Qu’est-ce que le Nazisme ? par Fabrice BOUTHILLON, professeur UBO

Qu’est-ce que le Nazisme ?

par Fabrice BOUTHILLON, professeur UBO

Le nazisme est communément perçu comme une réalité allemande, du vingtième siècle(1920-1945), et d’extrême-Droite. En fait, le nazisme ne peut se comprendre que sur la longue durée, étant certes une réalité allemande mais aussi européenne.Il ne peut se résumer à un mouvement politique de droite car il a été un mouvement centriste d’une forme particulière.

1 DE L’ORIGINE PREMIERE DES TOTALITARISMES SUR LE CONTINENT EUROPEEN

A la question de la fondation en politique posée par la Révolution française, le nazisme en donne une réponse.
1a révolution en politique
Une révolution a pour effet de déchirer le Contrat Social existant (ex:la Monarchie multiséculaire en France), pulvérisant les hiérarchies sociales traditionnelles pour y substituer un nouveau contrat social qui réorganisera la société selon de nouveaux critères ( égalité, justice,…)
1b impossibilité de la substitution – guerre civile ouverte ou larvée
Toute révolution (la Gauche) suscite une contre-révolution (la Droite) qui veut rétablir l’ancien ordre existant.
La Gauche incarne les valeurs universelles : justice égalité, raison
La Droite représente des valeurs locales et concrètes : l’héritage (la Terre et les Morts)
1c les 2 familles de centrisme
Cet affrontement permanent entre Gauche et Droite rend impossible la refondation, sauf à trouver un dépassement de ces antagonismes en passant par une réconciliation de la Droite et de la Gauche.
Le centrisme politique permet cette réconciliation :
– centrismes par soustraction des extrêmes (C.S.E.)
(Le Directoire, l’Orléanisme, le Macronisme)
– centrismes par addition des extrêmes (C.A.E.)
(le Bonapartisme qui allie dictature et plébiscite)
Le Bonapartisme va être la formule des totalitarismes du XXème siècle : fascisme, stalinisme, national-socialisme. La Révolution Française a ainsi ouvert l’espace politique dans lequel les totalitarismes sont devenus possibles.

2 LA RUPTURE DU CONTRAT SOCIAL A L’ECHELLE EUROPEENNE ET SES EFFETS

2a l’ancien contrat social en Europe
A la fin de l’Empire Romain, l’Eglise de Rome est source de toute légitimité, investissant les chefs d’Etat ( rois, empereurs,…)
2b délitement de ce contrat : le mouvement émancipateur moderne
La réforme protestante, la philosophie des Lumières, l’émergence de la Gauche mettent à mal ce contrat
2c quelques repères historiques
.Martin Luther s’attaque à la Papauté (1517)
.Révolution anglaise au XVIIème siècle (1642-1657)
.Révolution américaine du XVIII ème (1775-1783)
.Révolution Française au XVIII siècle  (1789)
Suivront en 1830 des révolutions en Belgique, en France, en Pologne, en 1848 de révolutions dans toute l’Europe, en 1871 la Commune en France, en 1905 une révolution avortée en Russie, en 1917 la révolution bolchevique (pour s’achever en 1989 par la chute du Mur de Berlin)

2d à la recherche d’un compromis au XIXème siècle
2da impact de la révolution française
Tous les pays continentaux européens sont ébranlés par la Révolution Française
-l’Italie en 1796 par Bonaparte
-l’Espagne en 1808 par Napoléon
-la Russie entre 1812 et 1825
-l’Allemagne en 1792 quand la France déclare la guerre à la Prusse et l’Autriche
en 1806 quand le Saint Empire Germanique s’écroule
2db parallélisme des situations France / Allemagne : oscillations entre CSE et CAE
Otton fonde en 962 le Saint-Empire romain germanique qui s’écroulera en 1806
En 987 Hugues Capet accède au trône de France ;les monarques Capétiens conserveront le pouvoir jusqu’en 1792
FRANCE                                                                                        ALLEMAGNE
Catholique – centralisée                                                            polycentrique – pluralité religieuse
1799-1815 Bonaparte CAE                                                      1806-1813 Confédération du Rhin CAE
1815 -1848 Monarchie avec charte CSE                               1815-1848Confédération germanique CSE
1850-1870 Napoléon III CAE                                                  1848 échec de la révolution CAE
1871- 1914 IIIème République CSE                                       1848-1914 empire »bismarckien » CSE

En 1914, à la veille de la 1ère Guerre Mondiale, les compromis aussi bien en Allemagne qu’en France sont fragiles :
– affaire Dreyfus en France pendant laquelle Gauche et Droite s’affrontent de manière virulente
– en 1890, après le départ de Bismarck, naissance du SPD (extrême gauche) et de la Ligue Pangermanique (extrême droite)

3 le NAZISME

31 Union Sacrée
Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale,l’Union sacrée consacre le rapprochement politique qui soude les Français de toutes tendances (politiques ou religieuses). Un mouvement analogue se produisit chez l’ensemble des belligérants comme en Angleterre, en Russie ou en Allemagne, lorsque le Parti socialiste d’Allemagne, le SPD, vote les crédits de guerre en 1914,

