CONFERENCES du 2nd Trimestre 2017/2018

  CONFERENCES du 2nd Trimestre 2017/2018

 

 

12 – 25 janvier   2018           La condition féminine depuis 150 ans à travers la chanson                       populaire

14h00 à Langolvas                             par Frédéric Mallégol, agrégé d’histoire – UBO Brest

13 – 01Février 2018             L’art et l’architecture : Barcelone 1900 , la ville des prodiges                      (Gaudi, etc)

14hoo à Langolvas                            par Sonia de Puineuf, conférencière Histoire de l ‘Art

14 – 15 février 2018            Histoire d’une bouse

14h00 à Langolvas                        par Jean-Yves Monnat, enseignant-chercheur

15 – 22 février 2018           Les prisonniers du Château du Taureau

14h00 à Langolvas                         par Guillaume Lecuillier, auteur

16 – 15 mars 2018              Le devenir du médicament

14h00 au ROUDOUR                      par le Docteur Uriac, scientifique

17 – 22 mars 2018             L’Espagne des Bourbons

14h00 à Langolvas                         par François ARS, agrégé d’histoire -UBS Lorient

18 – 29 mars 2018             l’abbé Bérenger Saunière, mythe ou réalité – Rennes-le-Château

14h00 à Langolvas                               par Pierre Berlivet, UTL Douarnenez

19 – 12 avril 2018               Le Conseil d’Etat : histoire et mission

14h00 à Langolvas                              par Marc Samson, ancien Vice-Président du Conseil d’Etat

20 – 19 avril 2018               Un feu sur la mer : le gardien de phare

14hoo au ROUDOUR                         par Louis Cozan

Programme du 2nd Trimestre 2017/2018

PROGRAMME du 2nd TRIMESTRE 2017/2018

A) CONFERENCES ET VISITES

10 – 11 janvier 2018               Relire les contes de Perrault

14h00 à Langolvas                                      par  Yvette Rodellec, agrégée de lettres

11 – 18 janvier 2018              La bataille de l’industrie

14h00 à Langolvas                                     par Loïk Le Floch-Prigent, ex-dirigeant d’Elf et de la SNCF

12 –25 janvier 2018             La condition féminine depuis 150 ans à travers la chanson populaire

14h00 à Langolvas                                   par Frédéric Mallégol, agrégé d’histoire – UBO Brest

13 – 01 Février 2018             L’art et l’architecture : Barcelone 1900 , la ville des prodiges (Gaudi, etc)

14hoo à Langolvas                                   par Sonia de Puineuf, conférencière Histoire de l ‘Art

d – 08 Février 2018            Sortie : Plourin les Morlaix/ FHEL

Matinée – visite guidée du manoir de Coatanscour(16ème) et de son moulin (15ème)

                                            à  Plourin-les Morlaix, par son propriétaire

 Après-midi : Visite guidée à la FHEL de l’exposition « libres figurations années 80 »

                                             Art non académique inspiré de la culture populaire

    Inscriptions à l’issue des conférences 11, 18 et 25 janvier 2018 à Langolvas                                         

14 – 15 février 2018             Histoire d’une bouse

14h00 à Langolvas                                      par Jean-Yves Monnat, enseignant-chercheur

15 – 22 février 2018            Les prisonniers du Château du Taureau

14h00 à Langolvas                                     par Guillaume Lecuillier, auteur

16 – 15 mars 2018                Le devenir du médicament

14h00 au ROUDOUR                              par le Docteur Uriac, scientifique

17 – 22 mars 2018               L’Espagne des Bourbons

14h00 à Langolvas                                    par François ARS, agrégé d’histoire -UBS Lorient

18 – 29 mars 2018               l’abbé Bérenger Saunière, mythe ou réalité – Rennes-le-Château

14h00 à Langolvas                                     par Pierre Berlivet, UTL Douarnenez

e – 05 avril 2018                  Sortie : Le Faouet

– Matin visite guidée de la Chapelle Saint Sébastien au Faouet, de l’église N.D. de Kernascléon  et de la Chapelle Saint Fiacre –

Après-midi visite guidée   au musée de l’expo « Jeanne-Marie Barbey » et du musée « l’abeille vivante : la cité des fourmis et des phasmes »

