La Manu de Morlaix

La conversion d’une friche industrielle en un nouvel espace de vie culturelle

 

par M Thierry Seguin, prof en Arts du Spectacle à Rennes, administrateur Théâtre de l’Entresort

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Sur les friches industrielles

Les 3 révolutions industrielles avec rupture technologique espacées d’un siècle ont laissé des friches industrielles , situées pour une part au coeur même des cités, pour d’autres en périphérie des villes qui dans leur développement les ont absorbées ;
Pour mémoire
1ère révolution industrielle vers 1770 : charbon, acier, textile
2nde révolution industrielle vers 1870 :chimie, électricité, aluminium, automobile
3ème révolution industrielle vers 1970 : informatique – internet
L’emploi agricole avant la 1ère révolution a cédé sa place prépondérante à l’emploi industriel puis à l’emploi tertiaire,
Cette évolution de l’emploi a provoqué une révolution de l’urbanisme : des villes defensives du Moyen âge aux villes industrielles interconnectées , puis aux villes « pavillonnaires » actuelles très étalées ( densité urbaine divisée par 2 , espace occupé x 4 en 30 ans)
60 % des français vivent dans des villes de plus de 100 000 Hab.
Parallèlement en Occident, l’espérance de vie n’a cessé de croître
L’urbanisation massive des populations ,couplée à une espérance de vie plus importante et à une réduction de la période travaillée sur une existence crée une demande croissante de « biens culturels »,
Pour l’illustrer :
un européen regarde en moyenne la télévision 4 heures par jour (5 heures pour un nord-américain)
l’économie culturelle qui regroupe la création artistique, la production culturelle et les métiers de la mode représentent en 2008 en Europe 700 Milliards € contre 275 Milliards pour la production automobile.
En vingt ans , le nombre des espaces culturels s’est multiplié en Bretagne ( sans parler de la croissance de leur capacité d’accueil )
Les friches industrielles délaissées par leurs propriétaires ont été transformées successivement en squats , en ateliers par des artistes ( peintres, etc), en espace de vie par adjonction de cafés…
Dans un 2ème temps, les collectivités territoriales, réticentes au départ , ont « patrimonialisé » ces friches ( musée de mémoire collective) puis ont décidé de créer sur ces friches et/ou avec ces friches de nouveaux quartiers de ville à forte implantation culturelle