32 opportunité et hypothèque de l’Union sacrée
Celle-ci permet de mettre un terme à la fracture de la société découlant de la Révolution française et permet la refondation de la société. ( ministres de toutes tendances au gouvernement, fin de l’anticléricalisme ,…)
La victoire pérennise la refondation : la République française devient un bien commun.
La défaite annule les effet de l’Union sacrée
-en 1917, révolution de Février (épisode Kerensky puis révolution bolchevique en Octobre
-en 1918, révolution en Allemagne puis République de Weimar – Nazisme
-en 1919, l’Italie à la victoire « mutilée » . 1922 arrivée au pouvoir du fascisme .
33 l’offre hitlérienne
Sans nier la présence d’éléments de droite et d’extrême droite dans l’offre, ceux-ci fusionnent avec des éléments de gauche, voire d’extrême-gauche
331 le discours nazi ( National sozialismus = Na zi) résumé par Herrenvolk ou maître peuple
.reprenant des thèmes de droite : pangermanisme (Anschluss), haine de l’étranger (le juif devenant l’étranger de l’intérieur)
.reprenant un discours anticapitaliste de gauche (forme archaïque du socialisme)

332 l’action nazie
. reprise de l’agit-prop développée par le bolcheviques
. plébiscites hitlériens

333 la personnalité d’Hitler
Hitler fusionne dans sa personne
. les éléments de droite : dictateur nationaliste et raciste virulent
. des éléments de gauche : son origine populaire ( selon Bernanos Hitler : « le soldat inconnu de la nation allemande » assoiffé de revanche.
Le cabinet Hitler sera composé de personnalités issues du milieu populaire, exit les barons Von…
……..
Hitler est la réponse de la société allemande à sa propre cassure occasionnée par la Révolution française de 1789
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Réf : CY-J2019IV25nazismus
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Fabrice Bouthillon est un historien français, licencié de Théologie catholique à l’Université de Strasbourg, normalien et ancien élève de l’École française de Rome. Il est actuellement professeur à l’UBO à Brest, spécialisé en histoire religieuse du monde contemporain, en histoire diplomatique et en histoire des totalitarismes.

Bibliographie
. Les schèmes qu’on abat : à propos du gaullisme, 
.Le Principe d’Incertitude. Considérations ouessantines sur l’exégèse de l’Epître aux Galates,
.La naissance de la mardité : Une théologie politique à l’âge totalitaire : Pie XI, 1922-1939,
.Brève histoire philosophique de l’Union soviétique,
, L’illégitimité de la République : Considérations sur l’histoire politique de la France au XIXe siècle, 1851-1914,
.Et le bunker était vide : lecture du testament politique d’Adolf Hitler,
.Nazisme et révolution : histoire théologique du national-socialisme, 1789-1989,
.Pie XI, un pape contre le nazisme ? : L’encyclique Mit brennender Sorge,
.L’impossible université,

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ANNEXE :
Programme du NSDAP de 1920

« Le programme du Parti ouvrier allemand est un programme à terme. Lorsque les objectifs fixés seront atteints, les dirigeants n’en détermineront pas d’autres dans le seul but de permettre, par un maintien artificiel de l’insatisfaction des masses, la permanence du parti.

1. Nous exigeons la constitution d’une Grande Allemagne, réunissant tous les Allemands sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

2. Nous exigeons l’égalité des droits du peuple allemand au regard des autres nations, l’abrogation des traités de Versailles et de Saint-Germain.

3. Nous exigeons de la terre et des colonies pour nourrir notre peuple et résorber notre surpopulation.

4. Seuls les citoyens bénéficient des droits civiques. Pour être citoyen, il faut être de sang allemand, la confession importe peu. Aucun Juif ne peut donc être citoyen.

5. Les non-citoyens ne peuvent vivre en Allemagne que comme hôtes, et doivent se soumettre à la juridiction sur les étrangers.

6. Le droit de fixer la direction et les lois de l’État est réservé aux seuls citoyens. Nous demandons donc que toute fonction publique, quelle qu’en soit la nature, ne puisse être tenue par des non citoyens. Nous combattons la pratique parlementaire, génératrice de corruption, d’attribution des postes par relations de parti sans se soucier du caractère et des capacités.

7. Nous exigeons que l’État s’engage à procurer à tous les citoyens des moyens d’existence. Si le pays ne peut nourrir toute la population, les non-citoyens devront être expulsés du Reich.

8. Il faut empêcher toute nouvelle immigration de non-Allemands. Nous demandons que tous les non-Allemands établis en Allemagne depuis le 2 août 1914 soient immédiatement contraints de quitter le Reich.