Inscriptions : à l’issue des conférences des jeudi 11, 18 et 25 janvier à Langolvas

19 – 12 avril 2018                 Le Conseil d’Etat, histoire et mission

14h00 à Langolvas                                   par Marc Samson, ancien Vice-Président du Conseil d’Etat

20 – 19 avril 2018                Un feu sur la mer : le gardien de phare

14hoo au ROUDOUR                          par Louis Cozan

B ) AGENDA des ATELIERS

B1 Histoire de la musique par Guillaume Kosmicki

  • la Musique du 20ème siècle de 11hh à 13h00  : les 17 janvier, 14 février et 21 mars 2018
  • analyse d’œuvres musicales de 14h30 à 16h30 : les 17 janvier, 14 février et 21 mars 2018

B2 Histoire de l’Art par Sonia de Puineuf

Au Roudour, salle à l’étage, mardi à 14h15 : « exotisme, l’art européen sous influence »

les 09 janvier, 30 janvier, 06 février, 20 février, 13 mars et 27 mars 2018

B3 Lecture

  • mardi à 14h15 (avec Annette Manant) : les 23 janvier, 20 février, 27 mars, 17 avril, 28 mai et 19 juin
  • vendredi à 14h15 (avec Christine Poully): les 12 janvier, 09 février, 18 mars, 12 avril, 18 mai et 15 juin 2018

B4 Ecriture

– Mardi des semaines impaires à 09h30 (avec Marcel Mescam)

– Lundi à 14h30 : rdv donné en fin de séance (avec Dominique Le Gall)

B5 Breton

le lundi à 17 h00 avec Bernard Le Bihan

B6 Philosophie avec Yves Marie Le Lay

– Gpe A : mardi de 14h15 à 15h45 (contact Ninon Le Fers)

                les 08 janvier, 06 février, 13 mars, 03 avril, 15 mai et 05 juin 2018

– Gpe B : mardi de 16h00 à 17h300 (contact : Ninon Le Fers)

               les 08 janvier, 06 février,  13 mars, 03 avril, 15 mai et 05 juin 2018

– Gpe C  : mardi de 14h15 à 15h45 (contact Hélène Dutartre)        

               les 16 janvier, 13 février, 20 mars,10 avril, 22 mai, 12 juin 2018

B7 Connaissance Scientifique  (Joseph Le Ber)

– Gpe A : le mercredi à 14h30 tous les 15 jours en alternance avec le Gpe B

– Gpe B : mercredi à 14h30  tous les 15 jours

B8 Aimons la musique ensemble (Annette Manant)

Lundi à 14h30 : rdv donné en fin de séance

 

C ) CINEMA et Divers

LA SALAMANDRE : séances du lundi  à 14h30

dates : 15 janvier, 12 février, 12 mars, 16 avril , 14 mai, 18 juin 2018

– Retransmissions du Rialto en direct d’opéras, de pièces de théâtre et de ballets

D) Informations diverses

D1 les inscriptions aux sorties se font à l‘issue des conférences dans le hall d’entrée de Langolvas ou du Roudour

D2 des modifications au programme peuvent intervenir auquel cas elles seront annoncées dans la mesure du possible par voie de presse et sur le site de l’UTL

D3 Andrée Porté assure au 02 98 88 34 96  le relais des informations pour les adhérents sans Internet

D4 Permanence au Local UTL : le jeudi de 10h30 à 11h45(hors vacances scolaires et jours de sorties UTL)

Définitions (Exercice sur une suite imposée, avec syllabe dé) par JCLS

Définitions

(Exercice sur une suite imposée, avec syllabe dé)

de JCLS

Déambuler : Descendre de l’ambulance.

Déballer : Dégrafer le soutien-gorge.

Débarquement : Lorsque, enfin, on a compris.

Débarras : Agréable quand il est bon.

Débat : Parfois avec des hauts, comme dans la vie.

Débile : Égaré dans un monde fou.

Débraillé : Lu dans le noir.

Débrouiller : Reconstituer l’œuf à partir de l’omelette.

Début : Match de foot avec un gros score.

Décadence : L’avenir de piètres danseurs.

Décoller : Celui qui veut y arriver tentera-t-il de léviter ?

Décapsuleur : Sésame, ouvre-toi.

