L’abeille et le frelon asiatique

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Source : Ouest France

L’abeille et le frelon asiatique

par Denis Jaffré, coprésident d’une association de lutte contre le frelon asiatique AAAFA,

La prolifération du frelon asiatique défraie la chronique régulièrement : elle menace les colonies d’abeilles sur notre territoire mais peut également être source de danger pour les humains.

A)L’ABEILLE ( apis mellifera & abeille noire apis mellifera mellifera)

a) un monde sans abeille ?

POLLINIQSTA MANUELLE
POLLINISATION MANUELLE SICHUAN Chine

aa) un constat
Le déclin des abeilles est un phénomène mondial observé depuis le milieu des années 1990. Globalement, la valeur économique du service de pollinisation assuré par les insectes est évalué à 153 milliards d’euros. En Europe, il manquerait 13 millions de colonies d’abeilles domestiques pour polliniser les cultures.
Aux Etats-Unis aussi, l’abeille se fait rare. Le département américain de l’agriculture recense en moyenne 30 % de pertes par an dans les ruches, mais ce taux grimpe parfois à 99 % chez certains apiculteurs.
ab) une région sans abeille en Chine ( production de pomme/ poire)
Au sud-ouest de la Chine, dans la province du Sichuan, les vergers donnent toujours des fruits malgré la disparition progressive des abeilles. Les cultivateurs ont en effet trouvé une solution de remplacement : chaque année, au mois d’avril, ce sont les habitants qui pollinisent les fleurs à la main. Dans la région du Sichuan, en Chine, la population d’abeilles ne cesse de baisser depuis une vingtaine d’années. Pour maintenir leurs vergers en vie, les producteurs locaux ont adopté une méthode efficace : les habitants remplacent les abeilles, en pollinisant les arbres fruitiers à la main. Solution pérenne ???( le coût de l’opération risque de devenir exhorbitant)

La progressive disparition des abeilles dans le Sichuan est due à la réduction de l’habitat naturel des abeilles, la forêt ainsi qu’à l’emploi irraisonné de pesticides.
Une ruche peut butiner 3 millions de fleurs par jour et ce gratuitement ;1 homme peut seulement polliniser au maximum 30 fruitiers par jour …L’abeille est irremplaçable.

abeilleb) l’abeille

Les abeilles sont des espèces d’insectes hyménoptères de la superfamille des Apoidea. Au moins 20 000 espèces d’abeilles sont répertoriées sur la planèt1 dont environ 2 000 en Europe . En Europe, l’espèce la plus connue est Apis mellifera
Une colonie se compose :
-d’une reine ( durée de vie 4 à 5 années), mère de tous les individus
-d’ouvrières ( durée de vie 4 à 5 semaines) , butineuses, gardiennes,….
-de faux bourdons (durée de vie 4 à 5 mois), reproducteurs, rôle social

c) l’apiculture

En Bretagne, 4500 apiculteurs produisent par 1 000 t de miel sortant de leurs quelques 55 000 ruches(Pour le seul Finistère, 1600 apiculteurs pour 19 000 ruches). Le seuil de rentabilité communément admis se situe entre 300 et 600 ruches ( viabilité minimum à partir de 200 ruches)

Les différents produits : le miel, le pollen, la gelée royale,le propolis et la cire.

d) la production de miel

da La production mondiale de miel a atteint 1,6 million de tonnes en 2011 (+5% par rapport à 2010). Le premier producteur mondial est la Chine (446 000 t), suivie par la Turquie (94 000  t), l’Ukraine (70 000 t) et les États-Unis(67 000  t). L’Union Européenne a produit 217 000 t en 2011, les principaux producteurs étant l’Espagne (34 000  t), l’Allemagne (26 000 t), la Roumanie (24 000 t), la Hongrie (20 000 t) et la France (16 000 t). Les exportations mondiales proviennent de deux régions en particulier: l’Asie (32%) et l’Amérique du Sud (30%).
db tendance de la production française : déclin
-En 1995 32 000 t
-en 2008 20 000 t
-en 2012 10 000 t
pour une consommation de 40 000 tonnes ( en hausse de 5% par an sur les dernières années)

e) l’abeille : son importance dans la pollinisation

pommier en fleurLes fleurs essentiellement, l’exsudat de certains végétaux et les pucerons d’arbres subviennent aux besoins des abeilles
Les abeilles mellifères et sauvages pollinisent 80 % de la production alimentaire, le vent 10%..
Elles interviennent pour 1/3 de sa masse , à 70% pour sa diversité.
Sans elles, resteraient pour l’alimentation humaine : les céréales, le maïs, la pomme de terre et le riz.Elles butinent les fleurs locales bruyère aubépine, châtaignier ,ronces, fleurs de bord de champ, houx ,lierre, sarrazin, colza et les fleurs cultivées…

