d’une maison, d’un courtil et d’une petite étendue de terre contre le paiement d’une rente annuelle, une partie en argent, une partie en nature.
– Le droit de propriété était partagé entre le seigneur et le tenancier.
– Le tenancier perdait sa tenure s’il l’avait abandonné plus d’un an.
– Le plus jeune des enfants en héritait.et les aînés étaient dans l’obligation de partir « coloniser »  un autre site .

Les landes est ce « commun » où la communauté fait pâturer ses bêtes, vient chercher de la litière pour les animaux de la ferme ,tandis qu’en parallèle les paysans cultivent individuellement les meilleures terres.

Les landes avaient deux fonctions principales :
– par ses mottes fournir du feu à combustion lente pour usage domestique ou pour la ferronnerie, –
– assurer l’alimentation et la litière pour les animaux.
Par écobuage ensuite, le paysan pouvait également faire pousser pendant 4 ans du seigle ou du blé noir sur les hache landecendres des landes répandues sur des billons, les landes revenant sur ces parcelles tous les 20 ans env. Au fil des ans , le développement d’outils spécifiques pour le tranchage des mottes ,de la récolte d’ajonc témoignent de cette activité agricole ( faucilles, étrèpes , hache-lande ….)
Pendant près de 8 siècles, la société rurale bretonne vivait harmonieusement entre terres cultivées , prairies et landes jusque dans les années 1930.L’équilibre apporté par la culture des landes a donné une résilience à la société rurale bretonne qui , selon toute vraisemblance,lui a permis d’échapper aux famines frappant d’autres régions françaises : au pire en défrichant un bout de lande , du blé noir pouvait être semé ….Les excédents de production en période « normale » étaient écoulés sur les marchés régionaux.

22 le déclin des landes1 landes de bretagene

De son voyage en France en 1780 , Arthur Young décrit la Bretagne comme arriérée et misérable. : il n’y voit que landes , landes et landes entre Nantes et Vannes.
Partie d’Angleterre, la révolution fourragère atteint la Bretagne . Elle est initiée principalement par des agronomes, qui créent des écoles et stations d’expérimentation en agriculture.
Une Princesse Napoléone-Elisa Bacciochi émue par la misère des paysans bretons qui, sur ces landes ingrates de Lanvaux, vivent chichement de la culture du seigle et du blé noir,  va se consacrer à améliorer leur sort.
Dans les années 1860 ,elle expulse 400 « « bohémiens » qui iront grandir les rangs du prolétariat urbain et qui vivaient sur ces 525 hectares de terre  , à Colpo, à dix-neuf kilomètres au nord de Vannes, pour installer des colons Elle fait défricher.. drainer…
A partir de 1830 , l’agronome alsacien Jules Rieffel, fondateur de l’école nationale d’agriculture de Grand-Jouan. fait défricher 400 ha sur Nozay et développe l’emploi de nouvelles techniques
De 1846 à 1873, les premiers ingénieurs agronomes du Finistère sont formés sur la ferme de Trévarez
En 1851, Théophile de Pompéry publie un premier ouvrage qui a la particularité d’être bilingue, Quelennou var labour pe gonnidègues an douar, ou le nouveau guide du cultivateur breton.
Il expérimente les assolements et amendements en systématisant l’introduction des plantes fourragères et le drainage des terres.Il soutient activement les projets de dragage du maërl .Il pense qu’une industrialisation de l’agriculture bretonne nécessite la maîtrise des assolements et des défrichements : les cultures fourragères sont le socle du développement de l’agriculture bretonne .
Par un lobbying efficace, l’Association Bretonne fait voter une loi obligeant aux partages des communs , qui reviennent dans certains cas aux paysans ayant la capacité financière d’acheter ( situation inchangée en ce cas), soit à de riches propriétaires qui y installent des colons.( L’élite commerciale nantaise dont le commerce négrier s’est épuisé se réoriente vers le développement agricole par exemple)
Cette nouvelle agriculture va dévorer au fil des ans ces landes façonnées et entretenues par l’homme ,modifier en profondeur le paysage breton et bouleverser le mode de vie des ruraux.

3 Les landes : quel intérêt de nos jours

Les landes ne représentent plus que 20 à 30 000 ha de nos jours
1 valeur agricole : la lande dont la récolte peut être totalement mécanisée est une litière de bonne qualité ( 1500 ha de fauche dans les Monts d’Arrée)
2 valeur paysagère ( et donc touristique) cf Crozon et les Monts d’Arrée
3 un refuge pour certaines espèces animales ( courlis , papillons) qui suppose des surfaces importantes de landes d’un seul tenant.

L’introduction de résineux inadaptés, certains incendies importants, l’assèchement de zones humides ont porté atteinte ces dernières décennies aux surfaces couvertes de landes . Une loi votée en 2014 qui fait obligation de reboiser systématiquement après déforestation ( ou versement compensatoire) ne va pas dans le sens d’une gestion pérenne de ces espaces ..

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Le 5. – Montauban. Les pauvres ici le sont tout à fait ; les enfants terriblement déguenillés, et plus mal peut-être sous cette couverture que s’ils restaient tout nus ; quant aux bas et aux souliers, c’est un luxe hors de propos. Une charmante petite fille de six à sept ans, qui jouait avec une baguette et souriait, avait sur elle de tels haillons, que mon cœur s’en serra : on ne mendiait pas, et quand je donnai quelque chose, on me parut plus surpris que reconnaissant. Le tiers de ce que j’ai vu de cette province me paraît inculte et la presque totalité dans la misère. Quel terrible fardeau pour la conscience des rois, des ministres, des parlements, des états, que ces millions de gens industrieux, livrés à la faim et à l’oisiveté ; Arthur Young. Extrait.

la mamoire des landes

Aspects de la vie théâtrale à Morlaix avant 1888

Morlaix-borne-michelin-thtre-iAspects de la vie théâtrale à Morlaix avant 1888

par Corinne Le Noan, guide conférencière

 

La ville a un théâtre privé sur son territoire, sans doute depuis la fin du XVIIIème. Il est aujourd’hui bien caché à la vue des passants mais semble-t-il encore présent dans les mémoires , même si personne n’a pu le connaître dans sa fonction : c’est un vrai mythe dont j’ai pris conscience lorsque j’ai commencé à faire des (suite…)

Jean-Jacques BOUESTARD DE LA TOUCHE (1780-1810)

Jean-Jacques Bouestard de la Touche (1730-1810), médecin, philosophe, franc-maçon, créateur de la première École de Sages-Femmes à Morlaix en 1774.

 

Ce médecin né à Angers y fit ses études de médecine et aurait pu demeurer dans cette ville où son frère était apothicaire. Mais, marié en 1758 à Anne Serbert, il choisit de s’installer à Morlaix avec son épouse et sa fille Charlotte qui vient de naître.

À cette époque, la ville de Morlaix exerce une véritable attraction auprès des gens d’affaires par son port très actif, sa manufacture qui compte 1000 ouvriers, ses orfèvres, ses artisans, ses commerçants. On vient s’installer à Morlaix de toutes les régions françaises et aussi d’Irlande, d’Écosse, de Lombardie. Mais cette ville industrieuse cache bien des failles : la mortalité y est élevée, spécialement celle des enfants. Les épidémies, venant souvent des campagnes, atteignent la ville et y font des dégâts considérables.

(suite…)

Les cœlacanthes

sciences.la-recherche-du-mysterieux-coelacanthe-par-100-m-de-fond« L’évolution, la biologie et le comportement des cœlacanthes »

par Gaël Clément , Professeur en Paléontologie au Muséum national d’Histoire Naturelle

 

 

Les cœlacanthes ne furent longtemps connus que comme un groupe de spécimens fossiles largement représentés dans les alluvions du Dévonien au Crétacé, avec une apparente extinction à la fin de l’ère secondaire. La découverte des premiers fossiles fut l’œuvre de l’ichtyologue Louis Agassiz, en 1832. Dès 1829, il projeta de publier ses conclusions dans « Recherches sur les poissons fossiles » (paru en cinq volumes entre 1833 et 1843), où les cœlacanthérés sont mentionnés pour la 1ère fois.
Les premiers cœlacanthes connus datent de –410 millions d’années, Ils évoluaient dans de nombreux milieux aquatiques très différents (marin, d’eau douce, euryhalin, et lacustre). C’est au Trias que les paléontologues ont répertorié la plus grande diversité d’espèces.Ils se développèrent jusqu’à atteindre des longueurs de 3 mètres au Crétacé avant de décliner vers la fin de cette période (70 à 60 Ma)

coelacanthe3Surprise en 1938 : l’ornithologue sud-africaine Marjorie Courtenay-Latimer annonçe la découverte d’un cœlacanthe vivant. Le 22 décembre 1938, elle avait reçu un appel téléphonique lui indiquant qu’un pêcheur actif dans l’estuaire   de la Chalumna River venait de remonter dans ses filets un poisson de type inconnu. Elle fit naturaliser l’animal et contacta l’ichthyologue James L. Brierley-Smith (1897-1968) qui y vit un cœlacanthe. L’espèce est depuis baptisée Latimeria chalumnæ en l’honneur de Marjorie Courtenay-Latimer et des eaux dans lesquelles elle a été retrouvée. Il faudra attendre 1952 pour qu’un nouveau spécimen soit découvert.
Le cœlacanthe actuel,présente de nombreux traits remarquables sur le plan anatomique :
1 nageoires charnues
Ces appendices sont un caractère propre aux poissons sarcoptérygiens, dont sont issus les tétra
podes (lignée des vertébrés terrestres). Très similaires à celles de Latimeria, les nageoires charnues de la lignée des tétrapodomorphes – les sarcoptérygiens, à l’origine des tétrapodes – étaient les organes à l’origine de nos membres.
La nageoire pectorale de Latimeria contient une série d’os gainée par des muscles, au bout de laquelle s’étirent les rayons soutenant les nageoires, qui sont caractéristiques des sarcoptérygiens. La nageoire pectorale (ou pelvienne) est articulée au reste du corps via un os unique, qui est l’homologue de l’humérus (ou du fémur).
2 joint intercrânien
Cette articulation est une particularité présente chez tous les poissons sarcoptérygiens fossiles, mais que les dipneustes (des poissons à poumons) et les tétrapodes ont perdue.
Elle articule les parties antérieure et postérieure du crâne lorsque l’animal ouvre la gueule. La biomécanique de cette articulation et son éventuel rôle dans la prise alimentaire restent mal connus.
photo coelacanthe 23 organe rostral
Cet organe se trouve dans une cavité située dans le museau. Latimeria serait doté du même genre d’électroperception que les squales.
4 poumon vestigial
Le poumon consiste en un court diverticule issu de l’œsophage, entouré d’un manchon graisseux s’étirant dans la cavité abdominale. Non alvéolé, ce poumon n’est pas fonctionnel chez Latimeria
Toutefois, de nombreux cœlacanthes fossiles, en particulier les formes datant du Mésozoïque ( de 252 à 66millions d’années), sont dotés d’un sac ossifié, allongé et fortement vascularisé. L’étude de cette structure chez un cœlacanthe du Crétacé, indique qu’il s’agissait d’un poumon fonctionnel.
5 encéphale
Le cerveau occupe environ un pour cent du volume de la cavité endocrânienne chez l’adulte, le reste étant rempli d’un tissu graisseux dans lequel s’étirent les nerfs crâniens et les vaisseaux sanguins.
6 ovoviviparité
Le cœlacanthe est ovovivipare, c’est-à-dire que les œufs se développent et éclosent à l’intérieur de la femelle. Les embryons ont une morphologie très semblable à celle des adultes et se développent grâce un sac rempli de réserves nutritives (sac vitellin). Les femelles peuvent porter jusqu’à 26 embryons dont la taille atteint parfois 30 centimètres.