Décéder : Reprendre ce qu’on avait donné.

Décembre : Le petit dernier, tout près du radiateur et du sapin.

Déchaîné : Ne reçoit plus les programmes télé.

Déchet : Fréquent dans les caves à vins.

Déchiqueter : Mettre à mal l’élégance de l’homme ou de la femme.

Décisif : Rien à voir avec le mythe (de Sisyphe)

Décoiffer : C’est, en quelque sorte, chauve qui peut.

Décolleté : Au large d’Audierne, dunes sur Sein.

Décoratif : Bigoudis.

Découverte : Eureka !

Délégué : Déshérité.

Démodé : A eu raison trop tôt.

Déconner : situation tellement rare que ce verbe est tombé en désuétude.

Dépité : Décapité à qui on a coupé le ca.

Départ : Attendez-moi, j’arrive.

Délirer : Je sais très bien ce que c’est.

Désordonné : Prêtre défroqué.

Député : Personnage de science-fiction (là où on peut dire et faire n’importe quoi).


 

Les contes de Perrault et leur illustration par Gustave Doré.

Les contes de Perrault et leur illustration par Gustave Doré.

par Yvette Rodalec, docteur ès lettres, agrégée

 

Version PDF CR les contes de Perrault

 

 Le conte littéraire dérive directement du conte populaire oral mais il procède d’une véritable création littéraire et est donc rattaché à un auteur, à une époque . Parce qu’il entretient des liens étroits avec la littérature orale, il a longtemps été considéré comme genre secondaire. Le conte est un bref récit dont l’action, relatée au passé, se situe dans un univers imaginaire, merveilleux, surnaturel, invraisemblable.

1 LES CONTES DE PERRAULT

En 1697, Perrault fait paraître ses Histoires ou Contes du temps passé (précédemment publiées sous le titre Contes de ma mère l’Oye), puisant sa matière dans la tradition orale et la fixant par écrit. La rédaction en est simple et naïve , avec des pointes de malice.

-Le recueil comprend huit titres en prose :
-La Belle au bois dormant
-Le Petit Chaperon rouge
-La Barbe bleue
-Le Maître chat ou le Chat botté
-Les Fées
-Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre
-Riquet à la houppe
-Le Petit Poucet

2 STRUCTURATION DES CONTES DE PERRAULT

Pays de nulle part
Les formules traditionnelles  » Il était une fois… « ,  » Au temps jadis… « , placent le conte dans un passé imprécis, aux contours mal définis, hors du temps vécu, du temps historique. Contrée lointaine et fictive, le pays des contes de fées est aussi un monde familier, avec ses villages dominés par le château seigneurial (Le Chat botté) et ses forêts profondes (Le Petit Poucet).

Le foyer, lieu de départ
Un jour, le héros du conte de fées doit quitter le foyer familial pour partir à la recherche de son identité. Cellule protectrice  ou espace d’emprisonnement – comme la maison familiale de Cendrillon –, le foyer est un lieu clos que le héros doit abandonner de façon volontaire ou forcée, chassé par ses parents (Petit Poucet) ou au contraire après y avoir été maintenu contre son gré (Cendrillon, Peau-d’Âne). C’est la première étape, obligatoire, des pérégrinations du héros, et la condition même du récit. Peau d’Âne s’enfuit du domicile familial afin d’éviter les assauts incestueux de son père. Les parents du Petit Poucet préfèrent abandonner leurs enfants dans la forêt plutôt que d’assister à leur mort lente mais inéluctable. Le cas de Cendrillon, maintenue contre son gré au centre même du foyer, près de l’âtre, dans les cendres, ne fait que conforter cette hypothèse.

