L’architecture contemporaine et les musées par Sonia de Puineuf

Sonia de Puineuf
Sonia de Puineuf

L’architecture contemporaine et les musées

par Sonia de Puineuf

De création relativement récente, le musée ,l’un des instruments de diffusion de la connaissance est l’espace où s’exposent les chefs d’œuvre.Mais exposer dans quel type de bâtiment ? Un simple hangar ou un bâtiment de prestige ?

Dans les années 1920, des architectes comme Le Corbusier ,Mies van der Rohe remettent en cause les choix architecturaux qui avaient prévalu jusqu’alors .

La conférence se focalisera sur quelques réalisations novatrices ( voire débridées)de l’après 2nd WW , réalisations permises par les nouvelles techniques de construction.

aaguggenheim-nyc-011 Guggenheim Museum (1956) New York

Frank Lloyd WRIGHT imagine dès 1943 un musée chargé d’abriter une collection d’art abstrait à la demande de la famille Guggenheim

L’édifice, de forme tronconique, se développe en spirale à partir d’une rampe hélicoïdale de plus de 400m de long enroulée sur cinq niveaux 200px-Interno_guggenheimautour d’un spectaculaire vide central.
Les murs et le sol de la rampe d’exposition, inclinés de quelques degrés, ont tout de suite rebuté les artistes, qui les trouvaient inadaptés aux toiles rectangulaires respectant les traditionnels repères orthogonaux. : le parcours était unique, aucune flexibilité des espaces d’exposition et les œuvres, placées dans des alcôves le long du mur de la rampe .Le principal reproche porta sur la trop grande « présence » de l’architecture, qui était à elle-même son propre spectacle et éclipsait les œuvres la collection. L’œuvre de Wright, très singulière et partiellement inadaptée à sa fonction, n’eut donc aucune postérité.
Le premier artiste à tirer vraiment parti de cette architecture sera Buren qui en 1970 utilisera le puits central pour mettre en valeur son œuvre

 
 

 

2 Neue Nationalgalerie (1962) Berlin

Neue_Nationalgalerie_BerlinConstruit par l’architecte Ludwig Mies van der Rohe qui avait pour devise « less is more », ce musée d’inspiration Style International abrite des collections d’art moderne du XXe siècle.
Le pavillon , bâti sur une esplanade près du Mur de Berlin est une véritable prouesse architecturale et technique : pas de murs et seuls huit pylônes et des parois de verre supportent un immense toit à caissons
Les salles du musée proprement dites se trouvent sous terre, à l’intérieur du soubassement habillé de granit. Les éléments de construction, réduits à l’essentiel,permettent de répondre à l’objectif : un espace neutre entièrement modulable.

3 Centre Georges Pompidou ( 1977) Paris

BeaubourgNé de la volonté de G.Pompidou de créer au cœur de Paris une institution culturelle originale entièrement vouée à la création moderne et contemporaine où les arts plastiques voisineraient avec les livres, le design , la musique et le cinéma.

En 1971 le projet des architectes Piano et Rodgers,est retenu La construction a duré de 1971 à 1977.
Le projet de Piano/Rogers implante le bâtiment selon un axe nord-sud, respectant la trame urbaine du quartier. Ce choix permettait en outre de n’occuper que la moitié du terrain en dégageant une vaste tubulure-Centre_Georges-Pompidouesplanade, la piazza, permettant l’accueil du public et une liaison plus fluide entre le bâtiment et la ville.
Le bâtiment principal, de 166 m de long, 45 m de large (60 en comptant l’escalator extérieur) et 42 m de haut , se compose de 8 niveaux accessibles au public de 7 500 m2.
Les différentes gaines techniques, rejetés à la périphérie du bâtiment, lui confèrent un aspect extérieur très caractéristique, comparé à une usine ou une parodie d’usine dans le centre de la ville. Toutes les circulations verticales, personnes et fluides sont confinées sur la façade : les tuyaux extérieurs colorés constituent une particularité du bâtiment.

4  IMA (1987) Paris
ima façade paris
Photo de Georges Fessy

L’Institut du monde arabe (IMA) est un institut culturel parisien consacré au monde arabe Il est situé au cœur du Paris historique, en face de la Faculté de Jussieu, en bordure de Seine.
L’édifice a été conçu notamment par Architecture-Studio, J. Nouvel, G. Lezenes, P. Soria.  qui ont tenté là une synthèse entre culture arabe et technique occidentale.
PARIS_75intérieur-du-monde-arabe_en_FranceLa façade nord est tournée vers le Paris historique, elle symbolise la relation à la ville ancienne, présente de façon allusive sur la façade.
Dessinée par Jean Nouvel, la façade sud reprend les thèmes historiques de la géométrie arabe puisqu’elle est composée de 240 moucharabiehs Ces derniers sont munis de diaphragmes qui s’ouvrent et se ferment, en fonction de l’ensoleillement .

5  la Pyramide du Louvre (1989) Paris

La pyramide du Louvre est une pyramide de verre feuilleté et de métal, située au milieu de la cour Napoléon du la-pyramide-du-grand-louvremusée du Louvre où se situe le hall d’accueil qui donne accès à l’espace de circulation situé au sous-sol.
Commandée par François Mitterrand en 1983, la pyramide a été conçue par l’architecte sino-américain Pei .La structure en métal, s’élève à 21  mètres sur une base de 35 mètres de côté.
Pei a démontré qu’un architecte contemporain pouvait intervenir sur une espace historique tel que le Louvre sans l’altérer.

 
 
6 Museo Guggenheim Bilbao (1997)

guggenheim bilbLe musée Guggenheim de Bilbao est un musée d’art moderne et contemporain situé près de l’Hôtel de Ville et de l’Université (24 000

Puppy de Koons
Puppy de Koons

m2 dont 11 000m2 d’expositions ; coût : 100Millions de $) . La structure innovante du bâtiment a été dessinée par Frank Gehry. Sa silhouette est le fruit d’un assemblage singulier de pierre, de verre et de titane faisant penser à une fleur au bord de l’eau ( d’inspiration cubiste)
Le projet développe l’approche déconstructiviste promouvant des formes organiques et ondulantes, jouant des matières et des lumières.

7 Jüdisches Museum Berlin (2001)

Le musée juif est réparti dans 2 édifices.D’une part, il y a le Kollegienhaus, ancien bâtiment de style baroque et le 220px-JewishMuseumBerlinAerialmusée juif. L’édifice de Libeskind respecte cependant la hauteur de l’ancien bâtiment et s’organise en une forme d’éclair (Blitz) ou d’étoile de David brisée, donnant un caractère très sculptural au bâtiment.
Ce zigzag torturé  symbolise toute la violence, toutes les cassures de l’histoire des juifs en Allemagne.
plan musee juifLe bâtiment est recouvert de zinc monoxydé, métal qui brille assez peu et dont la couleur change en même temps que le bâtiment vieilli ( gris bleuté au final). Cette couverture est striée de lignes qui sont les ouvertures (fenêtres) du bâtiment, et qui apparaissent comme des entailles, des plaies.

Une fois à l’intérieur le musée se divise au sous-sol en 3 couloirs entrecoupés, d’«Axes» représentant les trois expériences majeures de l’histoire des juifs allemands: la Continuité, l’Exil et l’Holocauste.
Depuis septembre 2001 le musée offre 3017 m2 d’espace d’exposition permanente pour retracer 2 000 ans de présence de la culture juive en Allemagne.

8 MAXXI (2010) Museo nazionale delle arti del XXI secolo

maxxi romejpgSelon les plans de l’architecte anglo-irakienne Zaha Hadid ,figure du mouvement déconstructiviste, la construction des bâtiments d’une surface de 27 000 m2 s’effectue de 2002 à 2007 pour un coût de 150 millions d’euros.
Les collections du MAXXI sont divisées en deux parties : celle réservée aux plasticiens et celle affectée aux architectes.

9 MACRo 2002 (Museo di Arte contemporanea di Roma)

macro5Ce musée, restreint en surface est entièrement consacré à l’art contemporain le plus actuel, Sur le site d’anciennes brasseries.Odile Decq a réalisé une architecture hybride insolite dans ce site industriel.

 
 
 
10Musée des arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques (Musée du quai Branly)

quai-branly-musee-arts-premiers-jean-nouvel-architecte-oeuvreConçu par Jean Nouvel, le bâtiment du musée du quai Branly ressemble à une longue passerelle, en partie habillée de bois, qui s’étend au milieu des arbres. Dissimulé à la vue par une végétation dense, protégé par une palissade de verre, le musée ne s’offre que progressivement au visiteur. Des « boîtes » suspendues, visibles de l’extérieur, permettent d’entrer plus avant dans l’identité d’un peuple ou d’une culture en réunissant des œuvres de même origine.

 
 
11 MUCEM (2013) Marseille

mucem 1 Le bâtiment est composé d’une suite de dix-neuf volumes blancs, indépendants les uns des autres, recouverts de panneaux de béton blanc fibreux, le ductal. Ils sont recouverts par une composition de voiles de verre
Elégance de l’architecture, contenu décevant

13 CONFLUENCES (2014)Lyon

Le Musée des Confluences est un musée d’histoire naturelle et des sociétés. Situé au confluent du Rhône et de la confluences lyonrchiSaône,le musée mesure 190 mètres de long, sur 90 de large et 41 mètres de haut. Coop Himmelb(1)au soumet en 2001 un projet basé sur une architecture déconstructiviste et d’importants porte-à-faux .
Le projet est composé de trois ensembles appelés « Socle », « Cristal » et « Nuage » .Le coût total s’élèvera finalement à 330 millions d’euros, soit plus de 5 fois le coût initial prévu .
Ce projet s’inscrit dans un projet architectural plus général de réhabilitation du quartier des docks.

 
14 Centre Georges Pompidou Metz

pomp metzLe centre Pompidou-Metz a pour objet de présenter et faire découvrir toutes les formes d’expression artistique, de sensibiliser le plus large public aux œuvres majeures des XXe et XXIe siècles , dans le paysage culturel de l’Europe
L’architecture de l’édifice par Shigeru Ban est inspirée d’un chapeau chinois traditionnel . L’édifice s’inscrit dans un vaste hexagone dont les côtés sont marqués par les trois galeries traversantes auto-portées. Chaque galerie mesure 80 m de long, 7 m de haut et 15 m de largeur

 

 

 

musée d'abou dabi15 des projets

ex :Louvre d’Abu Dhabi

 

 

 

En conclusion
Jusqu’aux années 1940, l’architecture du musée se contente d’être l’expression monumentale et convenue d’un contenu et d’une fonction.
Depuis les années 1970-1980, l’architecture s’est vue confier un rôle inédit, intimement lié à la nouvelle dimension médiatique des musées.
En un demi-siècle , le musée jadis « temple » ou « palais » serait-il devenu un musée , « hangar », « magasin », « entrepôt » ou « usine », pour finir en musée « forum », « centre commercial » ou « parc d’attraction » ? Un musée doit-il coller à l’esprit de la collection exposée ?
Un musée doit-il avoir une touche d’extravagance dans son architecture ? Des performances architecturales pour une vacuité intérieure ?….