L’un des traits anatomiques remarquable de Latimeria chalumnae est sa curieuse nageoire caudale secondaire.

Depuis 1952, on a capturé près de 200 spécimens. Malgré la protection dont il fait l’objet, sa pêche intensive le mène à l’extinction. Sa population n’excède pas 300 à 600 individus dans l’Océan Indien. Cette espèce est répertoriée comme « en danger extrême ».
Le coelacanthe actuel mesure 1,50 m de long en moyenne pour environ 65 kg. Cependant, il peut atteindre 1,80 m et peser 95 kg.
Latimeria chalumnae nage entre 100 et 400 mètres de profondeur dans les eaux côtières près de l’archipel des Comores.
C’est un poisson qui chasse plutôt à l’affût et se précipite sur toutes les proies qui passent à sa portée. Son régime est carnivore et il se nourrit notamment de poissons.
photo coelacanthe 1Des photographies du cœlacanthe prisent en 2010 par le biologiste et plongeur Laurent Ballesta vont entrainer l’expédition scientifique nommée « Projet Gombessa »,dans les grottes du Jesser Canyon par – 120m , au large de l’Afrique du Sud .avec pour objectif d’étudier notamment les membres articulés du « dinosaure marin ». Pour ce faire, les chercheurs ont mis au point un nouveau système de caméra qui décompose ses mouvements , permettant d’analyser ses nageoires en trois dimensions.

Le but est de savoir si la nage du cœlacanthe peut nous renseigner sur les toutes premières tentatives de marche terrestre. L’objectif de l’équipe dirigée par Laurent Ballesta est multiple :

–  enregistrer le son pour comprendre la communication des cœlacanthes,
– établir un volet génétique de son ADN en prenant des échantillons de son mucus,
– placer une balise sur l’un des individus pour suivre son déplacement, et tout cela en quatre semaines.

 

Pour comprendre son environnement,au cours d’une dernière expédition, les plongeurs ont réussi à équiper un cœlacanthe de 1m30 d’une balise capable d’enregistrer la température mais aussi la pression ambiante, qui permet de retracer les déplacements de l’animal marin et comprendre son milieu naturel. Les informations collectés ont été récupérées par satellite à la remontée de la balise à la surface, 9 mois après sa fixation sur l’animal .

Les précieux renseignements ont permis de constater les résultats suivants : le coelacanthe vit dans des eaux dont la température se situe entre 18 et 22°C, il peut descendre à plus de 380 mètres de profondeur et sort toutes les nuits de sa grotte afin de chasser,
La modélisation de ses mouvements en 3D, du fait de sa nage très complexe, demande elle, encore un certain nombre de temps avant d’avoir des résultats visuels exploitables.

la violence dans les villages finistériens au 19ème – Annick Douget

LA VIOLENCE DANS LES VILLAGES FINISTERIENS AU 19ème SIECLE (1815-1914)

ANNICK DOUGETpar Annick Le Douget , greffier au Tribunal de Quimper

 

A partir des archives judiciaires du XIXème siècle, l’analyse des différentes formes de violence tant au sein des familles que dans le village permet de dresser une typologie des violences qui sont «remontées» jusqu’à l’appareil judiciaire étatique, de souligner des caractéristiques propres au Finistère, de voir l’évolution du monde rural face au contrôle de la violence.

Elle est aussi une manière de pénétrer au coeur de la société rurale finistérienne afin de lui rendre tout son relief

1) Typologie des violences observées

(suite…)

La RUSSIE de Poutine

Le 09 Octobre la Russie de Poutine  par Alain Colas, chargé d’enseignement à l’UBO

.gfédé russie

Brefs rappels historiques
– Pierre 1er(1682-1725), au prix d’une longue guerre avec la Suède, obtient un accès à la mer Baltique ; il fait construire Saint Petersbourg qui devient la nouvelle capitale, symbolisant ainsi l’ouverture du pays vers l’Europe. Une puissante industrie métallurgique, la première d’Occident à l’époque, est édifiée dans l’Oural et permet de soutenir l’effort de guerre. Catherine II (1762-1796), autocrate éclairée, achève la conquête des steppes situées au bord de la Mer Noire après avoir défait l’empire ottoman et le khanat de Crimée et repousse vers l’ouest les frontières de l’empire russe grâce au partage de la Pologne. L’actuelle Ukraine et la Russie Blanche (Biélorussie) sont désormais entièrement en territoire russe. Durant toute cette période, les cosaques occupent progressivement la Sibérie et atteignent l’océan Pacifique en 1640.
Depuis Pierre Le Grand, qui le premier a ouvert la Russie vers le monde occidental, le débat entre Occidentalistes et Slavophiles sur une expansion vers l’Ouest ou vers l’Est perdure encore…
gorbatchev– M Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985 en prenant la tête du PCUS avec la volonté de réformer le régime pour combattre la stagnation économique et les reliquats du stalinisme, mais ses réformes donnent des résultats plutôt mitigés. La perestroïka (restructuration économique) n’a pas atteint les objectifs escomptés ayant aggravé les pénuries de biens de consommation et les inégalités sociales entrainant un mécontentement populaire, tandis qu’une démocratisation du régime, amorcée avec la glasnost (transparence), déclenche des conflits inter-ethniques et la montée des nationalismes, mal perçus par les Russes.En Août 1991, un putsch tente d’écarter Gorbatchev. Son échec précipite celui de l’URSS qui disparaît fin 1991.
– Le premier président de la nouvelle Russie,Boris Etsine et son 1er ministre Gaïdar donnent une inflexion libérale getsineau régime en appliquant une « thérapie de choc ». Le fonctionnement de la société russe qui abandonne le socialisme est profondément bouleversé et mène à l’enrichissement d’une minorité (oligarques ), au déclin de l’outil économique, à l’affaiblissement de l’État fédéral et à une chute catastrophique du niveau de vie des Russes.
Au niveau économique, la planification dirigiste et centralisée de l’économie a été abandonnée sans transition au profit d’un mode de fonctionnement s’inspirant des thèses libérales des économistes de l’Ecole de Chicago Les moyens de production ont été en grande partie privatisés, dans des conditions souvent obscures. La réorganisation rapide de l’appareil économique combinée avec les effets de l’éclatement de l’URSS ont provoqué au cours des années 1990 un effondrement de l’économie( avec une inflation galopante et un chômage important)

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gpoutineEntre l’élection d’Etsine en 1991 à la présidence et la crise financière de 1998, le PIB a chuté de près de 50% ; les investissements de 90%. La production industrielle est tombée à 47% de son niveau de 1990 ; celle de l’agriculture à 58%.