f) la pression sur la population des abeilles

-conditions climatiques défavorables
-les prédateurs ( nouvel arrivant : le frelon asiatique)
-les pesticides (systémiques néonicotinoïdes )
-la monoculture (en 1 siècle ,perte de 80% de la diversité agricole)
Les apiculteurs déplorent une perte moyenne annuelle de 30% de leur cheptel à l’heure actuelle .
Que faire :
-bon usage des produits phytosanitaires et bonnes pratiques culturales
-conservation des talus , haies

B) LE FRELON ASIATIQUE (vespa valutina)

B1 quantification

-Vespa_velutina_Originaire d’Asie (Shanghaï), le frelon asiatique est apparu dans la région bordelaise en 2004 pour partir à la conquête de tout l’espace européen .En 2015, 90% du territoire métropolitain est touché, pour 2017 100% avant de se répandre en Europe à raison d’une avancée annuelle de 60 km.Les pays limitrophes de la France sont également touchés : Belgique, Italie, Espagne.
Bretagne : 1er signalement à Saint Malo en 2008.
Pour le Finistère :
. 2011 : 1 nid au Relecq Kerhuon ( utilisation des transports   : ex camion)
. 2012 : 3 nids
. 2013 : 15 nids
. 2014 : 316 nids
. 2015 : 2 150 nids
. 2016 : 3 000 nids

B2 les caractéristiques du frelon asiatique

Le frelon à pattes jaunes (Vespa velutina), appelé frelon asiatique, est, comme tous les frelons, un hyménoptère de la famille des Vespidae, et du genre Vespa. Il différe du frelon européen Vespa crabro par sa plus petite taille et sa plus forte vélocité.
La colonie : est composée d’ouvrières stériles , de mâles et de fondatrices
cycle-vespa-velutinacycle de vie :La femelle fondatrice de frelon asiatique « vespa velutina nigrithorax » ne vit qu’une année. Le cycle de la colonie et le nid qu’elle génère est donc annuel. Sa vie commence en automne et sa fécondation a lieu avant l’hiver. Les femelles fondatrices mettent la main à la patte pour nourrir les larves et les mâles jusqu’aux premiers froids
Alors, les jeunes femelles fondatrices nouvelle génération, quittent le nid et trouvent une cachette et entrent en hibernation. Le reste de la colonie est abandonné à son sort, pénurie de nourriture et froid en viennent à bout et la structure se dégrade avec les intempéries. Les oiseaux y trouvent une maigre pitance.
Dès des températures supérieures à 13°C, les femelles fondatrices sortent d’hibernation, . Pendant quelques jours, elles se refont une santé. Les rescapées démarrent un nouveau cycle. Chacune fonde une nouvelle colonie : construire le nid , pondre, se nourrir et nourrir ses larves jusqu’au stade nymphes, puis adultes ouvrières, 45 jours après la ponte de l’œuf. Pendant cette période (jusqu’à début mai), elle est seule à assumer la survie de sa colonie. Après les premières naissances, la femelle fondatrice ne sort plus du nid, elle ne fera plus que pondre comme une reine jusqu’à 100 œufs par jour et jusqu’à épuisement en automne.
Le nid :le nid primaire est de forme sphérique, puis devient ovoïde pouvant atteindre 1 m de haut et 80 cm e diamètre. Sa croissance est assurée par des constructions de volutes extérieures avec pour matériau l’écorce de certains arbres. Quand la périphérie est achevée, la couche intérieure(cellulose) est grignotée et recyclée . Particularité : entrée unique latérale alors que pour le frelon européen l’entrée se fait par la base.
La population d’un nid peut atteindre 1500 à 2000 individus.
nid_velutina2Le nid peut être détruit par plusieurs méthodes : SO2, aspiration nocturne, fusil de chasse ( cartouche à 3000 plombs)
alimentation : vespa velutina est un butineur à la recherche de nectar ( camelia de fin de saison) , friand de la fleur de bananier. Au stade adulte il se nourrit de protéines qu’il trouve dans la chair des insectes, et notamment des abeilles.
Il s’attaque essentiellement à Apis mellifera,en les attendant en vol stationnaire devant la ruche, les décapite, les dépèce et ramène le thorax pour nourrir ses larves . Si plusieurs frelons s’y mettent, ils peuvent détruire une ruche en peu de temps.
dangerosité
Il n’est pas agressif envers l’homme et s’intègre bien dans son environnement . Toutefois, s’il se sent agressé , il répond par une attaque collective. La toxicité de son venin égale celui du frelon crabro mais la multiplicité des piqures le rend dangereux.
En cas de piqure, approcher d’une source de chaleur, utiliser une pompe à venin, prendre des antihistaminiques, voire appeler les secours…
politique de lutte contre la prolifération
L’omniprésence de cet insecte accroît les risques car les nids se trouvent le plus souvent en haut d’un arbre ou dans un buisson, aussi sous les charpentes, rebords de toit, vérandas, et
même parfois au sol., dans des compteurs électriques, dans des abris de jardin. Le déclenchement d’une vibration du nid est suivi d’une attaque collective de l’insecte.
A l’heure actuelle, pour réduire la présence de cet insecte invasif, les nids identifiés sont systématiquement détruits, pour un cout total annuel de 300 000 € par département. Mais la prolifération se poursuit…Manifestement, les pouvoirs publics n’ont pas encore mesuré l’impact de cette prolifération ,laissent aux apiculteurs le soin de gérer la situation et peut-être s’en remettent au temps pour régler la situation ( les abeilles (90 millions d’années d’existence) trouveront-elles la parade pour repousser leurs agresseurs, dégénérescence de vespa velutina, plafonnement naturel des populations,…)