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CY-J 2015

« Art Déco et l’univers de la femme » par Sonia de Puineuf

« Art Déco et l’univers de la femme »

par Sonia de Puineuf

Prévue pour 1915 mais reportée en raison de la 1ère Guerre Mondiale, une exposition internationale : « l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes » est organisée à Paris en 1925 (l’Allemagne et le mouvement Bauhaus ne sont toutefois pas invités) et étonne le monde par sa modernité dans le domaine des arts décoratifs et de l’architecture.

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Tournant le dos à l’Art Nouveau (l’Art « nouille »), un style nouveau semble émerger : l’Art Déco, né d’impulsions diverses et variées :
– la stylisation géométrique de la Nature, (référence au cubisme)

Tamara de Lempicka – jeune fille

 

 

 

 

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– le machinisme qui entre dans l’univers du quotidien( machine à écrire, à laver, à coudre,…)
– le raffinement exotique (influence de l’art précolombien, de l’égyptomanie, de l’Afrique, de la musique : jazz)

dunand bracelet 1927

Les grands architectes construisent des bâtiments d’une beauté étonnante qui traduit en langage moderne le goût à la française.

 

Pavillon Studium Louvres
PAVILLON DU TOURISME 1925

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Le style Art Déco (appelé aussi Style Paquebot en raison de l’engouement pour les croisières transatlantiques, vitrines de cet Art-déco), élégant et raffiné, a un impact fort sur l’univers de la femme.
–  bijoux

Bracelet
Bague

 

 

 

 

 

 

objets du quotidien (services à thé, bibelots et petits objets usuels)

Coffret en bakélite

 

 

Miroir
Vase

 

Service à thé de Philippe Wolfers
  • mode
Robe Brique
Robe Chanel
chapeau cloche

 

 

  • mobilier
Lalique – 2 paons- lampe
Chiffonnier d’André Groult

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • affiches
Sonia Delaunay – couverture Vogue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • livres dont les reliures ou les illustrations font écho aux tendances esthétiques multiples qui nourrissent l’Art Déco

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ensemble a  forgé une image ambivalente de la femme moderne de l’entre deux guerres.

Réf JG 2017I08

La Manu de Morlaix

La conversion d’une friche industrielle en un nouvel espace de vie culturelle

 

par M Thierry Seguin, prof en Arts du Spectacle à Rennes, administrateur Théâtre de l’Entresort

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Sur les friches industrielles

Les 3 révolutions industrielles avec rupture technologique espacées d’un siècle ont laissé des friches industrielles , situées pour une part au coeur même des cités, pour d’autres en périphérie des villes qui dans leur développement les ont absorbées ;
Pour mémoire
1ère révolution industrielle vers 1770 : charbon, acier, textile
2nde révolution industrielle vers 1870 :chimie, électricité, aluminium, automobile
3ème révolution industrielle vers 1970 : informatique – internet
L’emploi agricole avant la 1ère révolution a cédé sa place prépondérante à l’emploi industriel puis à l’emploi tertiaire,
Cette évolution de l’emploi a provoqué une révolution de l’urbanisme : des villes defensives du Moyen âge aux villes industrielles interconnectées , puis aux villes « pavillonnaires » actuelles très étalées ( densité urbaine divisée par 2 , espace occupé x 4 en 30 ans)
60 % des français vivent dans des villes de plus de 100 000 Hab.
Parallèlement en Occident, l’espérance de vie n’a cessé de croître
L’urbanisation massive des populations ,couplée à une espérance de vie plus importante et à une réduction de la période travaillée sur une existence crée une demande croissante de « biens culturels »,
Pour l’illustrer :
un européen regarde en moyenne la télévision 4 heures par jour (5 heures pour un nord-américain)
l’économie culturelle qui regroupe la création artistique, la production culturelle et les métiers de la mode représentent en 2008 en Europe 700 Milliards € contre 275 Milliards pour la production automobile.
En vingt ans , le nombre des espaces culturels s’est multiplié en Bretagne ( sans parler de la croissance de leur capacité d’accueil )
Les friches industrielles délaissées par leurs propriétaires ont été transformées successivement en squats , en ateliers par des artistes ( peintres, etc), en espace de vie par adjonction de cafés…
Dans un 2ème temps, les collectivités territoriales, réticentes au départ , ont « patrimonialisé » ces friches ( musée de mémoire collective) puis ont décidé de créer sur ces friches et/ou avec ces friches de nouveaux quartiers de ville à forte implantation culturelle

Des réalisations à Nantes, à Paris, ……

L.U. le lieu unique
l uSituée en bordure du Canal Saint-Félix, à proximité de la gare SNCF et du centre ville, l’ex-usine LU revit depuis le 1er janvier 2000 au rythme d’un centre d’arts atypique : le lieu unique.
Scène nationale de Nantes, il est un espace d’exploration artistique, de bouillonnement culturel et de convivialité qui mélange les genres, les cultures et les publics. S’y côtoient : arts plastiques, théâtre, danse, cirque, musique, mais aussi littérature, philo, architecture et arts gustatifs.
chaque année :
• plus d’une quarantaine de spectacles de théâtre, de danse, de cirque, de concerts, de rencontres littéraires, de débats philosophiques…
• plus de 200 jours d’expositions et de résidences d’artistes – des temps forts (Locus Solus, Un Week-end Singulier, Les rencontres de Sophie…) et un Labo Utile ouvert à tous (littérature, architecture, musique, philosophie…)
• 550 000 passages et plus de 100 000 spectateurs pour les activités artistiques.
L’ile de Nantes
vaste territoire de 337 hectares au bord du fleuve, l’Ile de Nantes occupe une position géographique centrale au cœur de la ville. Bastion industriel à partir du XIXe siècle, elle vit la fin des chantiers navals (Dubigeon – Chantiers de l’Atlantique)en 1987 comme un traumatisme.
Après presque 10 ans de réflexion (1989-1997), la Ville confie à l’équipe d’architectes-paysagistes Alexandre Chemetoff/Jean-Louis Berthomieu la mission d’imaginer le projet urbain de l’île de Nantes.
L’aménagement et la création d’espaces publics constituent la colonne vertébrale du projet : places publiques, squares et quais de Loire comme lieux de respiration ; circulations douces, piétonnes et cyclables favorisées ; transports collectifs structurants avec la les géantsligne 4 de BusWay et la future ligne Chronobus C5.
Autour d’eux, c’est toute une vie de quartier qui se développe : des programmes d’habitat variés et de qualité avec 25% de locatif social sur les opérations neuves ; des équipements publics pour répondre aux besoins des habitants ; des commerces de proximité.
L’île de Nantes contribue au rayonnement économique de la métropole. Auprès des industries encore présentes sur le site, de nouvelles activités se développent autour de l’économie de la connaissance (développement du Quartier de la Création) et d’une nouvelle offre culturelle et touristique : les Machines ( le Grand Eléphant, ….), les nefs, le hangar à bananes, la Fabrique, mais aussi Estuaire ou les Rencontres du fleuve .
Le Cent Quatre à Paris
Le bâtiment des pompes funèbres de Paris , inauguré en 1874 au 104 de l’ancienne rue des Vertus était composé de deux grandes halles dotées de verrières, de quais de déchargement, de cours anglaises, d’écuries et de caves sur plus de 270 mètres de long, et a cent quatreété inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques en 1997.
A l’arrêt de son activité, le maire de Paris en 2003 a décidé de réhabiliter l’ensemble architectural dans une démarche de renouvellement urbain . Inauguré le samedi 11 octobre 2008 ,le Cent Quatre s’étend sur une parcelle de 15 848 m2. Sa surface totale est de 36 800 m2 dont 7 300 m2 de parkings et 4 500 m2 de traversée centrale, soit 25 000 m2 de surfaces exploitables.
un pôle évènementiel et commercial de 2 500 m2 qui peut se déployer sur deux niveaux.
2 salles de spectacles de 200 à 400 places
4 000 m2 de plateaux de fabrication et de production répartis en 16 ateliers et 18 bureaux .
6 appartements allant du studio au 4 pièces.
jauge maximum : 5000 personnes ; 200 artistes en permanence sur le lieu. ;60 permanents
110 millions d’euros d’investissement financé à 100 % par la Ville de Paris 12 millions € de fonctionnement/an
Le recyclage des monuments ne date pas d’hier (cf la mosquée de Cordoue transformée en cathédrale ou Sainte-Sophie)

 

Le projet culturel à la « MANU »

Ouverte en 1740, la Manufacture Nationale des Tabacs a fermé définitivement ses portes en 2004 , laissant vacant 31 000 m2 bâtis.
Dès 2001, la CCI de Morlaix avait racheté la totalité du site pour le préserver ,avec classement aux Monuments historiques. Après de gros travaux de conservation (rénovation toitures) et de démolition ( 10 000 m2 de bâtiments sans intérêt patrimonial),la CCI entreprit de céder des parties de la Manufacture, notamment à Morlaix Communauté qui s’y est installé, entraînant dans son sillage d’autres structures : l’IUT GACO , les Editions Skol Vreiz, le Télégramme, l’AADI.
Afin de renforcer l’attractivité de Morlaix en tant que ville universitaire ( accueil du département Génie Civil en 2013-2014 , création de GACO- Arts) , un pôle culturel devait y prendre place : parallèlement au projet d’implantation du musée dédié à la mémoire industrielle et de l’Espace des Sciences de Rennes, le développement d’un espace culturel a été confié à SEW , une association qui regroupe le Cinéma La Salamandre, le Théatre de l’Entresort et l’association Wart, organisatrice du festival Panoramas qui porte le projet d’une grande salle de spectacle, une petite salle de répétition, 2 salles de cinéma de 100 et 200 places, des locaux administratifs communs et un café-restaurant
Le budget prévisionnel qui doit prendre en compte 2 types de contraintes fortes ( architecture et sécurité) oscille entre 3,4 Millions € et 3,9Millions € . L’ouverture est donnée pour 2014-2015. Le financement viendra pour une grande partie des collectivités territoriales et du CNC(Centre National du Cinéma), 10 à 15% restant à la charge de SEW.(siou)
Par ailleurs autour de la présence de KLT(Kerné Leon Treguer) d’autres projets verront le jour.

gaco morlaix

 

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CY-J2014

Evolution de la peinture française entre 1715-1830 par Bernard COLLET

 

Evolution de la peinture française entre 1715-1830

par Bernard COLLET, peintre

Le conférencier se propose, à partir de l’analyse de quelques tableaux pour lui symboliques, de retracer entre autres l’influence du contexte historique sur l’émergence (et le déclin) des courants picturaux :
a) le courant rocaille (rococo)
b) le néoclassicisme
c) le romantisme

Rappel : sur un tableau, surface plane, l’œil du spectateur est guidé par des formes, des lignes, des positionnements de personnages et d’objets (profondeur de champ ;nombre d’or);

A) ROCAILLE (1ère moitié du XVIIIème)

La mort de Louis XIV libère l’art de la sévérité du classicisme pour évoluer vers des formes plus précieuses où le mouvement retrouve son importance. Sous la régence de Philippe d’Orléans puis sous le règne de Louis XV, la France connait une certaine prospérité qui bénéficie à une nouvelle bourgeoise et à la noblesse de robe, créant ainsi un nouveau marché pour l’art qui auparavant avait pour seuls clients la Cour et l’Eglise.

