La guerre de l’eau aura-t-elle lieu ?

La guerre de l’eau aura-t-elle lieu ?

par François Ars,docteur en histoire contemporaine et enseignant à l’U.B.S.

Depuis le choc pétrolier de 1973, les media attirent régulièrement notre attention sur la future pénurie de pétrole, qui quand elle interviendra ne devrait que modifier nos modes de vie.
Par contre, la pénurie d’eau douce pour les activités humaines s’annonce pour le siècle à venir voir les prochaines décennies ; or l’eau qui fait partie de notre quotidien nous est absolument indispensable … et non substituable.

A – L’EAU DOUCE

Source : ONU
a1 la disponibilité

Notre planète bleue contient une abondance d’eau mais :
98% est salée ; reste donc 2% d’eau douce
et seulement 0,02% est utilisable  pour l’usage de nos sociétés
– 70% de l’eau douce est retenue sous forme de neige ou de glaciers sur les montagnes, ou dans les inlandsis (couche de glace très épaisse, qui recouvre une terre, une île ou un continent).
– 30% sont des eaux souterraines, contenues dans des  aquifères ou dans des nappes phréatiques.

a2 les besoins per capita

les besoins par personne et par an sont globalement estimés à 6900 m3 et les besoins iront croissants avec l’occidentalisation des modes de vie (piscine, lavage voitures…) sur la planète.

a3 des inégalités devant l’accès à l’eau

Le monde occidental a un accès à l’eau potable de qualité d’une manière globale, mais il n’en va pas de même dans les pays pauvres ou en voie de développement où il est un véritable privilège : près de 700 millions de personnes n’ont toujours pas accès à une eau propre et salubre et 2 milliards d’Hommes auraient besoin d’accéder à un assainissement amélioré. Conséquences : la maladie, la malnutrition et l’échec de récolte ; 6000 personnes meurent chaque jour de maladies diarrhéiques dans l’indifférence la plus totale. D’ici 2020 , 135 millions de personnes mourront en raison d’une eau contaminée. Quel est l’Etat (ou l’institution) qui trainera devant un tribunal un pollueur, surtout dans les pays pauvres ?
Des inégalités spatiales
L’Asie regroupe 61 % de la population mondiale pour 36% des réserves d’eau utilisable, l’Europe 12% pour 8% et l’Amérique du Sud 6ù pour 26%
Au total, 1,7 milliard d’humains manquent d’eau potable vivant en dessous du seuil de 1000m3/an par personne

a4 puisement dans les réserves

Pour faire face à une demande toujours croissante, la tentation est forte de puiser dans les nappes aquifères profondes qui ont mis des milliers d’années à se constituer et qui mettront autant d’années à se refaire.

a5 l’évolution des besoins/l’augmentation de la population mondiale

Cette croissance augmentera les besoins en eau inévitablement
De 1950 à 2009, la population a été multipliée par 2,7 et le prélèvement en eau par 3,2
1 personne dans un pays développé consomme entre 30 et 50 fois le volume d’eau consommé par une personne vivant dans un pays pauvre

a5 besoins en eau et agriculture

L’agriculture absorbe 70% de l’eau consommée.

-1 kilogramme de blé consomme 150 litres d’eau.
-1 kilogramme de maïs plus de 200 litres d’eau.
-1 kilogramme de bœuf consomme 12000 litres d’eau.
Un pays qui manque d’eau est un pays qui ne peut ni nourrir sa population, ni se développer

a6 disponibilités et réchauffement climatique

Le réchauffement climatique observé contribue à l’assèchement de vastes zones sur la Terre.

Les organisations internationales estiment que si le prélèvement est supérieur à 40% de la ressource renouvelable, alors la région est en situation de stress hydrique : en 2017 30% des régions au monde vivent en stress hydrique, elles seront en 2025 45 % …

a7 la dégradation de la qualité de l’eau

De plus,la qualité de l’eau ne cesse de se dégrader,avec des risques sanitaires pour la population, même dans les pays développés. Dans les pays développés et émergents (la Chine et l’Inde), l’eau est polluée par les rejets industriels dans les fleuves, et par les produits chimiques utilisés par l’agriculture qui s’infiltrent dans le sol jusqu’aux nappes phréatiques. Dans les pays du sud, les installations d’assainissements manquent, la population doit utiliser une eau qui n’est pas saine.

