Coup de gueule de Marcel Mescam

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Coup de gueule

par Marcel Mescam  (janvier 2016)
 

Ça n’est pas encore fini, tu ne trouves pas que ce manège a assez duré ! Il faudrait que cela cesse ! J’en ai marre de tous ces volatiles jamais rassasiés, et ceci par ta faute. Pourquoi ma famille doit-elle payer un si lourd tribut ? C’est tout de même un peu facile de s’en prendre à plus petit que soi. Qu’avons-nous fait pour mériter une telle destruction ? Il me semble pourtant que nous sommes utiles, grâce à nous tu récoltes de beaux légumes et des belles fleurs. Tu n’es pas reconnaissant, bien au contraire et, je t’accuse d’être de connivence avec ces maudits oiseaux. Vous êtes des assassins ! Et je pèse mes mots. Ne t’arrive t-il pas de nous couper en deux, trois, voire en Lire la suite

« Le Père » de Nadine Cadoret

Le père

 de Nadine Cadoret

Dès le départ du train je réussis à me calmer : je ne tremblais plus. Sans délai et malgré l’agitation qui s’était emparée de mes membres j’avais pris un taxi qui m’avait conduite à la gare et j’étais montée dans le premier TGV en partance pour Paris. Il me faudrait encore me rendre de la gare de Lyon à Montparnasse pour prendre ma correspondance pour Brest. J’arriverais trop tard dans la soirée pour visiter mon père à l’hôpital. J’allais prendre une chambre à l’hôtel pour la durée de mon séjour. Pas question de remettre les pieds dans la maison de mon enfance pour me retrouver en tête-à-tête avec « elle ».
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« Le clone » par Maria Mens-Casas Vela

Le clone

par Maria Mens-Casas Vela

          Ce n’est pas difficile de me souvenir de la date où les bizarreries ont commencé : quelques jours après mon anniversaire. Pourtant je me suis beaucoup amusée ayant reçu chez moi ma famille et mes amis les plus chers. Et ils avaient été généreux ! Chacun avait fait de son mieux pour me faire plaisir : des dessins des plus jeunes, maladroitement coloriés, à un voyage à Madagascar offert par mes frères et mes enfants, avec des escales superbes Lire la suite

Éternels par J-C Le Scour

Éternels

(Nouvelle écrite à partir de textes précédents)