La forêt, lieu d’initiation
Lieu ouvert, sombre et dense, qui inspire la crainte et l’effroi, peuplé d’animaux cruels (loups) et d’êtres barbares qui se repaissent de chair fraîche (ogres), la forêt brouille tous les repères du héros ainsi que ceux du lecteur-auditeur qui retrouve ses terreurs enfantines. Car la forêt renferme bien des pièges
Le château
Le château, preuve matérielle de la réussite du héros, est un lieu préservé du monde extérieur, un lieu de sécurité, signe de la complète transfiguration du héros et de son ascension sociale : c’est le cas pour le château de l’ogre acquis bien rapidement par le faux Marquis de Carabas grâce aux ruses du Chat botté. Au-delà de la consécration sociale et de la récompense accordée à la suite des épreuves surmontées victorieusement, le château symbolise le lieu de l’accomplissement définitif. Cendrillon, Peau-d’Âne, Blanche-Neige, la Belle au Bois dormant, sont récompensées de leur vertu et reçoivent en même temps fortune, gloire et époux dans l’espace consacré du château.
Mais le château peut aussi se révéler maléfique, pour ceux qui brûlent de le connaître de fond en comble

La fée
La fée est un personnage récurrent sans pour autant en être le protagoniste principal. . Personnage venu du légendaire féminin, la fée est presque toujours dotée de pouvoirs magiques

L’ogre, le complément inversé des fées
Souvent représenté sous la forme d’un géant, il voit mal, mais possède un flair solide .Mais malgré sa force et son apparence physique impressionnante, l’ogre, personnage à combattre, est vulnérable

Les objets magiques
Le monde des objets est investi d’une intensité particulière,
Les bottes du Petit-Poucet s’ajustent à la jambe de celui qui les enfile et permettent de parcourir sept lieues en une seule enjambée 

La mise à l’épreuve
Les contes mettent en scène un héros enfant ou adolescent soumis à des épreuves
-L’épreuve initiale : la séparation
La plupart des contes de fées commencent par la séparation, qui revêt mille facettes
-Appauvrissement et humiliations
Cette épreuve initiale s’accompagne souvent, à un moment de l’histoire, d’un appauvrissement ou d’humiliations, qui accentuent encore la nostalgie du paradis perdu. Le thème de Cendrillon l’exploite pleinement, tandis que Peau-d’Âne devient la fille de ferme raillée par ses congénères.

La tentation
Le moment de la tentation fait basculer l’histoire dans le drame ou provoque la séparation. Blanche-Neige ne doit ouvrir la porte à personne mais accepte la pomme de la vieille femme sorcière; la femme de Barbe-Bleue ouvre la porte d’une chambre qui leur est interdite

La peur la mort et la recherche de l’amour
les deux moteurs de l’action des héros : la peur de la mort et la recherche de l’amour

Le bonheur et l’amour en récompense
La plupart des contes finissent toujours par récompenser le héros. Les enfants abandonnés retrouvent la maison familiale.

La morale de l’histoire
Enoncée par Perrault, la morale résume son enseignement.

Fonction du conte

Pour les psychanalystes, les contes s’apparentent aux rêves et aux fantasmes, et traduisent sous forme d’images les processus de l’inconscient. Les scénarios de nombreux contes se prêtent à cette interprétation : fantasmes incestueux (Peau-d’Âne), fantasmes de dévoration, synonyme symbolique de « consommation » sexuelle (le Petit Chaperon rouge, ). Les analyses de Bruno Bettelheim (Psychanalyse des contes de fées, 1976) montrent comment les contes s’organisent autour de fantasmes pour proposer des solutions qui concourent à la formation de la personnalité.

 


Réf : CY-J2018I11jdoe

LECTURES DE L’ETE 2017 d’Annette

LECTURES D’ETE 2017

1Q84

d’Haruki Murakami

Ce tire fait penser à 1984 de George Orwell et aussi à 2084 de Boualem Sansal)

Il est question des violences faites aux femmes de la part des hommes, surtout des maris mais aussi des pères et dans ce cas précis ces violences ont un prétexte religieux dans le cadre d’une secte.
On n’échappe pas aux techniques de l’Orient sur le corps(mythe?) avec une partie de réalité. Tout cela dans un cadre fantastique qui, peut-être, de temps en temps, vous fera sourire.
J’ai aimé ce livre qui n’est bien sûr pas exempt de longueurs.
J’y ai aimé l’approche des sectes.
Le travail sur le corps et la pensée me séduit toujours puisque je ne suis guère sportive.
L’amitié, l’amour et le génie de Murakami m’ont aidé à franchir les quelques étapes difficiles.