Le goût rocaille se fait le témoin d’une société devenue légère et libertine, en quête de plaisirs. La composition générale reprend la ligne serpentine, la spirale et les effets d’enroulement.Les peintres représentent l’aristocratie mais aussi le peuple avec un engouement particulier pour les représentations bourgeoises.

Le Pèlerinage à l’île de Cythère(dit l’embarquement pour Cythère) est un tableau d’Antoine Watteau, réalisé en 1717, (genre : fête galante).
Dimensions : 129cm x 194cm


L’île représente le symbole des plaisirs amoureux.
1er plan: une guirlande de couples prêts pour le départ et une statue d’Aphrodite, suivi de 4 autres plans.
Plusieurs signes mythologiques  dont une statue d’Aphrodite déesse de l’amour et des Cupidons qui rappellent Éros, dieu de l’amour
Construction très rythmée du tableau, mouvement subtil des groupes de personnages, beauté du coloris, paysage brumeux et mystérieux de l’arrière-plan,

Vulcain présentant à Vénus les armes pour Enée


huile sur toile de 320 × 320 cm, peinte par François Boucher en 1757
Impression générale : légèreté/ tournoiement

 

Caractéristiques de la peinture de l’époque rocaille  :
– objet : célébrer le plaisir de vivre
– sujets : gracieux, galants, érotiques dans des scènes champêtres, des pastorales et des fêtes galantes.
– Moyens : profondeur de champ ; légèreté ; courbes exprimant le mouvement – la couleur primant sur le dessin

B) LE NEOCLASSICISME (2nde moitié du XVIIIème)

Face aux extravagances du rococo, le néoclassicisme marque un retour au modèle antique et au beau idéal. Fantaisies et imagination sont abolies au profit de la sévérité, de la vertu et du patriotisme. : la situation de pays l’exige.
Jacques-Louis David est le plus représentatif du néoclassicisme ( fin du XVIIIe siècle). Un objectif : émouvoir la moralité publique à travers des messages ventant la noblesse d’âme, le stoïcisme et le patriotisme.Economie de moyens, sans artifices : Le 1er plan suffit souvent à la lecture du message.

Le Serment des Horaces
Dimensions :330 × 425 cm

Les frères Horaces  jurent à leur père par ce serment de vaincre ou de mourir dans cette guerre qui les oppose aux Curiaces d’Albe, champions des Albains, cité rivale et voisine.

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Le serment du jeu de paume (inachevé)

Evènement fondateur de la Révolution française , le 20 juin 1789, les députés de l’Assemblée Nationale prêtent serment de ne jamais se séparer avant d’avoir rédigé une Constitution.
La scène prend place dans la salle du Jeu de paume où les députés sont regroupés au-delà d’une ligne fictive comme sur la scène d’un théâtre (Barnave, Mirabeau. Robespierre l’abbé Grégoire, Guillotin …y sont reconnaissables, laissant ainsi au public l’illusion d’appartenir à l’autre moitié (invisible) des spectateurs de la scène.

 

La Mort de Marat (ou Marat assassiné) 1793 de Jacques Louis David
Se détachant d’un fond brun-vert, le corps du conventionnel Jean-Paul Marat « l’ami du peuple » agonisant,la tête penchée sur le côté,la main droite pendante,tenant une plume, à ses pieds un couteau à manche blanc taché de sang. Au bas du billot, l’œuvre est signée : « À Marat, David. — L’an deux. ».
Se dégagent du tableau une solennité,une naturalisme et une idéalisation qui confèrent une portée politique et symbolique à la réalité

Les Sabines


Après l’enlèvement des Sabines par les romains, les Sabins ont tenté de les reprendre . Les Sabines s’interposent entre les combattants. Au centre, Hersilie interrompt le combat entre son mari, le roi de Rome, et son père le roi des Sabins.
David a souhaité prôner la réconciliation des Français après la Révolution à travers ce tableau

Caractéristiques du courant néoclassique
.objectif : contribution au progrès moral
.évènements : historiques porteurs de sens
.moyens : frontalité – visibilité, clarté – prééminence des lignes droites recherche de stabilité – suspension du temps – primat de la ligne sur la couleur

 

C) LE ROMANTISME (début du XIXème)

La période révolutionnaire et l’Empire s’achèvent … par la Restauration d’un roi : fin des rêves de grandeur, désillusion.
Le romantisme plonge dans le rêve, la folie, le doute, la peur, l’angoisse de n’être rien face à une nature déchaînée. Le peintre romantique ne cherche plus à répondre à une commande. Il peint. Il peint des scènes épouvantables pour le spectateur, scènes toutefois sans danger pour ce dernier

Le Radeau de La Méduse


Cette peinture(491 cm × 716 cm) réalisée entre 1818 et 1819 par Théodore Géricault reprend un fait divers de 1816 : après treize jours passés à dériver sur le radeau, quinze survivants voient un bateau approcher au loin, alors même que l’embarcation de fortune est proche de sombrer voguant dans une mer déchaînée, tandis que les naufragés , hommes ordinaires et non plus des héros ,sont représentés totalement anéantis et désemparés.

 

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Scènes des massacres de Scio : familles grecques attendant la mort ou l’esclavage
manifeste de la nouvelle peinture romantique
(419 × 354 cm )

 

Ce tableau ( Delacroix-1824) représente les massacres perpétrés à Chios en avril 1822 par les Ottomans lors de la guerre d’indépendance grecque.
Inversion des rôles figuratifs vainqueurs/vaincus.
Les Grecs suscitent la pitié : pas de héros ,des habitants désarmés qui ne sont pas en état de résister à l’envahisseur Un cavalier ottoman surplombe toute la scène dans une posture héroïque.

Caractéristiques du courant ROMANTIQUE
-objectif : susciter l’émotion ou l’effroi
-sujets : événements historiques ou contemporains montrant la fragilité de l’homme face à la nature et aux incertitudes de l’histoire
-moyens : profondeur de champ – saisir le mouvement – primat de la couleur sur le dessin
-esprit : le désespoir, l’effondrement des projets…

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Bernard COLLET

Formation classique : Académie Julian, puis Beaux-Arts de Paris.
Le travail dans l’atelier du peintre Orazi, découverte de l’expressivité que peuvent avoir en elles-mêmes les matières, les couleurs et les formes, en dehors de toute représentation figurée. côtoiement des peintres alors à leur maturité comme Édouard Pignon, Damian, Krajberg et leurs amis du Salon de Mai.

Bernard Marie Collet , le Diben – Plougasnou http://mapage.noos.fr/bmcollet/

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réf / CY-J2017VI20

 

MISHIMA & KAWABATA : deux génies de la littérature japonaise

KAWABATA Mishima et Kawabata : deux génies de la littérature japonaise

 

par Yves Goulm, conférencier écrivain

2017 CR Mishima Kawabata

Le 20ème siècle littéraire japonais a été très marqué  par les guerres et les crises politiques, ponctuées par la vitrification d’Hiroshima et de Nagazaki. Mishima et Kawabata illustrent l’un et l’autre des courants littéraires différents. Mishima, l’exalté, le sulfureux et Kawabata, le contemplatif, le calme.

 

MISHIMA

Mishima, né Kimitake Hiraoka le 14 janvier 1925, est issu d’une famille de la paysannerie de la région de Kobé. Son grand-père fut gouverneur des îles Sakhaline à l’époque Meiji. Son enfance est marquée par sa grand-mère Natsu qui le retire à sa mère pour le prendre en charge. Cette grand-mère, souffreteuse, extrêmement têtue et prompte à des accès de violence selon les biographes, serait à l’origine de la fascination pour la mort et de la tendance à l’exagération de son petit fils.

Mishima rejoint sa famille à douze ans et développe une relation très forte avec sa mère. qui l’encourage à lire.

Mishima écrit sa première histoire à douze ans. Il lit les œuvres d’Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke et les classiques japonais.

Après six années d’école, adolescent fragile, il devient le plus jeune membre de l’équipe éditoriale de la société de littérature de son école. Il est invité à écrire un roman en feuilleton pour un prestigieux magazine de littérature nippon auquel, sous le pseudonyme Yukio Mishima, il soumet « La forêt tout en fleur« .

Mishima est convoqué par l’armée japonaise pendant la 2nde W.W. mais prétend souffrir de tuberculose, pour échapper à la conscription : il se sentira coupable d’avoir survécu et raté la chance d’une mort héroïque.
Il sort diplômé de la prestigieuse Université de Tokyo en 1947 et entre au Ministère des finances où il est promis à une brillante carrière.

Démissionnant pour se consacrer à sa passion de l’écriture,  Mishima rencontre Yasunari Kawabata qui l’encourage à publier ses manuscrits et qui l’introduit dans les cercles littéraires de la capitale.

En 1949, il publie à 24 ans « Confession d’un masque » une œuvre autobiographique sur un jeune garçon devant cacher ses désirs homosexuels. Mishima essaie de s’échapper de son personnage fragile en s’astreignant à des exercices physiques pour obtenir un corps d’athlète qu’il entretiendra jusqu’à la fin de sa vie.

Débute alors une brillante et prolifique carrière d’auteur.
– Amours interdites (1951),
– Le Tumulte des flots (1954),
– Le Pavillon d’or (1956)
– Après le banquet (1960)
Il rédige de 1965, jusqu’à sa mort en 1970, son œuvre majeure, un cycle de quatre romans intitulé La Mer de la fertilité.
– Neige de printemps,
– Chevaux échappés,
– Le Temple de l’aube,
– L’Ange en décomposition.

Il se marie en 1958 avec Yoko Sugiyama avec qui il aura deux enfants. Cette vie apparemment rangée traduit surtout la volonté de l’écrivain de se conformer aux règles japonaises, et ce en dépit de son homosexualité non assumée qui se manifeste dans ses romans, dans ses essais.