de J-C Le Scour

C’est aujourd’hui, 25 février 2015, qu’est prévu le rendez-vous dans la salle panoramique. Le repas sera suivi du Grand Bal.
Albert, le chef d’orchestre, arrive le premier. Il pose avec mille précautions son accordéon sur la petite table de coin. Il enlève son manteau qu’il remplacera, le moment venu, par sa veste dont le bleu tranche avec le rose de celle de ses partenaires. Il adresse un pâle sourire teinté de nostalgie à Pierre, le Maître de cérémonie qui, attentionné, courtois, lui propose de s’asseoir et lui demande si les autres convives le suivent. « Ils ne tarderont pas » répond Albert, un tantinet mystérieux. « J’ai donné le la, ils en prendront bonne note ».
Jeannot se présente bientôt. Il connaît la partition sur le bout des doigts, des doigts qui tant de fois ont manié l’archet pour caresser les cordes du violon jusqu’à fendre son âme et le cœur des danseurs. Il prend place près d’Albert. Une mèche libre et rebelle lui barre le front. La fine moustache renforce son petit air goguenard, frondeur, gentiment moqueur. Bon vivant, Jeannot aime la valse et la java.
Fernando ouvre la porte, trompette sous le bras. Racé, élégant comme aux plus beaux jours, le fils d’immigré espagnol qui avait fui le franquisme pour la France, s’installe en chantonnant. Sa voix venue d’ailleurs apporte à l’orchestre une savoureuse touche d’exotisme.
Georges est le quatrième. Personne ne l’a vu venir. Il est si discret en toute chose. Il se déplace toujours sur le mode piano-pianissimo-incognito.
François, la joie faite homme, sourire magnifique, franc et direct, salue à la cantonade. Il n’a pu se résoudre à choisir entre le bandonéon et l’accordéon. Il les pose délicatement sur la table où repose déjà l’instrument de son frère Albert. Il sait tirer de son bandonéon d’admirables sons plaintifs et lancinants. Il interprète des tangos inoubliables, à faire pleurer. Chacun, tour à tour, reçoit son amicale accolade.
Roger surgit un peu plus tard, d’humeur maussade. Il maugrée, comme souvent. Pas étonnant qu’il sache si bien faire pleurer son trombone à coulisse. C’est ça, l’ami Roger, un écorché vif, un révolté de chaque instant, mais un homme attachant, un touche-à-tout capable de troquer son trombone pour le violon ou de chanter des slows langoureux.
Il ne manque plus que l’autre Roger et sa guitare. Elle est swing, il est slow, jamais pressé. Il accompagne ses amis virtuoses vers des Everest de la musique, aussi discrètement qu’efficacement. Fidèle parmi les fidèles, son retard surprend et inquiète ses amis. Pourquoi n’est-il pas là ?
C’est le moment de passer à table. Roger les rejoindra plus tard. Le dîner se déroule dans une ambiance potache. Tous savourent les mets délicats, le potage aux perles de pluie, les fruits de la mer galaxie, les nuages de glace nappés de flocons de neige fine et sucrée, les croissants de lune aux lumières diaprées, sans négliger les divins nectars qui accompagnent la succession de plats pour le bonheur de tous.
Dieu que c’est bon ! L’absence de Roger le guitariste est le seul grain de sable. Pourquoi diable se fait-il attendre ? Faut-il prier pour le faire venir ? Les danseurs piaffent d »impatience. De là à souhaiter sa mort il n’y a qu’un pas que tous franchissent allègrement.
Rien n’échappe au grand Ordonnateur, il y va de sa réputation. Il pense d’ailleurs qu’un peu de détente en musique le sortira de la routine et de l’ennui qui se sont subrepticement installés au fil des siècles. Il juge, en son âme et conscience, qu’il est l’heure de rappeler Roger à lui. Roger a donc rendu l’âme et l’ascenseur céleste le conduit directement à la porte du paradis des musiciens. Il paraît à la fois triste d’avoir dû quitter ceux qu’il aimait sur terre et ravi de revoir ses amis qui ont quitté le bas monde avant lui.
Feu l’orchestre Scouarnec est maintenant au complet. En avant la musique, vive la danse ! Les musiciens s’installent sur l’estrade enfumée d’un halo de brume ouatée. Dès les premières notes la foule des danseuses et danseurs, aux anges, envahit la piste. Ils pourraient se croire en Argentine lorsque l’orchestre entame La Cumparsita, Violetta ou Adios muchachos. Nul ne risquera un malicieux « place aux jeunes ». En ce lieu il n’y a plus d’âge.
Le bal des éternels ne fait que commencer.

Morlaix et le déluge par J-C Guichen

Morlaix et le déluge

par J-C Guichen

Il n’avait pas plu pendant quarante jours et quarante nuits et Brassens avait depuis longtemps restitué le parapluie volé.
Morlaix fêtait noël. La jolie ville aux trois collines voyait brutalement ses rues et ses places transformées en réceptacle de bassin versant. La curiosité de l’eau est on le sait, sans limite. Visiter restaurants, librairies, magasins de chaussures, de vêtements, s’installer au volant d’une voiture font partie des tours pendables qu’elle aime jouer. Lire la suite

Eternel Goncourt par J-C Guichen

Eternel Goncourt

 par J-C Guichen

«  Partout où l’on parle Anglais, personne n’ignore le nom de Dingley, l’illustre écrivain. »

De temps en temps je visite la cabane où sont déposés, vieux journaux, revues, publicités… Du fatras, ce jour là émergeait une reliure cuir qui me semblait d’une bonne facture. Je la retire et j’ai dans la main un livre avec un dos Lire la suite

Délocalisée

Délocalisée

par J-C Guichen

J’étais une fille de l’Olympe

Passe pour avoir inventé la guitare.

Aujourd’hui neuve ou d’occasion

Je porte un losange sur le capot.