Des réalisations à Nantes, à Paris, ……

L.U. le lieu unique
l uSituée en bordure du Canal Saint-Félix, à proximité de la gare SNCF et du centre ville, l’ex-usine LU revit depuis le 1er janvier 2000 au rythme d’un centre d’arts atypique : le lieu unique.
Scène nationale de Nantes, il est un espace d’exploration artistique, de bouillonnement culturel et de convivialité qui mélange les genres, les cultures et les publics. S’y côtoient : arts plastiques, théâtre, danse, cirque, musique, mais aussi littérature, philo, architecture et arts gustatifs.
chaque année :
• plus d’une quarantaine de spectacles de théâtre, de danse, de cirque, de concerts, de rencontres littéraires, de débats philosophiques…
• plus de 200 jours d’expositions et de résidences d’artistes – des temps forts (Locus Solus, Un Week-end Singulier, Les rencontres de Sophie…) et un Labo Utile ouvert à tous (littérature, architecture, musique, philosophie…)
• 550 000 passages et plus de 100 000 spectateurs pour les activités artistiques.
L’ile de Nantes
vaste territoire de 337 hectares au bord du fleuve, l’Ile de Nantes occupe une position géographique centrale au cœur de la ville. Bastion industriel à partir du XIXe siècle, elle vit la fin des chantiers navals (Dubigeon – Chantiers de l’Atlantique)en 1987 comme un traumatisme.
Après presque 10 ans de réflexion (1989-1997), la Ville confie à l’équipe d’architectes-paysagistes Alexandre Chemetoff/Jean-Louis Berthomieu la mission d’imaginer le projet urbain de l’île de Nantes.
L’aménagement et la création d’espaces publics constituent la colonne vertébrale du projet : places publiques, squares et quais de Loire comme lieux de respiration ; circulations douces, piétonnes et cyclables favorisées ; transports collectifs structurants avec la les géantsligne 4 de BusWay et la future ligne Chronobus C5.
Autour d’eux, c’est toute une vie de quartier qui se développe : des programmes d’habitat variés et de qualité avec 25% de locatif social sur les opérations neuves ; des équipements publics pour répondre aux besoins des habitants ; des commerces de proximité.
L’île de Nantes contribue au rayonnement économique de la métropole. Auprès des industries encore présentes sur le site, de nouvelles activités se développent autour de l’économie de la connaissance (développement du Quartier de la Création) et d’une nouvelle offre culturelle et touristique : les Machines ( le Grand Eléphant, ….), les nefs, le hangar à bananes, la Fabrique, mais aussi Estuaire ou les Rencontres du fleuve .
Le Cent Quatre à Paris
Le bâtiment des pompes funèbres de Paris , inauguré en 1874 au 104 de l’ancienne rue des Vertus était composé de deux grandes halles dotées de verrières, de quais de déchargement, de cours anglaises, d’écuries et de caves sur plus de 270 mètres de long, et a cent quatreété inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques en 1997.
A l’arrêt de son activité, le maire de Paris en 2003 a décidé de réhabiliter l’ensemble architectural dans une démarche de renouvellement urbain . Inauguré le samedi 11 octobre 2008 ,le Cent Quatre s’étend sur une parcelle de 15 848 m2. Sa surface totale est de 36 800 m2 dont 7 300 m2 de parkings et 4 500 m2 de traversée centrale, soit 25 000 m2 de surfaces exploitables.
un pôle évènementiel et commercial de 2 500 m2 qui peut se déployer sur deux niveaux.
2 salles de spectacles de 200 à 400 places
4 000 m2 de plateaux de fabrication et de production répartis en 16 ateliers et 18 bureaux .
6 appartements allant du studio au 4 pièces.
jauge maximum : 5000 personnes ; 200 artistes en permanence sur le lieu. ;60 permanents
110 millions d’euros d’investissement financé à 100 % par la Ville de Paris 12 millions € de fonctionnement/an
Le recyclage des monuments ne date pas d’hier (cf la mosquée de Cordoue transformée en cathédrale ou Sainte-Sophie)

 

Le projet culturel à la « MANU »

Ouverte en 1740, la Manufacture Nationale des Tabacs a fermé définitivement ses portes en 2004 , laissant vacant 31 000 m2 bâtis.
Dès 2001, la CCI de Morlaix avait racheté la totalité du site pour le préserver ,avec classement aux Monuments historiques. Après de gros travaux de conservation (rénovation toitures) et de démolition ( 10 000 m2 de bâtiments sans intérêt patrimonial),la CCI entreprit de céder des parties de la Manufacture, notamment à Morlaix Communauté qui s’y est installé, entraînant dans son sillage d’autres structures : l’IUT GACO , les Editions Skol Vreiz, le Télégramme, l’AADI.
Afin de renforcer l’attractivité de Morlaix en tant que ville universitaire ( accueil du département Génie Civil en 2013-2014 , création de GACO- Arts) , un pôle culturel devait y prendre place : parallèlement au projet d’implantation du musée dédié à la mémoire industrielle et de l’Espace des Sciences de Rennes, le développement d’un espace culturel a été confié à SEW , une association qui regroupe le Cinéma La Salamandre, le Théatre de l’Entresort et l’association Wart, organisatrice du festival Panoramas qui porte le projet d’une grande salle de spectacle, une petite salle de répétition, 2 salles de cinéma de 100 et 200 places, des locaux administratifs communs et un café-restaurant
Le budget prévisionnel qui doit prendre en compte 2 types de contraintes fortes ( architecture et sécurité) oscille entre 3,4 Millions € et 3,9Millions € . L’ouverture est donnée pour 2014-2015. Le financement viendra pour une grande partie des collectivités territoriales et du CNC(Centre National du Cinéma), 10 à 15% restant à la charge de SEW.(siou)
Par ailleurs autour de la présence de KLT(Kerné Leon Treguer) d’autres projets verront le jour.

gaco morlaix

 

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CY-J2014