la mucoviscidose en Bretagne : des hommes et des gènes

La mucoviscidose en Bretagne : des hommes et des gènes

par Nadine Pellen

Docteure en sociologie, option démographie
Chargée d’études à la Fondation Ildys

CR pdf la mucoviscidose par Nadine Pellen 2017XI22

« La connaissance vaut mieux que l’ignorance »

Née dans une famille touchée par cette maladie, elle, la plouvornéenne, a été taraudée dès son enfance par plusieurs questions : Pourquoi sa famille ? Est-ce un hasard ? Et d’où vient cette pathologie ? Est-ce une coïncidence si, vivant à la pointe de Bretagne, on a tous dans son entourage, plus ou moins proche, une personne atteinte par cette maladie ? Et les descendants ont-ils des risques d’être malades ? Prédestination, dans le Finistère, à subir cet héritage génétique ?

a) UNE HISTOIRE PERSONNELLE

– Deux sœurs de son père sont décédées en raison de cette maladie, l’une en 1953 à l’age de 16 mois, à une époque où la maladie n’était pas connue, l’autre en 1983 à l’age de 17 ans (dépistée par le test de la sueur)

Elles présentaient les mêmes symptômes : maigrichonne, ventre gonflé, diarrhées, glaires importantes, toux.

En 1996, une petite cousine à la mode de Bretagne naît à Paris de parents bretons, atteinte de la mucoviscidose.

b) LA MUCOVISCIDOSE

b1 description

Le terme mucoviscidose est composé de : mucus + viscosité = mucoviscidose.

Le mucus est une sécrétion produite par les cellules de revêtement des organes creux (comme les bronches, le tube digestif, les canaux du pancréas ou les canaux biliaires du foie). Dans le cas de la mucoviscidose, le mucus est anormalement épais et collant, « visqueux ». Ce manque de fluidité va entraîner l’obstruction des canaux au niveau des organes concernés. Ainsi les bronches peuvent s’encombrer et s’infecter provoquant toux et expectorations. Les voies et canaux digestifs (intestin, pancréas, foie) peuvent également être obstrués, provoquant des troubles digestifs et hépatiques.

b2 particularités de sa manifestation

La mucoviscidose touche de la même façon les 2 sexes.

Ses manifestations sont différentes d’un patient à l’autre, certains sont plus touchés au niveau des poumons et d’autres au niveau de l’appareil digestif.

maladie chronique dont le dépistage (systématique à la naissance en France depuis 2002) et la prise en charge médicale sont bien organisés aujourd’hui.

la mucoviscidose n’est pas contagieuse

elle n’affecte pas les capacités intellectuelles ni motrices

b3 Une maladie génétique rare – La transmission

A l’origine de la mucoviscidose se trouve un gène défectueux par « mutation ». Le gène est l’unité de base de l’information génétique et détermine les caractéristiques de chacun comme la couleur des yeux, de la peau, la taille etc. Les gènes fonctionnent par paire (l’un provient de la mère et l’autre du père). Lorsque les deux parents sont porteurs d’une mutation responsable de la mucoviscidose, leur enfant a un risque sur quatre d’être atteint par la maladie. Le risque est le même à chaque grossesse. L’enfant atteint de mucoviscidose est donc porteur des mutations héritées de chacun de ses parents.

Elle est liée à des mutations du gène CFTR sur le chromosome 7, entraînant une altération de la protéine CFTR (sigle pour cystic fibrosis transmembrane conductance regulator).

en rouge, le gène délétère

Lorsque les deux parents sont porteurs, l’enfant héritera :

soit de 2 gènes sains. L’enfant est sain et non porteur. 1 cas sur 4.

soit d’un gène sain et d’un gène défectueux (mutation). L’enfant est sain mais porteur. 2 cas sur 4.

soit de 2 mutations. L’enfant est atteint de mucoviscidose. 1 risque sur 4.

Un porteur sain  n’est pas atteint de mucoviscidose car seul un gène sur deux est défectueux (mutation) . Dans ce cas la maladie ne se déclare pas.

Les « porteurs sains » d’une seule mutation ne le savent pas car, par définition, ils ne souffrent d’aucun symptôme.

c) LE CHAMP D’ETUDE DE MARTINE PELLEN : « Hasard, coïncidence, prédestination… et s’il fallait plutôt regarder du côté de nos aïeux? Analyse démographique et historique des réseaux généalogiques et des structures familiales des patients atteints de mucoviscidose en Bretagne »

c1 des statistiques sur cette maladie

Connue depuis le Moyen Âge, la maladie est décrite scientifiquement par le pédiatre suisse Guido Fanconi en 1936. Elle est la maladie génétique létale à transmission autosomique récessive la plus fréquente dans les populations de type europoïde.

