Bérenger SAUNIERE, le curé milliardaire : mythe ou réalité

Bérenger SAUNIERE, le curé milliardaire : mythe ou réalité

 

pdf CR Rennes Le Chateau mythe ou realite

par Pierre BERLIVET

La Dépèche du Midi des 12, 13 et 14 janvier 1956 titre «La fabuleuse découverte du curé aux milliards. M. Noël Corbu connaît-il la cachette du trésor de l’abbé Saunière qui s’élève à 50 milliards ? »  La presse nationale s’empare de l’affaire.Le mystère de Rennes le Château est né…Régulièrement depuis, la presse régionale ou nationale reprend le sujet…

 

1 Un pays de légendes

Petit village de l’Aude de 300 âmes , situé au sud de Limoux en plein pays cathare, Rennes-le-Château est bâti en haut d’une colline , accessible par une étroite et unique route en lacets.
Cette région est un pays de légendes : elle recèle des trésors comme le trésor des Wisigoths, le trésor de Blanche de Castille, le trésor des Templiers, le trésor des Cathares…

 

2 Un curé peu ordinaire

En 1885 arrive à Rennes le Château un nouveau curé de 33 ans Bérenger Saunière qui découvre un village isolé, une église délabrée et un presbytère dans un état déplorable, inhabitable.

Dès 1886, Saunière reçoit un don important (entre 1000 et 3000 francs or) de la part de la comtesse de Chambord, épouse du prétendant au trône de France, ce qui lui permet d’engager les travaux de réfection de l’église, l’embellissant par des aménagements ostentatoires : au fronton de l’édifice des sentences latines bibliques menaçantes et sous le bénitier de l’église un diable Amodée !

Il décide de remplacer l’ancien autel,  d’enlever le dallage du chœur de l’église. Sous celui-ci : une dalle de pierre dont l’une des faces est ornée d’un bas-relief représentant deux chevaliers sur leur montures. Derrière l’autel, toujours sous le dallage, une cache remplie de monnaies.

L’année suivante, en décembre 1898, bien que peu fortuné, Bérenger Saunière achète les terrains autour de l’église : il va y construire  une demeure, la «villa Béthanie» ainsi qu’une tour, la «Tour Magdala» en 1898 (bureau-bibliothèque)

Il effectue personnellement des fouilles dans le petit cimetière situé derrière l’église, retournant la terre, déplaçant les pierres mortuaires et les ossements à tel point que la mairie se plaint officiellement.

Ces initiatives insolites intriguent ses contemporains : originalité et origine des fonds. Saunière, de plus, cohabite avec la bonne, engagée en 1886 à l’âge de 18 ans,

Les autorités ecclésiastiques, après avoir sans succès tenté de l’éloigner de sa paroisse, le condamnent en 1910 pour « trafic de messes » tandis que Saunière démissionne de sa charge de prêtre l’année suivante.

 

 

 

3 La fabrication d’une légende en plein 20ème siècle

En mai 1946, Noël Corbu, en voyage touristique dans la région, rencontre l’ancienne bonne du curé, Marie Dénarnaud, (78 ans), ayant hérité de la propriété de Saunière à sa mort. Elle-même fait rapidement de Corbu et de son épouse ses légataires universels. Elle laisse entendre qu’une grande partie du trésor découvert par Saunière se trouve encore sous le village. Corbu ne cesse de chercher ce fameux trésor…

A la mort de la Dénarnaud en 1953, Corbu, financièrement exsangue, se trouve à la tête d’une propriété vaste mais coûteuse à entretenir. Il ouvre un hôtel restaurant dans la villa Béthanie et, pour attirer le client, se met à conter à ses clients la fabuleuse histoire du curé qui aurait découvert le trésor de… Blanche de Castille , histoire qui tombe aux oreilles d’un journaliste …

En 1956, l’histoire fait la Une de la Dépêche du Midi

La légende se propage alors. Les chercheurs de trésor commencent à affluer. Pour tenter d’éclairer leur lanterne, Templiers, Francs-maçons, Rose-Croix et Vatican sont appelés à la rescousse

En 1967, un écrivain Gérard de Sède qui avait publié « Les templiers sont parmi nous » sort : « L’or de Rennes » Il multiplie les révélations, publiant des photos de documents inédits et notamment la reproduction des parchemins de Saunière. L’ouvrage lance la notoriété du « mystère », encore cantonnée à la France.
Dans les années 80, trois journalistes anglais réalisent un reportage pour la BBC sur la question puis publient un livre aux thèses : « l’Enigme Sacrée » (1983).
Avec la renommée internationale qui est donnée au site, les visiteurs y affluent de tous les coins du monde : 20 000 par an.
La télévision n’est pas en reste : elle y tourne une série télévisée , elle y consacre des reportages ( Des racines et des ailes, Envoyé spécial)

4 De la légende à la réalité

Les parchemins reproduits dans le livre de de Sède : des faux  fabriqués de toute pièce
En 1974, R. Descadeillas réduit à néant les théories de Gérard de Sède. Dans son livre « Le trésor de l’abbé Saunière »), il explique le financement des travaux menés par Saunière : grâce au trafic de messes réalisé aux dépens de congrégations religieuses de toute la France, le curé, même s’il a pu découvrir au départ quelque relique ou bijou dans les tombes, a pu vivre largement au-dessus de ses moyens, honorer des traites de ces travaux échelonnées sur plusieurs années (ou… tout simplement ne pas payer  une partie des travaux)!

Jean-Jacques Bedu, dans «Rennes-le-Château, autopsie d’un mythe» donne la position des autorités ecclésiastiques contre Saunière : il avait lésé l’Eglise en collectant de manière «industrielle»( publicité, petites annonces dans la presse)  et en les détournant à son profit les fonds dédiés aux messes…et en faisant don de ses propriétés à sa bonne.

Le site de Rennes-le-Château est beau, sauvage et insolite. Un trésor y est bien enfoui : un trésor inépuisable qui va enrichir des aigrefins …aux dépens des gogos.

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Réf : CY-J2018III28jdoeREDE