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Quand Poutine accède au pouvoir.il hérite de cette situation
1 le personnage Vladimir Vladimirovitch Poutine et les forces qu’il incarne
a) Poutine
naissance : le 07 Octobre 1952 à Léningrad .
Membre du KGB , il est envoyé en 1985 à l’étranger, en RDA. Il passe cinq ans dans une petite unité opérationnelle déconcentrée à Dresde.Avec la réunification allemande et le démantèlement des installations du KGB en RDA, le lieutenant-colonel Poutine retourne à Léningrad pour y reprendre son service opérationnel dans la Direction locale du KGB sous la couverture du poste du conseiller aux affaires internationales du recteur de l’Université de Léningrad Anatoli Sobtchack En 1991, Sobtchak, démocratiquement élu à la tête du Soviet de Léningrad (la mairie de la ville), invite Poutine à devenir son conseiller aux affaires internationales De 1992 à 1996, Poutine est l’une des personnalités les plus influentes de la politique municipale, l’« éminence grise » du président du Conseil de la ville. Il est responsable des relations extérieures de la mairie de Saint-Pétersbourg, et, à partir de 1994, premier adjoint du maire Sobtchak , qui est devenu l’un des potentats locaux qui ont émergés dans cette décennie en Russie
À l’automne 1995 , ce dernier le nomme président de la section locale de « Notre Maison la Russie » , le parti du président du gouvernement Tchernomyrdine . Il est chargé de diriger la campagne des élections législatives dans la région pour le compte de NDR
En août 1996 il est nommé à Moscou adjoint au directeur des affaires de la Présidence En 1997 , il entre dans l’administration présidentielle pour en devenir vice-président moins d’un an plus tard, chargé du Département principal de contrôle doté de pouvoirs étendus. Il devient ensuite (à partir de mai 1998) vice-directeur de l’administration présidentielle chargé de la gestion des relations avec les régions, toujours avec une importante influence dans le milieu des pouvoirs. En juillet 1998 , il est nommé directeur du FSB (ex KGB)
À partir du 31 Décembre 1999 , il assure les fonctions de Président de la Fédération de Russie par intérim à la suite de la démission de Boris Eltsine. Il devient président de plein exercice le 07 mai 2000 , après avoir remporté l’élection présidenielle dès le premier tour. Confortablement réélu en 2004 , il mène une grande politique de réformes marquée par un redressement de l’économie nationale et une politique institutionnelle tournée vers une concentration des pouvoirs présidentiels.
En 2008 la constitution lui interdisant de concourir pour un troisième mandat consécutif, il soutient la candidature de Medvedev à la présidence. Une fois élu, celui-ci le nomme président du gouvernement. Dans la foulée, Vladimir Poutine prend la direction du parti Russie Unie .
Le 07 mai 2012, Vladimir Poutine retrouve la fonction de président de la Fédération de Russie après sa victoire au premier tour de scrutin.
b) les forces qu’il incarne
gazprom– Gazprom est une société anonyme russe connue principalement pour l’extraction, le traitement et le transport de gaz naturel Malgré une privatisation partielle partielle sous la présidence d’Etsine , elle reste toujours sous un contrôle étroit de l’État russe, qui, de 2004 à 2006, a fait passer sa part dans le capital de 38 % à plus de 50 % . Depuis 1954, elle est le premier exploitant et le premier exportateur de gaz au monde.Depuis 2005, elle est aussi un acteur majeur sur le marché mondial du pétrole .
En 2007, c’était la première entreprise russe, la 3e par la capitalisation boursière au monde, derrière ExxonMobil et PetroChina .
En 2005, la société a contribué pour 20 % aux recettes budgétaires de l’État russe et contribuait à hauteur de 8 % au PIB . Elle emploie près de 350 000  personnes.
En 2004, elle produit environ 93 % du gaz naturel russe, tout en contrôlant 16 % des réserves mondiales. Ses clients se trouvent en Europe centrale et en Europe occidentale, ainsi que dans l’ancienne URSS .( réseaux North Stream et South Stream)
En plus de ses réserves de gaz naturel, et du plus grand réseau de gazoduc au monde (150 000 km), elle détient des positions dans les banques, les assurances, les medias, la construction et l’agriculture.
50 % des dirigeants politiques et administratifs actuels de Russie sortent des rangs de Gazprom (ex Medvedev)
Gazprom, avec l’appui politique de Poutine, a intégré ses concurrents directs en Russie et pénétré le marché allemand (Shröder ex chancelier allemand : salarié de Gazprom)
Gazprom a fourni à l’Europe de l’Ouest 25 % de ses approvisionnements en gaz nature en 2005 . Les Etats baltes et la Finlande sont dépendants à 100 %, l’Autriche à 55 %, l’Allemagne à 37 %, la France à 15 %. .
gLubyanka_– Le FSB est responsable de la sécurité intérieure de la Russie, du contre-espionnage , et de la lutte contre le crime organisé , le terrorisme et le trafic de drogue . Cependant, de nombreuses critiques soutiennent que le FSB est plus engagé dans l’élimination des dissidences internes, maintenant la population sous un contrôle permanent, et influençant les évènements politiques importants, à l’identique des actions passées du KGB.
Le FSB est une vaste et puissante organisation, rassemblant des fonctions et pouvoirs qui sont dans d’autres pays disséminés entre des services distincts. Le FSB commande également un contingent des troupes armées (troupes intérieures, spetsnaz) et un important réseau d’informateurs civils
78 % des 1 016 principaux responsables politiques russes auraient travaillé précédemment dans une organisation affiliée au KGB ou FSB
2 les réalisations de Poutine depuis 2000
a) son programme électoral
Poutine s’est fait élire président sur 3 promesses :
assurer le paiement des retraites
la rénovation de l’armée
la remise en ordre de marche de l’économie du pays
b) les réalisations
Même si l’état de délabrement des villes est encore marqué et que l’équipement des ménages n’a pas atteint celui des ménages occidentaux, Poutine a mis fin à la pénurie alimentaire qui touchait une grande partie de la population
Le redressement démarre après la grave crise financière de 1998 marquée par un assainissement des pratiques économiques (réforme fiscale avec la mise en place d’un taux unique de 13 % pour l’impôt sur les revenus, introduction d’une taxe sociale unifiée, baisse du taux de la TVA , réduction du taux des impôts sur les sociétés de 35 % à 24 %, avec simplification la fiscalité et limitation de la fraude et la corruption ; remonétisation des transactions après de longues années de pratique du troc, paiement des salaires et des retraites en temps et en heure, mise au pas d’oligarques prédateurs peu soucieux d’investir durablement dans le pays, élaboration de codes et règles diverses inspirées des pratiques occidentales, répression des pratiques de corruption au sein de l’État, etc.).
L’essor économique est en outre facilité par la remontée des cours du gaz et du pétrole qui favorise un désendettement général et de grande ampleur de l’État russe (la dette publique est ramenée à 13 % du PIB fin 2007 contre 120 % en 1998), ce qui permet à ce dernier de libérer des ressources budgétaires nécessaires. Le pays se situe à la 7e place mondiale par son PNB
Les sondages effectués en Russie donne un satisfecit à Poutine sur ce plan. Les manifestations anti Poutine ont un caractère anecdotique. La seule opposition réelle est celle de l’ancien PC qui réunit 25 % des voix mais n’est pas en capacité de prendre le pouvoir ( nostalgie du communisme brejnevien)
Sur le plan intérieur , la reprise en main brutale de la Tchéchénie a lavé l’honneur de l’armée russe mise à mal sous Etsine.
Au plus haut sommet de l’état, il faut noter une légère divergence entre Poutine et Medvedev sur les orientations des investissements , le 1er privilégiant la modernisation de l’armée, l’autre la rénovation de l’outil productif et l’orientation vers les nouvelles technologies.
Sur le plan diplomatique, la Russie , effacée du temps d’Etsine, est de retour sur la scène internationale, contrant les initiatives diplomatiques de l’Occident quand elle les jugeait contraires à ses intérêts à long et moyen terme ( Iran, Syrie,…)
3 prospectives
Poutine a hérite de sa formation KGB d’une vision bipolaire du monde :
les USA contre la Russie
la chute de l’URSS vécue comme la plus grande catastrophe de l’Histoire
la nécessité de construire un no man’s land autour de la Russie pour la protéger des USA et de ses supplétifs de l’UE
a) la stratégie
s’ancrer sur les vieilles traditions russes ( proximité avec l’Eglise orthodoxe – appui de la population rurale / appel de l’Eglise pour voter Poutine)
slavophilie : le développement du pays doit se faire vers l’Est – l’Asie
b) la politique suivie dans la sphère d’influence immédiate
reprendre le contrôle des anciennes républiques soviétiques chaque fois qu’il est possible ( par les armes , par la déstabilisation des régimes mis en place , utilisation de l’arme « fourniture de gaz »)
ex Georgie 2008 lors de l’ouverture des Jeux de Pekin, l’armée russe pénètre sur le territoire de la Georgie qui perd une bande de son territoire et où le régime est déstabilisé
ex la Crimée en 2014 revient dans le giron de la Russie, réglant le sort de Sébastopol, port militaire donnant accès à la mer Noire et donc à la Méditerranée une fois pour toute.
interdiction aux anciennes républiques soviétiques de se rapprocher de l’Occident par des manoeuvres d’intimidation et de déstabilisation (cf Ukraine)
mise sur pied d’u groupe de Shangaï ( Russie – Chine et les républiques « musulmanes » de l’ex-URSS
avec accords militaires ( manoeuvres conjointes) et politiques ( partenariat / fourniture de gaz)
L’argumentaire de Poutine pour ses interventions brutales repose sur les éléments suivants :
la Russie n’est pas respectée par les Occidentaux
lors de l’éclatement de la Yougoslavie, les Occidentaux, malgré l’opposition russe et sur la zone d’influence russe ont mené une intervention militaire , démontrant leur hostilité au monde slave.
de plus, ils ont reconnu unilatéralement le Kosovo, en faisant fi du droit international en la matière.
Poutine s’estime donc en droit de procéder de la même manière en Crimée , en Ukraine et ailleurs…en tablant sur le recentrage de la diplomatie US sur l’Asie-Pacifique et sur de faibles réactions de l’UE empêtrée dans des difficultés économiques, dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz naturel    . Cet argumentaire est bien reçu en Russie.
c. le rapprochement avec la Chine
manoeuvre militaire sino-russe à proximité en mer de Chine
accord sur le gaz
fourniture de gaz par gazoduc traversant le nord de la Chine permettant à celle-ci de diversifier ses sources d’approvisionnement passant par le détroit de Malacca
et de siniser les régions traversées par le gazoduc en les industrialisant avec incorporation de m.o. Chinoise
mise en exploitations de terres  en Sibérie par les Chinois
d. rénovation de l’armée
à l’horizon 2020, l’armée russe doit retrouver son rôle de superpuissance militaire ( la Russie étant le plus grand pays de la planète) mais aussi assurer la sécurité du pays face à un éventuelle menace « islamiste » pouvant venir de la déstabilisation du Moyen Orient.
.       Effectifs : 1 140 000 militaires et 2 000 000 réservistes  .Budget : 70 milliards de $ (2008)
De l’URSS, la Russie avait notamment conservé par accord interétatique l’intégralité de l’arsenal nucléaire ainsi que quelques bases militaires « temporairement » extraterritoriales (ex : Sébastopol)
e) les potentialités de difficultés
la population est en régression . Sa population est estimée à presque 144 millions d’habitants en 2014 . Difficile de bâtir un développement avec une population vieillissante où l’espérance de vie des hommes a reculé ( alcoolisme) , où la natalité a suivi le même mouvement . Des politiques publiques ont été menées pour contrecarrer cette tendance.
L’économie russe est extrêmement dépendante de la conjoncture économique internationale , du fait de la part importante de ses revenus issus du gaz et du pétrole. Des cours à la baisse par exemple peuvent entraver le développement global de l’économie.
Conclusion:
g FSB.svgSauf problème de santé, Poutine est assuré de conserver le pouvoir jusqu’en 2024, en muselant toute velléité d’opposition  : le FSB veille.
Disposant d’un pouvoir présidentiel étendu, Poutine, selon Mme Carrère d’Encausse, aurait l’intention de démocratiser de manière progressive les institutions russes d’ici 2024.

 

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Pour en savoir plus :
Biblio :
Marie Mandras, Russie l’envers du pouvoir Odile Jacob 2008 (très critique)
Héléne Carrère d’Encausse la Russie entre deux mondes fayard 2010(plus favorable),

Jean Bernard Pinatel, Russie alliance vitale, Choiseul, 2010.(plaidoirie pour un rapprochement union européenne et Russie)

articles intéressants sur la Russie dans la revue Commentaire.

La Bretagne et les Bretons dans la Grande Guerre

La Bretagne et les Bretons dans la Grande Guerre(1914-1918)

 

par Patrick GOURLAY – historien

La Grande Guerre à nos yeux est synonyme de souffrances, de pertes effroyables, de sacrifices de la part de tous : soldats, familles, économie…. La Bretagne est une région qui a fortement contribué à l’effort de guerre national. Quel impact aura eu cette guerre sur la société bretonne dans son ensemble ?

L’ENTREE EN GUERRE

le contexte général

1914_new_alliancesBien que les USA soient devenus le 1ère puissance économique mondiale ,en 1914, l’Europe domine encore le monde : elle représente la moitié de la production industrielle mondiale ,elle possède les 2/3 de la flotte de commerce mondiale.
Bien qu’elle ait connu 44 ans de paix, cette Europe est minée de l’intérieur. Outre l’ancienne rivalité franco-allemande résultant du sort réservé à l’Alsace Lorraine suite au conflit de 1870, l’Allemagne se sent lésée dans le partage « colonial »de l’Afrique, l’Angleterre et la France s’étant accaparés la part du lion.Les colonies sont un débouché pour les productions nationales et une source d’approvisionnement en colonie14matières premières.
Deux crises ( Tanger en 1905 – Agadir en 1911) avaient mené l’Europe au bord de la guerre.Les divers gouvernements fourbissent leurs armes :de vastes programmes de réarmement sont mis en oeuvre ; deux blocs sont prêts à en découdre . En effet ,la Triple Alliance ( Allemagne , Autriche- Hongrie, Italie) fait face à une Triple Entente entre la France , l’Angleterre et la Russie ( alliances de type défensif).
Par ailleurs, le inventions en matière militaire ( mitrailleuse, canon à tir rapide, sous marins, torpilleurs ) promettent une guerre « industrielle » dévastatrice, la Guerre mitrailleusede Sécession US en ayant été une pré-figuration.

La Bretagne en 1914

 

Avec ses 5 départements , la Bretagne compte 3,2 millions d’habitants en 1914 ; la natalité y demeure forte : 4 enfants par famille ; 41 % de la population ont – de 20 ans. L’exode rural y est important vers les villes littorales, Paris, voire l’Amérique,
La société bretonne reste sous l’influence de l’Eglise catholique et de l’aristocratie terrienne.
La Bretagne demeure rurale : 75 % de la population vit dans les campagnes contre 56% pour la France.( les grandes villes : Nantes 200 000 h – Brest 80 000 h – Rennes : 80 000 h – Lorient 50 000 h)
C’est une région peu industrialisée : les industries marquantes sont d’une part les arsenaux et d’autre part les industries liées au secteur de l’agriculture-pêche ( à Douarnenez par ex ; 26 usines de conserverie – 40 millions de boites produites par ans – 4 000 ouvriers)
La Région est acquise à la République depuis 1900 avec le ralliement de la hiérarchie catholique. Les Républicains sont aux commandes de mairies importantes à la veille du déclenchement des hostilités.