  • naissances de malades par an

1 enfant atteint de mucoviscidose naît . en France pour 4909 naissances

                                                              . en Bretagne pour 3015 naissances

                                                              . dans le Finistère pour 2285 naissances

Dans le canton de Berven-Plouzévédé sur la période de 1946 à 1972, 1/377 naissances

En 1965, l’espérance de vie était de 7 ans, en 2015, l’âge moyen du décès était de 34 ans. Un nouveau né aujourd’hui a une espérance de vie de plus de 40 ans. 500 malades sont suivis en Bretagne .

  • un territoire concerné par cette maladie

Dans les années 60, ont vu le jour des associations de parents d’enfants atteints de mucoviscidose . A Roscoff , sur le site de Perharidy s’est ouvert un centre de soins pour ces enfants.

La découverte du gène responsable de cette maladie a été découvert en 1989 mais pour le moment cette découverte n’a pas débouché sur une thérapie.

  • des éléments préparatoires : Le Dr Michel Jehanne, responsable du centre de Perharidy avait fait remarquer au Pr Charentré des apparentements entre les enfants atteints de mucoviscidose. Ce dernier avait entrepris de mettre sur une base de données  la généalogie de quelques enfants
  • la construction de la base de données par Nadine Pellen depuis 2007

Bordée juridiquement par les TGI de Bretagne et par la CNIL, Nadine Pellen a entrepris depuis 2007 de mettre sur une base de données la généalogie de tous les patients atteints de la mucoviscidose en partant des registres d’état civil dans le Finistère et les Côtes d’Armor (avant d’élargir à toute la Bretagne : travail en cours). Pour réaliser ce travail, le concours de généticiens, de généalogistes, d’informaticiens et de statisticiens s’est avéré indispensable : quelques siècles de données à collecter et à traiter…

L’étude portait sur la population des parents portant un gène muté : 843 individus (base totale 250 000 individus)

Méthodes d’analyse:

       – généalogie ascendante (consanguinité et effet fondateur)

  • réseau de parenté (cousinage, migration)
  • comparaison avec un groupe témoin (comportement particulier?)

c2 les résultats

c21 l’effet fondateur

L’état civil permet parfois de remonter jusqu’au 15ème siècle. Ces données sont insuffisantes pour trouver l’effet fondateur.

Mais la superposition de cartes de densité des populations atteintes de mucoviscidose, qu’a établies Nadine Pellen, et la carte de la migration des Brittons en Armorique, chassés par l’avancée des Anglo-saxons entre le 3ème siècle et le 7ème siècle est troublante. Ces Gallois, Cornouaillais ou Irlandais qui ont fait souche, ont légué une organisation territoriale, une toponymie, une culture, des traditions, une langue et peut-être… la mucoviscidose.Car les mutations spécifiques du gène se retrouvent dans ces populations

c22 la consanguinité

L’analyse démontre que la consanguinité n’est pas la cause de la transmission.

c23 l’apparentement éloigné sur la zone étudiée

Sachant qu’en remontant à quelques générations, tout le monde est cousin à tout le monde , d’où l’expression « cousin à la mode de Bretagne », l’apparentement éloigné explique l’expansion de la maladie en Bretagne faute de brassages de population suffisants.

c24 le comportement socio-démographique (cf c23) : endogamie spatiale et sociale

Jusqu’à une époque très récente, le « marché matrimonial » était restreint (rayon de 5 km sur plusieurs générations) : mariage entre voisins, produisant des unions entre apparentés éloignés, entre « cousins à la mode de Bretagne», donc favorisant l’union de deux porteurs sains pouvant donner naissance à un enfant malade.

c25 l’avantage sélectif

Sur une population de Kerlouan(1776 – épidémie de typhus), le seul avantage sélectif constaté était un allongement de 5 ans de la vie des porteurs sains. Biais statistique ?

Le champ d’étude s’est élargi à l’ensemble de la Bretagne mais les travaux ne sont pas achevé à ce jour.

La mucoviscidose est vécue comme un drame pour de trop nombreuses familles qui toutes déclarent qu’elles auraient voulu savoir…

La connaissance de cette maladie donne la possibilité aux porteurs sains de faire des choix éclairés. Faudrait-il qu’ils soient informés de leur état et qu’ils veuillent s’informer ? Une simple analyse de sang (100€) permet de dépister (Unité INSERM U1078 Brest) le gène délétère, sachant que près de 1/15ème de la population des contrées léonardes et trégorroises est porteuse ( héritage génétique) de ce gène… sans le savoir…

En attendant une solution thérapeutique

 

 

 

Nota : la chercheuse reste à la disposition des familles atteintes par la mucoviscidose pour la transmission de données qui les concerneraient directement.

Réf : CY-J 2017XI22muco

 

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LES DIFFERENTS TYPES DE FAMILLE EN EUROPE selon E. TODD

 

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