Dans les années 1960, il exprime des idées fortement nationalistes. En 1967, il s’engage dans les Forces d’autodéfense du Japon puis forme la milice privée destinée à assurer la protection de l’Empereur.

À la fin de sa vie, cet exalté, cet extraverti impénitent, joue dans plusieurs films.

Au cours de l’année 1970, il achève sa tétralogie La Mer de la fertilité avec son quatrième tome, L’Ange en décomposition. Le 25 novembre, il poste à son éditeur le texte et se rend au ministère des Armées accompagné de quatre jeunes disciples. A sa demande le commandant en chef des forces d’autodéfense fait convoquer les troupes : Mishima leur tient alors un discours en faveur du Japon traditionnel et de l’Empereur. La réaction des soldats : la risée.

KAWABATA aux funérailLes de MISHIMA

Mishima se donne alors la mort par harakiri ainsi d’ailleurs que son ami Morita.

Selon Marguerite Yourcenar, «la mort de Mishima est l’une de ses œuvres et même la plus préparée de ses œuvres» dans Mishima ou la Vision du vide .

Ses écrits ont été influencés par les classiques européens Racine, Raymond Radiguet, Georges Bataille tout en étant fortement imprégnés de la tradition classique japonaise dont il est familier. Son œuvre est empreinte d’un pessimisme certain, d’une fascination pour la souffrance et la force physique ; elle abonde également en dénouements tragiques. 

 

 

&

KAWABATA

Né en 1899 , Kawabata Yasunari est orphelin à 3 ans et sera élevé par son grand-père.

À 7 ans, Yasunari entre à l’école primaire de Toyokawa où il fera une brillante scolarité malgré sa santé précaire. Sa sœur Yoshiko meurt en 1909. Il décide cette année-là de devenir écrivain et consacre désormais son temps libre à la lecture et à ses premières tentatives de création littéraire.
Des liens très étroits se tissent entre le petit-fils et le vieil homme pendant leurs huit années de vie commune. Affaibli et devenu aveugle, celui-ci disparaît en mai 1914. Recueilli pendant six mois par un oncle, il écrit cette année-là sa première œuvre  littéraire, « Journal de ma seizième année« , qui sera publiée en 1925.
L’expérience douloureuse de la disparition précoce de sa famille se retrouvera dans ses écrits et est l’une des clés de son rapport obsessionnel à la solitude et à la mort (Ramasser des ossements, 1916 ; L’Abonné des funérailles, 1923 ; Les Sentiments d’un orphelin, 1924 ; Le Visage de la morte, 1925 ; Voiture funéraire, 1926 etc.).

De 1915 à 1917 Yasunari sera pensionnaire au lycée d’Ibaraki où il se liera d’amitié au jeune Kiyono, à la féminité prononcée.

À l’occasion d’un voyage dans la péninsule d’Izu, Kawabata rencontre une danseuse. L’émotion esthétique de cette rencontre et la féerie du lieu seront la source de son premier roman La Danseuse d’Izu (publié en 1926). D’autres : Grondement de la montagne en 1949-1954,  Le Lac en 1954,  Les belles Endormies en 1960-1961.

À partir de 1919, Kawabata et ses amis forment un cercle libre de littérature moderne. Il publie alors la nouvelle Chiyo dans la revue de son lycée.
En juillet 1920, il obtient son diplôme du Premier Lycée de Tokyo ce qui lui permet de s’inscrire à l’Université Impériale de Tokyo, faculté de Littérature

1922 – Il commence à être rémunéré pour ses nouvelles et articles de critique littéraire et publie des traductions de Galsworthy et Tchékhov.

1923 – Il publie Le Maître des funérailles et Le Feu du sud .

1924 – Il sort diplômé de l’Université impériale de Tokyo ; son mémoire s’intitule Petite étude sur l’histoire du roman japonais.

En septembre, il fonde avec 14 autres compagnons la revue d’avant-garde littérature qui deviendra l’École des sensations nouvelles où Kawabata joue un rôle central. La devise: «Le destin de ceux qui pensent au futur est d’abandonner le passé et de renoncer au présent».

1925 – Kawabata rencontre sa future femme, Matsubayashi Hideko et passe une bonne partie de l’année à Yugashima. Il publie Journal de ma seizième année, quelques Récits de la paume de la main et fait paraître Notes sur les nouvelles tendances des nouveaux écrivains, manifeste de « l’École des sensations nouvelles ».

1926, Il publie son premier livre Les Ornements des sentiments et la nouvelle La Danseuse d’Izu.
1927 – sous forme de feuilleton La Fête du feu au bord de la mer .
1928 – Kawabata publie La Nuit des gangsters.
1931 -Yasunari Kawabata se marie civilement avec Matsubayashi Hideko
1935 – Il publie  son autobiographie littéraire. Il visite Yuzawa où il commence à écrire Pays de neige ;
1936 – Il  découvre Karuizawa, station de montagne où il passera ses étés jusqu’en 1945, et qui lui inspirera plusieurs romans et nouvelles.

1940 – Kawabata parcourt les régions japonaises pour rédiger des chroniques de voyages. Il publie Le premier Amour de ma mère, La Lettre du grain de beauté,Un beau Voyage et fait partie des signataires pour la création de Société des hommes de lettres japonais, liée aux autorités militaristes.

Après la guerre, Kawabata fondent la revue L’Homme. Il y publie en 1947 l’un des premiers écrits de Mishima Yukio La Cigarette : le début d’une longue amitié littéraire. Leur correspondance suivie (de 1945 à 1970) révèle l’indéfectible lien qui les unirent jusqu’à leur disparition .
1948 Pays de neige est publiée ainsi que La Femme remariée, L’Adolescent.

1949 la publication Nuée d’oiseaux blancs , roman qui témoigne de l’intérêt de Kawabata pour la pratique d’une esthétique dépouillée et le début de la publication de « Le Grondement de la montagne »

1960 – La publication de (Les belles Endormies) débute en feuilleton en 1960. Il réside alors plusieurs mois à Kyoto en vue de réunir de la documentation pour deux romans en projet : Kyoto et de Tristesse et beauté.

1967 – Kawabata, Mishima, Ishikawa Jun et Kobo Abe publient la «Déclaration des Quatre» texte appelant l’opinion publique japonaise à protester contre la Révolution culturelle chinoise.

1968 – Prix Nobel de littérature . Kawabata est le premier écrivain japonais à obtenir cette récompense.

1970 –25 novembre, annonce du suicide par seppuku de son disciple et ami Mishima. Yasunari est bouleversé.

1971 – Le 24 janvier, il préside la cérémonie des obsèques publiques de Mishima

1972 – À près de 73 ans, il choisit le gaz….
Kawabata Yasunari est considéré comme un écrivain majeur du XXe siècle. Ses ouvrages sont le fruit d’une recherche esthétique inédite, visant l’expression des sensations. Sa langue est éloignée de toute tentation argumentaire ou explicative.
Hanté par la quête du beau, la mélancolie, la solitude et la mort, Kawabata peint avec sensibilité et pudeur le tragique des sentiments humains. Ses textes, souvent très courts font appel à une multiplicité d’images et de nuances expressives. Ils abordent aussi bien le quotidien (le thé, la fabrication de tissus), le concret comme l’irrationnel et l’universel avec une puissance évocatrice sans égale.

 

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Réf : CY-J2017III23

le Jazz ; des origines au be-bop (de 1890 à 1945)

Petite histoire illustrée du JAZZ -Des origines au be-bop (1890 – 1945)guillaume-kosmicki

par Guillaume Kosmicki, musicologue.

150 ans nous séparent des balbutiements du jazz, premier genre musical qui nous est parvenu dans son intégralité par le biais des enregistrements (inventions d’Edison et de Berliner). Le jazz est le mouvement musical majeur  du XXème siècle : il est un métissage réussi entre les différents types de musique (musiques africaines / musiques occidentales). Il influencera d’autres courants musicaux : rock, disco…
Le terme Jazz viendrait de Jass , terme argotique américain.
Il évoluera dans le temps : folk music ,   pop music, puis art music

1 – TRAITS CARACTERISTIQUES DU JAZZ

a) un son très particulier dès ses origines
Une utilisation d’instruments très sonores, comme la trompette, le trombone à coulisse, le piano, la batterie(nouveauté)
b)  Hot-intonation : il s’agit des “dirty tones” (notes sales), chargées d’émotion, employées aussi bien par la voix que les instruments, avec glissés, vibrato, soupirs, silences, bruissements, etc. les instruments imitant la voix chantée.
c) utilisation de blue notes
adaptation des gammes africaines ( sur la 3ème,5ème et 7 ème)
d) rythme décalé
accentuation sur le 2nd et 4ème temps/ jeu sur le contre-temps – syncopé
e) improvisation omniprésente
f) polyphonie
g) Principe du “call-and-response” : alternance, suivant le modèle africain, d’appels d’un chanteur et de réponses  du chœur, qui se chevauchent souvent (parfois avec des textes différents), réponse du piano, du trombone, etc.

2)- LES RACINES DU JAZZ

-BasinStreetDowntheLineNew Orleans (et plus particulièrement son quartier de Storyville)a été le berceau de cette musique : carrefour de toutes les musiques de l’époque
21 -l’influence afro-américaine
a) Work Song
Ces chants qui cadencent le travail dans les champs de coton sont une reprise des chants importés d’Afrique

b)Negro Spiritual/ Gospel
esclavage usLes esclaves ont été christianisés et ont puisé dans l’Ancien Testament certains thèmes comme l’exode : utilisation du « call and response)
En sera issu au XXème siècle le Gospel plus « arrangé »

c) le Blues
ce genre musical, expression de la tristesse est également pratiqué dans les champs de coton. Au départ il se joue sans instrument Il nourrira le jazz.
En 1870, quelques années après la Civil War, quand les noirs affranchis pourront se permettre d’acheter quelques instruments de musique, le banjo et la guitare viendront enrichir cette musique d’une grande liberté d’interprétation : la Blue grass sur un phrasé A, A’, B *

En sortira le Blues plus urbain avec sa grille caractéristiques: la Twelve Bars qui sera souvent reprise dans le Jazz

22- Contacts musicaux entre noirs et blancs
a)Minstrel shows
Ces spectacles organisés par les blancs entrainent sur le long terme une émulation entre musiciens blancs et noirs qui feront évoluer leur musique .
b) les orchestres fanfares de l’armée ou des cérémonies religieuses
Ces marching bands enchainent des musiques funèbres et des musiques gaies

  réf victor military band
c) le Ragtime, considéré comme l’ancêtre du jazz par certains
Un musique jouée sur un piano dans un salon ou par un orchestre .
Particularité :au piano la main gauche donne le rythme ( basse régulière);la main droite est toute à la fantaisie pour la mélodie en contre-temps
Ex : scott joplin

3 – le JAZZ (traditionnal Jazz)

a) période New Orleans ( 1890 – 1925)

Le Jazz apparaît donc à La Nouvelle-Orléans avec les formations orchestrales des « brass bands », mélange de marches militaires revisitées par les noirs américains et les créoles, qui privilégie l’expression collective.
Le premier enregistrement de jazz est réalisé par l’Original Dixieland Jass Band,en mars 1917,naissance officielle du jazz.

