La Mécanique du Vivant par Jean-Pierre HENRY

La Mécanique du Vivant

Jean-Pierre Henry

Directeur de Recherche Émérite CNRS
Université Paris Diderot

 

 

« Le commencement de toutes les sciences, c’est l’étonnement de ce que les choses sont ce qu’elles sont » Aristote.
Jean-Pierre HENRY, Biologiste

 

Faire connaître l’état de la science sur des grands questions que chacun se pose ou pourrait se poser est l’un des objectifs de la Mécanique du Vivant. Ont été abordés les thèmes suivants :

1) Comment fonctionne la cellule : cette « brique » du vivant possède tous les attributs de la vie ;
2) D’où tirons notre énergie : chaque cellule comporte de nombreux moteurs rotatifs tournant à vive allure (6000t/min) ;

3) Quels sont les mécanismes de l‘hérédité, permettant la transmission des caractères héréditaires ;
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Les combattants républicains espagnols exilés en Bretagne.LA LETTRE A GABRIELLE,

Gabrielle Garcia,Source Le Télégramme

LA  LETTRE  A  GABRIELLE

Film suivi d’une discussion avec Gabrielle GARCIA

CR Intervention Gabrielle Garcia 2017X

«L’histoire est écrite par les vainqueurs» disait Winston Churchill. Vae victis !
Le régime franquiste a imposé sa propre version de l’ histoire de l’Espagne pendant plus de 40 ans, aboutissant à une véritable amnésie de la guerre civile (36-39) et des vaincus de cette guerre : le camp républicain.
Depuis les années 90, un certain nombre d’historiens sur la base de documents déclassifiés et du recueil de témoignages des survivants de cette époque ont tenté de restituer des pans d’histoire totalement occultés. Lire la suite

Une rencontre extraordinaire par Marcel MESCAM

Une rencontre extraordinaire

Marcel Mescam

Janvier 2017

Lors d’un voyage au Pérou, j’ai fait une rencontre extraordinaire.

Du belvédère où nous sommes postés, mes compagnons, appareils photos prêts à tirer, guettent celui pour qui nous avons fait une halte. Moi, j’ai pris la sente pour aller me positionner à l’à-pic, à l’écart du groupe. Nous sommes silencieux. Le roi des Andes mérite le respect, la beauté des lieux aussi. De mon observatoire je savoure le calme et profite pleinement de cet isolement momentané. J’admire cette nature grandiose. Soudain, sur ma gauche, celui qu’on nous avait promis de découvrir, prend son envol d’un rocher escarpé. Quelle émotion ! Ça y est, je le vois enfin ! Il plane majestueusement à quelques dizaines de mètres de moi. Peu importe si les autres ne l’aperçoivent pas, je zoome et clic ! C’est dans la boîte. Je pourrai au moins leur fournir la preuve de ma découverte. Quel moment intense ! Je me sens seul au monde. Il est là, là, sous mes yeux ! Quel bonheur ! Il s’élève en tournoyant dans le ciel azuréen, puis il entame sa descente. Impressionnant ! Il est impressionnant. Clic !… Clic ! Mais… mais… il s’approche de moi ! Il se pose en douceur sur la roche, à mes côtés…je suis estomaqué.

– Bonjour. Quelle chance de te rencontrer. Ça ne te gêne pas si l’on se tutoie j’espère ?

– Euh … non… pas du tout.

– Tant mieux. Je t’ai observé, isolé, loin de ces chasseurs d’exclusivité. Tu m’as semblé sympathique et j’ai envie de te faire confiance. Veux-tu que je t’explique qui je suis, quelle est ma vie et quel est mon avenir ?

– Je le veux bien.

– Tout d’abord je suis le plus grand oiseau volant de l’hémisphère ouest. Je mesure 1,30m pour une envergure de 3,50m et je pèse 13 kg. Mon espérance de vie en liberté dépasse cinquante ans.

– En effet, tu en imposes.