B – UNE SITUATION PREOCCUPANTE

b1 les grands bassins céréaliers

Quelques grands bassins céréaliers mondiaux (USA, Chine , Russie) approvisionnent l’humanité
– Le bassin chinois situé au nord du pays a amorcé son déclin  à cause de la pénurie d’eau de qualité.
Face à cette évolution , la Chine a pris les devants en « achetant l’Afrique » mais son développement industriel peut être bloqué pour cette même raison. D’où également les projets du gouvernement pour pomper l’eau au sud afin de l’acheminer au nord-est grâce à de grands projets de canaux de dérivations  »
– aux USA, le pompage de la nappe d’Ogallala (580.000 km2, autant que le lac Supérieur), dans la zone des Hautes-Plaines a transformé ces plaines semi-arides en l’un des greniers à blé de la planète, qui produit près de la 1/2 du bœuf US. D’ici 30 ans, la surexploitation tarira cet aquifère ou en rendra l’exploitation prohibitive conduisant alors à un effondrement pour l’agriculture et l’élevage de ces six États.
La raréfaction du volume de céréales se traduira par une hausse de son prix avec les conséquences sur l’alimentation de la population mondiale.

B2 quelques unes des zones sous tension
  • le lac Tchad (Niger, Tchad, Cameroun, Nigeria)
    Ce lac couvrait en 1962 25 000 km2, il couvre de nos jours 2 000 km2 , amorçant la désertification de toute la zone
  • la mer d’Aral
    En s’asséchant, la mer d’Aral laisse à ciel ouvert 36.000 km2 de fonds marins, recouverts de sels que le vent emporte et dépose sur des milliers d’hectares de terres arables.
  • En Iran ,le niveau des eaux des lacs Hamouns alimentées par l’Afghanistan limitrophe ne cesse de baisser transformant en désert une zone marécageuse
  • Au Moyen-Orient, de nombreux ouvrages ont été réalisés sur les deux grands fleuves que sont le Tigre et l’Euphrate, que ce soit en Turquie, en Syrie ou en Irak., avec pour conséquence une réduction du débit de l’Euphrate en Syrie de 11 milliards de m3 et celui du Tigre de 6
  • Un traité de 1944 prévoyait un partage des eaux entre le Mexique et les États-Unis, le Mexique fournissant des eaux du Rio Grande et les USA garantissant un débit minimum au Colorado. Mais, le Rio Grande est à sec..
  • le Tibet, le « château d’eau de l’Asie »., stratégique
    L’Indus, le Gange, le Brahmapoutre et le Mékong y ont leur source. Puiser ou dériver l’eau de ces fleuves ne peut qu’aviver les tensions entre la Chine, l’Inde, le Bangladesh, et le Pakistan
  • le bassin du Nil vital pour l’Egypte. La construction par l’Ethiopie d’un grand barrage et de stations de retenues d’eau sur le Nil bleu va modifier les ressources disponibles en Egypte.
  • Israël et ses voisins se disputent les eaux du Jourdain, du Golan et des nappes aquifères profondes.

C –  ET DEMAIN ?

c1 des leçons de  l’histoire ?

Les perspectives en matière d’eau douce ne sont pas réjouissantes. Avoir accès à l’eau est donc devenu un enjeu économique crucial à l’échelle planétaire qui pourrait devenir, dans le siècle à venir, l’une des premières causes de tensions internationales, d’autant que plus de 40 % de la population mondiale est établie dans les 250 bassins fluviaux transfrontaliers du globe.

Jusqu’à ce jour , l’eau n’a pas été source de conflit majeur : d’où le manque de visibilité pour l’historien. Le partage de l’eau a fait l’objet de traités… Mais à l’avenir, la pénurie n’entrainera-t-elle pas des conflits armés ?

c2 la prise de conscience

L’eau ne pourra plus être considérée comme un élément inépuisable. Le renchérissement de l’eau est inévitable, en raison du coût de son traitement et de sa rareté

c3 les solutions techniques (du farfelu au concret)
  • rechercher de l’eau sur Mars
  • désaliniser l’eau ( coût prohibitif à l’échelle de la planète) 
  • faire appel à la chimie pour combiner l’hydrogène et l’oxygène
  • rechercher (Sahara) des aquifères non encore exploités
  • recycler en boucle et  au maximum l’eau consommée
  • réduire la consommation par personne (choix dans l’alimentation, ….)

En conclusion : à court terme, les occidentaux feraient bien de prendre conscience du gaspillage généralisé de la ressource qui s’annonce rare et de modifier leurs comportements en conséquence.

source : fundacion neotropica

CR L’EAU avril 17 ARS

Nota : les photos viennent illustrer cette conférence ex cathedra

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Réf CY-JIV06ag

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