Les frelons crabro européens (dévoreurs de pucerons, donc espèce à préserver) ne sortent de l’hibernation que lorsque les températures atteignent les 20°C. De mi- février au début mai, chaque année si la climatologie est normale, les frelons asiatiques capturés ne peuvent être que des femelles fondatrices frelon asiatique !
La capture au sortir de l’hiver évite l’établissement de leur colonie qui peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’individus qui engloutiront quelques centaines de milliers d’abeilles ou d’insectes durant l’année ! Chaque nid généré par une femelle fondatrice représente une véritable perte massive pour la biodiversité, irréparable pour les espèces rares !

Au printemps donc  la fondatrice est seule, son idée fixe est de construire son nid primaire de pondre et d’avoir autour d’elle des ouvrières pour l’aider. Elle a faim , elle n’est pas agressive .
 
L’appât sera constitué de pain de miel , si possible du miel de lierre, y rajouter, du sucre , du sirop de cassis ou de framboise. Elle viendra 3 à 4 fois par jour se ravitailler et s’attrapera facilement car elle se pose et mange. Il suffit de la prendre soit en l’enfermant dans un bocal, ou avec un bâton , dont le bout est enduit de glue horticole.

Avis donc aux « sentinelles » bénévoles, qui à défaut de l’attraper, pourront signaler sa présence aux autorités dites compétentes .

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Réf : 04CYJabri16

Vieillir et alors ! par Mme Véronique Griner

Vieillir et alors !

griner abarahamPar Mme Véronique Griner-Abraham – psychiatre au CHRU de Brest.

Le vieillissement est inéluctable et rappelle la mort qui s’approche « Mourir, la belle affaire, disait Brel, mais vieillir… ».
Dans un temps où le « jeunisme » prévaut, parler de la vieillesse paraît décalé. Or la population française ( et européenne) vieillit :
La population de + de 60 ans :
-en 1950 16,2 % de la population
-en 2000 20,6%
-en 2030 30 %
-en 2060 33% , soit 1 personne sur 3
Cette évolution de la démographie ne peut s’ignorer…

Être vieux,
-selon l’OMS , c’est être âgé de plus de 60 ans
-dans les Institutions, c’est être âgé de + de 85 ans
-pour tout un chacun , c’est quand on devient grand parent, ou quand on reçoit la carte vermeil, ou au départ en retraite. ou…
-c’est quand on a dépassé l’espérance de vie en bonne santé ( en 2008 , 64,2ans pour les hommes)

1) Comment caractériser la vieillesse ?

La vieillesse est le temps des pertes non compensées globalement par des gains

a) les pertes organiques et fonctionnelles
Le corps se tasse , se ride, peut devenir douloureux et nécessiter des appareillages. Certains veulent contrer l’effet du temps par la chirurgie esthétique par exemple, qui parfois s’avère catastrophique.
Chacun vieillit différemment des autres : des personnages comme Mick Jagger(73 ans) ou Clint Eastwood (86ans) ou encore Sean Connery(86ans) semblent n’avoir rien perdu de  leur ardeur juvénile, voire se seraient bonifiés au fil des ans,… mais ce n’est pas le lot du commun des mortels.
Toutefois , et contrairement aux idées reçues, si l’on se réfère aux statistiques US, les désirs ne disparaissent pas avec l’âge : 53% de 65-75 ans déclarent avoir une activité sexuelle et 26 % au-delà des 75 ans . Alors la sagesse du désir ou le désir de sagesse ?