L’entrée en Guerre

L’assassinat de Sarajevo ne laisse pas présager une guerre au début du mois de juillet 1914.
Le 23 Juillet, l’Autriche Hongrie adresse un ultimatum à la Serbie : la prise de conscience d’une conflagration générale se fait jour.
Les socialistes se mobilisent pour bloquer l’engrenage qui mène au conflit, sans toutefois évoquer la menace de grève générale que brandissait la IIème Internationale socialiste en cas de guerre .
Le basculement vers la guerre est manifeste après la mort de Jaurés : l’Union Nationale se profile et le gouvernement n’a pas besoin « d’appliquer le carnet B » qui prévoyait d’interner tout opposant à la guerre.
Le 1er Août , les affiches annonçant la mobilisation générale sont placardées sur les édifices publics. Le tocsin sonne à la campagne : l’ordre de mobilisation ….

POILU 1914Le départ pour le front

Loin de l’image d’Epinal ( « la fleur au fusil »)les sentiments qui prédominent sont la consternation, l’émotion , la tristesse et la résignation. Le Breton va au front pour défendre son pays attaqué, défendre les frontières ( patriotisme défensif).
L’Eglise catholique adhère immédiatement à l’idée de l’Union Sacrée. ( 600 religieux pour le diocèse de Quimper sont immédiatement mobilisés)
Entre les 4 et le 8 Août 1914, 350 000 bretons s’en vont par train rejoindre le front.Ces troupes sont engagées dès Aout 14.

 

 

 

LES BRETONS AU FRONT

aux frontières terrestres

bénédiction d'un mort au combatLes premiers affrontements des régiments bretons ont lieu en Belgique au cours des batailles de Maissin, de Charleroi et de la Sambre.
Les Bretons sont sur tous les théâtres d’opérations dans les tranchées mais aussi aux Dardanelles et en Salonique
Les bretons résistent avec des pertes considérables à Verdun : 50 % en une journée.
Leur héroïsme au combat modifie l’image du breton : de chouans, ils deviennent l’exemple du bon soldat courageux , craints par ses ennemis.
Autre aspect spécifique du soldat breton : le côté dévot

sur le front naval

Stöwer_U-Boot_TruppentransporterLa Bretagne est au coeur du front naval . Elle devient une des bases essentielles pour les Alliés. Dès le début du conflit, ses ports sont utilisés à plein :
en Août 14 , à St Nazaire débarquent 120 000 anglais accompagnés de 12 000 chevaux
en 1916, Brest accueille 30 000 russes qui s’en vont sur le front de Champagne

A Brest également transitent du matériel, des munitions, des matières premières essentielles à l’effort de guerre.

La Bretagne devient une cible majeure pour la Kaiserliche Marine. Les U-Boote traquent tous les navires et envoient par le fond entre 1915 et 1918 300 bateaux aux larges des côtes bretonnes , en ne faisant aucune distinction entre navires de guerre et bateaux de pêche : guerre totale.

La réplique ne se fait pas attendre : une lutte sous-marine s’engage avec des dirigeables, des hydravions et des navires spécialisés hydracvion penzedans la chasse aux sous-marins. La sécurisation des convois s’avère efficace : 300 victimes pour 300 000 militaires US débarqués par mois.( cf base hydravions de la Penzé)
8 millions de tonnes de marchandises sont acheminées vers la France au cours de ce conflit et débarquées essentiellement dans les ports bretons

 

La Bretagne tête de pont du débarquement US

St Nazaire pour le matériel, Brest pour les hommes ont joué un rôle essentiel comme tête de pont .
St Nazaire : 3 300 000 tonnes de matériel – 200 000 hommes après juin 1917
Brest : 800 000 hommes du contingent US passent par Brest soit le 1/3 de l’effectif engagé
La ville se transforme pour accueillir ces soldats : la longueur des voies de quai passe de 7 km à 33 km ; 9 camps de transit sont aménagés
Le camp de Pontanezen par exemple a une capacité d’accueil de 80000 soldats ; il couvre 700 ha, 700 baraques ;5300 tentes ; un hôpital de 2 000 lits., un parc automobile de 900 voitures…
La ville de Brest dont la population intramuros n’excède pas les 65 000 habitants s’américanise au contact de l’American Way of Life de ces dizaines de milliers de soldats ( jazz, film de Chaplin…).
wilson à brest _04En décembre 1918 d’abord,  puis en 1919 en route pour Versailles, le Président Wilson vient rendre hommage à la ville de Brest pour l’accueil que la ville a réservé à ses soldats.

 

 

 

 

 

LA GRANDE GUERRE :UN CHOC POUR LA SOCIETE RURALE BRETONNE

les ruines d'un villageD’une guerre imaginée en Août 14, la guerre devient réelle :
avec le départ des Bretons qui ont accepté le conflit pour défendre le sol national,
avec l’hécatombe des premiers combats où des milliers de jeunes sont fauchés.

Les conséquences sur l’activité économique

La guerre frappe directement le secteur agricole ( 55 % de la population active) et le désorganise.
Les hommes sont partis pour les champs de bataille et vont tomber au champ d’honneur, les femmes partent pour les champs…Les mairies mettent sur pied des crèches pour garder les enfants de – de 10 ans : leurs aînés rejoignent leurs mères et les anciens dans les champs. Le fonctionnement réel de l’économie repose sur le travail des femmes.
La réquisition des chevaux prive de plus le secteur ( peu mécanisé) de cette force de travail. Le monde agricole dans son ensemble est touché : le forgeron, le maréchal ferrant, le boucher, le boulanger sont aussi partis…L’entraide, l’utilisation des prisonniers ,les permissions de 15 jours pour les semailles pallieront partiellement ce manque de main d’oeuvre.
Dans le monde industriel , des mesures permettront le retour dans les usines de personnel qualifié ( techniciens, cadres ), les effectifs étant complétés là aussi par les femmes , des étrangers et des prisonniers. La poudrerie de Pont de Buis compta 3 000 ouvrières.
Par ailleurs des secteurs industriels se développent, portés par la guerre et les commandes publiques:le textile, la métallurgie, la sidérurgie et l’agroalimentaire.

La présence de la guerre en Bretagne

1) La Bretagne sert de base sanitaire pour 800 000 soldats blessés au cours d ela guerre. Ils sont répartis entre 273 hôpitaux . Appel au bénévolat pour s’occuper d’eux.
2) La Bretagne accueille également les réfugiés du Nord, de l’Est , de Belgique chassés par l’avancée allemande : en 1918, 167 000 réfugiés sont recensés en Bretagne.
3) Les prisonniers civils allemands , hongrois, autrichiens sont internés dans des camps pour éviter qu’ils ne deviennent an cas de retour dans leurs patrie des soldats qui affronteront les soldats de l’Entente.( camp de l’île de Sieck par ex.).
4) la correspondance entre le front et l’arrière
– lettres autocensurées et censurées mais qui permettent de converser entre le front et les familles .
– envoi de la presse régionale
5) l’envoi de colis alimentaires aux militaires
6) les permissions : en 1915, compte tenu du la prolongation de la guerre , un système de permission est rétabli , essentiel pour le moral des troupes et de l’arrière.
7) Mobilisation des enfants
– au niveau de l’école : l’instituteur reçoit des instructions pour traiter de la guerre dans le maximum de matières enseignées.
– quête pour des dons : la journée du poilu
– incitation au don : le sou des écoliers
– parrainage de soldats
– incorporation de jeunes n’ayant pas l’âge requis pour aller sous les drapeaux
( Jean Corentin Carré cité à valeur d’exemple)
8) organisation d’une journée spéciale du Finistère
– objectif : financer un centre de rééducation pour les mutilés ;
– 100 000 F sont recueillis
9) mobilisation des esprits
– l’Eglise met en avant le sacrifice des vies pour sauver la France
– les républicains évoquent plutôt les soldats de l’an II
– les intellectuels bretons sont également appelés pour galvaniser le peuple.

Le moral

Les préfets sont chargés de surveiller le moral de la population par des rapports mensuels transmis au gouvernement.
En 14 et 15 , la population accepte avec résignation la guerre bien que les deuils s’entassent sur les deuils.Mais pour financer la guerre , le gouvernement joue de la planche à billets et l’inflation s’installe, rognant le revenu des fonctionnaires, rentiers et retraités. Le réveil social débute donc en 1916 mais l’année 17 est marquée par une agitation revendicative liée à la baisse du pouvoir d’achat et la lassitude devant cette guerre sans fin.
Durant les 6 premiers mois de 1918, les Bretons redeviennent optimistes, du moins plus que les autres français.

Au 1152e jour de guerre, ( 11 novembre) l’armistice est signé : les empires centraux acceptent leur défaite.
La Victoire est ambiguë : l’immense joie collective est associée à la douleur du deuil.

L’EMPREINTE DE LA GRANDE GUERRE

le retour des soldats

ce retour s’effectue entre novembre 1918 et l’été 1919 souvent dans l’indifférence. Puis l’accueil s’organise : les fêtes du 14 Juillet et du 11novembre sont l’occasion de célébrer le retour des régiments( avec arc de triomphe).

En début 1919, les prisonniers reviennent également

le retour des morts : les morts sur les champs de bataille devaient rester sur les lieux de leur mort. Toutefois une loi votée en 1920 autorise le retour des corps et ceci à la charge de l’Etat.Morlaix devient le centre départemental d’accueil des cercueils En mars 1921, un premier convoi de 6 wagons contenant 160 cercueils arrive en gare : ils repartent vers 75 communes. 55 autres convois suivent.

Le « bilan humain »

necropole_de_douaumont_dia_02La Bretagne a payé un lourd tribut. Sur les 600 000 bretons engagés, 138 000 ont péri.Les régions rurales comme la Bretagne ont fourni l’essentiel des fantassins, ceux qui ont connu les plus lourdes pertes. Les paysans représentaient 40 % de la population active française en 1914 : ils constituent 50% des pertes.A cela s’ajoute le fait que la population bretonne est plus jeune que la population française. Le % de soldats bretons tués s’élève à 22% contre 16 % en moyenne pour l’ensemble du pays. Sans parler des invalides et des blessés.

 

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERALes monuments aux morts

l’hécatombe a fait naître avant la fin de la guerre le besoin d’organiser le souvenir des sacrifices pour la patrie.
A la fin de la guerre , les municipalités envisagent l’édification d’un monument à la gloire de leurs concitoyens morts pour la patrie. Le financement est assuré par une subvention communale, une aide de l’Etat et une souscription publique. Le choix du monument et son emplacement sont fortement marqués par les orientations politiques du lieu : les municipalités républicaines par exemple tentent de créer un axe civique : école publique-mairie – monument aux morts , elles mettent en valeur la notion d’égalité républicaine dans l’hommage et face à la mort : classement des noms par ordre alphabétique sans distinction d’ordre hiérarchique.

MEMORIAL SAT ANNE D4AURAYL’Eglise n’est pas en reste . Elle veut son monument religieux, futur lieu de pèlerinage :ce sera le mémorial des Bretons morts pendant la Grande Guerre à Saint Anne d’Auray dont la crypte est bénie en 1927 et qui sera inauguré en 1932 devant 120 000 fidèles.

Autre lieu de mémoire : le monument de la Pointe Saint Mathieu érigé en 1927 en hommage aux marins de la Royale et aux marins de commerce disparus, monument qui incarne la douleur et la tristesse de la mère ou de la veuve

Le 11 Novembre devient le moment majeur des associations d’anciens combattants pour rendre hommage à ceux d’entre eux morts au combat.
La Grande Guerre par le brassage des populations aura stimulé le sentiment d’appartenance à une même nation. Le conflit aura parachevé le projet de gommer les disparités régionales , projet initialement porté par l’école de Jules Ferry.