Et ma mortelle éternité vouée à la ferraille.

clio

 

 

 

 

 

La mythologie attribue à CLIO l’invention de la guitare

Mythique Irlande de Maria

Mythique Irlande

de   Maria Mens- Casas Vela

Et pourtant cela avait bien commencé.
Le voyage en Irlande, nous l’avons préparé depuis l’hiver, pour le mois d’août, avec toute la minutie que nous dictait notre enthousiasme. Grands et petits étions disposés à toute éventualité, comme à essuyer des tempêtes de vent et de pluie, à nous promener dans les landes humides, grimper dans les collines, parler aux habitants (dans la mesure du possible) écouter de la musique dans les « pubs » traditionnels… Bref, les clichés typiques des films irlandais, et l’envie de vivre la vie quotidienne dans ce mythique pays.
Nous avions les billets pour le bateau depuis plusieurs mois, et de la monnaie irlandaise. Nos trois derniers enfants qui nous accompagnaient, passablement survoltés, avaient préparé les planches-à-voile et mon mari marquait des sites sur les cartes et parlait de grands espaces à parcourir. Pour cela il y avait le camping-car, d’une marque italienne, dont le constructeur avait pensé à tout, pour notre commodité. C’était notre « maison de campagne » mobile, qui nous permettait de changer de paysage quand on voulait, vivre des aventures amusantes et visiter la famille sans trop déranger.
Mais pour la visite à Irlande on avait jugé plus prudent de louer à Connemara une petite maison, à cause du temps. Nous pourrions rayonner à partir de là, selon notre plaisir. Ah, l’Irlande! J’avais rêvé depuis des années de ses monuments préhistoriques, de ses moines de rite celtique qui christianisèrent l’Europe, de sa musique et de la fantaisie un peu extravagante des irlandais. Cela valait la peine d’avoir des courants d’air dans les oreilles.

Et le soir du départ arriva. Il y avait un bateau par semaine. Nous sommes arrivés au port de Roscoff avec deux heures d’avance, car nous avions l’expérience de la longueur de l’embarquement: camions, voitures, camping-cars; c’était très technique et interminable. Il y avait une foule de véhicules, mais le bateau était grand. Nous gardions la file et on nous demanda de nous grouper avec les autres camping-cars. C’était long et fastidieux pour tous mais surtout pour les enfants qui se chamaillaient sans cesse. Enfin on arriva devant le pont d’embarquement,-il était temps! et mon mari attendit le signal pour avancer.
Subitement, le pont du bateau se leva comme le pont d’un château-fort irlandais et nous vîmes, incrédules, le bateau s’éloigner du quai….On n’arrivait à croire ce qu’on voyait, stupéfaits, assommés, déçus.
Le moment qui suivit fut très animé. Les occupants des six camping-cars descendirent les uns après les autres, échangèrent des commentaires sur la compagnie navale appropriés aux circonstances, et chacun exposa sa situation : qui, retournait en Irlande, lieu de sa résidence , qui avait loué une une maison, qui, s’était donné rendez-vous avec des amis et ainsi de suite. C’est là que pour la première fois j’entendis le joli nom de « surbooking ». Quelques instants après, tous réunis dans le bureau du représentant de la compagnie, qui tenta des vaines explications et palabra pendant plusieurs heures pour chercher des solutions individuelles, nous acceptâmes -très à contre-cœur – un passage pour le pays de Galles et le dîner gratuits. L’assurance payait aussi la location de la maison irlandaise. Mon mari aurait préféré faire demi-tour et aller en Espagne, mais nous avions de vêtements inappropriés et la résolution de visiter un pays différent. Nous changeâmes la monnaie à perte, évidement.
Après une traversée mélancolique, nous arrivâmes en Cornouailles désireux de tirer le meilleur parti possible de la situation. Nous cherchâmes la côte et les plages , ce qui s’avéra difficile, surtout pour y accéder en voiture, pire encore, en camping-car. Celles que nous découvrions étaient au fond des criques, petites et coincées entre les rochers , où les gens s’entassaient sur un peu de sable.
Impossible de s’arrêter dans ces chemins étroits. Mais providentiellement, à l’entrée d’un champ en pente, fermé par une grille, un écriteau maladroit disait plus au moins: « La mer par là, derrière la colline. Pour passer par le haut des champs mettez 2 pennies dans la boite. »
Enfin! Les enfants déchargèrent leurs planches à voile, nous nous acquittâmes du droit de passage et allègrement, nous arrivâmes au sommet….pour trouver un deuxième grillage, devant un maquis sauvage et un ravin. Mais, oui, la mer était derrière, sans aucune doute! Ce fut la goutte de trop.