– Comme tu le vois, je vis généralement entre 3 000 et 5 000 mètres d’altitude, voire plus. Je privilégie les endroits inaccessibles. Mon habitat se situe autour de prairies ouvertes et de montagnes boisées.

– Sûr que tu as fait le bon choix. C’est très beau.

– Les variations d’altitude et de pression d’air m’ont obligé à m’adapter physiologiquement. Pour économiser mes forces, je me laisse donc porter par les courants ascendants chauds. Ainsi je me déplace sur de grandes distances en planant.

– C’est bien pratique. Nous, à cette hauteur, on s’essouffle, on nous donne des pastilles de coca et, dans le car, la bouteille d’oxygène est prête.

– Oui, et en vérité vos gaz d’échappement polluent l’atmosphère !

– Je crois que le monde a commencé à prendre conscience du problème. Tous se disent écolos de nos jours.

– Bref ! Pour le bien-être de l’humanité, réglez au plus vite ce problème. Mais, sais-tu que je suis un charognard ? Je ne suis pas équipé pour la chasse, aussi, de mon poste d’observation imprenable, mes yeux exercés détectent les carcasses en décomposition et surveillent les troupeaux. J’arrive silencieusement, et, par surprise, j’écarte une bête du groupe, et l’amène à tomber et se blesser. Elle est alors à ma merci. Il faut bien vivre n’est-ce pas ?

– Bien sûr.

– J’aime les grandes carcasses, mes préférées sont celles de l’alpaga, mais je ne dédaigne pas celles des bovins ni des ovins.

– Dans ce cas tu dois te régaler.

– Oui, mais point trop. Au-delà de neuf cent grammes de viande je suis incapable de m’envoler.

– Ça alors, c’est surprenant.

– Peut-être bien. Sais-tu également que je suis le symbole national de plusieurs pays ? Mon rôle est important dans le folklore et la mythologie andine.

– Félicitations. Tu dois en être fier.

– Assez, merci. Seulement je suis menacé, mon habitat se réduit et ceux de mon espèce sont souvent empoisonnés par la nourriture qu’ils ingurgitent. Elle-même l’étant déjà. Pourtant mon rôle n’est pas négligeable pour l’écosystème, je nettoie les carcasses en putréfaction, assurant ainsi la non-contamination des sols et des sources d’eau.

– Et qu’attends-tu de moi ?

– Tu as ma confiance. Je serais très heureux que tu sois le protecteur de mon espèce. Nous avons bien besoin d’être entendus. Va dire au monde entier dans quelle situation nous sommes. Je peux compter sur toi ?

– Certainement.

– Merci, grand merci. Je savais qu’en me rapprochant de toi je trouverai une belle personne. Retourne maintenant auprès de tes amis. Dis-leur d’armer leurs appareils. Je vais alerter les miens. La famille des condors des Andes va vous faire une démonstration de vol.

– Adieu mon ami. Jamais je ne t’oublierai.

Les réfugiés républicains espagnols dans le Finistère

Les réfugiés républicains espagnols dans le Finistère

 

Flag_of_Spain_(1931_-_1939).par Mr Marcel Burel le 28 mars 2013

 

En France,la 2nde Guerre Mondiale a occulté cet épisode de la Guerre d’Espagne qui a concerné plus de 700 000 exilés espagnols sur le sol français
Avant 1936
L’Espagne est neutre en 14-18, et après cette guerre, la France manquant de main d’œuvre, accueille de très nombreux espagnols venus travailler surtout dans l’agriculture et dans le bâtiment. En 1921, 255 000 espagnols résident dans le sud de la France et environ 70 000 en région parisienne.

franco1936

16 février 36 : Le Frente Popular arrive au pouvoir par les élections.
Juillet 36 : des forces « nationalistes » rebelles, regroupées derrière le General Franco entreprennent la reconquête de l’Espagne, appuyées par des forces allemandes et italiennes, Elles attaquent d’abord le pays Basque, riche en mines de fer et de charbon dans la région de Bilbao( minerai en échange de livraisons d’armes de l’Allemagne hitlérienne). La guerre civile éclate et va durer près de 3 ans.
En France, le « Front Populaire » gagne en mai les élections mais Léon Blum , le Président du Conseil se contraint à la non-intervention en Espagne.

