Balance ton coq par JCLS

Balance ton coq

(lettre d’une poule anonyme)

jcls

Bonjour.

Je prends, littéralement, ma plus belle plume pour écrire ce pamphlet et dénoncer vos agissements. J’ai trop longtemps tergiversé, marché sur des œufs. Je me décide enfin et je serai la première du peloton. Je ne veux pas que l’on m’appelle la Poulidor de la basse-cour. D’autres me suivront, je l’espère. Nul ne pourra me clouer le bec, je ne suis pas une poule mouillée.

Vous vous comportez comme si vous étiez maître dans un harem. Chaque soir vous y allez d’un « salut ma poule » qui ne souffre aucune réplique. Vous avez l’ergot agressif et, pour un rien, l’une d’entre nous peut se retrouver nue, déplumée. Hier encore vous m’avez interpellée d’un narquois : « minute Cocotte, minute… par ici ma poulette ».

Vous assurez à qui veut bien le croire que nous sommes sous votre protection, que vous nous prenez sous votre aile. Sachez-le, nous n’avons pas la cuisse légère. Nous n’en pouvons plus. J’ai, si je puis dire, une dent contre vous, expression que j’emprunte à ceux qui en ont (des dents).

Je fonce, j’en ai ras le gésier de ce harcèlement dès potron-minet ! Vos fiers cocoricos en agacent plus d’une et plus d’un. Le renard est plus futé que vous. Lui, au moins, attend que la nuit vienne pour nous harceler. Il faut que cela cesse. Je suis prête à tout et tant mieux si le scandale éclate, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

J’accuse ! Vous vous croyez beau avec votre crête démesurée, maquillée d’un rouge ridicule. Pauvre coq ! Vous ne casseriez pas trois pattes à un canard. Je ne doute pas que ma diatribe vous fermera ce qui vous tient lieu de bouche et que vous vous retrouverez, au mieux, avec le bec dans l’eau. J’insiste, vous n’êtes qu’un blanc-bec, un fanfaron. Méditez mes propos, prenez-en de la graine. Bientôt vous ne vous égosillerez plus, vous pourrez tout juste vous souvenir des paroles, à une lettre près, chantées par ma cousine, la môme Piaf : « Entraîné par la poule qui s’élance et qui danse une folle farandole, je suis emporté au loin ». Mon ambition n’est nullement de devenir la poule aux œufs d’or devant laquelle chacun s’inclinerait. J’exige simplement que cessent vos agissements de mâle libidineux qui se hausse du col sans s’apercevoir qu’il a le plus souvent les pattes dans la merde. Je deviens vulgaire, à votre image. J’aimerais tant, à tire-d’aile, m’envoler vers des hauteurs paradisiaques où, chaque semaine, nous serions conviées à trinquer à la victoire des poules, victimes vengeresses qui ne se résignèrent pas. Comme au temps d’Henri IV, chose promise, chose due, on inviterait la poule au pot hebdomadaire…

J’arrête là ma missive, je m’égare et je doute que vous puissiez tout bien comprendre. Alors, monsieur le coq, à bon entendeur salut. Et bas les pattes !

Signé : une poule anonyme, pas un corbeau.

 

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