Histoire d’une bouse par Jean Yves MONNAT

Histoire d’une bouse

par Jean-Yves MONNAT, UBO

enregistrement WMA Histoire d’une bouse MONNAT

Une bouse n’est qu’une étape dans un cycle universel : celui qui va de l’herbe à l’herbe.

  1. De la bouse

Mal équipés pour digérer la cellulose qui est le composant essentiel des végétaux et de très loin la principale source initiale d’énergie pour les animaux terrestres, les herbivores restituent des bouses, crottes et crottins qui contiennent des proportions considérables de matière organique encore utilisable. Et qui sera par conséquent utilisée.

11 Remontée dans le temps

Pour qu’il y ait bouse, il faut de l’herbe et des animaux terrestres pour les ingérer

La vie apparaît sur la planète il y environ 450 millions d’année ; les plantes terrestres il y a 425 millions d’années

(La production de matière organique par les plantes représente 170 milliards de tonnes chaque année(dont 50% de cellulose)

Les herbivores :250 millions d’années  Problème : digérer la cellulose contenue dans les plantes

L’herbe : 80 à 100 millions d’années

Les bovidés : 20 millions d’années

L’auroch, l’ancêtre de la vache : 2 millions d’années. Domestication : 10 000 ans

12 la bouse dans tous ses états

Dès qu’elle atteint le sol, la bouse est le siège d’une vie intense et d’une évolution qui la conduira en quelques semaines à sa disparition de la surface, à une totale intégration au sol de la pâture qu’elle fertilise ainsi.

121 de son utilisation

  • fertilisant
  • chauffage
  • construction

122 du volume

Une vache produit environ 10 tonnes de bouse chaque année. Les bovins adultes expulsent en temps normal environ 30 à 50 kg d’excréments par jour en 10 à 20 fois. Les bouses sont constituées de 80 à 90 % d’eau. La matière sèche est constituée d’éléments non digérés, c’est-à-dire ayant échappé à la dégradation opérée par les microbes du rumen, à la digestion dans la caillette et à la fermentation microbienne dans le gros intestin (lignine et cellulose qui composent 90 % de la matière sèche de l’herbe soit 4,2 kg se retrouvent sous forme de paillettes d’herbes ). De plus, on retrouve dans les bouses des éléments endogènes, comme les sucs digestifs, les débris cellulaires ou les micro-organismes du rumen.

Des statistiques sur le volume produit par an sur la planète ainsi que sur leur valeur d’échange en euros courants…n’existent pas .

123 un écosystème transitoire et évolutif

Les bouses de vaches sont riches en eau et en matière organique assimilable : un milieu à exploiter par les insectes. Ces derniers arrivent quelques secondes après excrétion de la bouse, attirés par son odeur .

Les premiers arrivés sont les mouches du fumier. Sur la bouse a lieu la parade sexuelle de ces mouches, avant que les femelles y pondent leurs œufs qui se développeront au centre de la bouse encore humide alors qu’il se forme une croûte sèche sur la partie extérieure.

Les asticots de ces mouches sont carnivores et se nourrissent également des autres larves présentes sur place. En tout, ce sont près d’une trentaine de diptères qui sont présents avec la mouche dans l’écosystème formé par les bouses de vache,

Après les mouches, arrivent sur place des coléoptères,creusant les trous  dans les bouses sèches, ou des scarabées qui roulent leur boule de bouse séchée servant de protection et de réserve de nourriture pour leur progéniture. La bouse attire également des papillons, des abeilles et même des escargots ,des acariens. Cette vaste diversité biologique intéresse aussi certains prédateurs comme d’autres coléoptères, des oiseaux, des blaireaux, des marmottes.

Puis, arrivent les grands coprophages , les champignons, les vers de terres qui vont terminer le travail : sous leur action, une bouse de vache est dégradée en 12 mois, alors qu’il faut attendre 36 à 48 mois sans eux.

Une bouse est donc une étape dans un cycle : celui qui va de l’herbe à l’herbe.

  1.   l’agriculture productiviste & la bouse : une guerre larvée ?

  • un cycle altéré : les 2 révolutions fourragères et un vermifuge

Dans les années 1960, les prairies temporaires avec des ruptures du cycle puis la révolution maïs-soja avec réduction des surfaces de prairies permanentes.

Dans les années 80, le déparasitage des bovins par l’ Ivermectine par exemple qui non totalement digérée a été responsable de la réduction des coprophages dans le milieu naturel. D’où utilisation de herses débouseuses dans les pâtures.

      – un cycle faisant du surplace  :   l’Australie en terrain glissant

Des bouses de vaches à perte de vue, séchées par le soleil, sous lesquelles grouillent des milliards de mouches, vecteurs de maladies pour le bétail : des prairies où l’herbe ne pousse plus et des vaches qui continuent de tapisser le sol de douze bouses par jour ,soit 0,8m2/jour sans compter les refus. Dans un pays aussi vaste que l’Australie, un million d’hectares sous la m… quand même.

Pourquoi une telle situation ?

En 1788, les colons britanniques débarquent avec 5 vaches, 2 taureaux, 7 chevaux et 40 moutons ( puis suivent des renards pour la chasse et des lapins pour les renards)

En 1960, 30 millions de bovins : donc 360 millions de bouse par jour.

Les bousiers australiens, habitués aux bouses de kangourous, n’ont pas trouvé à leur goût les déjections des bovins anglo-saxons.

 

L’histoire d’une bouse, élément anodin et familier dans nos campagnes, révèle le fonctionnement d’un mini-système temporaire qui depuis la nuit des temps assure le recyclage des excédents dans son espace naturel : la pâture, et ceci d’une manière efficace, intégrale, utile et gratuite.

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Réf : CY-J2018II15jdoecowshit

 

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