Les réfugiés républicains espagnols dans le Finistère

Les réfugiés républicains espagnols dans le Finistère

 

Flag_of_Spain_(1931_-_1939).par Mr Marcel Burel le 28 mars 2013

 

En France,la 2nde Guerre Mondiale a occulté cet épisode de la Guerre d’Espagne qui a concerné plus de 700 000 exilés espagnols sur le sol français
Avant 1936
L’Espagne est neutre en 14-18, et après cette guerre, la France manquant de main d’œuvre, accueille de très nombreux espagnols venus travailler surtout dans l’agriculture et dans le bâtiment. En 1921, 255 000 espagnols résident dans le sud de la France et environ 70 000 en région parisienne.

franco1936

16 février 36 : Le Frente Popular arrive au pouvoir par les élections.
Juillet 36 : des forces « nationalistes » rebelles, regroupées derrière le General Franco entreprennent la reconquête de l’Espagne, appuyées par des forces allemandes et italiennes, Elles attaquent d’abord le pays Basque, riche en mines de fer et de charbon dans la région de Bilbao( minerai en échange de livraisons d’armes de l’Allemagne hitlérienne). La guerre civile éclate et va durer près de 3 ans.
En France, le « Front Populaire » gagne en mai les élections mais Léon Blum , le Président du Conseil se contraint à la non-intervention en Espagne.

iHEMINGWAY
Face au spectre fasciste qui menace l’Europe,la gauche se mobilise : le Komintern crée les Brigades Internationales, les anarchistes intègrent la columna Durruti, George Orwell rejoint les rangs du POUM , Malraux contribue à la création de l’escadrille Espana, Hemingway couvre la Guerre d’Espagne du coté républicain.
_Guernica,_Ruinen

 

 

 

La Droite, ainsi que l’Eglise soutiennent Franco . Des intellectuels de droite Maritain, Duhamel,Mauriac, Bernanos, condamnent toutefois publiquement les exactions commises par les troupes dirigées par Franco( ex Guernica).
Pour fuir les bombardements , un exode massif de basques vers la France se dessine.Malgré les déchirements au sein des familles qui vont laisser des hommes combattre sur le terrain, entre 1936 et 1937, 120 000 basques vont arriver en France pour un exil provisoire.

En 36-37, la France subit une grave crise économique, ; des usines ferment, mais Léon Blum, en vertu du « droit d’asile », ouvre son carte Espagne_guerre_aoutpays et accepte d’accueillir ces « refugiés républicains espagnols ». Déjà, en Espagne,l’entraide s’était développée autour de ces populations civiles.

 

 

 

 

 

 

1937

Le Frente Popular basque et le gouvernement français s’accordent pour cet exode. Les hommes seront séparés et envoyés dans des camps d’internement, situés dans le sud de la France. Les femmes, les enfants (jusqu’à 16 ans), et les vieillards, seront envoyés dans de multiples communes au nord d’une ligne Lyon Bordeaux, mais pas en région parisienne.
Le ministère de l’intérieur va gérer les flux en les dirigeant vers les 77 départements retenus, en déléguant aux préfets la gestion concrète des arrivées, dans un climat d’improvisation : le nombre des arrivants n’étant pas connu à l’avance. C’est ainsi que le Finistère va accueillir un millier de basques. Ils arriveront pour beaucoup par Hendaye, puis la Palice, St Nazaire, et enfin Quimper par chemin de fer. De là, ils iront vers d’autres lieux d’accueil, notamment Morlaix où ils débarqueront par car.
CAPA GUERRE D4ESPAGNE3 juin 1937 : arrivée du 1er convoi à Quimper.
19 août 1937 : 13ème et dernier convoi.
Le convoi est attendu par un comité d’accueil (autorités locales : Préfet-Sous Préfet, Maire, Commissaire de Police), des médecins, les syndicats , les sympathisants politiques , les organisations caritatives , puis prise en charge « gastronomique » etc….) , vaccination contre la variole et enfin répartition dans les centres d’hébergements, anciennes casernes, colonies de vacances ( Le Dourdy, Poulgoazec, Roscanvel, Brest, Roscoff), et chez des particuliers. Les centres sont pris en charge par les communes.
Les bretons se sont montrés solidaires et généreux dans leur accueil, courageux politiquement.
28 août 1937 : la chute de Bilbao entraine des troubles importants parmi les réfugiés, et la question va se poser du retour en Espagne. Rentrer au Pays Basque, malgré la présence inquiétante des franquistes, aller en Catalogne, ou rester en France ? La plupart de ces républicains espagnols rentrent en Pays basque (2/3), les autres en Catalogne (1/3). Leur départ suscite une grande émotion, car les exemples furent nombreux de forts liens tissés entre ces 2 populations.