Pays perdu

de Pierre Jourde

Tout d’abord l’écriture de Pierre Jourde est belle. Elle restitue toute une partie de la vie campagnarde d’autrefois puis d’aujourd’hui avec les détails sordides mais réels.
Puis j’ai eu l’impression (et ce n’est pas qu’une impression) de basculer dans l’horreur, la crasse, l’alcool, la m…, avec des détails sordides à en vomir.
Vrai. Malheureusement. Rien ne nous est épargné et j’ai poursuivi la lecture avec répugnance.
Ce livre n’est pas négatif. Le sordide est là, même si nous ne voulons pas le voir.

EL PRESIDENTE à la Salamandre le lundi 15 janvier 2018 à 14h30

EL PRESIDENTE

de Santiago Mitre  (Argentine – 2017 – 1h54)
Avec Ricardo Darín, Dolores Fonzi…
Au cours d’un sommet rassemblant l’ensemble des chefs d’état latino-américains dans un hôtel isolé de la Cordillère des Andes, Hernán Blanco, le président argentin, est rattrapé par une affaire de corruption impliquant sa fille. Alors qu’il se démène pour échapper au scandale qui menace sa carrière et sa famille, il doit aussi se battre pour conclure un accord primordial pour son pays.  

 
 
 
La bande annonce :https://youtu.be/4On4cT5oNiU
 

L’INGOUCHE de Maria Mens-Casas Vela

L’INGOUCHE

de Maria Mens-Casas Vela

 

Il attendait au seuil de la porte de l’association, assis sur ses talons, avec les mains posées sur les genoux. Il était maigre, pas très grand et jeune. Il semblait intimidé et moi-même je n’en menais pas large. C’était mon premier élève réfugié, tchétchène de la République d’Ingouchie, dont je n’avais pas entendu parler, ou alors je ne m’en souvenais pas. Évidemment, il ne parlait pas un mot de français ni d’anglais, mais par contre il avait été scolarisé en russe et il écrivait et parlait cette langue, m’avait-on dit.

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La « conversation » avait commencé par les présentations :

– Moi Maria et vous ?

– Youssoup.

Je vis un calendrier suspendu sur le mur et je lui montrais la date du jour : chic ! Il savait qu’on était lundi – puisqu’il avait rendez-vous – la date, le mois et l’année. Bon début pour deux muets en ce qui concernait nos langues respectives ! La matinée passa vite, de répétition en répétition des dates, de sourire en sourire et quelques éclats de rire, surtout de ma part car je perdais quelquefois le fil et voulais détendre l’atmosphère pour enlever un peu de la gravité de Youssoup. Nous nous séparâmes souriants et détendus, en répétant la date du prochain rendez-vous.

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Le vendredi suivant, j’avais travaillé ferme avec un dictionnaire russe que m’avait fourni la petite bibliothèque de l’association. Sur une grande feuille, j’avais écrit les mots du vocabulaire étudiés la première fois et en face de chaque mot en français le nom en russe écrit en cyrillique.
Heureusement, j’avais étudié l’alphabet grec, car au IXe siècle, le moine Cyril s’en était inspiré pour créer une écriture qui pouvait transcrire la langue des slaves. Il y avait des différences mais cela n’était pas un problème. Je me réjouissais de cet exotisme et plus encore en voyant l’expression de surprise joyeuse de Youssoup.

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Ma prochaine étape fut de connaître l’Ingouchie, sa situation géographique, ses ethnies, sa politique. C’était une république de Russie, située sur les pentes du mont Caucase, de 3626 km carrés de superficie. Sa capitale est Magas (ville du soleil), son drapeau a dans son centre un cercle entouré de trois petits crochets, rappelant les triskels des pays celtiques de l’Europe, lui donnant un air enfantin. Y avait-il une lointaine parenté celtique ?

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J’étais très intriguée car ils étaient musulmans sunnites et cela me poussa à approfondir mes recherches. J’ai su qu’ils se nommaient eux-mêmes « Ghalghaï », de Ghal = forteresse et ghaï = habitants ; leur langue est parlée par 415.000 personnes en Ingouchie mais aussi en Ossétie du Nord et en Tchétchénie voisines (avec lesquels ils ont une grande parenté), au Kazakhstan, en Ouzbékistan et en Russie. Ils avaient beaucoup souffert des persécutions sous Staline qui les avait déportés en masse. Certains sont rentrés mais même actuellement, n’ayant pu obtenir leur indépendance, des tyrans de leur ethnie, sous la protection de la Russie, dominent le peuple. Leur« président » imposé par Moscou utilise la police locale qui connaît les habitants et leurs idées, ce qui fait des villageois des proies faciles et pour leur malheur : leur sous -sol est riche en pétrole et gaz naturel »

