Railleries

Railleries

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C’était au temps du cinéma muet et cela continua bien après le Technicolor. Le train était encore un cheval de feu aux naseaux fumants qui stoppait son galop et s’arrêtait dans les relais petits ou grands, les gares. Jean voyagea dans ces machines à vapeur et patienta souvent dans les salles d’attente ou les halls.
Il n’est plus très jeune. Pas trop vieux non plus car il se comporte à présent en homme moderne : ordinateur, tablette, téléphone mobile, avion une fois l’an, voiture équipée d’un régulateur de vitesse et d’un GPS. Bientôt il osera les courses au Drive. Sa pratique de la langue française s’enrichit chaque jour de mots nouveaux : Google, Facebook, fake news, Youtube, Brexit et tant d’autres.
Le stylo lui sert encore pour les mots croisés qu’il affectionne. Il confesse écrire ses messages et SMS sur le clavier de son ordinateur… d’un seul doigt.
De quoi étions-nous en train de parler ? Du train justement. Reprenons-le en marche. Elle était haute, la marche, et souvent double. Je m’égare, je déraille. Vite revenir sur la bonne voie. Lorsque Jean était pensionnaire, c’était le cœur gros qu’il retournait au lycée le lundi matin au rythme lancinant des tac-tac tac-tac des wagons et des tchou-tchou de la locomotive. Plus tard le Rapide le déposa quasiment à la porte de la caserne où il devait accomplir ses classes de soldat. Le service militaire n’était pas une vocation mais ce n’était quand même pas la guerre !
Il était à 600 km de chez lui. Lors de sa première permission il décida de rentrer en autostop. Il ne voulait pas perdre une minute et le train partait deux heures plus tard.
C’était parti pour lui… ou plutôt non. Il leva souvent son pouce avant qu’une première guimbarde daigne s’arrêter. Une éternité passa (avec elle une myriade de voitures l’ignorèrent) avant qu’il soit enfin rendu chez lui. Par le rail il serait arrivé cinq heures plus tôt.
Depuis ce jour il ne snoba plus jamais le train ou la Micheline.
Jean est nostalgique des machines d’antan. Haro sur les trains d’enfer qui confondent vitesse et précipitation. Il prend son temps. Il défend le train-train quotidien qu’il combattait hier. Jean assume son rythme lent que d’aucuns nomment train de sénateur.
Hier il voulait aller vite. Aujourd’hui il va.

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