Tout être humain s’il avance en âge traverse à un moment ou à un autre une crise de sénescence qui peut être mal vécue ( pose de prothèse, incontinence qui mène à la honte et à l’isolement).
Ces trauma ramènent très souvent à des trauma vécus au cours de l’enfance, période pendant laquelle l’être est dépendant d’autrui ( impression rassurante et en même temps persécutante). La confiance en soi est l’élément fondamental pour affronter ce passage. Les croyances, la foi,… permettent d’atteindre une certaine sérénité;

Un corps « douloureux » entraîne souvent un repli sur soi ,une régression sur le plan physique,et sur le plan moral une mise à mal de son image narcissique.
La personne doit accepter les limitations imposées par son corps, accepter une certaine lenteur. Difficile dans une époque où la vitesse est partout à l’honneur…Il faut passer du « corps que l’on a » au « corps que l’on est » ..
Il faut également discriminer les sensations de douleur de celles du plaisir :
-par exemple si l’ouïe faiblit, le toucher peut par exemple se développer,
-la musique et le rythme sont des plaisirs que l’être humain conserve jusqu’à la fin (vive les chorales)

b) les pertes sur le plan social
Partir en retraite rime très souvent avec leçon d’humilité. Quid du savoir et du savoir-faire acquis tout au long de la carrière professionnelle?Pour bon nombre, fini le temps des hauts revenus, du statut social élevé, d’un tissu social développé, d’une vie rythmée. D’autant que certains ont toutes leurs relations dans le monde du travail.

Car dans notre société, le monde du travail est un lieu d’équilibre , d’échange et de transmission entre générations, sexes et hiérarchies, tout en étant un lieu où bon nombre revivent des conflits vécus dans l’enfance. Le travail reste globalement un facteur de bonne santé, où l’homme s’accomplit et a une place….

La retraite doit donc se caractériser :
-par une libération des contraintes
-par de nouvelles règles
-par un investissement dans de nouvelles activités ( ex association, cours,…)
-par se trouver de nouvelles envies ou d’anciennes non réalisées

c) les pertes sur le plan affectif
La génération de + de 60ans a vu une évolution rapide de la famille qui a vu surgir des problèmes nouveaux d’éthique : familles recomposées, PMA, etc
L’éducation des enfants n’est pas en reste : de l’obéissance qui était la règle majeure le dialogue avec les enfants ( tout doit être expliqué)devient l’élément central de l’éducation…sachant que 8 à 20% de la construction d’un enfant viennent de la famille
La retraite est également le moment où les époux sont appelés à vivre ensemble en permanence , ou pas…Le taux de divorce après la retraite a été multiplié par neuf en une décennie. La floraison des sites de rencontre ( type senior proximeety ou maxi senior) s’explique, par ce phénomène( et bien entendu par le veuvage).
La transmission familiale des affaires,( exploitation agricole, petit commerce,…) , la règle auparavant, devient l’exception.

2 ) Comment gérer ces pertes

a) le sentiment de l’estime de soi
-narcissisme infantile ( valeur perçue de soi dans sa petite enfance – 4 ans)
-sa propre expérience ( sa plus ou moins réussite dans la vie selon soi)
-la satisfaction d’objet par la plus ou moins grande valorisation de soi par son entourage
Ce narcissisme est l’élément qui permet d’affronter les difficultés de la vie .

b) comment réussir son vieillissement
-s’identifier à ses parents déjà décédés
-s’inscrire sans la chaîne des générations
-accepter d’avoir moins d’importance
-s’approcher du juste et cesser de viser le superbe
-s’occuper de soi ( appareillage adapté , en bon état)

3)le vieillissement pathologique

Ce type de vieillissement provient d’un ensemble de causes
– de  l’individu lui-même ( entourage, plaisirs, caractère, structure mentale)
– de l’état physique ( appareillé ou non par exemple)

4 pathologies
-la démence ( mort de l’esprit) : refuge pour certains
-la déprime
-le délire et/ou la confusion( 1 personnes sur 3 peut être sujet aux hallucinations)
-les addictions ( alcool, jeux,…)

a) la déprime / le suicide
Derrière l’anxiété, ou l’agressivité, ou le délire, ou l’hypercondrie, ou les tendances suicidaires peut se cacher une déprime qui n’est parfois pas diagnostiquée ou diagnostiquée trop tardivement.
Un traitement adapté soulage la personne car il faut savoir qu’une tentative de suicide pour un homme est couronnée de succès à quasiment 100%, moindre score pour la femme.
Ces suicides peuvent être provoqués :
-par la proximité avec la mort ( après 85 ans par ex)
-par l’échéance d’un anniversaire
-par la disparition d’un être cher
-par des stress anciens qui refont surface

Risque : que le suicide d’un aîné devienne un modèle identificatoire pour les autres membres de la famille.