1938
NO PASARANl’Aragon est conquis par Franco. 25 000 Aragonais s’exilent mais ne viennent pas dans le Finistère.

 

 

 

 

 

 

1939

REP TRANFERT FRANCE
la retirada

La chute de Barcelone le 26 janvier 1939, puis celle de Madrid le 29 mars. S’en suit La Retirada, du mot « retraite » en espagnol : l’exode des réfugiés espagnols. À partir de février 1939, près de 500 000 républicains franchissent la frontière , suite à la chute de la 2nde République Espagnole et à la victoire du général Franco .
Après quelques hésitations de la part du Gouvernement français,la frontière est finalement ouverte le 27 janvier , afin de leur permettre d’échapper à l’impitoyable répression phalangiste (35 000 exécutions) . Cette ouverture n’est, dans un premier temps, concédée qu’aux civils les gardes mobiles et un régiment de tirailleurs sénégalais faisant le tri, repoussant même les hommes valides , par la force au besoin . Lors de l’entrée sur le territoire français, les réfugiés sont dépouillés de tout : armes, mais aussi bijoux, argent liquide, etc
À partir du 5 février, ce qui reste de l’armée républicaine est autorisée à franchir la frontière : ce sont 250 000 combattants qui s’ajoutent aux 250 000 premiers réfugiés.
Les autorités françaises ont sous-estimé l’ampleur de l’exode. En mars, ce sont 264 000 Espagnols qui se serrent dans les camps des P.O. quand la population départementale s’élève à moins de 240 000 personnes.
un camp argelèsEt c’est cet hiver 1939, extrêmement froid, qui va voir arriver à nouveau dans le Finistère, de nombreux réfugiés (568 à Morlaix). Le 1er convoi de catalans arrive à Quimper le 31 janvier 1939
A nouveau l’accueil, les appels aux dons, la solidarité vont œuvrer pour la survie de ces réfugiés, arrivés pour beaucoup dans un état physique critique. Il ne fait pas chaud en février dans les colonies de vacances bretonnes, ou à la caserne de Sourdis à Roscanvel

Par exemple : Le maire de Landerneau (Rolland) se charge d’acheter des bicyclettes pour distraire les enfants réfugiés de Roscanvel ! bel exemple …parmi beaucoup d’autres… dont l’enterrement de cette petite espagnole de 3 ans décédée suite aux gelures des mains et pieds, organisé par les civils français et espagnols, car le curé avait refusé son église à une « rouge »…
CAMPS D4INTERNEMENTLes mêmes stratégies d’accueil qu’en 1937, sont mises en place. A Morlaix, notamment, 108 républicains espagnols arrivent en février 39, et sont accueillis avec les honneurs habituels. Ils sont repartis entre l’hôpital pour quelques blesses, la Maison du Peuple, le Bureau de Bienfaisance, et de nombreuses familles. Les agriculteurs étaient réticents à cet accueil pour la bonne raison que les réfugiés n’avaient pas le droit de travailler
Le 29 mars 1939 Franco est à Madrid. Il a gagné cette terrible guerre civile et il va falloir composer avec lui. Le régime franquiste se met en place et ré- ouvre ses frontières aux exilés qui veulent rentrer( quota de 6000 / jour permettant le filtrage). Mais que cache ce régime avec ses prisons et la terreur qui y règne ? A nouveau les femmes, loin de leurs hommes vont devoir décider. Les familles d’origine paysanne rentrent, 57 000 par Hendaye et 43 000 par Le Perthus mais tous ceux engagés politiquement ou syndicalement ne veulent pas rentrer.
Certains sont purement et simplement renvoyés en Espagne : ils seront en grand nombre incarcérés ou exécutés.
La France suggère des exils lointains vers le Mexique, l’Argentine,le Chili ,Saint Domingue , même la Russie. Elle met même à la disposition des réfugiés espagnols, des navires.  Le Winnipeg, affrêté par Pablo Neruda accoste avec 2500 réfugiés politiques à Valparaiso au Chili.
Le Mexique notamment accueille 15 000 émigrants (premier départ de Sète le 24 mai) ; entre 10 000 et 25 000 Espagnols quittent la France pour d’autres pays
arrivée du Winnipeg à ValparaisoCertains restent en France( ex Jorge Semprun,Paco  Rabane), et la guerre qui va être déclarée le 2 septembre 1939, verra ces espagnols « finistériens » faits prisonniers par les allemands. Certains d’entre eux sont contraints de participer  à la construction de la Base sous marine de Brest.
Ces 2 années 1937 et 1939 ont vu le Finistère accueillir entre 4000 et 6000 réfugiés républicains espagnols. Leurs descendants, par le biais d’associations, d’expositions, font en sorte que cette histoire demeure, car son intensité a marqué bien des familles espagnoles et bretonnes.

 

 

Cf : Association MERE 29