Anne de Bretagne

Le 04 décembre à Langolvas :

Anne de Bretagne (1477 – 1514), un destin d’exception

par Jean Kerhervé, professeur d’Histoire médiévale à l’UBO .

blason d'Anne de Bretagne
blason d’Anne de Bretagne

Anne de Bretagne dont le nom est passé à la postérité est entourée de mythes, tantôt présentée en reine parfaite , symbolisant l’union et la paix entre le royaume de France et le duché de Bretagne, tantôt comme une duchesse bretonne contrainte à un mariage forcé et attachée à l’indépendance et au bonheur de son duché . Les historiens donnent également une vison contrastée de sa personnalité, « bornée, vindicative » pour l’un, « riche et positive » pour l’autre … Les sources narratives manquent pour discerner la réalité : les chroniqueurs bretons sont muets sur le sujet, les chroniqueurs français donnent une vision stéréotypée d’une reine.
500 ans après sa mort, elle représente dans l’imaginaire breton l’identité bretonne . Les publicitaires de tout poil se sont servis et se servent encore de cette image dans la promotion de leurs produits.
« Trois mariages et deux enterrements » résument le destin exceptionnel de cette duchesse qui , du fait de son statut d’héritière d’une principauté de rang royal , fut l’enjeu central dans les luttes d’influence  qui aboutirent à l’union de la Bretagne à la France…, en cette fin du Moyen – Age où la France des Princes allait faire place à la France du Prince.

a) une héritière – un héritage contesté.

portarait anna breizh-Anne de Bretagne est née en 1477 à Nantes. Elle est l’héritière de la lignée des Montfort , apparentée aux grandes familles de l’époque ( Navarre, Aragon, Visconti, famille royale française..) qui a assis son pouvoir sur la Bretagne depuis plus d’un siècle.
A sa naissance, son père François II est à la tête de la principauté de Bretagne, l’équivalent d’un état actuel, qui a la particularité de s’être autocréée (sui generis) : en effet, la Bretagne ne procède pas d ‘une concession de l’Empire Carolingien auquel elle n’a jamais fait partie. Le Duc, fait par la grâce de Dieu à l’image du Roi de France, possède tous les pouvoirs : fiscalité, pouvoir militaire, justice, émission de monnaie.. L’autorité du roi de France s’arrête au Couesnon…
A cette époque , la prospérité économique de la Bretagne dépasse celle de la France.Par ailleurs , le « centre de gravité » du monde bascule : la Méditerranée encombrée par les sarrazins perd de son intérêt , les yeux se tournent vers l’Atlantique ( découverte des Amériques : 1492)
Le Roi de France ne peut donc que convoiter cette pointe dans l’Atlantique , et de surcroît riche.
-une héritière à l’héritage contesté
En 1365, le traité de Guérande, signé de son grand-père, prévoyait une succession de mâle en mâle dans le famille des Montfort en priorité, puis dans celle des Penthièvre. Coté Montfort, Anne, coté Penthièvre , Nicole de Penthièvre.Impasse .
En 1480, le roi de France Charles VIII achète à dessein le droit des Penthièvre pour 50 000 écus : il se pose en héritier.
La réplique bretonne ne se fait pas attendre :
. François II et son entourage s’emploient à lui trouver un mari à même de sauvegarder l’indépendance du duché. Sont pressentis : le Prince de Galles, Henri VII d’Angleterre, Maximilien d’Autriche, Alain d’Albret, Louis , duc d’Orléans, Jean de Chalon, le vicomte de Rohan.
. en février 1486, François II fait légitimer le droit de sa fille Anne à régner devant les Etats de Bretagne à Rennes , en faisant jurer solennellement ses membres de servir loyalement l’une des 2 filles qui lui succèdera.

b) sa défaite , son humiliation et sa marginalisation dans la France royale : un destin subi

Tomb_of_Francis_II,_Duke_of_BrittanyMais François II met son duché en s’alliant avec les Princes Rebelles( rebelles à l’autorité royale française) dans une situation militaire désespérée. Non content de s’allier avec ces derniers ils les accueillent sur son territoire ; ils font de l’ombre à une partie de la noblesse bretonne qui font appel au roi de France , qui n’attendait que cela , pour intervenir dans la querelle dynastique.

En 1488, les armées bretonnes sont mises en déroute à Saint Aubin du Cormier. La « guerre folle » prend fin avec le traité du Verger dont une clause stipule que François II ne pourra marier ses filles qu’avec le consentement du roi de France.François II meurt peu après.
En décembre 1490, Anne , devenue duchesse, épouse à Rennes et par procuration Maximilien 1er. Provocation pour le camp français, car ce mariage introduit un ennemi de la France à sa frontière Ouest. De plus il est conclu au mauvais moment ; les alliés de la Bretagne sont occupés sur d’autres fronts.
Au printemps 1491, Charles VIII met le siège devant Rennes où réside Anne afin de la faire renoncer à son mariage non consommé avec Maximilien.

charles viiiCharles VIII fait son entrée dans la ville en novembre et signe le traité de Rennes, mettant fin à la 4ème campagne des troupes royales en Bretagne.Sur les conseils des Etats de Bretagne , Anne accepte le mariage avec le roi de France.
Le 6 Décembre, au château de Langeais le roi de France épouse discrètement mais officiellement Anne, dont le mariage a été annulé par Innocent III . Le 2nd contrat de mariage comprend une clause de donation mutuelle au dernier vivant de leurs droits sur le duché de Bretagne, et stipule qu’en cas d’absence d’héritier mâle, Anne ne pourra épouser que le successeur de Charles VIII.
Par son mariage , elle devient reine consort de France. Elle est sacrée et couronnée à Saint Denis. Par contre, elle perd son titre de duchesse de Bretagne.Vivant dans les châteaux royaux de la Loire ou dans les grandes villes françaises, elle est chargée d’assurer le descendance de son noble roi ( de préférence mâle) : tous ses enfants meurent en bas âge .
Le duché est mis sous l’éteignoir : les libertés et privilèges de la Bretagne disparaissent ; la justice devient royale, les impôts français .

c.    la réassurance d’une duchesse reine : un destin assumé

La mort inopinée en 1498 de Charles VIII permet à Anne, en l’absence d’héritier mâle de recouvrer sous ses droits sur le duché .Elle reprend son titre de duchesse.
De retour en Bretagne, elle se comporte en souveraine : rétablissement de la chancellerie de Bretagne , convocation des Etats de Bretagne, émission d’un monnayage à son effigie bretonne…

louis xIIMais selon son 1er mariage, elle doit épouser le successeur de Charles VIII. Le pape annule un autre contrat de mariage, celui de Louis XII, En 1499, elle est sacrée une nouvelle fois reine, mais en négociant un contrat de mariage favorable ( l’enfant vaincue est devenue reine et duchesse souveraine, titre qu’elle conserve cette fois ): les privilèges et libertés de la Bretagne sont préservés , des précautions sont mises afin que le duché ne revienne pas à l’héritier du trône de France.
Mais quoique les décisions soient prises au nom de la duchesse, le prince consort qui n’est autre que le roi de France gouverne habilement en sous main  .
En 1505, elle effectue un bref « pèlerinage » dans ses terres bretonnes qu’elle n’a pas foulées enfant et qui la mène jusqu’au Folgoët.Ce périple dure 3 mois au final. A chaque étape, elle convoque les hauts dignitaires de l’endroit : noblesse , bourgeoisie, affirmant ainsi sa souveraineté.

Jusqu’à sa mort en 1514 au château de Blois, elle s’oppose au mariage de son ainée Claude de France avec le futur François 1er.
CLAUDE DE frANCEElle est inhumée dans la nécropole des rois dans la basilique de Saint Denis, après des funérailles d’une ampleur exceptionnelle mais son coeur, selon ses dernières volontés ,repose en la chapelle des Carmes à Nantes ,près de son père François II de Bretagne.
Quel est le bilan de sa vie ?
Elle voulait conserver « sa Bretagne » ; contrainte et forcée, elle a fait allégeance au roi. Elle voulait un fils : elle n’en a pas eu qui soit resté en vie. Elle est inhumée à St Denis, loin de ses terres natales..
Toutefois, son règne marque un tournant : autour du faste qui lui est réservé pour ses couronnements et de son inhumation, la France marque l’importance de la réunion de la Bretagne à son royaume. Son règne a également permis de faciliter la transition vers le rattachement de la Bretagne  à la France, en préservant des institutions qui ne disparaîtront qu’à la Révolution, de maintenir une Bretagne différente du reste de la France.
Sur le plan personnel, bien que sa vie ait été jalonnée de morts, son nom est passé à la postérité  Quel singulier parcours !.Peu de reines ont échappé à l’oubli : Blanche de Castillle, Catherine de Médicis, Marie Antoinette. Pour quelle autre reine de France a-t-on organisé une commémoration nationale, 500 ans après sa disparition ?
Jean KERHERVE
Agrégé d’histoire (1969), docteur ès lettres (1986)
Professeur émérite de l’UBO ; Spécialiste d’histoire médiévale et de civilisation de la Bretagne
(thèse d’état : L’État breton aux 14e et 15e siècles. Les ducs, l’argent et les hommes, 2 vol., Maloine, 1987. )
Ses travaux portent sur l’histoire de la France au bas Moyen Âge (Histoire de la France. La naissance de l’État moderne 1180-1492, Paris, Hachette, 1998), l’État ducal de Bretagne au temps des Montforts (1364-1491), la construction politique, les structures administratives et les gestionnaires, le sentiment identitaire en Bretagne au Moyen Âge, la société et l’économie bretonnes à la fin du Moyen Âge.

Simone de Beauvoir

Le 27 novembre à Langolvas :

Simone de Beauvoir (1908 – 1986) ou l’expérience de la liberté

Par Olivier Macaux , conférencier littéraire.

Simone de Beauvoir« On ne naît pas femme, on le devient »,

 

« Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres. »

 

 

 

1- Sa biographie

de beauvoir sisterFigure marquante du paysage intellectuel de 1945 à 1970, Simone de Beauvoir est une philosophe, une romancière et essayiste française . Elle a partagé la vie de Sartre. Simone de Beauvoir est considérée comme une théoricienne importante du féminisme avec son livre majeur «Le deuxième sexe ».
Issue d’une famille bourgeoise, Simone de Beauvoir se distingue dès son plus jeune âge par ses capacités intellectuelles. Après la 1ère guerre mondiale, une banqueroute plonge sa famille dans le déshonneur et la déconfiture. Son père, éphémère avocat espérait vivre de l’argent de son épouse. Celle-ci se sentira coupable toute sa vie de la fortune engloutie. Simone souffre de cette situation et voit se dégrader les relations entre ses parents. Son enfance est marquée par le fait d’être une femme : son père attendait un fils,qui ne pouvait être que polytechnicien…( cf : Mémoires d’une fille rangée)
MEME YOUNG WODotée d’  « un cerveau d’homme » selon son père, à quinze ans, elle décide de devenir une écrivain célèbre.
A la fac. de lettres de Paris, où elle a obtenu une licence ès lettres en 1928, elle fait la connaissance de jeunes intellectuels en herbe , dont Sartre. Une relation mythique se noue entre eux que seule la mort viendra rompre. Elle sera son « amour nécessaire », tous deux connaîtront des « amours contingentes ». En 1929, elle est reçue deuxième à l’Agrégation, derrière Sartre.
La mort de « Zaza » , sa meilleure amie depuis l’enfance, dévorée par une passion amoureuse mal partagée, la plonge dans une souffrance extrême. De plus, Simone, élevée par une mère pieuse, a perdu la foi dès ses 14 ans , ce qui dégrade les relations avec sa mère.
Après l’agreg. Simone, ou plutôt Castor surnom donné par Maheu et repris par Sartre, est nommée à Marseille comme professeur de philosophie (« Les Castors vont en bande et ils ont l’esprit constructeur »). Sartre est nommé au Havre en 1931. Pour éviter la séparation, Sartre lui propose le mariage : rejet. Dans la Force de l’âge, elle écrit : «  je dois dire que pas un instant je ne fus tentée de donner suite à sa suggestion. Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales… » . L’année suivante, elle se rapproche de Sartre en décrochant un poste à Rouen. Bisexuelle, elle entretient des relations amoureuses avec certaines de ses élèves ainsi qu’avec un élève de Sartre…

Peu avant la 2nde Guerre Mondiale, le couple est muté à Paris. Elle enseigne dans un lycée , d’où elle est exclue pour une liaison avec l’une desartre ses élèves. Suspendue de l ‘Education Nationale suite à une plainte pour « excitation de mineure à la débauche », elle met un terme définitif à sa carrière d’enseignante, bien que réintégrée dans l’E.N. À la libération. Pendant l’Occupation,elle travaille à Radio Vichy, tout en lançant avec Sartre un mouvement de résistance éphémère et inefficace.

