LE BOSON DE HIGGS par M RIO André

LE BOSON DE HIGGS

M André RIO
M André RIO

 

La matière est elle divisible à l’infini ou formée de particules ?

L’idée d’atomes proposée par Démocrite, Epicure et Lucrèce a été combattue par Aristote, Platon et plus tard par Spinoza. Aucun ne disposait de données indiscutables, ce n’était que de la spéculation. Il a fallu attendre la fin du XVIIIème siècle avec Lavoisier pour identifier les véritables éléments et supposer avec Dalton qu’ils sont constitués d’atomes. ce qui explique qu’ils ne s’unissent entre eux que dans des proportions définies. Si pour les uns c’était la preuve de l’existence des atomes, d’autres s’en tenaient à la notion d’équivalents. Les deux écoles se sont opposées pendant tout le XIXème siècle, et c’est seulement au début du vingtième que la réalité des atomes s’est imposée.                       

   La physique quantique, née avec Planck et le rayonnement du corps noir, l’effet photoélectrique interprété par Einstein, ont établi que la lumière est formée de particules, les photons. La théorie du mouvement brownien établie aussi par Einstein et sa réalisation concrète effectuée par Perrin, ainsi que quelques autres expérimentations ont permis de déterminer la masse des atomes et la charge de l’électron. On s’est aperçu bientôt que les atomes sont principalement constitués de vide, d’un noyau compact minuscule et très dense et d’un nuage d’électrons. Le noyau lui même est formé de protons et de neutrons, puis on découvre toute une série d’autres particules, certaines inattendues, d’autres prévues ; c’est le cas du boson de Higgs.

         Pourquoi a-t-on recherché le boson de Higgs ? Il a été imaginé il y a une quarantaine d’années pour expliquer la masse des particules élémentaires en créant un champ analogue aux champs électrique ou magnétique, interagissant avec les particules selon leur masse.

La quête de ce boson (H) a été longue, car sa propre masse devait être élevée et exigeait une source d’énergie très importante produite par un collisionneur de particules. Le LEP du CERN (Centre européen de recherche nucléaire), qui utilisait des collisions électron positon, et le Tévatron du Fermilabo à Chicago, se sont révélés insuffisants, mais ont permis une estimation de sa masse. C’est le LHC (Large hadrons collider) qui y est récemment parvenu.

C’est un anneau de 27 km de circonférence à 100 m sous terre qui a atteint une énergie de 8 TeV (téra électron volts) et qui pourra être porté en 2014 à 15 TeV, qui y est parvenu en utilisant la collision de protons. La durée de vie du boson est excessivement brève, et il ne peut être détecté que par ses produits de décomposition, soit deux photons soit deux Z0 qui se décomposent à leur tour en deux électrons ou deux muons. Deux détecteurs ont été utilisés : le CMS (solénoïde compact à muons) et Atlas (appareil toroïdal pour le LHC) . Ils ont mobilisé 3000 personnes et ont donné des résultats concordants pour la masse du boson, soit 125,3  pour CMS et 126,5 Gev pour Atlas.

 

Le boson de Higgs et les particules élémentaires du modèle standard.

                            Les particules constituant la matière :

                                           Leptons                                   Quarks

électron e    neutrino électronique ne                    up u        down d

muon m       neutrino muonique nm               strange s  charm c

tau t                neutrino tauique nt                                top t        bottom b

Les particules des interactions :

Interaction électromagnétique             photon        g

Interaction forte                                 8 gluons      g

Interaction faible                                3 bosons     ww  z0

Gravité                                              graviton (hypothétique)

A toutes ces particules il faut ajouter leurs antiparticules  comme le positon ou électron positif. La théorie de la supersymétrie en prévoit encore toute une série dont aucune n’a encore été détectée.