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Le frère de Yousoup avait disparu mystérieusement après que la police l’avait amené pour l’interroger. Quant à lui, qui travaillait comme boulanger et n’avait jamais fait part de ses idées, il était devenu suspect, comme son frère, et il avait dû changer de ville et de travail, plusieurs fois jusqu’à devoir quitter le pays avec sa jeune femme et son bébé. C’est par une filière de compatriotes qu’il s’était retrouvé à Morlaix où il avait fait une demande de régularisation de papiers, et il avait été aidé par des associations, dont une catholique, pour qu’il puisse s’intégrer et apprendre la langue française.

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Deux fois par semaine pendant deux heures et demie, les leçons se succédaient par thèmes. Après les jours, les mois, les numéros, les heures, l’alphabet, j’avais continué par la famille avec les noms propres des siens car c’était plus facile de repérer la parenté avec sa propre famille. Youssoup était père d’un petit garçon et sa femme attendait un deuxième. Il avait ses parents et deux sœurs au pays, ainsi que son unique frère qui avait disparu. Il était très pudique, mais en me parlant, il avait les yeux humides.

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La connaissance de la vie en France était essentielle pour l’intégration de Youssoup, les courses journalières, la maison et ses dépendances, les commerces, les rues, les places, les voyages, les guichets, les trains et les autobus. Tout pouvait être utile pour la vie de tous les jours et l’obtention de ses papiers. A l’époque des élections municipales, j’en profitais pour lui expliquer le système de gouvernement français – députés, sénateurs, Président , le drapeau français, et, à travers tout cela, la démocratie.

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La jeune femme de mon élève avait accouché d’une petite fille et je suis allée la voir à l’ hôpital. Une jolie femme souriante qui me faisait penser aux poupées russes me montra un bébé qui lui ressemblait déjà beaucoup avec sa petite figure ronde. Nous ne manquions pas de matériel de travail, mais un jour Youssoup, angoissé, est venu me dire qu’il avait reçu un avis d’expulsion. Il était entré par la Pologne et selon les accords de Dublin, il devait retourner en Pologne qui les renverrait d’où ils étaient venus ! Maladroitement, je lui dis :
– On va faire quelque chose ! N’ayez pas peur !
– L’ingouchi n’a pas peur ! me répondit-il fièrement.

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J’ai dû ajouter que je parlais pour sa famille, évidemment. J’avertis immédiatement notre directeur de l’enseignement qui appela l’association d’aide aux réfugiés pour savoir s’ils étaient informés.C’était le début de l’été, et comme les aides officialisées cessèrent, ils furent logés dans des lieux différents, sans aucune garantie de rester en France. J’avais demandé l’intervention du député et de la mairie, alléguant que leur petite fille était née en France, mais rien ne fut possible et Youssoup devint dépressif. Les classes ayant cessé en été, je les voyais rarement mais je suivais leurs déplacements dans des campings de différentes plages où ils étaient logés pour de courts séjours.
Un jour, j’avais été invitée par une charmante jeune femme franco- russe, chanteuse d’opéra, qui recevait pour la journée la famille de Youssoup dans sa maison de plage. Celui-ci lui fit traduire, avec ses mots à lui, sa gratitude à mon égard. Je fus très émue et malheureuse de ne pouvoir faire davantage. Ce fut la dernière fois que je les vis. Un jour, aidés probablement par la même filière de compatriotes que les avait fait venir, ils disparurent subitement, en laissant sur la table un biberon.C’est comme cela que les membres de l’association pour l’aide aux réfugiés, trouvèrent la maison vide.

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Quelques semaines plus tard, on reçut un appel téléphonique de Youssoup pour remercier tous ceux qui l’avaient aidé, lui et sa famille à Morlaix et il ajoutait qu’ils allaient bien et qu’ils étaient installés en Hollande. Bon sang ne saurait mentir : je n’attendais pas moins du fier tchétchène d’Ingouchie que j’avais eu la chance de connaître !