Le féminisme fera-t-il disparaître les typiques cafés espagnols ? de Maria Mens-Casas Vela

Le féminisme fera-t-il disparaître les typiques cafés espagnols ?

Maria Mens – Casas Vela

Cette question pourrait faire sourire, mais elle est grave. Surtout pour les cafés.

Un café espagnol typique (donc plutôt macho) diffère beaucoup de cafés d’autres nationalités, à tel point que si je faisais un atterrissage impromptu après un voyage dans le temps, je reconnaîtrais les lieux presque immédiatement. Et même, peut-être, l’heure.

Tout d’abord, c’est un lieu sans prétentions particulières, d’allure modeste, dans une rue quelconque. L’enseigne vous donne un avant-goût de sa mission, si l’on peut l’appeler comme cela : «Le café (ou le bar) des amis», La Peña (le club) del Valencia C.F. (club de football), Café «El Manolete» (torero célèbre) et ainsi de suite.

Pour ce qui est de l’intérieur, un comptoir et des tables : logique. Sauf que les habitués sont surtout au comptoir aux heures de l’apéritif avec des tapas, et que les ivrognes sont rares. Un café de quartier est, somme toute, un club où l’on discute de football, de toros, de tout, où l’on se retrouve tous les jours, avec les mêmes, aux mêmes heures : les actifs après le repas pour prendre un café, pendant que la femme fait le rangement de la table et la vaisselle, et partent après au bureau ; les retraités prennent la relève pour jouer aux cartes ou aux dominos, par petits groupes.

Le soir, après le dîner, les actifs reviennent, et c’est le moment de jouer aux dominos avec le café pour enjeu : celui qui gagne est invité par les autres. Mon père était très bon aux dominos et gagnait souvent. Il nous racontait ses exploits en riant. Ma mère était très indulgente pour ses escapades quotidiennes. Elle disait : Le pauvre, il travaille toute la journée, normal qu’il voie ses amis ! (C’est connu, les femmes au foyer, elles, ne travaillent pas !)

En tout cas, on ne s’alcoolisait pas dans ces cafés. Les cafetiers, très paternalistes, après quelques verres de trop, refusaient de servir davantage et même poussaient le client à rentrer dormir chez lui. Autre particularité, les femmes ne mettaient jamais les pieds dans cet univers éminemment masculin, où elles ne se trouveraient pas du tout à l’aise, et leurs maris encore moins.

En revanche, un jour, quand mon fils avait six mois, mon père l’a pris dans ses bras, en me disant : Je vais le montrer à mes amis (au café, évidemment). Il est revenu très fier du succès devant son public. Pour moi, c’était une sorte d’intronisation dans l’univers masculin !

Je venais juste de finir mon récit quand mon «petit dernier», d’1 m 87, qui avait lu mon texte, m’a envoyé une photo d’une annonce sur la vitrine d’un de ces cafés typiques qui avait compris l’enjeu.

«GARDERIE DE MARIS»

Est-il assommant à la maison ?

S’ennuie-t-il quand tu fais les achats ?

As-tu besoin de souffler ?

NOUS AVONS CE QUE TU CHERCHES

Laisse ici ton mari et tu le reprendras plus tard !

C’est gratuit. Il faut seulement qu’il paie sa boisson

NOUS N’EN AVONS JAMAIS PERDU UN SEUL !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.