Si le boson de Higgs explique la masse des particules, cette masse a trois aspects : la masse inerte qui intervient dans l’énergie cinétique

E = ½ m v2

La masse gravifique de l’attraction universelle

   F = G M m / d2

                               et la masse forme d’énergie selon la Relativité

E = m c2

  Exemples de masses      

 proton        0,938 GeV

neutron       0,940   GeV

électron      0,511   KeV

boson W    80        GeV

boson Z     91       GeV

1 eV = 1,78.10-33 gramme = 1,6. 10-19 joule.

Une particule est caractérisée par son spin, une propriété quantique qui s’interprète comme une rotation. On distingue les fermions, comme les leptons et les quarks qui ont un spin fractionnaire (s= ½ ), et les bosons, dont le photon et les bosons w et z qui ont un spin entier (s = 1). On ne connaît pas avec certitude le spin du boson de Higgs qui pourrait être 0 ou 2. Pour ce dernier bien des questions se posent encore. Y en a t-il un seul ou cinq ? A t-il un rapport avec la théorie de la super symétrie ? avec l’antimatière, la matière noire, l’énergie du vide ? Est- il vraiment élémentaire ou composite ? Apparenté avec les autres particules ?

Un nouveau projet apportera-t-il de nouvelles informations ? Il s’agit d’un collisionneur linéaire e+e- long de 31 km, d’une énergie de 0,5 à 1 TeV, inférieure à celle du LHC, mais plus facile à interpréter parce qu’il ne fait intervenir que des électrons.

 

Références: La Recherche, novembre 2008, p. 30. Si le boson de Higgs n’existait pas.septembre 2012, p. 8. Le boson de Higgs enfin dévoilé.Pour la science, septembre 2012. P. 22. La saga du boson de Higgs.

  1. 30. Le boson de Higgs, et après ?

CHEZ NOUS de Lucas Belvaux à la Salamandre le lundi 27 Février 2017

CHEZ NOUS

de Lucas Belvaux (France – 2017 – 1h58) 

Avec Emilie Dequenne….

Pauline, infirmière à domicile, entre Lens et Lille, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l’aiment et comptent sur elle.
Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines municipales.

La bande annonce  : https://youtu.be/EH01wqhOl7U

Nourrir le monde de demain par Marc Dufumier

Nourrir le monde de demain

 

par Marc Dufumier, Professeur émérite à l’AgroParisTech (Grignon)

1 LES ENJEUX

Les besoins alimentaires futurs demandent à prendre en compte les paramètres suivants :

a)l’ensemble de la population mondiale :

Notre planète compte aujourd’hui plus de 7.3 milliards d’humains et comptera probablement plus de 9.5 milliards d’habitants en 2050, soit une progression de plus de 30%

b) une alimentation de qualité
qui suppose l’absence de :
-listeriose
-salmonellose
-antibiotiques
-perturbateurs endocriniens ( résidus de pesticides dans les aliments mais aussi l’eau)
Prédiction scientifique : les générations (1970 & 1990 & 2010…) qui auront été exposées aux pesticides,et aux perturbateurs endocriniens, in utero et jusqu’à la post-puberté, même à faibles doses, ont une espérance de vie en bonne santé de dix ans inférieure à celle de la génération née en 1950.
Faut-il attendre que les statistiques(maladies d’ alzheimer , de parkinson) viennent le confirmer dans 50 ans ?

c) une production agricole mondiale qui permette aux habitants de toute la planète d’avoir une alimentation diversifiée (accès au lait, à la viande)
d) des productions agricoles
– pour l’alimentation humaine et animale
– pour l’industrie
– pour les agro-carburants

La planète serait-elle condamnée à la malbouffe au Nord, à la malnutrition au Sud, à un environnement dévasté au Nord comme au Sud  ?