iHEMINGWAY
Face au spectre fasciste qui menace l’Europe,la gauche se mobilise : le Komintern crée les Brigades Internationales, les anarchistes intègrent la columna Durruti, George Orwell rejoint les rangs du POUM , Malraux contribue à la création de l’escadrille Espana, Hemingway couvre la Guerre d’Espagne du coté républicain.
_Guernica,_Ruinen

 

 

 

La Droite, ainsi que l’Eglise soutiennent Franco . Des intellectuels de droite Maritain, Duhamel,Mauriac, Bernanos, condamnent toutefois publiquement les exactions commises par les troupes dirigées par Franco( ex Guernica).
Pour fuir les bombardements , un exode massif de basques vers la France se dessine.Malgré les déchirements au sein des familles qui vont laisser des hommes combattre sur le terrain, entre 1936 et 1937, 120 000 basques vont arriver en France pour un exil provisoire.

En 36-37, la France subit une grave crise économique, ; des usines ferment, mais Léon Blum, en vertu du « droit d’asile », ouvre son carte Espagne_guerre_aoutpays et accepte d’accueillir ces « refugiés républicains espagnols ». Déjà, en Espagne,l’entraide s’était développée autour de ces populations civiles.

 

 

 

 

 

 

1937

Le Frente Popular basque et le gouvernement français s’accordent pour cet exode. Les hommes seront séparés et envoyés dans des camps d’internement, situés dans le sud de la France. Les femmes, les enfants (jusqu’à 16 ans), et les vieillards, seront envoyés dans de multiples communes au nord d’une ligne Lyon Bordeaux, mais pas en région parisienne.
Le ministère de l’intérieur va gérer les flux en les dirigeant vers les 77 départements retenus, en déléguant aux préfets la gestion concrète des arrivées, dans un climat d’improvisation : le nombre des arrivants n’étant pas connu à l’avance. C’est ainsi que le Finistère va accueillir un millier de basques. Ils arriveront pour beaucoup par Hendaye, puis la Palice, St Nazaire, et enfin Quimper par chemin de fer. De là, ils iront vers d’autres lieux d’accueil, notamment Morlaix où ils débarqueront par car.
CAPA GUERRE D4ESPAGNE3 juin 1937 : arrivée du 1er convoi à Quimper.
19 août 1937 : 13ème et dernier convoi.
Le convoi est attendu par un comité d’accueil (autorités locales : Préfet-Sous Préfet, Maire, Commissaire de Police), des médecins, les syndicats , les sympathisants politiques , les organisations caritatives , puis prise en charge « gastronomique » etc….) , vaccination contre la variole et enfin répartition dans les centres d’hébergements, anciennes casernes, colonies de vacances ( Le Dourdy, Poulgoazec, Roscanvel, Brest, Roscoff), et chez des particuliers. Les centres sont pris en charge par les communes.
Les bretons se sont montrés solidaires et généreux dans leur accueil, courageux politiquement.
28 août 1937 : la chute de Bilbao entraine des troubles importants parmi les réfugiés, et la question va se poser du retour en Espagne. Rentrer au Pays Basque, malgré la présence inquiétante des franquistes, aller en Catalogne, ou rester en France ? La plupart de ces républicains espagnols rentrent en Pays basque (2/3), les autres en Catalogne (1/3). Leur départ suscite une grande émotion, car les exemples furent nombreux de forts liens tissés entre ces 2 populations.