Louis Armstrong
Louis Armstrong

L’apparition des phonographes permet la diffusion de cette nouvelle musique, avant la généralisation du phonographe, de nombreux morceaux ayant à l’époque déjà été enregistrés au piano mécanique
Très rapidement Kid Ory, Sidney Bechet et surtout Louis Armstrong s’imposent comme les grands solistes des formations Nouvelle-Orléans caractérisées par l’improvisation collective sur le schéma instrumental trompette, trombone, clarinette.

 

 

b)période Chicago / le swing

-Chicago (1925/1930)
En 1917, après la fermeture du quartier de Storyville à la Nouvelle-Orléans, beaucoup de musiciens pour gagner leur vie gagnent Chicago, où Noirs et Blancs jouent ensemble. Le style Chicago, marqué par la “hot-intonation” est illustré par des virtuoses comme King Oliver, Louis Armstrong, Jelly Roll Morton.
Formations les plus célèbres : King Oliver’s Creole jazz Band, avec L. Armtrong (1923) ; L. Armstrong and his Hot Five (1925) et Hot Seven (1927) ; Jelly Roll Morton’s red Hot peppers (1926).

Le Jazz est la bande-son de ces années de prohibition

Réf :  king oliver’s band

-Swing (1930-40)
La petite formation de soliste se développe en “big band” à New York qui devient la capitale du Swing. L’ancienne section mélodique est subdivisée : le pupitre des cuivres , le saxo en famille instrumentale avec la clarinette , les deux groupes ayant un chef de pupitre (lead, pour les solos).
C’est l’ère des big bands de Duke Ellington, Count Basie, Glenn Miller, Benny Goodman, avec un répertoire marqué par les compositions de George Gershwin, Cole Porter, Richard Rodgers etc. et les chansons de variété de Tin Pan Alley, qui forment l’ossature des standards de jazz.
Au milieu des années 1930, la popularité du swing et des big bands était à son sommet, transformant en stars des musiciens tels que Glenn Miller ou Duke Ellington
Les grands solistes de cette époque sont entre autres Coleman Hawkins, Art Tatum,

 

c)l’ère du Be Bop (1940 – 1945)

Au début des années 1940, les afro-américains veulent se réapproprier le jazz en donnant naissance au Be-Bop. Tempos ultras rapides, petites formations, virtuosité époustouflante, innovations harmoniques et rythmiques : la rupture est brutale et emmenée par Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk. Phase d’intellectualisation du jazz
L’histoire du Jazz ne s’arrête pas dans les années 50 : elle se poursuit jusqu’à nos jours en donnant naissance au fil des années à d’autres courants tels que le cool jazz ou free jazz…

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Réf : CY-J2015

Petite histoire illustrée du jazz (1945-2010)

guillaume-kosmickiPetite histoire illustrée du jazz  par Guillaume Kosmicki
De 1945 à nos jours

 

Cette histoire du Jazz reste centrée sur les USA , pays qui a vu la naissance de cette musique mais qui en perd l’exclusivité à partir des années 60.
1941-1942 sont des années charnières dans l’histoire du jazz : les noirs américains   se réapproprient leur musique en la transformant en « art music », c-à-d en musique savante .

a) l’ère du Be Bop (1940 – 1945)

Au début des années 1940, les afro-américains donnent ainsi naissance au Be-Bop. Tempos ultras rapides, petites formations, virtuosité époustouflante, innovations harmoniques et rythmiques : la rupture est brutale et emmenée epistrophy-jpegpar Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, Charles Mingus. Phase d’intellectualisation du jazz. Base : New York
Morceau d’illustration  : Epistrophy de Thelonius Monk

b) le Cool Jazz

En 1949, Miles Davis, jeune trompettiste qui s’est frotté aux plus grands jazzmen ,innove en travaillant la sonorité et non plus la virtuosité.
Les différents titres regroupés plus tard sur un album « Birth of the cool » illustre ce nouveau courant : legato ou birth-of-the-coolune liaison des notes successives en un seul mouvement continu.
Autre référence : Chet Baker
Morceau choisi  : Take five
Ce courant appelé également West Coast ou White Jazz, car repris par des blancs de Californie est vite délaissé par les musiciens noirs.

c) Le Hard Bop

charles-mingusCe courant se différencie du Be Bop par moins d’accords, de cassures de rythmes. Cette musique qui reste complexe se replonge dans les racines du jazz, dans le rythm’ n’blues, le gospel , le negro-spiritual et la technique call-response.
Elle accompagne la période des grands mouvements pacifiques contre la ségrégation ( boycott des transports)
Morceau d’illustration : Wednesday night prayer meeting de Charles Mingus

d) Modal Jazz

ascensur-pourlechafaudMiles Davis innove une nouvelle fois : simplification à l’extrême de la grille harmonique : 3,2 voire 1 seul accord. La ligne mélodique seule donne le son du jazz.
Le morceau « Julien dans l’ascenseur » ne contient qu’un seul accord, la mélodie donnant la couleur de l’ensemble.
Morceau d’illustration :
So what par Miles Davis

e) Free Jazz – années 60 – (New Thing)

L’expérimentation la plus extrême : liberté totale, abolition des thèmes, des chorus. La performance (improvisation) devient plus importante que le morceau .Le free jazz se voulait être aussi une libération culturelle profonde pour la population noire américaine dont certains membres s’étaient radicalisés ( Black Panthers)
Ornette Coleman intitule un disque de 1960 Free Jazz: A Collective Improvisation, où un double quartet _archie-shepp_the-magic-of-ju-juimprovise simultanément , Coleman faisant la liaison entre eux.
Quelques grands noms :-Ornette Coleman ( disque:This is Our Music en 1960)- John Coltrane-Archie Shepp-Sun Ra

Morceau : The magic of Ju-ju par Archie Shepp

f) « Controlled freeedon » Jazz

Moins radical , ce type de jazz conserve thème et chorus mais à la limite de la dissolution
Artistes : Miles Davis ,

g) Jazz Fusion ( à partir des années 80)

getz-gilberto_Le brassage urbain, la mondialisation vont faire évoluer une nouvelle fois le jazz qui va emprunter à toutes les musiques : rock, funk rap, classique, abolissant toutes les frontières.
Morceaux d’illustration :
The girl from Ipanema Gilberto Gil / Stan Getz
Honky Tonk par Miles Davis
Sextant ou Chameleon d’Herbie Hancock

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a) De nos jours, 3 tendances se dégagent :
courant historique ( be-bop, new orleans) ou neo bop
représentant : Wynton Marsalis Autumn leaves
un courant populaire
new-conception-of-jazz_rfusion avec le rap, la techno : New Conception of Jazz
un courant expérimental
à la recherche de nouvelles sonorités ,de nouveaux rythmes .Steve Coleman est l’un de ses représentants

. La grande figure du Jazz de ce demi-siècle : Miles Davis par son coté novateur de ses débuts à la fin de sa carrière(cool jazz, modal jazz, jazz fusion).

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La Beat Generation : un mouvement artistique contestataire et visionnaire

La Beat Generation : un mouvement artistique contestataire et visionnaire

olivier34par Olivier Macaux

En 1945, les USA sortent grand vainqueur de la 2nde Guerre Mondiale. Ils dominent le monde dans tous les domaines : économique, militaire et culturel. L’ American Way of Life triomphe.
Après les difficultés de la Grande Dépression une ère nouvelle s’ouvre : la société de consommation. La société américaine est pourtant restée figée sur certaines valeurs : un anti-communisme viscéral (MacCarthysme), un puritanisme bon teint, un conformisme à toute épreuve…
A la fin des années 40, un groupe d’écrivains qui se sont rencontrés à l’Université Columbia, et d’artistes influencés entre autres par les dadaïstes et surréalistes des années 20 contestent les valeurs dominantes de la société US. Jack Kérouac, l’un des personnages emblématiques de ce groupe les nommera : la Beat Generation. Cette mouvance mêlant drogue, sexe, alcool et littérature dans Greenwich Village. ne s’inspire pas d’une quelconque idéologie politique : révolte individualiste qui rejette les conventions sociales (prise de drogue, refus du travail régulier, de la famille, homosexualité). Ils sont des rebelles sans cause qui désirent créer un homme nouveau : le beat(nik), vagabond libre pour qui le voyage sous toutes ses formes est essentiel.

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Jack Kerouac

Alliant créativité débordante et fascination pour les milieux interlopes des villes des côtes Est et Ouest des États-Unis , la Beat Generation témoigne également d’un attachement profond aux grands espaces, à la nature et à la découverte de mondes nouveaux (religions orientales)
Les œuvres « beat » peuvent aussi bien être de la poésie que de la prose. Les auteurs utilisent des techniques comme « l’écriture spontanée » et le cut-up qui permettent de dynamiser le récit et de rendre par écrit les impressions ressenties lors de la prise de drogues

Trois écrivains dominent la beat generation : Kerouac, Burroughs et Ginsberg

1 Kerouac Jack ( 1922-1969)

L’œuvre de Kerouac est multiple : prose, poésie, mais également des essais, des articles, Sa correspondance est également très importante. Le jazz est pour lui une religion. Il est le premier à entrevoir comment le jazz (beat)peut influer sur la vie, être le moteur d’une écriture

Auteur de : Sur la route , Les Clochards célestes, Big Sur , Le Vagabond solitaire

périples de Kerouac
périples de Kerouac

Sur la route ( un tapuscrit original : un rouleau de papier de 36,5 mètres de long)est l’un des romans fondateurs, sinon le roman fondateur de la Beat Generation . En puisant dans ses notes de voyages, sous le pseudonyme de Sal Paradise, Kerouac raconte ses errances avec son ami Dean Moriarty, inspiré par Neal Cassady dans les étendues américaines. Le récit est le compte rendu d’une errance, d’un abandon au hasard, avec ses moments d’euphorie, mais aussi ses passages à vide, ses instants nuls, ses échecs. Le roman est également le reflet du mode de vie prôné : un bohémien hédoniste sous les étoiles ( ou un super glandeur…)
Extraits :
«Les seuls gens vrais pour moi sont les fous, ceux qui sont fous d’envie de vivre, fous d’envie de parler, d’être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais et qui ne disent jamais de banalités, mais qui brûlent, brûlent, comme des feux d’artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans les étoiles, et en leur centre on peut voir la lueur bleue qui éclate et tout le monde fait « Wa! »
« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents…tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirez ou les désapprouvez, les glorifiez ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent » .
«  Nothing behind me, everything ahead of me, as is ever so on the road. »