Quelques signes de tendances suicidaires :
-les arrêts de traitement , les conduites à risque ( souvent déniées par l’entourage)
-l’anorexie
-les demande d’euthanasie
-des syndromes de glissement ( refus de s’alimenter…)

Certains suicides sont des suicides d’effroi ( annonce d’une maladie incurable par ex) , des suicides pour éviter de mourir ( par crainte de la mort paradoxalement).
Les pertes de mémoire sont monnaie courante ( et à tout âge) mais ce sont les troubles psycho-comportementaux qui posent problème : délire , agressivité,… l’individu dans son comportement devient méconnaissable

Ex : l’élégante qui vient à se négliger

-le délire est parfois salvateur mais il est souvent en relation avec une blessure narcissique antérieure
-l’hypocondrie que l’individu peut attribuer à un autre
-l’addiction à la drogue ou à l’alcool ( même en Institution)

b) Le rôle du psychiatre est de trouver un sens derrière ces comportements , de cerner la personnalité de la personne en se disant que le savoir affectif est plus important que le savoir intellectuel et de l’accompagner tant qu’il y a de la vie.

La prise en charge peut se faire sur 2 plans distincts :
-soigner l’enfant qui est en lui
-soigner de l’enfance ( ex :idéaux intransigeants)
C’est l’occasion de revenir également sur des évènements passés mal vécus qui peuvent en certains cas être relativisés

Même si l’aide aux enfants est supérieure à l’aide aux parents, cette dernière existe vraiment. La solidarité joue dans les 2 sens : les grands parents à près de 80% s’occupent de leurs petits enfants et le nombre de grands parents dépendants restant à leur domicile ne peut s’expliquer entre autres que par une solidarité familiale réelle , solidarité qui malheureusement peut se briser sur un décès ou un divorce.

c) les solutions
-rester à domicile
avec en moyenne 800 € de retraite, certains se retrouvent en situation difficile
Demander de l’aide aux enfants : mettre sa fierté sous ses pieds ?
-aller en Institution
1) coût entre 1500 € et 4400 € / mois
2)choisir une institution ( recherche d’un compromis)

.
Ainsi la vieillesse peut être comparée à une ruine :
-soit à une belle ruine
-soit à une ruine dévastée
La vieillesse questionne sur le sens de la vie, sur les sources de plaisir encore disponibles et sur le temps de vivre avant de n’être plus.
Vieillir , c’est envisager son inachèvement non comme une insuffisance mais comme une façon de vivre jusqu’au bout, c’est envisager non pas une vie rêvée mais une vie avec encore quelques rêves.

Biblio:

vieillissimo_

 

 

 

 

 

 

 

une psy à l'oues _

 

 

 

 

 

 

 

 

réf 2 CYJ feb16

Le visage des GAD – témoignage d’Olivier Le Bras

LE VISAGE DES GAD

(ou la chronique d’un désastre industriel et social annoncé)

le bras cruzA l’occasion de la parution de son témoignage « LE VISAGE DES GAD», Olivier Le Bras s’est entretenu avec Anne Guillou de son expérience dans l’entreprise GAD (de son embauche à la liquidation de la société).

1 – l’entreprise GAD

-1956 création de l’entreprise GAD dans le bourg de Lampaul-Guimiliau
1987 Loîc Gad, le dernier fils du fondateur succède à son frère René à la direction de l’entreprise
2000 le site de Lampaul emploie 1200 salariés
-2001 Prestor, groupement finistérien de producteurs de porc entre au capital de Gad à hauteur de 33% en compagnie d’Unigrain
2008 Unigrain cède ses parts à la coopérative agricole CECAB (marque d’Aucy)
2011 la CECAB rachète les parts de Loïc Gad et devient majoritaire en détenant 66% du capital.
Pertes de l’entreprise : 14 millions d’€ (bénéfices de 9 millions en 2010)
2012 Gad SAS :
.St martin des Champs siège = 50 salariés
.Lampaul Guimiliau abattage et découpe de porcs, fabrication de produits élaborés et précuits / 859 salariés / site de 43 000 m2
.Josselin abattage et découpe de porcs, fabrication de produits élaborés crus 650 salariés
.Saint Nazaire fabrication de produits élaborés et de charcuterie 80 salariés
-2013 en février, la société est mise en redressement judiciaire et mise sous tutelle
le 11 octobre, validation du plan de continuation : le site de Lampaul est fermé .