1938
NO PASARANl’Aragon est conquis par Franco. 25 000 Aragonais s’exilent mais ne viennent pas dans le Finistère.

 

 

 

 

 

 

1939

REP TRANFERT FRANCE
la retirada

La chute de Barcelone le 26 janvier 1939, puis celle de Madrid le 29 mars. S’en suit La Retirada, du mot « retraite » en espagnol : l’exode des réfugiés espagnols. À partir de février 1939, près de 500 000 républicains franchissent la frontière , suite à la chute de la 2nde République Espagnole et à la victoire du général Franco .
Après quelques hésitations de la part du Gouvernement français,la frontière est finalement ouverte le 27 janvier , afin de leur permettre d’échapper à l’impitoyable répression phalangiste (35 000 exécutions) . Cette ouverture n’est, dans un premier temps, concédée qu’aux civils les gardes mobiles et un régiment de tirailleurs sénégalais faisant le tri, repoussant même les hommes valides , par la force au besoin . Lors de l’entrée sur le territoire français, les réfugiés sont dépouillés de tout : armes, mais aussi bijoux, argent liquide, etc
À partir du 5 février, ce qui reste de l’armée républicaine est autorisée à franchir la frontière : ce sont 250 000 combattants qui s’ajoutent aux 250 000 premiers réfugiés.
Les autorités françaises ont sous-estimé l’ampleur de l’exode. En mars, ce sont 264 000 Espagnols qui se serrent dans les camps des P.O. quand la population départementale s’élève à moins de 240 000 personnes.
un camp argelèsEt c’est cet hiver 1939, extrêmement froid, qui va voir arriver à nouveau dans le Finistère, de nombreux réfugiés (568 à Morlaix). Le 1er convoi de catalans arrive à Quimper le 31 janvier 1939
A nouveau l’accueil, les appels aux dons, la solidarité vont œuvrer pour la survie de ces réfugiés, arrivés pour beaucoup dans un état physique critique. Il ne fait pas chaud en février dans les colonies de vacances bretonnes, ou à la caserne de Sourdis à Roscanvel

Par exemple : Le maire de Landerneau (Rolland) se charge d’acheter des bicyclettes pour distraire les enfants réfugiés de Roscanvel ! bel exemple …parmi beaucoup d’autres… dont l’enterrement de cette petite espagnole de 3 ans décédée suite aux gelures des mains et pieds, organisé par les civils français et espagnols, car le curé avait refusé son église à une « rouge »…
CAMPS D4INTERNEMENTLes mêmes stratégies d’accueil qu’en 1937, sont mises en place. A Morlaix, notamment, 108 républicains espagnols arrivent en février 39, et sont accueillis avec les honneurs habituels. Ils sont repartis entre l’hôpital pour quelques blesses, la Maison du Peuple, le Bureau de Bienfaisance, et de nombreuses familles. Les agriculteurs étaient réticents à cet accueil pour la bonne raison que les réfugiés n’avaient pas le droit de travailler
Le 29 mars 1939 Franco est à Madrid. Il a gagné cette terrible guerre civile et il va falloir composer avec lui. Le régime franquiste se met en place et ré- ouvre ses frontières aux exilés qui veulent rentrer( quota de 6000 / jour permettant le filtrage). Mais que cache ce régime avec ses prisons et la terreur qui y règne ? A nouveau les femmes, loin de leurs hommes vont devoir décider. Les familles d’origine paysanne rentrent, 57 000 par Hendaye et 43 000 par Le Perthus mais tous ceux engagés politiquement ou syndicalement ne veulent pas rentrer.
Certains sont purement et simplement renvoyés en Espagne : ils seront en grand nombre incarcérés ou exécutés.
La France suggère des exils lointains vers le Mexique, l’Argentine,le Chili ,Saint Domingue , même la Russie. Elle met même à la disposition des réfugiés espagnols, des navires.  Le Winnipeg, affrêté par Pablo Neruda accoste avec 2500 réfugiés politiques à Valparaiso au Chili.
Le Mexique notamment accueille 15 000 émigrants (premier départ de Sète le 24 mai) ; entre 10 000 et 25 000 Espagnols quittent la France pour d’autres pays
arrivée du Winnipeg à ValparaisoCertains restent en France( ex Jorge Semprun,Paco  Rabane), et la guerre qui va être déclarée le 2 septembre 1939, verra ces espagnols « finistériens » faits prisonniers par les allemands. Certains d’entre eux sont contraints de participer  à la construction de la Base sous marine de Brest.
Ces 2 années 1937 et 1939 ont vu le Finistère accueillir entre 4000 et 6000 réfugiés républicains espagnols. Leurs descendants, par le biais d’associations, d’expositions, font en sorte que cette histoire demeure, car son intensité a marqué bien des familles espagnoles et bretonnes.