2 Burroughs William (1914-1997)

burroughsWilliam Burroughs est peut-être le plus sombre représentant , le plus tourmenté de la Beat Generation.Il accède au cours des années 80-90 au statut de légende de la littérature américaine. Son œuvre le plus connue : Le Festin Nu

Écrit largement sous l’influence de drogues , la première mouture du Festin nu rassemble de notes éparses informes et obscènes, réarrangées parfois par la technique du cut-up. Burroughs y mêle drogue, politique, homosexualité, hallucinations, délire paranoïaque .Corrigé par Ginsberg et Kerouac, il est publié par Burroughs en 59 en France.
Le Festin nu se veut une descente cauchemardesque dans l’esprit d’un junkie, donnant vie à ses divagations dans des scènes oscillant de la science-fiction à la tragédie, parlant de modifications corporelles, d’orgies homosexuelles, de complots et de créatures angoissantes, dans un pays étrange, lieu de toutes les folies, nommé Interzone.
L’impression de chaos générée par les cut-up vise à simuler la perception d’un individu plongé dans un environnement dont il ne maîtrise pas les codes.
Extraits
« Dans la nuit absolue de la réclusion, la bouche et les yeux ne font plus qu’un organe qui déchiquette l’air de ses dents transparentes… mais les organes perdent toute constance, qu’il s’agisse de leur emplacement ou de leur fonction… des organes sexuels apparaissent un peu partout… des anus jaillissent, s’ouvrent pour déféquer puis se referment… l’organisme tout entier change de texture et de couleur, variations allotropiques réglées au dixième de seconde… » 
« L’organisme humain est d’une inefficacité scandaleuse. Au lieu d’une bouche et d’un anus qui risquent tous deux de se détraquer, pourquoi n’aurait-on pas un seul orifice polyvalent pour l’alimentation et la défécation ? On pourrait murer la bouche et le nez, combler l’estomac et creuser un trou d’aération directement dans les poumons – ce qui aurait dû être fait dés l’origine… »
« Nous deux on est frères de sang, on sort de la même seringue. »
« La démocratie est cancérigène par essence, et les bureaux sont ses cancers vivants. Bureaux, services, offices, sections… Un bureau prend racine au hasard dans l’Etat, se mue bientôt en tumeur maligne, comme la Brigade des Stupéfiants, et commence à se reproduire sans relâche, multipliant sa propre souche à des dizaines d’exemplaires, et il finira par asphyxier son hôte au sens biologique du terme, si on ne réussit pas à le neutraliser ou à l’éliminer à temps ».

Cette œuvre, difficile d’accès, à la lecture ardue, est considérée de nos jours comme une vision prémonitoire et hallucinée de la condition humaine contemporaine dite « post-moderne » : l’homme marchandise .

3 Ginsberg Allen (1926-1997)

ginsberg_81632cLa poésie de Ginsberg caractérisée par une liberté de ton et un aspect volontiers décousu aborde de front la sexualité, les désillusions sociales américaines et les modifications de la conscience, elle a fortement influencé l’émergence des idées hippies.Le slogan « flower Power », abondamment utilisé par la communauté Hippie lui est attribué.

Sa principale publication, Howl, un long poème en prose, est à sa sortie un scandale littéraire, en raison de son langage cru et explicite
Howl a été écrit en 1955 pour être récité lors d’une lecture publique à San Francisco. Il a ensuite été publié par le poète Lawrence Ferlinghetti chez City Lights Books.
Extraits
J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus, se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre,
initiés à tête d’ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne,
qui pauvreté et haillons, et œil creux et défoncés restèrent debout en fumant dans l’obscurité surnaturelle des chambres bon marché flottant par-dessus le sommet des villes en contemplant du jazz,
qui ont passé à travers des universités avec des yeux radieux froids hallucinant l’Arkansas et des tragédies à la Blake parmi les érudits de la guerre,
qui ont été expulsés des académies pour folie et pour publication d’odes obscènes sur les fenêtres du crâne,
qui se sont blottis en sous-vêtements dans des chambres pas rasés brûlant leur argent dans des corbeilles à papier et écoutant la Terreur à travers le mur,
qui furent arrêtés dans leurs barbes pubiennes en revenant de Laredo avec une ceinture de marijuana pour New York,
qui s’enchaînèrent sur les rames de métro pour le voyage sans fin de Battery au Bronx pleins de benzédrine, jusqu’à ce que le bruit des roues et des enfants les firent redescendre tremblants, débris de bouche et mornes cerveaux cognés toute brillance écoulée dans un éclairage lugubre de zoo,
qui parlèrent sans discontinuer pendant soixante-dix heures du parc à la piaule au bar à l’asile au musée au pont de Brooklyn, un bataillon perdu de platoniques maniaques du dialogues sautant les pentes en bas des escaliers de secours en bas des rebords de fenêtre en bas de l’Empire State hors de la Lune, blablateurs hurlant vomissant des murmures des faits des souvenirs des anecdotes des orgasmes visuels et des traumatismes des hôpitaux et des prisons et des guerres

BOB DYLAN ALLEN GINSBERG
Bob Dylan et Allen Ginsberg

La Beat Generation a ébranlé la société américaine dans ses certitudes. Elle a directement inspiré aussi bien les mouvements de mai 1968 que l’opposition à la guerre du Vietnam, ou les hippies de Berkeley et Woodstock. Elle a servi de référence pour le mouvement gay et pour la libération sexuelle de la génération suivante. Elle a également permis la libération du monde de l’édition aux États-Unis.

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La calligraphie : arcane de la pensée chinoise traditionnelle

La calligraphie : arcane de la pensée chinoise traditionnelle

pascal vatinelpar Pascal Vatinel

L’écriture chinoise est l’une des trois écritures idéographiques apparues dans l’histoire humaine (l’écriture sumérienne et l’écriture égyptienne) et la seule à être encore utilisée après simplification en 1958 .
Les occidentaux utilisent des alphabets pour décrire la réalité; les autres peuples extrêmes orientaux ont également introduit des alphabets dans leur système calligraphique . Les systèmes « alphabétiques » font appel à l’abstraction pour nommer une chose, entraînant des difficultés de communication entre peuples de langue différente.

1) l’apparition de la calligraphie chinoise

La légende raconte que l’Empereur Cang Jie, qui a vécu 26 siècles avant J.C., serait à l’origine de l’écriture chinoise. Plus vraisemblablement elle serait apparue vers – 6000 av JC et se caractérise par des traits, par 8 traits différents(et non des lettres)
A l’origine, servent de support les carapaces de tortues et les omoplates de cerfs, représentant les images de la nature, du corps humain ou animal, pour en représenter son intégralité (description extérieure + énergie), appelées « idéogrammes » (idée et graphie associées) ou « caractères »( 52 000 répertoriés, 5000 utilisés couramment).
Pour exprimer des idées ou des pensées plus complexes, deux, trois ou plusieurs images simples sont réunies pour former un seul idéogramme. Aujourd’hui, les idéogrammes sont stylisés. Chaque idéogramme s’inscrit dans un carré identique, quel que soit le nombre de traits utilisés.

CANG JIE
CANG JIE

Ex. :L’ajout du symbole « sonorité » au symbole « cœur », donne la notion de la « conscience ».

        « cerveau » associé à « électrique » donne « ordinateur ».
Ont été retrouvées 180 000 carapaces de tortues  avec 4 000 caractères différents dont 1 500 ont été décodés : de véritables chroniques de ces temps (catastrophes, accidents climatiques, guerres, familles…;). Elles avaient pour but non seulement de décrire les évènements mais aussi d’en comprendre leur formation (avec une orientation oraculaire).
Idée du double regard et de la circularité :
Représenter l’intégralité d’une chose, une notion forte de la pensée chinoise est symbolisé par la double paire d’yeux illustré par le tableau ci-contre.
La représentation de la lumière fait appel au pictogramme du soleil et à celui de la lune.

2) calligraphie et vision de l’univers

Cette écriture avait pour vocation de représenter l’intégralité de l’espace temps et de l’univers. Elle aboutit au Livre des Transformations( ou des mutations), 1er ouvrage à la codifier.
A partir des dynasties Tsin et Han, progresse (- 1000 av.JC) une philosophie de la nature représentée par un système de symboles numériques, enfermant la vision chinoise du monde dans des formes rigides, en combinant une doctrine du Yin et du Yang , (forme duale).
8 élémentsCependant le Livre des Transformations ( Yi King) intègre une différenciation plus grande et les traits simples donnèrent naissance à des combinaisons par redoublement auxquelles un troisième élément vint encore s’ajouter, produisant ainsi la série des huit trigrammes.»
Ces 8 signes furent conçus comme les images de ce qui se passe dans le ciel et sur la terre. Cette manière de voir était gouvernée par la pensée d’une transformation incessante des signes l’un dans l’autre, tout comme on voit, dans l’univers, les phénomènes passer constamment d’une forme dans une autre.

3 ) 4 époques majeures dans la calligraphie chinoise

cheval i1 oracle.svgévolution de  l’écriture : cheval

.l’écriture sur carapace
cheval -bronze.svg

.l’écriture sur bronze
cheval 3

.écriture chinoise du 1er empire
cheval -kaishu.cheval herbes folles-caoshu.svg

.écriture moderne avec différents styles

5) quelques exemples d’écriture

arbbbbbbrea)Symboliser un arbre en écriture chinoise :
un trait horizontal symbolisant la terre, un trait vertical symbolisant le tronc, deux traits en forme de V orienté vers le bas à la jonction des 2 autres traits représentant les racines.
Ecriture universelle recherchant la quintessence (et non l’apparence à l’occidentale) : cet idéogramme représente bien et la partie visible et la partie invisible, la partie aérienne qui se développe en été et la partie en terre qui se développe en hiver, chaque partie permettant le développement de l’autre à des époques successives .
Ce cycle de croissance se retrouve dans la dynamique du Yin Yang :
le-ying-et-le-yang.la partie supérieure : été, sud, rouge, feu
.la partie inférieure : hiver, eau, noir, froid
.la partie à gauche : est, bois, vert, printemps
.la partie à droite : ouest, métal, automne, blanc
et le 5 ème élément : le centre qui symbolise le Milieu, la Terre, l’été indien, le jaune.
La pensée chinoise est associative et procède par thèse, antithèse : champ des possibles.