gad

2 – les raisons des difficultés

Les outils bretons d’abattage de porc se retrouvent dans les années 2010 en sous capacité d’utilisation. L’entreprise s’engage dans une spirale de pertes et d’endettement(100 millions d’€).
De surcroît la CECAB, spécialisée dans la transformation des légumes a racheté, dans une stratégie de diversification, une activité très éloignée de son secteur d’origine (conserve/frais)et de sa culture d’entreprise.

3 – le parcours ouvrier d’Olivier Le Bras

– le salarié : Fils d’agriculteur, il renonce à reprendre l’exploitation familiale de St Thégonnec pour entrer en 1995 chez GAD (intérimaire puis CCD Gad, puis CDI) où il gravit tous les échelons de la production
le syndicaliste : de 95 à 97 apprentissage en étant délégué du personnel suppléant CFDT auprès d’André Terrier, puis délégué titulaire FO en 1997, puis délégué central en février 2013

4 – la condition d’ouvrier chez GAD

. répartition : 60% hommes, 40%femmes
. horaire: 5 heures – 13 heures
. salaire SMIC (avec 13 ème mois) en dehors de 30 ouvriers qualifiés
. origine sociale des salariés : en majorité enfants d’agriculteurs des communes avoisinantes
. recrutement : par relation (familiale pour beaucoup)
. pénibilité du travail /forte camaraderie entre salariés/  paternalisme de la direction
. grève : une seule en 19 ans

5 – « la descente aux enfers » et la casse sociale

A la mi-février 2013, dans le cadre de la mise en redressement judiciaire, Olivier Le Bras est désigné comme délégué syndical central. Il devient le porte-parole de l’ensemble des salariés du groupe .
La statégie adoptée :
. dans un premier temps, «sauver l’emploi à tout prix» en faisant valoir les atouts suivants :
a) un outil industriel classé le meilleur d’Europe
b) un important bassin de production porcine dans le Nord Finistère
fight gadc) un outil industriel en état de marche ( non paralysé par les grèves)
Pour les syndicalistes ouvriers, pas de doute : l’entreprise intéresserait des repreneurs. Mais aucun ne se présente….
Les élus sont, dès le départ, alertés mais se révèlent impuissants (idem pour les différents ministres contactés). Impuissants par exemple à regrouper les industriels bretons de l’abattage pour affronter la concurrence allemande .Les dirigeants de la CECAB quant à eux sont aux abonnés absents…
Seul recours : une large mobilisation et l’utilisation des media
Mais le 11 octobre, le plan de continuation est annoncé : le site de Lampaul ferme ; le site de Josselin est préservé
889 salariés restent sur le carreau et autant de familles…
. dans un 2ème temps : « la défense des intérêts des salariés »
a) obtenir des primes de licenciement extra-légales : un doublement est acté
b) la cellule de reclassement (entre les mains de sociétés privées)
le résultat du reclassement 1,5 an après fermeture est décevant : 140 salariés (les plus qualifiés) ont retrouvé un travail sur les 889 licenciés ( soit 15%)et les fins de droits s’annoncent (suite = RSA)
c) des appuis pour une remise à niveau en français pour les salariés étrangers (18),

un lourd bilan :
-5 suicides, 40 divorces, la rupture du lien social pour tous, Lampaul Guimiliau et ses environs sinistrés, une friche industrielle
-un outil industriel dépecé, bradé aux concurrents est-européens.(la CECAB a finalement liquidé l’ensemble de son secteur viandes)

Son combat pour la dignité des salariés qu’il a mené ,avec ses coups d’éclats médiatiques, mais le tout sans violence l’a profondément transformé, confie-t-il.
A 4O ans passés , Olivier Le Bras qui prévoit d’autres futurs « Gad » , si une harmonisation sociale ne voit pas le jour à l’échelle de l’Europe, prépare sa reconversion dans un autre secteur d’activité.

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« Le visage des GAD » – le combat d ‘un « métis breton »

par Olivier Le Bras en collaboration avec Anne Guillou
Paru aux éditions : Locus Solus 18€

Le patrimoine sous-marin en Bretagne

« le patrimoine sous-marin en Bretagne »

par Bernard Foucault, plongeur, chercheur d’épaves

«Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage. » Lao- Tseu.