A la Libération , avec une pléiade d’intellectuels de 1er plan ( Sartre, Leiris, Merleau-Ponty, Aron ,Paulhan …), pour promouvoir l’existentialisme, elle crée la revue Les Temps Modernes. Elle poursuit parallèlement son oeuvre littéraire personnelle en plaidant pour l’existentialisme, mais aussi en parlant de son engagement pour le communisme et de son athéisme. Le succès de ses oeuvres lui donne une indépendance financière qui lui permet de se consacrer entièrement à son métier d’écrivain et de voyager à Cuba en Russie et aux USA où elle engage une relation passionnée avec l’écrivain Nelson Algren.

les mandarins_En 1954, le Prix Goncourt lui est attribué pour « les Mandarins » qui évoque les états d’âme des intellectuels de gauche de l’après Guerre, le désenchantement du monde et le désarroi de l’époque ,qui analyse le sens de l’engagement politique et où transparaît les difficultés d’aimer de l’auteur. Algren met un terme à sa relation avec Simone, celle-ci ne voulant pas
rompre avec Sartre.

En 1958, elle entame sa biographie , description de son milieu bourgeois d’origine rempli de préjugés et de traditions avilissantes de ses efforts pour en sortir malgré sa condition de femme.

En 1964, dans Une mort très douce, elle décrit la mort de sa mère en évoquant dans de poignantes lignes l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie.
Aux cotés de G. Halimi et de E. Badinter, elle s’engage dans le combat pour le droit à l’avortement. Elle rédige de manifeste des 343 , publié en 1971 .Elle cofonde le Mouvement Choisir dont l’objectif est d’aboutir à la légalisation de l’avortement (IVG).

En 1980, à la mort de Sartre, elle sort « La cérémonie des Adieux » décrivant les dernières années de son compagnon avec des détails qui choqueront plus d’un.

2- Son engagement

a) le corpus doctrinal
L’existentialisme met l’accent sur l’existence, opposée à l’essence qui est illusoire ; « l ‘Existence précède l’Essence » a écrit Sartre qui, prêtant à la conscience une glorieuse indépendance, accordait tout son poids à la réalité , lui qui avait beaucoup emprunté à la phénoménologie de Husserl. Cette phénoménologie, par un retour au concret, entendait « dépasser l’opposition de l’idéalisme et du réalisme,affirmer à la fois la souveraineté de la conscience, et la présence au monde, tel qu’il se donne à vous »(cf La force de l’âge).
Pour Sartre, il n’y a pas de nature humaine préexistante : l’homme est l’avenir de l’homme, l’homme est ce qu’il fait.
L’homme est donc responsable : il est « condamné à être libre », et ce non dans l’abstrait mais en situation. L’homme a prise sur le réel par l’action. Nos actes seuls nous jugent , et ils sont irréversibles ; « mauvaise foi » que d’invoquer de bonnes intentions ou l’idée que l’on se fait de soi.
L’existentialisme tend vers l’action. Pourtant, l’angoisse étreint l’homme au moment de l’engagement : sur quoi fonder son choix ? Cette philosophie rejette les valeurs consacrées, le bien et le mal considérés comme des absolus.( cf : les mouches)
La valeur de référence sera donc « projet », appel ; la liberté se prendra « elle-même comme valeur en tant que source de toute valeur ».
Une doctrine qui affirme le primat absolu de l’action n’a-t-elle pas ceci de redoutable que de presser l’homme à s’engager sans lui dire en quoi, pourquoi ?

b) l’engagement par la littérature les 3 essais philosophiques

b1 – les 2 premiers essais
Avocate de l’existentialisme, elle développe des thèmes existentialistes dans des essais philosophiques tels que Pyrrhus et Cinéas en 1944 suivi de Pour une morale de l’ambiguïté en 1947.

b2 – le deuxième sexe : « on ne nait pas femme, on le devient »
le deuxieme sexe_Se distinguant de Sartre pour qui l’existence est injustifiable, Simone de Beauvoir justifie l’existence humaine à travers un combat moral  : ce sera son combat pour l’émancipation de la femme. En 1949, elle consacre une volumineuse étude sur la condition de la femme : le deuxième sexe. L’ « éternel féminin » n’existe pas , pas plus que de « nature humaine ». Les traits distinctifs de la psychologie féminine ont été façonnés par un long asservissement ( infantilisation et dévouement) et ne sont pas dus à des différences originelles et immuables,( les différences physiologiques ne sont pas contestées)
Le système de domination de l’homme sur la femme est analysé :
•    tout au long l’histoire et ce depuis l’Antiquité.
•    à travers les mythes que l’homme a forgé;
•    dans des situations concrètes.
Exemples de mythes :
Adam et Eve : l’inégalité est criante dès le départ : Et Dieu créa le premier homme, Adam, puis … créa Eve, sortie du flanc d’Adam. De surcroît Eve , en mangeant le fruit défendu, chasse le genre humain du jardin de Dieu…
Ce récit attribue à la femme un rôle second , « catastrophique » , porteur d’un sentiment d’infériorité et de culpabilité.
La genèse 3 : 6 = IL dit à la femme: J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.
Elle remet en cause le mariage , la maternité, la figure de la mère, elle revendique le droit pour les femmes de vivre dans l’angoisse et le risque de la liberté, le respect de la liberté individuelle dans le couple .
L’émancipation de la femme viendra :
•    du droit au travail pour la femme
•    le droit pour la femme de disposer de son corps
•    d’une éducation sans discrimination
Ce livre est diversement accueilli lors de sa parution ( mis à l’index par le Vatican) mais aura une forte influence sur  les futurs mouvements féministes, inexistants au sortir de la guerre.
Le grand Mauriac commet cette phrase d’une élégance rare dans une lettre aux Temps Modernes : « à présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne »

.
d) Son combat féministe dans les années 1970
( voir supra)
Elle a par ailleurs fortement influencé les théoriciennes féministes comme Kate Millet qui publiera une thèse Sexual Politics (La Politique du mâle) analysant le pouvoir patriarcal à travers la littérature occidentale .
Son combat pour l’émancipation de la femme autour du concept de liberté aura pesé et pèse encore sur l’évolution de notre société ( législation IVG ….).

la comète Chury et la sonde Philae

La Sonde PHILAE et la Comète CHURY

SAUZ1dans le cadre de la Semaine de la Science à Morlaix ,

par Olivier Sauzereau, Dr ès Sciences – astrophotographe

Le 12 Novembre 2014 , le robot laboratoire Philae se pose sur la Comète Tchourioumov-Guérassimenko, une « patate » grisâtre congelée : un nouveau pas est franchi dans l’exploration de l’espace..

SAUZ 2Quel est l’intérêt de ce grand saut dans l’espace ?

Les comètes dans l’univers

a) généralités

Une galaxie est un assemblage d’étoiles, de gaz, de poussières et de matière noire, contenant parfois un trou noir supermassif en son centre. La Galaxie : La Voie lactée, dans laquelle se trouve le Système solaire, compte quelques centaines de milliards d »étoiles.

Le système solaire est un système planétaire composé d’une étoile , le Soleil et des objets célestes gravitant autour de lui : 8 planètes et leurs 175 satellites naturels, 5 planètes naines, et des milliards de petits corps ( astéroïdes, objets glacés, comètes, poussière interplanétaire…)

Schématiquement, le Système solaire est ainsi organisé :

SAUZ3le Soleil , au centre

4 planètes telluriques internes (ex la Terre)

une ceinture d’astéroïdes

4 planètes géantes externes ( 2 gazeuses et 2 glacées) ex : Jupiter

une 2nde ceinture appelée ceinture de Kuiper, composée d’objets glacés (ex : Pluton)

l’héliopause, limite magnétique du Système solaire

b) les comètes

-les comètes sont de petits corps célestes du Système solaire, généralement de quelques kilomètres de diamètre, principalement SAUZ4composé de glaces volatiles. Elles possèdent des orbites hautement excentriques, avec un périhélie souvent situé dans le Système solaire interne et un aphélie au-delà de Pluton. Lorsqu’une comète entre dans le Système solaire interne, la proximité du Soleil provoque la sublimation et l’ionisation de sa surface, créant une queue : une longue traînée de gaz et de poussière .

-une comète se compose de 3 parties :

le noyau et la chevelure constituent la tête de la comète.Le diamètre du noyau est estimé entre quelques centaines de mètres et quelques dizaines de kilomètres ; la période de rotation va de 5 à 70 heures, La chevelure est constituée d’atomes, de gaz et de poussières issus du noyau ,libérés sous forme de jets , avec un diamètre compris entre 50 000 et 250 000 kilomètres.

Un comète importante possède en général 2 queues :

une queue constituée de plasma rectiligne ,se maintenant à l’opposé du Soleil

une queue plus large constituée de poussières et incurvée dans le plan de l’orbite

les comètes et l’astronomie

SAUZ5-l’astronomie est la science de l’observation des astres, cherchant à expliquer leur origine, leur évolution, ainsi que leurs propriétés physiques et chimiques. Les origines de l’astronomie remontent au-delà de l’Antiquité dans les pratiques religieuses préhistoriques. La Grèce antique fut la 1ère civilisation à détacher la pratique de l’astronomie des préoccupations de calendrier, de divination ou de culte religieux, avec la volonté de trouver une explication théorique globale des phénomènes astronomiques.

A la Renaissance, Copernic propose un modèle héliocentrique du Système solaire. Un siècle plus tard, Galilée et Kepler reprennent cette idée, en l’étendant et en la corrigeant.

Galilée imagine une lunette astronomique pour améliorer ses observations. Kepler, en s’appuyant sur les observations de Tycho Brahe, imagine un système de lois régissant les détails du mouvement des planètes. Isaac Newton, en décrivant la gravitation par ses lois du mouvement donne une explication théorique du mouvement des planètes.

l’observation des comètes

Depuis l’Antiquité, les comètes ont toujours suscité la terreur, car leur apparition, avec leur changement d’aspect et leur trajectoire imprévisible était imprévue et supposée maléfique .

