Françoise Giroud, un destin de la presse à la politique par Nicole LUCAS

Françoise Giroud, un destin de la presse à la politique

 

par Nicole LUCAS , agrégée d’histoire, Rennes 2

 

Françoise Giroud (1916-2003) ou un destin exceptionnel qui s’inscrit au cœur des mutations sociales, culturelles et politiques du XXème siècle. Femme de convictions mais toujours indépendante, elle va, par-delà ses souffrances cachées, se forger une identité plurielle par l’écriture et ses engagements multiples et pionniers qui la conduisent de la presse à la politique.

1 – Des origines

Françoise Giroud, née Lea France Gourdji le 21 septembre 1916 à Lausanne, EST fille de Salih Gourdji,de nationalité ottomane,fondateur d’une agence de presse à Constantinople,proche du mouvement Jeunes Turcs et d’Elda Farragi, d’origine russe. La famille s’installe par la suite en France.

Salih Gourdji meurt précocement le 9 février 1927, laissant sa femme et ses deux filles dans de graves difficultés financières.

Élève au lycée Molière (Paris), Lea France Gourdji quitte l’école à l’âge de quatorze ans pour travailler. Après un diplôme de dactylo, elle travaille dans une librairie.

Grâce aux relations de sa famille, amie de Marc Allégret, elle devient la secrétaire d’André Gide, puis commence une carrière dans le cinéma à Paris. Dès 1935, sous le nom de France Gourdji, elle devient la 1 ère femme scripte du cinéma français auprès de Marc Allégret , l’assistante-metteur en scène de Jean Renoir à partir de 1937 ( Gourdji apparaît au générique de La Grande Illusion), puis scénariste de Jacques Becker sous le nom de Françoise Giroud. Ces différents métiers lui font découvrir son talent pour l’écriture.

Pendant l’Occupation elle travaille pour le cinéma à Nice puis à Paris. Elle écrit également des contes dans Paris-Soir et des chansons, comme Le chaperon Rouge. Parallèlement, elle est un modeste agent de liaison dans la Résistance .

Djenane Gourdji, sa sœur, a créé et animé un des premiers mouvements de résistance à Clermont-Ferrand en 1941 avant d’être déportée. Elle meurt à son retour en France.

2 – La FEMME JOURNALISTE

21 –ELLE

Ce magazine hebdomadaire français féminin et de société a été fondé en 1945 par les Lazareff, de retour des USA .

Au sortir de la guerre (1946), elle est engagée par Hélène Lazareff comme directrice de la rédaction de ce nouveau magazine

La ligne éditoriale souhaitée par Lazareff transgresse les principes des magazines féminins de l’époque : ouverture sur des sujets de société, ouverture sur le monde, sur l’actualité,( sans tabous) , non sans conserver un côté « chic », « glamour »

22 – L’EXPRESS

En 1953, coup de foudre pour Jean Jacques Servan Schreiber, mendésiste comme elle, avec qui elle fonde L’Express sur des positions opposées à la guerre d’Algérie.Le magazine dénoncera la torture notamment.

Ils font appel à des signatures prestigieuses telles que Mauriac, Camus, Viansson Ponté, Jean Daniel,…

Elle restera à la tête de l’hebdomadaire jusqu’en 1974 dans différentes fonctions.

3 – LA FEMME POLITIQUE

Le nouveau président de la République, Valéry Giscard d’Estaing pour mettre sur les rails sa « société libérale avancée », la nomme secrétaire d’État chargée de la Condition féminine auprès du Premier ministre, Jacques Chirac, de juillet 1974 à août 1976. Elle propose cent mesures (40 verront le jour)en faveur des femmes : mise en place de droits propres, lutte contre les discriminations, ouverture des métiers dits masculins, mixité à l’école…Tensions entre F. Giroud et le « ventilateur ».

D’août 1976 à mars 1977, elle est brièvement la secrétaire d’État à la Culture  : loi sur l’architecture du 31 janvier 1977, création des DRAC.

Sa candidature aux élections municipales de 1977 à Paris sur la liste de Michel d’Ornano avorte…

4 LA FEMME ECRIVAINE

Françoise Giroud quitte la politique en 1979 et s’adonne à l’écriture :

  • La Comédie du pouvoir
  • puis Le Bon Plaisir en 1983, adapté au cinéma.

Au Nouvel Observateur elle écrit durant vingt ans des chroniques de télévision. Elle publie essais, biographies et romans à succès. Elle devient membre du jury du prix Femina en 1992

Avec des intellectuels français, des médecins, des journalistes et des écrivains, elle participe activement, en 1979, à la fondation de l’association Action contre la faim (ACF)

Elle a été membre du comité d’honneur de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) .

En 1984, elle aide à mourir son dernier compagnon, l’éditeur Alex Grall, atteint d’un cancer.

Le 16 janvier 2003, sortant de l’Opéra-Comique, elle fait une chute qui lui sera fatale. Elle est incinérée le 22 janvier 2003

Catholique, par le jeu des circonstances, elle niera toute sa vie sa judéité pour respecter une promesse faite à sa mère. Elle ne révélera son origine à son petit-fils Nicolas, le rabbin Aaron Eliacheff, qu’au printemps 1988

Cette femme complexe, libre, secrète, travailleuse acharnée, meurtrie par la vie, incisive, pionnière dans bien des domaines, féministe raisonnée, ambitieuse, engagée aura été une figure marquante du journalisme français d’après-guerre,

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Citations de Françoise GIROUD
« La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. »Extrait du journal Le Monde – 11 Mars 1983
« On voit le monde tel qu’on l’éclaire. » dans Histoire d’une femme libre
« Rien n’est jamais joué si l’on se refuse à subir. »

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Réf CY-J2018V24GIR