Pour épater la galerie de Marcel MESCAM

Pour épater la galerie

Marcel Mescam

Décembre 2017

Je feuillette les pages du livre de ma jeunesse et je m’arrête sur un passage du récit qui relate le travail que j’avais entrepris à l’âge de douze ou treize ans. Je m’étonne encore de l’audace que j’avais eue pour épater la galerie. J’avais entrepris, seul, à mes risques et périls, de réaliser un abri souterrain, et décidé d’ignorer mes copains pendant la réalisation du projet. Celui-ci achevé, nous pourrions nous y retrouver le jeudi, jour sans école à cette époque, pour y jouer.

Par une belle journée de printemps, je fourrai dans un sac, une corde et une petite pelle en fer. Vêtu d’un short, d’un pull, et chaussé de tennis, je partis pour l’après-midi vers le lieu que j’avais repéré pour l’ouvrage. En ce temps là, nous pouvions nous échapper plusieurs heures sans inquiéter la famille. Du moment que nous rentrions pour l’heure des repas, c’était suffisant. Je longeai le champ d’artichauts et me trouvai à pied d’œuvre, face à la mer retirée.

La falaise en surplomb avait peut-être sept à huit mètres de hauteur. Elle était bordée d’un talus où poussaient çà et là, quelques arbrisseaux. Après avoir testé une branche de celui que j’avais sélectionné, j’y accrochai ma corde. Mon passage chez les louveteaux m’avait appris à faire des nœuds. J’étais intrépide. Mes mains assurant mon maintien à la ramée supérieure, je m’avançai prudemment sur cette branche qui tendait ses doigts vers la mer. J’effectuai quelques petits sauts, et fus satisfait du test.

J’arrimai la corde en y faisant un nœud de chaise, et à l’autre extrémité un nœud simple, sur lequel je reposerais mes pieds. Je laissai filer la longe et commençai ma descente, comme je l’avais appris en gym, en enroulant une jambe autour de la corde, pour limiter la vitesse et éviter la chute. Je me positionnai à environ trois mètres du sol et commençai à creuser la falaise. C’était sportif, acrobatique, le filin imitait le mouvement de balancier. Heureusement la terre était friable, ce qui m’aidait énormément. Mais, pour ce premier jour, je ne travaillai pas longtemps : les crampes avaient vite fait leur apparition. Le minuscule terril d’argile rouge qui tranchait sur le sable faisait plaisir à voir. Il serait emporté par la marée montante.

Je revenais sur le chantier à chaque moment de loisir. L’ouvrage avançait, j’avais réussi à creuser sur une longueur de quelques mètres un boyau de diamètre suffisant pour progresser en rampant. J’avais même effectué un coude. Le travail était rendu maintenant plus pénible par les nombreux allers-retours effectués pour vider le sac de terre du haut de mon promontoire.

J’étais courageux, tenace. Je m’attaquai au creusement de la salle de réunion que j’avais prévue circulaire, et pouvant accueillir à peu près six gamins. À ce stade d’avancée, j’étais obligé de me munir d’une pile, et aussi d’une plus grande pelle.

Pour le moment je n’avais pas été découvert, malgré la curiosité de mes camarades. Ils me mettaient mal à l’aise par leurs insidieuses questions. J’éludais celles-ci du mieux que je pouvais, en inventant des punitions, des corvées, des visites à la famille et autres mensonges. Cependant mes efforts allaient être bientôt récompensés : la fin du chantier approchait. J’éprouvais pourtant de l’inquiétude. Depuis quelque temps, je trouvais à mon arrivée, des petits monticules de terre épars, sans avoir pu repérer leur origine.

Aujourd’hui, surprise ! Je suis accueilli par l’une des plus efficaces et courageuses travailleuses du sous-sol. Je devine, plutôt que je ne vois, ses petits yeux cachés par une épaisse fourrure. Elle ne m’aperçoit pas, mais elle m’a repéré grâce à son flair infaillible.

– Bonjour, me dit-elle.

– Bonjour.

– Dis donc, tu as bien travaillé, j’ai suivi avec attention l’évolution de ton ouvrage, et je t’ai trouvé courageux pour un garçon de ton âge.

– Je te remercie beaucoup.

– Tu es méritant, si tu veux je te ferai les finitions, je suis une spécialiste tu sais.

– Ma fois, je ne dis pas non. Il me tarde de faire découvrir cette cachette à mes meilleurs camarades.

– Eh bien, considère que dès jeudi prochain tu pourras les y emmener, lui dit la taupe.

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