.
Le service hydrographique de la Marine (Shom) recense à ce jour pas moins de 4.125 épaves (bateaux, avions…) le long des côtes françaises. la Bretagne est aux avant-postes. Cargos, chalutiers, navires des deux dernières guerres… En Bretagne, les épaves sous-marines attirent de plus en plus de «chasseurs de trésors»: des  passionnés de plongée et d’archéologie sous-marine , mais aussi des collectionneurs invétérés, des pillards en tous genres et même des sociétés spécialisées internationales.

état de l'épave du Leopoldville au large de Cherbourg
état de l’épave du Leopoldville au large de Cherbourg
1 INVENTAIRE
A) les raisons des naufrages

Elles sont multiples : des côtes mal « pavées », les tempêtes, le brouillard, les collisions, les erreurs de navigation, les avaries et les guerres (mines , torpillage,…)

carte_finistere epaveB) la recherche d’ une épave

a) recherche préliminaire dans les archives
plusieurs sources permettent de croiser les informations : les archives militaires, les cartes SHOM, la presse de l’époque du naufrage,les compagnies d’assurances Lloyd’s- Véritas , les témoignages, les cimetières, les pêcheurs signalant des croches, un document Ouest France
b) recherche de la localisation effective de l’épave
Du matériel sophistiqué embarqué permet de localiser les épaves
Suit une plongée sur site pour confirmation : celles qui ont échoué près de la côte sont rapidement détruites par le ressac et la houle. Les plus belles se trouvent au-delà de quarante mètres,

c)des épaves exceptionnelles : un inventaire non exhaustif

Prince Frederik coulé en 1890 au Sud Sud-Ouest de la pointe bretonne. Il recèlerait 400 000 pièces d’argent valant 2000€/pièce. Non retrouvé .
Elisabethville gisant à 70 m de profondeur , torpillé en 1917 près de Belle Ile
Au fond des cales du bateau sommeillaient 30 tonnes d’ivoire et 12 kilos de diamants soit 12.770 carats. Cette cargaison va éveiller bien des appétits, dont celui de la SORIMA. L’Artiglio arrive de Quiberon, le 18 juin 1928 pour la pêche aux diamants. Les 12 kg n’ont pas été officiellement retrouvés….
La Cordelière , bateau d’Anne de Bretagne coulé par la flotte anglaise en 1512, non retrouvé
Drummond Castle paquebot anglais au large d’Ouessant
Egypt paquebot anglais contenant 7 tonnes d’or et 40 tonnes d’argent , à 120 m de fond
(voir infra Sorima)
Village de Bomport , bateau de Louis XIV, non trouvé cargaison estimée à 24 millions d’€
-L’Aboukir Bay disparût au cours d’une tempête le 25 novembre 1893 lors d’un voyage retour en Iquique (Chili) et Dunkerque avec sa cargaison de nitrate. .. Aucun marin écossais n’en réchappa. Le maire de Carantec se distingua particulièrement par son comportement peu reluisant : partant du principe que les marins de l’Aboukir Bay étaient écossais et donc protestants, il décida de les enterrer dans la fosse commune du cimetière de Carantec .L’épave repose désormais par 30 mètres de fond au large de la baie de Morlaix
HMS Victory avec 100 000 pièces d’argent à son bord – 70 m de fond
– le President Lincoln, plus gros navire américain coulé,sans doute à 430 milles à l’ouest de Brest , durant la 1ère Guerre mondiale, disparaît chargé d’une importante cargaison d’or destinée à financer l’effort de guerre en Europe.
GAIRSOPPAMantola ( 1917) et Gairsoppa ( 1941) coulés en mer Celtique reposant à 4000 m de fond contenant à eux des dizaines de tonnes d’argent

d) l’exploitation des épaves

Après la 1ère Guerre mondiale au cours de laquelle un grand nombre de bateaux furent envoyés par le fond, la chasse aux épaves s’est ouverte :
Exemples :

d1 SORIMA ( l’entre 2 guerres)

ARTIGLIOL’Artiglio fut sans doute l’un des plus célèbres navires de l’histoire de la plongée sous-marine.
Patrouilleur pendant la première guerre mondiale, il est acquis et réarmé par la Société Italienne de Récupération Maritime (SORIMA) en 1928.
Cette société fut la première à son époque à effectuer des plongées à plus de 100 mètres pour récupérer les cargaisons de navires naufragés. L’Artiglio a ainsi travaillé sur de nombreuses épaves en Méditerrannée, en Atlantique et en Manche. Les scaphandriers de la Sorima ont acquis une renommée mondiale en remontant, de 1930 à 1932, les 7 tonnes d’or des cales du paquebot Egypt coulé au large de Sein par 130 mètres de profondeur. Technique employée : chalutage en bœufs pour détecter l’épave – dynamitage par tronçon (sous le contrôle d’un plongeur) pour accéder au coffre-fort- remontée au grappin du butin

d2 ODYSSEY MARINE EXPLORATION ( XXIème siècle)