 

 

Cf : Association MERE 29

L’attaque franquiste du sous-marin C2 à Brest

  L’attaque franquiste du sous-marin C2  à Brest

 par  Patrick GOURLAY, Professeur d’Histoire.

nuit-franquiste-sur-brest-vpatrick gourlayEn pleine guerre d’Espagne, un sous-marin républicain trouve refuge à Brest, le grand port de guerre de l’Atlantique. Aussitôt les services secrets du Général Franco complotent pour venir à Brest s’emparer du sous-marin et mettent à exécution leur projet.
Au-delà des péripéties,ces évènements agissent aussi comme un révélateur du climat de guerre civile qui traverse la société française en 1937.

 

 

 

 

1 Les raisons de la présence d’un sous-marin espagnol à Brest

a) le soulèvement militaire et ses implications pour la marine
Lorsque l’Armée d’Afrique du Nord, conduite par le général Franco, se soulève contre le gouvernement républicain,

General FRANCO
General FRANCO

la flottille de sous-marins est stationnée à Carthagène. Elle reçoit l’ordre de se positionner dans le détroit pour contrôler les mouvements de troupes entre l’Afrique (Maroc) et la péninsule ibérique. Elle est formée des C-1, C-2, C-3, C-4, C-5, C-6, B-5 et B-6. Les autres sous-marins (B-1, B-2, B-3 et B-4) sont stationnés aux Baléares .
Ce soulèvement déchire la marine espagnole : de nombreuses mutineries ont lieu. Beaucoup de cadres et officiers de la marine sympathisent avec les mutins : destitution sur le champ, emprisonnement et souvent exécution sans autre forme de procès. Les sous-marins ne font pas exception à la règle. Cependant, les conditions d’emploi propres à l’arme sous-marine génèrent des liens plus étroits qu’à bord des unités de surface. La promiscuité et une technicité plus importante impliquent une plus grande dépendance des marins vis-à-vis des officiers. En cas de mutinerie les officiers subalternes et les marins hésitent donc à prendre le contrôle de ces navires. Le commandement est alors laissé aux officiers, seuls à disposer de la compétence technique pour conduire cette arme, tout en les soumettant a une étroite surveillance.
Le climat insurrectionnel ambiant conduit à une purge au sein de la marine espagnole : bon nombre d’officiers sont débarqués et emprisonnés.

Aout 36
Aout 36
octobre 37
octobre 37

b) les conséquences de l’avancée vers le Nord de l’Espagne des troupes insurgées
Les populations civiles de la poche républicaine située au Nord de la péninsule et les militaires républicains qui s’y trouvent fuient le  pays devant l’avancée des troupes de Franco  et s’embarquent pour la France.Entre 5 et 6 000 débarqueront dans le Finistère , et ceci sous le contrôle des autorités françaises.
Par contre , quand arrive le C2, navire de guerre espagnol, les autorités françaises sont bien embarrassées… : un navire de guerre étranger à l’improviste dans un port de guerre français.
b1 raisons de l’arrivée sur Brest le 1er Septembre
Les sous marins C2 et C4 , sous l’autorité du gouvernement républicain avaient été affectés à la protection des ports de l’Atlantique (Gijon et Bilbao)
Le 26 Aout 1937, le port El Musel de Gijon est l’objet d’un bombardement aérien qui endommage les C 2 et C4
Passant outre aux ordres de l’Etat Major, les sous-marins jugés inaptes au combat par leurs commandants quittent la zone de guerre pour se réfugier en France au motif d’effectuer les réparations: le C4 se dirige vers Bordeaux, le C 2 met le cap sur Brest.
b2 intérêt du C2 pour les forces insurgées
Les insurgés ne disposent pas de sous-marins : ils sont dans l’obligation de faire appel à leurs alliés italiens et allemands pour envoyer par le fond les ravitaillements républicains qui arrivent par mer.
Situation inconfortable pour les généraux rebelles.