1 vieux chinoisb) écrire les chiffres 1, 2 et 3
1 trait horizontal représente l’unité qui divise l’espace en deux parties

2 traits horizontaux représentent le nombre 2 et divisent l’espace en trois
3 traits horizontaux représentent le 3 : celui du haut le ciel, celui du bas la terre, l’intermédiaire les 10 000 êtres, la vie.
En calligraphie, pour l’exemple de l’arbre, un idéogramme simple représente un arbre, un double accolé un petit bois, un triple accolé une forêt.
3 en vieux chinoisLe 3 (la trinité) représente l’intégralité du monde dans son mouvement :
-le yin : le passé
-le yang : le futur
-le centre : le hic et nunc

Selon Lao Zi, grand philosophe , 3 caractères suffisent à décrire l’univers dans son entier.
De la combinaison de ces trois découle 8 images, 8 cycles de l’univers qui combinés en hexas_carrésrondhexagrammes donnent 64 variantes :

Par exemple , le mot « paix » est symbolisé par 3 traits supérieurs brisés (yin)  surmontant 3 traits pleins(yang), les forces du yang et du yin se neutralisant.

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c) représentation du mot empereur
empereurL’univers est représenté par 3 traits parallèles. En ajoutant un trait vertical passant par le centre des trois traits, le mot empereur se dégage car il fait la liaison entre le ciel et la terre et est le garant de l’harmonie céleste devant les hommes.

En conclusion, la calligraphie, considérée en Chine comme l’art suprême, est l’une des portes d’entrée pour le Taoïsme, l’« enseignement de la voie » .

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Pascal Vatinel est écrivain et conférencier. Depuis plus de 30 ans, il voyage régulièrement en Asie, et plus particulièrement en Chine, thème principal de la quinzaine d’ouvrages qu’il a publiés.

 

PVCuisinierBiblio :

-L’affaire du cuisinier chinois
-Environnement mortel
-Parce que le sang n’oublie pas
-Aiko la jeune fille à l’éventail
-Le tigre de Baming

 

 

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Le métier d’écrivain par Hervé Hamon

Le métier d’écrivain

H HAMON PHOTpar Hervé Hamon, écrivain , journaliste

« L’écrivain ne considère aucunement ses travaux comme un moyen. Ils sont des buts en soi. » disait un écrivain allemand.

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Les écrivains, d’ordinaire, ne parlent guère de leur travail. Ils parlent d’esthétique, ils évoquent les influences reçues, leurs sources d’inspiration. Quelques uns commettent une autobiographie mais ils répugnent à se présenter comme des producteurs.
En France, une image très XIXè Siècle de l’artiste éthéré que les contingences de la vie n’atteignent pas (bien que la rançon du génie soit l’alcool, la tuberculose, le suicide ou la misère) perdure.
Le « livre » dans notre société est une marchandise comme une autre, un produit élaboré par un producteur : l’écrivain. Comme tout travailleur, cet écrivain a donc un métier mais un métier qui n’est pas  reconnu officiellement : pas de diplôme, pas de certificat, pas de nomenclature dédiée au niveau de l’INSEE, pas de droits sociaux. Par contre il jouit d’une liberté totale dans sa création, n’étant tenu par aucun code. Seule la maîtrise de la langue lui est indispensable.
Pour se déclarer écrivain faut-il être reconnu par ses pairs, par le volume de diffusion de ses ouvrages ?
L’éditeur, qui a un statut voisin de l’écrivain exerce un métier qui lui fait faire des choix hasardeux, incertains où l’erreur sur le volume des ventes est aussi fréquente que la bonne estimation.

1 – Comment devient-on écrivain ?

Autant de réponses que d’écrivains. H Hamon ne peut donc que reprendre son cas personnel pour évoquer la question.
Malgré l’école et grâce à l’école !
La fréquentation des grands textes (Montaigne, Pascal, Diderot, Montesquieu…) permet d’approcher la beauté de la littérature.Le lecteur est en position de consommateur et de commentateur.
Mais implicitement, l’écriture est réservée aux «génies» aux destins hors normes et contrariés (buveurs invétérés, drogués impénitents…), destins qui ne peuvent que s’achever par une mort prématurée.
En France, s’accorder le droit d’écrire prend donc du temps.
H Hamon, après 5 années de professorat, s’est plongé dans le journalisme d’investigation où les enquêtes ne se résumaient pas à des commentaires de dépêches.
Puis en compagnie de P. Rotman, il s’est investi dans des enquêtes longues (24 à 36 mois) qui ont débouché sur des livres :
les porteurs de valises, ( Guerre d’Algérie )
La deuxième gauche,
les intellocrates chez Ramsay ( le monde intellectuel et littéraire parisien)
Tant qu’il y aura des profs,
Génération,
Tu vois je n’ai pas oublié (biographie d’Yves Montand).
En 1991, il débute sa carrière solo
Nos médecins, Seuil, 1994 (enquète dans un hôpital)
puis trois livres centrés sur la mer
Besoin de Mer, Seuil, 1997
L’Abeille d’Ouessant, Seuil, 1999
Le Livre des tempêtes, Seuil, 2001
Puis entre autres
. Le vent du plaisir, Seuil, 2001
. La Diagonale du traître, nouvelles, Dialogues Éditeur, 2010.
. Ceux d’en haut, Seuil, 2013
. Pour l’amour du capitaine, Seuil, 2015.
Quand s’est-il senti écrivain ? Quand Pivot l’a «labellisé»dans son émission Apostrophes en parlant de son livre «Besoin de mer», (soit après avoir commis 16 livres)

Un écueil attend l’écrivain : son désir d’écrire le chef d’œuvre du siècle.  Typhon de Conrad, et de Moby Dick de  Melville   à ses yeux sont des bijoux de la littérature : rien à retoucher. Il considère que l’écrivain doit se cantonner à écrire selon ses capacités, du mieux qu’il peut bien entendu… et ne pas être obnubilé par la postérité.

2 – Quelques aspects de l’économie du livre

a) l’offre en librairie
Chez un libraire, avoisinent en général 2 tables  :
– l’une pour les documents
– l’autre pour les romans
Ce distinguo n’est pas aussi tranché qu’il n’y paraît. Si la littérature est la capacité du passage à l’universel, des romans comme Les Habits neufs du Président Mao de S Leys, le joueur d’échec de Stefan Zweig, Hommage à la Catalogne de George Orwell,  Voyage au bout de la nuit de Céline ou La route au tabac d’Erskine Caldwell permettent de donner le reflet complexe des sociétés dans lesquelles ces romans évoluent.
L’écrivain, après sa longue phase solitaire d’écriture, est ensuite chargé d’en assurer la promotion (séance de dédicace, interviews…)
Pour un 1er roman, les tirages s’effectuent à 800 ex., les suivants entre 1000 et 2000 puis quelques fois à 30 000ex. A ce stade, la reconnaissance arrive, parfois tardivement Kourouma qui à son 26 ème livre et à 68 ans a vendu 70 000 exemplaires , soit 3 ans avant sa disparition.

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b) le monde de l’édition
– Certains écrivains tombent dans le piège du succès, dans la mesure où les volumes de vente du dernier ouvrage déterminent le volume du tirage du suivant. Sous la pression de son éditeur, l’écrivain se sent obligé de conserver le genre qui l’a mené au succès, en délaissant les chemins de traverse qui lui auraient permis d’aborder d’autres genres de littérature.
H Hamon plaide pour un déplacement permanent des écrivains dans les genres où les différentes facettes des auteurs pourraient s’exprimer.

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– les prix littéraires
Ces prix représentent un danger pour la profession. Une rentrée littéraire représente 400 ouvrages : 5 sont mis en avant. Quid des autres ? D’autant que la vie d’un livre en librairie ne cesse de se restreindre : de 4 mois il y a 30 ans à 15 jours à l’heure actuelle. Ils sont retirés avant d’être connus…

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– la concentration du monde de l’édition et de la diffusion (4 groupes en France)
Comme tout secteur économique, ce monde connaît une forte concentration et une internationalisation à l’heure actuelle avec le risque de favoriser les «best-sellers» et de passer à coté de perles.
H Hamon a connu au Seuil l’époque où le primat était donné au décryptage de l’évènement, le service commercial étant chargé de placer les livres.
En 2015, le schéma est renversé : primat du commercial sur l’éditorial
En France, les deux premiers distributeurs, Hachette et Interforum (Editis) contrôlent de l’ordre de 65 % du marché et les six premiers 80 % au moins.

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-particularité du marché du livre
.la demande pour un titre donné est difficilement prévisible, que ce soit par l’éditeur, le vendeur ou le lecteur;
.la période pendant laquelle se fait l’essentiel des ventes d’un nouveau titre est très courte (rentrée littéraire, livres concernant l’actualité);
.les livres se différencient sur un spectre de caractéristiques de dimension très grande, par opposition aux biens conventionnels.

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– autres menaces sur l’édition
. les étals des libraires regorgent de faux livres qui jouent sur le capital de notoriété ( Zidane, Trierweller ex) au détriment des livres qui ont leur propre valeur intrinsèque.
. internationalisation du droit (le copyright prendrait le pas sur le droit d’auteur)
. le développement de sociétés de type Amazon et le numérique qui pourraient remettre en cause l’équilibre économique fragile des librairies, protégé par la loi Lang.
L’arrivée du numérique serait-elle l’occasion pour l’écrivain de renégocier à la hausse ses droits ?(sachant que l’écrivain est dans l’ordre des rémunérations le dernier maillon de la chaîne = variable d’ajustement).

composition du prix du livre                                                                       estimation           en H.T.