9. Tous les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs.

10. Le premier devoir de tout citoyen est de travailler, physiquement ou intellectuellement. L’activité de l’individu ne doit pas nuire aux intérêts de la collectivité, mais s’inscrire dans le cadre de celle-ci et pour le bien de tous. C’est pourquoi nous demandons :

11. La suppression du revenu des oisifs et de ceux qui ont la vie facile, la suppression de l’esclavage de l’intérêt.

12. Considérant les énormes sacrifices de sang et d’argent que toute guerre exige du peuple, l’enrichissement personnel par la guerre doit être stigmatisé comme un crime contre le peuple. Nous demandons donc la confiscation de tous les bénéfices de guerre, sans exception.

13. Nous exigeons la nationalisation de toutes les entreprises appartenant aujourd’hui à des trusts.

14. Nous exigeons une participation aux bénéfices des grandes entreprises.

15. Nous exigeons une augmentation substantielle des pensions des retraités.

16. Nous exigeons la création et la protection d’une classe moyenne saine, la remise immédiate des grands magasins à l’administration communale et leur location, à bas prix, aux petits commerçants. La priorité doit être accordée aux petits commerçants et industriels pour toutes les livraisons à l’État, aux Länder ou aux communes.

17. Nous exigeons une réforme agraire adaptée à nos besoins nationaux, la promulgation d’une loi permettant l’expropriation, sans indemnité, de terrains à des fins d’utilité publique – la suppression de l’imposition sur les terrains et l’arrêt de toute spéculation foncière.

18. Nous exigeons une lutte sans merci contre ceux qui, par leurs activités, nuisent à l’intérêt public. Criminels de droit commun, trafiquants, usuriers, etc. doivent être punis de mort, sans considération de confession ou de race.

19. Nous exigeons qu’un droit public allemand soit substitué au droit romain, serviteur d’une conception matérialiste du monde.

20. L’extension de notre infrastructure scolaire doit permettre à tous les Allemands bien doués et travailleurs l’accès à une éducation supérieure, et par là à des postes de direction. Les programmes de tous les établissements d’enseignement doivent être adaptés aux exigences de la vie pratique. L’esprit national doit être inculqué à l’école dès l’âge de raison (cours d’instruction civique). Nous demandons que l’État couvre les frais de l’instruction supérieure des enfants particulièrement doués de parents pauvres, quelle que soit la classe sociale ou la profession de ceux-ci.

21. L’État doit se préoccuper d’améliorer la santé publique par la protection de la mère et de l’enfant, l’interdiction du travail de l’enfant, l’introduction de moyens propres à développer les aptitudes physiques par l’obligation légale de pratiquer le sport et la gymnastique, et par un puissant soutien à toutes les associations s’occupant de l’éducation physique de la jeunesse.

22. Nous exigeons la suppression de l’armée de mercenaires et la création d’une armée nationale.

23. Nous exigeons la lutte légale contre le mensonge politique conscient et sa propagation par la presse. Pour permettre la création d’une presse allemande, nous demandons que :

a. Tous les directeurs et collaborateurs de journaux paraissant en langue allemande soient des citoyens allemands.
b. La diffusion des journaux non-allemands soit soumise à une autorisation expresse. Ces journaux ne peuvent être imprimés en langue allemande.
c. Soit interdite par la loi toute participation financière ou toute influence de non-Allemands dans des journaux allemands. Nous demandons que toute infraction à ces mesures soit sanctionnée par la fermeture des entreprises de presse coupables, ainsi que par l’expulsion immédiate hors du Reich des non-Allemands responsables. Les journaux qui vont à l’encontre de l’intérêt public doivent être interdits. Nous demandons que la loi combatte un enseignement littéraire et artistique générateur d’une désagrégation de notre vie nationale, fermeture des organisations contrevenant aux mesures ci-dessus.

24. Nous exigeons la liberté au sein de l’État de toutes les confessions religieuses, dans la mesure où elles ne mettent pas en danger son existence ou n’offensent pas le sentiment moral de la race germanique. Le Parti en tant que tel défend le point de vue d’un christianisme positif, sans toutefois se lier à une confession précise. Il combat l’esprit judéo-matérialiste à l’intérieur et à l’extérieur, et est convaincu qu’un rétablissement durable de notre peuple ne peut réussir que de l’intérieur, sur la base du principe : l’intérêt général passe avant l’intérêt particulier.

25. Pour mener tout cela à bien, nous demandons la création d’un pouvoir central puissant, l’autorité absolue du parlement politique central sur l’ensemble du Reich et de ses organisations, ainsi que la création de Chambres professionnelles et de bureaux municipaux chargés de la réalisation, dans les différents Länder, des lois-cadre promulguées par le Reich.

Les dirigeants du Parti promettent de tout mettre en œuvre pour la réalisation des points ci-dessus énumérés, en sacrifiant leur propre vie si besoin. » 

 

 

One thought to “Qu’est-ce que le Nazisme ? par Fabrice BOUTHILLON, professeur UBO”

  1. Si la Droite est le local et la Gauche est l’Universel, qu’en était-il de l’ancien contrat social ? Est-ce le Haut pour l’opulence et le bas pour la misère ? Est-ce le Devant pour le futur et l’arrière pour le passé, les fossiles ?!?
    Amitiés

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