Par ailleurs,le C4 trop endommagé, stationné à Bordeaux, n’est pas en mesure de prendre la mer.

Prendre un navire de guerre à la barbe des républicains et des autorités françaises dans un port militaire français, quel coup d’éclat et quelle propagande pour le mouvement nationaliste !!!
b3 la situation politique en France
Le Gouvernement de Front Populaire s’est engagé dans la non-intervention en Espagne : toutefois P Cot assisté de J Moulin font passer en sous main du matériel au Frente Popular, tandis qu’Hitler et Mussolini interviennent directement sur le champ de bataille : troupes , aviation,armement…
Certains éléments de l »Extrême Droite française après l’échec du 06 Février 1934 se radicalisent, convaincus (ou s’étant convaincus) de l’imminence du Grand Soir. Pour barrer la route au péril rouge, ils s’organisent en formation para-militaire et s’engagent dans une étroite collaboration avec les fascistes , les nazis  et leurs services secrets.
Climat politique délétère en France , proche de la guerre civile: l’effondrement de la IIIème République se rapproche.

2 L’attaque du C2 par le commando

periodico-troncoso-2
Commandant Troncoso

21 les principaux protagonistes
le commandant du C2 :Jose Luis Ferrando Talayero,28 ans ,sauvé   in extremis du peloton d’exécution coté républicain en 36 est depuis le 6 juillet 37 le nouveau commandant. Il a convaincu l’équipage de faire route sur Brest ;dès son arrivée il fait savoir aux forces franquistes par l’intermédiaire de Mocaër , consul d’Espagne à Brest que le bateau est à quai au port de commerce( quai Malbert). Politiquement,il penche pour la rébellion.Le lendemain de son arrivée , il s’en va à l’Ambassade d’Espagne à Paris pour rendre compte et prendre ses instructions.
– le comandante Troncoso : proche des frères Franco, secondé par le capitaine Ibanez, il est officiellement gouverneur militaire d’Irun. Il est en fait l’un des dirigeants du  SINFE
– le SINFE (Servicio de Información en la Frontera Noroeste de España : en clair les services secrets), fondé dès le soulèvement par le Général Mola organise en France la surveillance des républicains espagnols,le ravitaillement en

General MOLA
General MOLA

armes de ces derniers, la destruction des matériels militaires républicains(ex avions destines à la République espagnole), la « récupération » manu militari des bateaux républicains dans les ports français,
-des français membres de La Cagoule qui jouent le rôle de supplétifs dans l’affaire (repérage, mise à disposition de véhicules,…) : Robet( de Douarnenez), Chaix, Pardo
– la Cagoule : De véritables enfants de chœur qui ont à leur actif notamment :
. l’assassinat le 23 janvier 1937 du soviétique Dimitri Navachine, directeur de la Banque commerciale pour l’Europe du Nord, assassiné à coups de baïonnette
. Dès le soulèvement de 36 aux côtés des franquistes : livraison d’armes ,sabotage de voies ferrées reliant la France à l’Espagne, intimidation de partisans des républicains, destruction de navires ravitaillant les antifranquistes… .sabotage d’avions destinés aux républicains sur l’aérodrome de Toussus le Noble dans la nuit du 28 au 29 août 1937
. assassinat de Carlo et Nello Rosselli. le 9 juin 1937 à Bagnoles de l’Orne sur ordre de Mussolini
. le 11 septembre 1937, destruction à la bombe du siège de la Confédération Générale du Patronat Français et celui de l’Union des Industries Métallurgiques dans le but de faire accuser les communistes.