En 1705, Edmond Halley publie un livre indiquant que les comètes apparues dans le ciel en 1531,1607 et 1682 étaient une seule et même comète prédisant son retour en 1758, après une révolution de 76 ans sur une orbite elliptique.

SAUZ6En 1757, Lalande et Nicole-Reine Lepaute calculent les déviations de la comète dues aux grosses planètes et prédisent son retour pour 1759. La comète est au rendez-vous… la mécanique newtionnienne a triomphé, reléguant aux oubliettes de l’Histoire la théorie des tourbillons de Descartes.

Après ces découvertes scientifiques ,les comètes ont toutefois continué à inspirer des écrivains, tel que Jules Verne. En 1877 il publie Hector Servadac un roman d’aventures, où l’auteur extrapole à partir d’une hypothèse la rencontre de la Terre avec une comète, les conséquences à la fois les plus inattendues et les plus rigoureusement logiques de la situation créée.

C’est l’un des ouvrages les plus drôles et hallucinés de Jules Verne. Les « Galliens » (Terriens temporairement expatriés sur la comète Gallia, nom donné par son inventeur, le Professeur Palmyrin Rosette) subissent une diminution de l’attraction terrestre, voient un satellite s’accrocher à leur planète ou encore les journées raccourcir (de 24 à 6 heures), les années se modifier, le calendrier « gallien » supplanter le grégorien, etc.

2) LA Comète Tchoury   –l’orbiteur Rosetta – le robot laboratoire Philae

La planète surnommée Tchoury ou Chury est une planète périodique découverte par Klim Tchouriounov et Svetlana Guérassimenko SAUZ7, après observation sur leurs plaques photographiques en 1969.

a) les raisons du voyage interplanétaire de Rosetta

Les comètes sont les objets les plus primitifs du système solaire ; elles ont vécu l’immense majorité de leur vie très loin du soleil et de ce fait leur matériau n’a pas chauffé et n’a pas été modifié , et ce depuis quelques 4,56 milliards d’années.Dans le système solaire, elles sont les objets les plus riches en gaz divers congelés, l’eau étant l’un d’eux et le plus abondant : elles pourraient avoir contribué à apporter de l’eau sur Terre, il y a 3,9 milliards d’années , et à ensemencer les océans avec des molécules organiques complexes. Les mesures effectuées par la sonde pourraient contribuer à mieux comprendre les processus qui ont permis de passer de la chimie du carbone à la biologie.

b) un long voyage de 10 ans

Envoyer une sonde par tir direct de la Terre vers la comète permettait un voyage de courte durée, mais les techniques de propulsion actuelles ne permettent pas le choix de cette option.

Lancés en 2004 par Ariane V à Kourou, , Rosetta et Philae bénéficient , pour relever progressivement leur apogée d’une 1ère assistance gravitationnelle de la Terre en mars 2005, suivie en Février 2007 par une assistance gravitationnelle de Mars , survolent en 2008 l’astéroïde Steins, bénéficie d’une seconde « catapulte » gravitationnelle de la Terre en 2009. En Janvier 2014, la sonde est réactivée, elle se met sur orbite autour de la comète de 6 août 2014 . Philae se pose sur la comète le 12 Novembre 2014.

En 10 ans , l’ensemble aura parcouru 6,5 milliards de kilomètres pour une distance de 510 millions de km entre la Terre et Chury.

c) l’orbiteur ROSETTA et le robot PHILAE

SAUZ8La sonde Rosetta est constituée de deux parties : un orbiteur Rosetta, qui s’est placé en orbite autour de la comète Chury et qui est chargé d’étudier et de cartographier celle-ci, de recueillir des données sur les astéroïdes rencontrés au cours de son parcours et de transmettre les résultats à la Terre et le petit atterrisseur Philae, monté sur un des côtés de la sonde,

L’orbiteur Rosetta a la forme d’un parallélépipède de 2,8 mètres par 2,1 mètres par 2 mètres (environ 10 mètres cubes) pour une masse totale de 2 970 kilogrammes (1 300 kg sans le carburant). Il a été conçu par EADS Astrium et Alcatel Alenia Space , pour le compte de l’Agence spatiale européenne. La charge utile de l’orbiteur seul comprend 11 instruments scientifiques.

L’atterrisseur Philae se présente sous la forme d’un cylindre polygonal d’un mètre de diamètre pour 80 cm de haut et d’une masse totale de 97,9 kg dont 26,7 kg d’instrumentation scientifique(10 instruments scientifiques)

un atterrissage difficile

SAUZ10Le 12 novembre , le petit robot laboratoire Philae qui ne pèse que l’équivalent d’ 1 g sur la Comète est largué à 20 km de la surface de la comète à très faible vitesse ( 3,5 km/h)pour se fixer à la comète dans une zone préétablie.L’opération, délicate,ne se déroule exactement comme prévu ( rebond de l’appareil)

Les 1ères images arrivent néanmoins dès le 13 novembre sur la Terre….Des observations scientifiques devraient suivre….La fin de la mission est programmée pour 2015.

d) coût de l’opération

La mission Rosetta est évaluée à 1,3 milliards d’euros et a mobilisé 2 000 personnes depuis 20 ans. Elle prendra fin en 2015 et est d’ores et déjà revendiquée comme un succès par l’ESA (Agence Spatiale Européenne ).

 

CHAGALL

–  le peintre CHAGALL

par Béatrice Riou, guide conférencière, le 06 novembre 2014

CHAG1( selon les notes de Ninon)

 

 

 

 

1ère période 1887-1948

Marc Chagall, nait en 1887 à Vitebsk dans une famille juive de culture Yiddish. Ainé de neufs enfants. Sa mère tient une épicerie, son père travaille dans un dépôt de harengs et est aussi employé à la synagogue. Eduqué dans la paix et la tendresse, cette tendresse se reflètera dans son oeuvre. Les vacances à la campagne chez son grand-père marqueront aussi son imaginaire.

Son œuvre, pleine de références au pays de son enfance, la Biélorussie juive, semble souvent échapper aux guerres qui l’entourent. Il sait faire passer ses sentiments au travers de couleurs très vives et pleines de légèreté. Il montre parfois un esprit bohème et souvent CHAG2détaché de la réalité. Avec sa compagne Bella, il exprime un amour omniprésent et pose un regard bienveillant sur le monde. Son œuvre est tour à tour théâtre juif, message biblique, rêves, images.

« Mon cirque se joue dans le ciel, il se joue dans nuages parmi les chaises,

il se joue dans la fenêtre où se reflète la lumière »

L’artiste semble se poser en observateur du monde, un monde richement coloré comme vu à travers des vitraux. Le « Chromatisme onirique » : il renverse les impressions chromatiques habituelles et emploie la palette pour structurer l’espace de la toile davantage que pour traduire la réalité.

Sa mère soutient sa vocation et dès 1906 Chagall fréquente l’école d’Arts créée par un ami de son père, Iouri Pen. Date de cette période « La femme à la corbeille ».

CHAG3Il se rend à Saint-Pétersbourg. Pour obtenir un permis,il travaille chez un peintre d’enseignes. Sa créativité personnelle ne convient pas aux conventions du genre d’où un début difficile. Il quittera cette école académique pour une école libérale avec pour professeur, Léon Batkst. Il rencontre Bella, une jeune fille qu’il épousera.

En 1910, Vinaver, un mécène lui offrira un voyage à Paris via Berlin ; il y restera 4 ans. Il va habiter la « Ruche » à Montparnasse où il est témoin de mouvements picturaux : le fauvisme qui lui inspirera une couleur pure, gaie, claire et le cubisme dont il tirera une certaine déconstruction de l’objet. Il s’intéresse à la naissance du surréalisme. Néanmoins, il n’adhèrera à aucune école, à aucun mouvement. Parallèlement il suit les cours du Musée du Louvre où il étudie les grands peintres.

Les œuvres de cette période présentées :

CHAG4« La sœur Anna » ; « Le mariage Juif » : dans la lignée des impressionnistes ces œuvres laissent paraitre une nostalgie, une peinture reconstruite autour d’une influence philosophique et hassidique, une réflexion spirituelle, une exaltation. « Le boucher », gouache qui participe aussi à ses souvenirs (son grand-père). Il parait perdu dans une méditation intérieure. L’étoile jaune accrochée au mur positionne sa culture vécue en Russie. « Les Musiciens » (1911) – flûte et violon : pas d’éléments de décors, entre réalité et imaginaire, fragilité et division de la vie… « Le Musicien » (1912-1913) : construction de triangles imbriqués les uns les autres ; un moment évocateur. Derrière sa main le vide de l’esprit. « Le nu au peigne » (1911-1912) dans la mouvance du début du 20ème siècle. La forme s’inspire des avant-gardes – déconstruction du corps. Entre Picasso et Matisse.

Dans cette effervescence, il expose en 1914 au Salon des Indépendants, puis à Berlin dans la galerie Der-Sturm. C’est un succès.

Retour à Vitebsk – 1914-1922

CHAG5Chagall rentre en Russie pour une courte visite, croit-il, mais la guerre mondiale et la Révolution russe lui empêchent tout retour immédiat. Pendant cette période – (8 ans) – il peindra surtout la vie de la communauté juive persécutée par l’Etat-Major Russe ; il renoue avec sa culture hassidique.

Œuvres remarquables. :

« Pharmacie à Vitebsk » : couleurs douces, acidulées, transparence.

« Le magasin de l’oncle Liozno » ; « Le salon de coiffure », « Mon père », « David à la mandoline » : réflexion, ambiguïté.

« Vieux à Vitebsk » : travail sur l’art juif.

« Le brancard » : œil vide. « La guerre » : à l’encre de chine. « L’horloge » : décalage entre le gigantisme de l’horloge et son environnement. « Le Miroir » : une lampe reflétée. « Le Juif rouge » : superposition, une figure du père s’inscrit comme écrasée.

CHAG7Des représentations de sa femme Bella : « Les amoureux en vert » : réunis dans un cœur. « Les amoureux en rose » : théâtralité plus accentuée. « Bella » (1915) : facture proche de ses contemporains Vuillard et Bonnard. « Bella » (1917) : paysage ouvert, la fenêtre, le rideau. « Le bain de l’enfant » (1916) : scène intimiste, travail sur l’espace.

Après la Révolution il devient « Commissaire aux Beaux-Arts » et responsable de la vie artistique de Vitebsk. Il prend la direction de l’école dont son premier maître – Iouri Pen – avait créé une ébauche « L’Ecole artistique de Vitebsk ». Malevitch, leader radical de la jeunesse artistique vient y participer puis prend le relais de Chagall. Il rebaptise l’école « Académie Suprématiste ». Chagall, démissionné, repart pour Moscou où il créé des décors pour le Théâtre d’art juif.

En 1922 il se rend à Berlin puis rentre à Paris. Ses œuvres sont connues jusqu’aux USA où des expos sont organisées.

En 1923, l’éditeur Ambroise Vollard lui commande des gouaches et eaux fortes pour l’illustration des œuvres de La Fontaine, Nicolas Gogol, La Bible… Il voyage beaucoup avec sa femme Bella.

Œuvres présentées : « La prisée » (1923-24) : témoignage de fidélité au ghetto – sa mémoire reste familiale. « Le violoniste » (1927) « La promenade » (1917) ; « Gravure russe du 19ème » : toute l’iconographie russe, tout l’humour russe encré dans l’imaginaire joyeux qu’il porte, venu de sa culture hassidique.