ZEUSPlus la technologie s’améliore ( robots, sous-marins de poche…), plus les sociétés spécialisées plongent profondément pour dénicher des épaves englouties
BlueExplorerDans les années 2010,la société spécialisée dans la récupération d’épaves Odyssey , cotée en Bourse (CA 2013  : 31,7 millions de dollars)a retrouvé les 1.574 lingots à bord du SS Gairsoppa, qui repose à 4.700 m de fond dans l’Atlantique Nord, au sud-ouest de l’Irlande. ( butin estimé à 40 millions de dollars.)
Le cargo britannique avait coulé en février 1941 après avoir été torpillé par un sous-marin allemand alors qu’il  naviguait de Calcutta vers Londres. Odyssey a remonté plus de 99% de la cargaison qui a été déposée en lieu sûr en Grande-Bretagne. Selon le contrat passé avec le ministère britannique des Transports, la GairsoppaSilversociété garde 80% de la valeur de la cargaison. La récupération de la cargaison a pu se faire grâce à des engins conduits à distance équipés spécialement pour les grandes profondeurs.
La même société a retrouvé la cargaison du vapeur britannique SS Mantola, MANTOLAqui a coulé en 1917 Le Mantola aurait transporté une vingtaine de tonnes d’argent assurées pour les risques de guerre.

 

D’autres sociétés ne sont pas en reste. Galleon Ventures et Seaquest International ont remonté des artefacts et autres trésors d’un bateau espagnol du XVIIe siècle. Sub Sea Research a trouvé 1,7 million d’onces de platine à bord d’un navire marchand coulé en 1942…

2 EPAVES – BUTIN – DROIT DE LA MER

Ces bâtiments reposant sur les fonds marins sont la mémoire historique de nombreux et dramatiques événements de mer. Navires de commerce, bateaux de guerre, sous-marins quasiment intacts posés sur le fond.(renfermant parfois des équipages entiers).. Beaucoup de ces épaves des deux guerres mondiales sont donc de poignants sanctuaires sous-marins.

L’Unesco estime à 3 millions le nombre d’épaves englouties à travers le monde. Moins d’un millier d’entre elles renfermeraient assez d’objets de valeur pour rentabiliser leur renflouement.
L’exploration et l’exploitation de ces épaves sont-elles encadrées ?

A) Dans les eaux territoriales, chaque pays a adopté sa législation.

En France,
tout vestige découvert doit être déclaré et appartient à l’État. Doctrine : laisser sur place
Le DRASSM est chargé de veiller à l’inventaire, la mise en valeur et la protection du patrimoine immergé
Cet organisme , basé à Marseille ,regroupe trente fonctionnaires d’Etat aux compétences diverses, archéologues, scaphandriers professionnels, administratifs et techniciens.Il accorde parfois des délégations de fouille à certaines associations.

en Grande-Bretagne :
Trois lois protègent les épaves
Protection of Wrecks Act 1973 (loi sur la protection des épaves de 1973) :
Protection of Military Remains Act 1986 (loi sur la protection du souvenir militaire 1986) :
Merchant Shipping Act 1995 (loi sur le commerce maritime 1995)
Une commission d’experts prend des décisions au cas par cas.
U.S.A.
Dans les eaux américaines, seules les épaves à moins de 5 km des côtes reviennent à l’État. Entre 5 et 22 km, la juridiction n’étant pas clairement établie, c’est souvent un procès qui départage les parties.

b)Dans les eaux internationales,

Les biens retirés des galions ou des épaves  appartiennent en totalité au découvreur.
Sauf si… Sauf s’il s’agit d’un bâtiment militaire, qui revient alors à son pays d’origine, ou d’une épave relevant du patrimoine de l’humanité.
Jusqu’à une période récente, les chasseurs de trésors américains avaient coutume de faire fi de ces restrictions….

En 2001 , l’UNESCO a élaboré une convention sur la protection du patrimoine sub-aquatique.

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Pour l’anecdote : l’ARTIGLIO , le fameux chasseur d’épaves des années 30 ,a été englouti par les flots dans la baie de Quiberon lors d’une opération de dérasement d’un navire bourré d’explosif. Son épave a fait depuis l’objet de fouilles sous-marines…..

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