. sabotage sur les docks de Marseille et de Bordeaux, incendie à bord du Turia à quai à Nice, bombe au Consulat

Buenaventura DURRUTI
Buenaventura DURRUTI

d’Espagne à Perpignan

– le Servicio de Informacion y de Coordinacion de la CNT et le SIEP proche des anarchistes espagnols  (B. Durruti)

.
22 l’attaque
221 tentative de débauchage de l’équipage
Opérant à visage découvert ( Hôtel Moderne Brest – auto garage Brest – l’Hermitage), les membres du commando(une dizaine) essaient de convaincre l’équipage de rejoindre les troupes insurgées ( médiation de Mingua). Sans succès.
Le bâtiment était étroitement surveillé par les communistes, socialistes et anarchistes brestois qui pressentaient un coup de force ; ces derniers ayant des informations de première main sur les projets du commando..
222 l’assaut :Le capitaine Las Herras , commandant du C4, a rejoint le commando .Le 28 septembre 37, il s’introduit sur le C2 en compagnie de ses acolytes. Troncoso neutralise l’équipage réduit ce jour-là à 12 ( sur 47 membres au total). Le commando n’arrive pas à faire démarrer les moteurs Vickers du sous-marin. Un membre du PAPIER TRONCOSO_commando, Garabain Goni est abattu .( Au large , mouillait un navire espagnol chargé du ravitaillement en cas de sortie du C 2). Attaque avortée.
223   fuite du commando en compagnie du commandant Ferrando et son chef mécanicien : certains réussissent à passer en Espagne dont Troncoso. Par contre 6 d’entre eux se font arrêter le lendemain à Bordeaux et le chauffeur de Troncoso à Hendaye : des anarchistes espagnols infiltrés dans l’organisation Troncoso ont donné leur signalement à la Police française, facilitant l’arrestation des comploteurs.
Troncoso, sûr de son impunité sur le sol de cette république vacillante à ses yeux, revient sur le territoire français pour faire libérer son chauffeur. Sur instruction du Ministre Marx Dormoy, il est arrêté et transféré à Brest à la prison du Bouguen
L’affaire fait la une des journaux français mais aussi étrangers : certains estiment que l’affaire est une affaire strictement espagnole, d’autres que le péril fasciste se rapproche…
23 le procès

Orendain-Troncoso-Chaix -Serrat au sortir du procès
Orendain-Troncoso-Chaix -Serrat au sortir du procès

Les temps ont changé :Blum a cédé sa place à Daladier qui privilégie l’apaisement avec Franco, considéré comme le futur vainqueur de la guerre civile.En mars 1938, le procès en correctionnelle est vite bâclé. Aux 2 condamnés, il leur reste 3 jours de prison à purger … le temps de boucler les valises pour l’Espagne.
La succession rapprochée d’évènements graves en cette année 37 ( attentats ,assassinats ciblés, plasticage,..) ferait-elle partie d’un plan visant à la déstabilisation du pays par des éléments extrémistes nationaux et étrangers : la Sureté Nationale juge la situation préoccupante.

 

 

24 épilogue
submarino c_2le C2
Il quitte le quai de l’Arsenal de Brest (où il avait été finalement amarré) pour les Chantiers Navals de St Nazaire où il subit 2 sabotages ( machines et batteries)
Avaries partiellement réparées, le navire reprend la mer sous le commandement du capitaine de frégate soviétique Nicolai Pavlovich Equipko,(Juan Valdés) le 17 juin 1938 et arrive à Cartagène le 25 août 1938 .
le commandant Troncoso : élevé au grade de lieutenant-colonel pendant son incarcération , perdu pour l’espionnage,  il reprend le combat sur le sol espagnol et sera nommé en 1939  Président de la Fédération espagnole de Football , puis sera Vice Président du Real Madrid. Il poursuivra son ascension dans les milieux franquistes.

 

Livre : Nuit Française sur Brest, éditions Coop-Breiz, 2013

Réf : 01CY-Jmayo6