« On trouve l’éternité dans chaque instant, dans chaque personne, Dieu est présent ».

CHAG8En 1931, plusieurs de ses tableaux sont brûlés à Berlin.

En 1937 il prend la nationalité française pour fuir l’antisémitisme sévissant en Europe Centrale. A la fin du printemps de 1941 il est arrêté et ne doit son salut qu’au journaliste américain, Fry. Celui-ci lui permettra de rejoindre les U.S.A.. Sa femme Bella meurt en 1944. Cet événement marque le choix des sujets de cette époque douloureuse.

Après la guerre les œuvres de Chagall sont à nouveau exposées en Europe. Il retraverse l’Atlantique en 1948 et s’installe à Vence, en France.

Une seconde période dans son œuvre commence…

Biographie : « Ma Vie » aux Editions Stock 1928 – traduite par Bella Chagall.

La piraterie maritime

–  le retour de la piraterie maritime

par l’Amiral Merer le 16 octobre 2014

MER2selon les notes prises par M Ronan Pouliquen

 

 

 

La piraterie ( pillage de bateaux et prises d’otages en haute mer) connut plusieurs périodes fastes,notamment à la fin du 1er siècle avant JC en Méditerranée , au XVIIIème siècle dans les Antilles et l’Océan Indien pour disparaître peu à peu vers 1830 de ces régions, du fait du quadrillage des marines des Etats modernes.

-Laurent_Mérer_2011La réapparition de la piraterie date des années 90, à la fin du monde bi-polaire qui assurait la « police » sur les eaux internationales .

De 250 évènements de piraterie répertoriés en 2001 par l’IMB ( International Maritime Bureau), ce chiffre dépasse les 400 évènements à la fin de la 1ère décennie de ce siècle.

1) la localisation de la piraterie moderne : 4 zones géographiques

a) Dans le détroit de Malacca, le long des cotes malaisiennes, région de fort trafic maritime, elle se développe en 1990 mais est vite reprise en main par les pays riverains. Une régulation régionale se met en place. Elle réapparait aujourd’hui un peu plus à l’est, du côté de Bornéo.

b) Le golfe d’Aden et la côte de Somalie (apogée en 2008-2010). Toujours active, elle peut être considérée comme étant sous MER3contrôle.

c) Le golfe de Guinée est la zone où la piraterie est la plus active aujourd’hui, elle est aussi la plus sournoise , la plus violente et la plus compliquée à combattre.

d) La mer des Caraïbes est une piraterie liée au trafic de drogue. Elle est combattue par les américains, les hollandais, les anglais et les français. Sous contrôle, elle est toujours active.

La piraterie est un sujet ambigu, à double face. Des populations entières,dans certaines circonstances historiques sont parfois contraintes à la piraterie, qui n’est qu’une forme du banditisme…pour assurer leur simple survie.

2) les raisons du développement de la piraterie moderne

a)Le 1er paramètre commun aux quatre zones précitées, c’est l’histoire. Elle se développe là où elle a existé précédemment.

b)Le 2nd paramètre, c’est la géographie : un détroit bordé par plusieurs pays, un passage obligé pour les navires, se prêtent aux actes de piraterie.

c)Le 3ème paramètre, un droit international maritime quasiment muet sur la piraterie. La convention internationale de Montego Bay de 1982, la dernière en date donne une définition de la piraterie mais ne donne pas les instruments juridiques pour la combattre. Le jugement des pirates emprisonnés suite à la prise du Ponant s’est heurté à un vide juridique par exemple.

autre paramètre ,la mondialisation entraine une augmentation considérable du trafic maritime avec en même temps pour des raisons de cout une fragilisation des équipages de bateaux de commerce. Sur ceux-ci il n’est pas rare de trouver autant de nationalités que d’hommes d’équipage, provoquant des incompréhensions et un manque de cohésion. De plus avec le développement des technologies la conduite des bateaux se fait par un ou pas d’officier de quart, donc plus ou peu de veille optique sur le danger d’approche des pirates. Ceux ci disposent de moyens modernes de communication et d’armes plus ou moins sophistiquées.

e)des populations pauvres, voire au seuil de la misère , abandonnées à leur triste sort, qui se cherchent des solutions à portée de main (ou de fusil)

f) le délitement des structures étatiques ( guerre civile , corruption,…)

3) les côtes somaliennes et le golfe de Guinée pour illustrer le phénomène

a) la Somalie,

MER4Après l’occupation italienne, s’installe une dictature musclée avec Siad Barré. C’est un pays d’élevage avec une côte très poissonneuse. En 1991, Siad Barré est expulsé, une guerre civile fait rage et le pays éclate en trois parties :

– le Somaliland au Nord Ouest.

– le Pount au Nord Est .( ou Punt Land)

– la partie sud le Mogadishu avec Mogadiscio.

La situation dans le pays devient anarchique, il n’y a plus de police ni de surveillance maritime. En 1992, les yéménites puis d’autres flottes de pêche viennent piller les eaux somaliennes. Les somaliens n’hésitent pas à s’affronter à ces pillards. Puis après les bateaux de pêche ils s’attaquent aux petits navires marchands passant près de leur côte. En 2002, le business devient intéressant avec des demandes de rançons à la clef.

En 2004, le 26 décembre, un tsunami ravage le littoral de la Thaïlande, de la Malaisie, puis de la Somalie. Les pêcheurs somaliens perdent leurs bateaux et leurs maisons. Ils récupèrent, malheureusement, suite au tsunami, des bidons contenant en fait des déchets hyper-toxiques immergés précédemment et illégalement par les pays industrialisés avancés dans une zone sans aucun contrôle,entrainant des centaines de mort par empoisonnement et intoxication.( l’immersion de ces déchets coute 1 000 fois moins cher que le retraitement).

Pour s’installer pirate en Somalie (1 bateau rapide – instrument de navigation – 1 kalach – 1 grappin), il suffit de 10 000 €, une somme importante pour un Somalien , un investissement juteux pour certains membres de la diaspora somalienne installés en Occident.

Parallèlement à « l’artisanat » de la piraterie qui perdure encore, après le tsunami, en 2005, la filière se structure pour la ‘pêche au gros » : 3 sociétés de plus de 300 personnes chacune émergent : elles intègrent la totalité de la chaîne logistique ( le navire de projection pour la haute mer, les esquifs rapides pour les arraisonnements, les centres d’hébergement pour les otages, les interprètes, les négociateurs en rançons, etc..) Exemple : le 15 novembre 2008, le Sirius Star, superpétrolier de 318 000 tonnes , long de 330 mètres est devenu le plus grand navire de l’histoire capturé par des pirates, et ce au large de Mogadiscio.

En moins d’un quart de siècle, en Somalie, s’est donc constitué un véritable secteur d’activité qui irrigue le tissu économique local.

B) le Golfe de Guinée.

La guerre du Biafra (avec en toile fonds le partage des revenus du pétrole)entre les Ibos et d’autres ethnies est à la source de la MER5piraterie.

Les Ibos armés s’attaquent aux navires d’assistance des plates formes pétrolières. La situation est complexe, violente et confuse. Les pirates sont de mèche avec leur gouvernement. Les seuls gardes admis sur les bateaux étrangers doivent être nigériens. Les compagnies pétrolières préfèrent payer les rançons plutôt que d’avoir une mauvaise publicité d’où un grand silence radio sur les actes de piraterie. En 2013, 25 pays proches du Golfe de Guinée se sont réunis pour essayer de contrer la piraterie en s’équipant notamment de patrouilleurs maritimes. Certains de nos chantiers de construction navale en sont de gros fournisseurs.

4) la réaction des pays développés .

a) à long terme, la piraterie se traite d’abord à terre…. , en permettant à la population somalienne de se nourrir , en aidant à la reconstitution de structures étatiques efficaces ,mais … la Somalie , petit pays de 10 millions d’habitants n’intéresse plus personne.(après la désastreuse opération Restore Hope )

b) à CT et MT, la réponse des armateurs et des nations développées

équiper les navires de systèmes défensifs

Les armements des bateaux marchands s’organisent de leur coté en faisant passer les navires plus au large, plus rapidement et en protégeant leurs équipages dans des sorte de bunker. Certains embarquent des gardes armés privés, pratique interdite sur les bateaux français, pratique couteuse. Des thoniers français et espagnols embarquent des soldats, mais suite aux manques d’effectif, cela devient plus difficile.

Engager des opérations internationales. avec comme problématique de « contrôler » un espace de la longueur des côtes somaliennes ( 1000 km) sur une profondeur de 2000 km, soit plus que la surface de l’Europe ( à l’occasion de négocier avec les « autorités » du Pount un droit de poursuite en eaux territoriales, voir sur le sol somalien)

En 2007, a été montée une opération de protection des bateaux marchands par des bateaux de guerre. Après l’affaire du Ponant, la France monte des barrières juridiques. En Océan Indien on trouve jusqu’à 40 bateaux de guerre dans le cadre de l’opération ATALANTA avec le concours de flottes européennes. De leur cote l’OTAN et les Etats Unis ont monté leur propre opération avec des bateaux de toute nationalité. On peut même trouver des bateaux de guerre russe et chinois. Pour ces derniers c’est un moyen MER6d’occuper quelque peu le sol africain.

Les tentatives de piratage toujours aussi nombreuses sont moins fructueuses avec la présence de nombreux bateaux de guerre équipés d’hélicoptères et le survol des avions de surveillance maritime. Pour l’instant on assiste à un certain statu quo sur cette zone.

CONCLUSION : Les prochains points chauds à surveiller pourraient être la zone littorale du Maghreb ( la Libye) et le canal de Mozambique (découverte de pétrole) situé entre Madagascar et la côte Est africaine.

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QUESTIONS

MER7Pourquoi n’y a-t-il pas de résolution du vide juridique concernant la haute mer ? La Grande Bretagne, ancienne 1ère puissance maritime s’oppose à toute législation concernant la haute mer , considérant que celle-ci appartient à tous , donc … à elle.Par ailleurs, les « petits pays » craignent une législation contraire à leurs intérêts….

A qui profite la piraterie ? Si les rançons profitent à des places financières comme Dubaï, elles ont aussi profité au peuple de la côte de Somalie pour ce qui concerne l’Océan Indien.

Qui paye les rançons ? Si on prend le cas du Ponant, c’est l’armateur CMA-CGM qui a réglé. Les armateurs sont assurés contre ces actes mais cela leur coute fort cher.

Rapport avec l’Islam ? Il n’y en a pas au niveau de la Somalie, par contre, ailleurs il n’est pas impossible que des rançons servent à des factions islamistes.

L’amiral Laurent Merer :

en 2000, préfet maritime de la zone Manche – Mer du Nord, basé à Cherbourg,

en 2001 commandant de la zone maritime de l’océan Indien où il fut confronté au problème renaissant de la piraterie maritime,

en 2004 préfet maritime de la zone Atlantique, basé à Brest.

Conférencier et écrivain il a écrit plusieurs ouvrages qui lui ont valu des prix littéraires.

« Alindien » : Un marin dans l’océan indien . (Editions du Télégramme) Prix de l’Académie française en 2006 , Prix Éric Tabarly en 2006 .

Moi, Osmane, pirate somalien. (Editions du Rocher)

A l’assaut des pirates du Ponant. (Editions du Rocher)

Nos carnets d’Éthiopie Éditions du Rocher 2013 ,