 

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amour du capitaine_Après s’être mis au roman à soixante ans passés, passionné par les romans d’aventures (Dumas, Reverte…), H Hamon à 68 ans vient de publier dans cette veine «Pour l’amour du capitaine».
Manifestement épargné par le syndrome de la page blanche , et le terme « retraite » n’apparaissant  pas dans son horizon, il a l’intention de poursuivre sa carrière d’écrivain en privilégiant 3 axes d’écriture :
– traiter d’évènements sérieux avec «légèreté» (références : Molière, Goldoni, Dac et … Soljenitsyne / le pavillon des cancéreux)
– mélanger les genres, les styles…
– conserver l’enracinement sociétal (référence : Louis Guilloux/ le sang noir) et la présence du monde du travail dans les écrits (référence : Maylis de Kerangal).
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Economie du livre en quelques chiffres :
production de livres en 2013 = 75 000 titres (nouveautés et rééditions)
production commercialisée en 2013 = 66 500 (nouveautés et rééditions)
tirage moyen 2012 = 7 300
nombre de titres disponibles = 674 000
CA éditeur : 2 771 M€
droits d’auteurs : 437M€
ventes totales : 440 millions d’exemplaires/an

J.J. AUDUBON

« J.J. Audubon (1785-1851), ornithologue, naturaliste, peintre : le breton le plus célèbre des U.S.A.

par Serge DUIGOU

Jean-Jacques Fougère Audubon , né Jean Rabin, est sans doute avec La Fayette le Français le plus célèbre et le plus admiré aux États-Unis.
Né à Saint-Domingue en 1785, il est le fils illégitime d’une immigrée bretonne, Jeanne Rabin et d’un capitaine au long cours, Jean Audubon qui possédait dans cette île plantations et esclaves. À la mort de sa mère, trois ans plus John_James_Audubon_1826tard, le père ramena en France, à Nantes, l’enfant et sa demi-sœur Rose. Ils furent accueillis tous les deux par l’épouse de Jean Audubon qui les éleva comme ses propres enfants. L’un et l’autre furent d’ailleurs adoptés par le couple qui possédait à Couëron une propriété « La Gerbetière » située non loin des bords de Loire. Dans les marais qui bordent le fleuve le jeune garçon observe, identifie et croque ses premiers oiseaux. Cette passion naissante va s’enrichir au contact de Charles-Marie d’Orbigny, médecin de famille, féru de sciences naturelles ;

En 1803, Jean Audubon père envoie son fils en Pennsylvanie sur sa propriété Mill Grove pour échapper à la conscription . Délaissant le développement de la propriété, celui-ci se consacre à la chasse, à la pêche, au dessin et à la musique.
white John-James-Audubon-001De retour de France, en 1806, Jean-Jacques Audubon demande la citoyenneté américaine. qu’il obtient en 1812 et devient John James Audubon.

En 1808 , il se marie avec Lucy Bakewell : deux fils naîtront de leur union.
Il publie de 1827 à 1839, « Birds of America », 435 planches de grand format dit « double éléphant folio » gravées et colorées, représentant les oiseaux grandeur nature (103 cm x 69 cm). Premier illustrateur à les dessiner dans le détail et à restituer leurs comportements, il a su faire évoluer, de manière fondamentale, le regard porté sur le monde animal.
Pour dessiner ou peindre les oiseaux, il doit d’abord les abattre avec du petit plomb pour ne pas les déchiqueter. Il utilise ensuite du fil de fer pour les maintenir et leur rendre une position Brooklyn_Museum_-_Green_Heron_-_John_J._Audubonnaturelle. Ses oiseaux sont représentés de façon vivante dans leur habitat naturel.
Il adjoint à ses « Birds of America » les Biographies ornithologiques (5 volumes in-8), qui contiennent la description de la vie de chaque espèce représentée.

Audubon poursuit ses expéditions en Amérique du Nord et achète une propriété sur l’Hudson, aujourd’hui Audubon Park. En 1842, il publie aux États-Unis une édition populaire des Oiseaux d’Amérique.
Audubon meurt à New-York le 27 janvier 1851, à l’âge de soixante six ans.
L’œuvre d’Audubon est aujourd’hui l’une des plus recherchées et des plus chères sur le marché de l’art. : en 2010, un exemplaire original de Birds of America est adjugé à 8 600 000€.

Français le plus connu aux USA après La Fayette, son portrait est à la Maison Blanche ; des villes, un comté, un sommet des Rocheuses portent son nom. Symbole de l’écologie américaine, il a donné son nom à l’une des plus Plate-431-American-Flamingo-finalimportantes sociétés de protection de la nature aux USA, « The Audubon Society » créée en 1886, dont le siège est situé au cœur de Manhattan et qui réunit plus de 500 000 membres.
En France :
– en 1996 les marais de la commune de Couëron sont baptisés marais Audubon.
– depuis 2002 la maison d’enfance d’Audubon « La Gerbetière » est propriété de la Ville Couëron.

audubon lesothoaudon aigrette neigeuse

CHAGALL

–  le peintre CHAGALL

par Béatrice Riou, guide conférencière, le 06 novembre 2014

CHAG1( selon les notes de Ninon)

 

 

 

 

1ère période 1887-1948

Marc Chagall, nait en 1887 à Vitebsk dans une famille juive de culture Yiddish. Ainé de neufs enfants. Sa mère tient une épicerie, son père travaille dans un dépôt de harengs et est aussi employé à la synagogue. Eduqué dans la paix et la tendresse, cette tendresse se reflètera dans son oeuvre. Les vacances à la campagne chez son grand-père marqueront aussi son imaginaire.

Son œuvre, pleine de références au pays de son enfance, la Biélorussie juive, semble souvent échapper aux guerres qui l’entourent. Il sait faire passer ses sentiments au travers de couleurs très vives et pleines de légèreté. Il montre parfois un esprit bohème et souvent CHAG2détaché de la réalité. Avec sa compagne Bella, il exprime un amour omniprésent et pose un regard bienveillant sur le monde. Son œuvre est tour à tour théâtre juif, message biblique, rêves, images.

« Mon cirque se joue dans le ciel, il se joue dans nuages parmi les chaises,

il se joue dans la fenêtre où se reflète la lumière »

L’artiste semble se poser en observateur du monde, un monde richement coloré comme vu à travers des vitraux. Le « Chromatisme onirique » : il renverse les impressions chromatiques habituelles et emploie la palette pour structurer l’espace de la toile davantage que pour traduire la réalité.

Sa mère soutient sa vocation et dès 1906 Chagall fréquente l’école d’Arts créée par un ami de son père, Iouri Pen. Date de cette période « La femme à la corbeille ».

CHAG3Il se rend à Saint-Pétersbourg. Pour obtenir un permis,il travaille chez un peintre d’enseignes. Sa créativité personnelle ne convient pas aux conventions du genre d’où un début difficile. Il quittera cette école académique pour une école libérale avec pour professeur, Léon Batkst. Il rencontre Bella, une jeune fille qu’il épousera.

En 1910, Vinaver, un mécène lui offrira un voyage à Paris via Berlin ; il y restera 4 ans. Il va habiter la « Ruche » à Montparnasse où il est témoin de mouvements picturaux : le fauvisme qui lui inspirera une couleur pure, gaie, claire et le cubisme dont il tirera une certaine déconstruction de l’objet. Il s’intéresse à la naissance du surréalisme. Néanmoins, il n’adhèrera à aucune école, à aucun mouvement. Parallèlement il suit les cours du Musée du Louvre où il étudie les grands peintres.

Les œuvres de cette période présentées :

CHAG4« La sœur Anna » ; « Le mariage Juif » : dans la lignée des impressionnistes ces œuvres laissent paraitre une nostalgie, une peinture reconstruite autour d’une influence philosophique et hassidique, une réflexion spirituelle, une exaltation. « Le boucher », gouache qui participe aussi à ses souvenirs (son grand-père). Il parait perdu dans une méditation intérieure. L’étoile jaune accrochée au mur positionne sa culture vécue en Russie. « Les Musiciens » (1911) – flûte et violon : pas d’éléments de décors, entre réalité et imaginaire, fragilité et division de la vie… « Le Musicien » (1912-1913) : construction de triangles imbriqués les uns les autres ; un moment évocateur. Derrière sa main le vide de l’esprit. « Le nu au peigne » (1911-1912) dans la mouvance du début du 20ème siècle. La forme s’inspire des avant-gardes – déconstruction du corps. Entre Picasso et Matisse.

Dans cette effervescence, il expose en 1914 au Salon des Indépendants, puis à Berlin dans la galerie Der-Sturm. C’est un succès.

Retour à Vitebsk – 1914-1922

CHAG5Chagall rentre en Russie pour une courte visite, croit-il, mais la guerre mondiale et la Révolution russe lui empêchent tout retour immédiat. Pendant cette période – (8 ans) – il peindra surtout la vie de la communauté juive persécutée par l’Etat-Major Russe ; il renoue avec sa culture hassidique.

Œuvres remarquables. :

« Pharmacie à Vitebsk » : couleurs douces, acidulées, transparence.

« Le magasin de l’oncle Liozno » ; « Le salon de coiffure », « Mon père », « David à la mandoline » : réflexion, ambiguïté.

« Vieux à Vitebsk » : travail sur l’art juif.

« Le brancard » : œil vide. « La guerre » : à l’encre de chine. « L’horloge » : décalage entre le gigantisme de l’horloge et son environnement. « Le Miroir » : une lampe reflétée. « Le Juif rouge » : superposition, une figure du père s’inscrit comme écrasée.

CHAG7Des représentations de sa femme Bella : « Les amoureux en vert » : réunis dans un cœur. « Les amoureux en rose » : théâtralité plus accentuée. « Bella » (1915) : facture proche de ses contemporains Vuillard et Bonnard. « Bella » (1917) : paysage ouvert, la fenêtre, le rideau. « Le bain de l’enfant » (1916) : scène intimiste, travail sur l’espace.

Après la Révolution il devient « Commissaire aux Beaux-Arts » et responsable de la vie artistique de Vitebsk. Il prend la direction de l’école dont son premier maître – Iouri Pen – avait créé une ébauche « L’Ecole artistique de Vitebsk ». Malevitch, leader radical de la jeunesse artistique vient y participer puis prend le relais de Chagall. Il rebaptise l’école « Académie Suprématiste ». Chagall, démissionné, repart pour Moscou où il créé des décors pour le Théâtre d’art juif.

En 1922 il se rend à Berlin puis rentre à Paris. Ses œuvres sont connues jusqu’aux USA où des expos sont organisées.

En 1923, l’éditeur Ambroise Vollard lui commande des gouaches et eaux fortes pour l’illustration des œuvres de La Fontaine, Nicolas Gogol, La Bible… Il voyage beaucoup avec sa femme Bella.

Œuvres présentées : « La prisée » (1923-24) : témoignage de fidélité au ghetto – sa mémoire reste familiale. « Le violoniste » (1927) « La promenade » (1917) ; « Gravure russe du 19ème » : toute l’iconographie russe, tout l’humour russe encré dans l’imaginaire joyeux qu’il porte, venu de sa culture hassidique.

« On trouve l’éternité dans chaque instant, dans chaque personne, Dieu est présent ».

CHAG8En 1931, plusieurs de ses tableaux sont brûlés à Berlin.

En 1937 il prend la nationalité française pour fuir l’antisémitisme sévissant en Europe Centrale. A la fin du printemps de 1941 il est arrêté et ne doit son salut qu’au journaliste américain, Fry. Celui-ci lui permettra de rejoindre les U.S.A.. Sa femme Bella meurt en 1944. Cet événement marque le choix des sujets de cette époque douloureuse.

Après la guerre les œuvres de Chagall sont à nouveau exposées en Europe. Il retraverse l’Atlantique en 1948 et s’installe à Vence, en France.

Une seconde période dans son œuvre commence…

Biographie : « Ma Vie » aux Editions Stock 1928 – traduite par Bella Chagall.