Nous décidâmes de visiter l’intérieur du pays et de chercher des lacs du Pays de Galles pour que les enfants puissent faire de la planche à voile, leur plus grand souhait. Nous sommes passés par quelques charmants villages avec des maisons fleuries et des ponts minuscules, sur des rivières aussi petites. Mais pour les grands espaces c’était plutôt maigre; il y avait de vertes collines et de magnifiques prairies…. pour les vaches! Celles-ci étaient protégées par des fils de fer et regardaient passer des files interminables de caravanes et voitures touristiques, que ne pouvaient pas s’arrêter dans les étroits chemins tournants, jusque l’arrivée à un village.
Comme nous avions besoin de recharger les batteries du véhicule et de prendre de l’eau, nous sommes rentrés dans un camping qui annonçait des jeux et une piscine entre autres avantages. Il était assez surpeuplé, pourtant il n’avait pas l’air brillant. Pour une nuit, ce n’était pas compliqué et de toutes façons notre « camping sauvage », depuis qu’on était en Grande-Bretagne, se limitait à des arrêts nocturnes sur la place d’un village, près des camionneurs qui passaient la nuit dans leur camion.
La visite du camping ne nous remonta pas le moral de prime abord. La piscine ressemblait à une immense marmite en plastique pas rassurante du tout, grouillant des nageurs , comme une marmite de lentilles en ébullition. Le bar convivial où se tenaient les jeux, c’était un vrai hall de gare avec un immense comptoir qui s’étendait tout du long de la pièce et qui en disait long sur les préférences du public; d’ailleurs il était plein.
Nos adolescents voulaient rester pour jouer au « baby-foot », pendant que nous continuerions l’exploration, trop heureux de trouver une distraction. Cela ne dura guère. Une demi-heure n’était passée qu’ils sont arrivés furieux au camping-car: un groupe de jeunes gallois étaient venus les empêcher de jouer, les avaient traités des noms variés avec l’intention de chercher la bagarre pour passer le temps, je pense.
Nous sommes partis assez vite pour contourner le mont Snawdon le plus haut du Pays de Galles, près des lacs. Nous étions seuls face à une étendue d’eau magnifique et nous nous installâmes au bord. Les planches à voile étaient prêtes à entrer en action, et nous commençâmes à apprécier, quand soudain, surgi de nulle parte, un garde forestier s’approcha et nous demanda si nous étions associés au club de voile de « ce » lac…
Nous reprîmes la route. Sans cesse, là ou il y avait des plages il y avait un hôtel qui en avait l’exclusivité, ou c’était un grand club de golf des plus chics, le tout convenablement encerclé de barrières . Mais les barrières morales pour les malheureux gallois sont pires. Ils peuvent regarder leur pays comme à travers une vitrine. Ce n’est pas le cas des écossais. Et c’est à partir de là que je me suis mise à chanter à tue-tête des chansons révolutionnaires pour soulager ma furie.
Je ne sait pas si depuis tout ce temps (vingt ans) les choses ont changé, mais j’ai des doutes. Les privilèges ont la vie dure dans certains pays.
Je préfère arrêter là. Nous sommes rentrés avec une semaine d’avance pour mettre les planches à voile dans nos libres côtes bretonnes, dont nous avons apprécié les grands espaces.
Mais avant je veux rendre hommage à un charmant gardien gallois d’un parc près de la mer très au nord du Pays de Galles. Nous sommes arrivés tard et il devait fermer à six heures ( comme tous les parkings des plages de là bas) en faisant sortir toutes les voitures, mais voyant notre déception il nous chercha un coin discret pour passer la nuit. Le matin un de mes fils put faire du footing dans la plage, pas loin d’un château fort en ruines. La mer était loin après une zone sablonneuse très accidentée. Ce n’est qu’après qu’il lut une affiche plantée au milieu qui disait :
ATTENTION, DANGER. SABLES MOUVANTS.