2   DES ERREURS  A NE PAS COMMETTRE

a) augmentation des terres arables
Déforester à tout va permettrait sur une courte période d’accroître les surfaces cultivées et donc d’accroitre les volumes produits mais au prix d’une réelle dégradation de l’environnement ;

Cette solution ne résout pas le problème de la faim car un être humain a besoin de 200 kilos de céréales par an pour se nourrir correctement, c’est-à-dire sans carence en vitamines ou en oligo-éléments.
Paradoxe : La production mondiale est actuellement de l’ordre de 330 kilos par personne.
Le problème n’est donc pas quantitatif, mais économique : à l’échelle globale, une partie de la population mondiale (1/8ème) est tout simplement trop pauvre pour consommer.Comment donner les moyens de se nourrir à ce 1/8ème?

b) produire plus à l’ha selon le modèle actuel
La mise au point par la recherche (INRA, laboratoires des multinationales semencières) de variétés au moins à un pays ou à un continent voire à la planète a réduit la gamme des variétés, faisant courir un risque pour la biodiversité et donc pour l’approvisionnement en aliments .Trois entreprises multinationales se partagent plus de 50% de la production mondiale de semences.
Ces variétés pour donner leur plein potentiel supposent l’utilisation de tous les « cides » de l’industrie chimique (herbicide,insecticide, fongicide, nématicide,..), « cides » qui sont également produits par les mêmes multinationales…Impact sur la santé.

c) logique économique – dégradation  environnementale – aspects – impasses

c1 la concurrence internationale

Par exemple, la France (ou la Bretagne) a-t-elle les moyens de lutter à armes égales avec la concurrence internationale sur des produits basiques ? :
-l’Ukraine et ses céréales,
-le Brésil et le soja /le maïs (un poulet brésilien élevé au soja brésilien devrait être logiquement plus compétitif qu’un poulet breton élevé au soja brésilien transitant par Lorient, et ce sur les marchés du Moyen Orient)
-la République tchèque et ses fermes des mille vaches, (la Chine va mettre en concurrence la Nouvelle Zélande, l’Uruguay, l’Irlande pour la fourniture de la poudre de lait)
Ces produits bas de gamme, énergétivores, ont-ils un avenir sur le sol européen ?
c2 dumping sur les surplus
La surproduction européenne aboutit souvent sur les marchés des pays en voie de développement à des prix de dumping.  Par exemple la surproduction laitière européenne menace la production locale africaine et anéantit les possibilités pour les communautés pastorales locales de gagner leur vie.(idem céréales)
c3 les économies d’échelle
L’agriculteur des économies développées est pris entre les mâchoires
– de l’agro-business qui lui demande un produit standardisé
– d’une grande distribution qui exige des prix de plus en plus bas
c4 les coûts indirects
Dans le prix d’achat des denrées de base, le coût de traitement des eaux, des algues vertes ,le coût de traitement des maladies que cette alimentation cause, sont-ils incorporés ? Non. La collectivité, par le biais des impôts les prend en charge…
c5 un déséquilibre écologique
La spécialisation régionale aboutit à un paradoxe
-produire du porc breton suppose des importations de maïs brésilien ( la production de paille a été abandonnée, et comme le lisier est un fluide…)
-produire du blé suppose l’apport d’urée provenant de gaz sibérien
L’humus des sols n’est plus reconstitué…

3 ALORS QUE FAIRE?

a) objectifs
-production plus importante à l’hectare mais d’une manière autre
-des produits de haute qualité dans tous les sens du terme ­ – gustatifs, nutritionnels, environnementaux.
-Rémunération correcte des agriculteurs pour l’ensemble de leur travail
-respect de l’environnement

b)Comment

 Les techniques agricoles
Il existe des techniques agricoles inspirées de l’agroécologie qui permettent de nourrir correctement et durablement l’humanité toute entière,en couvrant les besoins journaliers en calories, protéines, lipides, vitamines et minéraux
(l’agroécologie est une discipline scientifique qui tend à rendre intelligibles les agro-systèmes élaborés par les agriculteurs au fil du temps)
– sur le plan technique
Les obstacles à l’élévation durable des rendements agricoles, sans recours excessifs aux énergies fossiles et aux produits pesticides, ne sont pas d’ordre technique .
11 Les besoins d’une plante
-les rayons solaires (utilisation maximale et gratuite) : couverture des sols
-le carbone (abondant dans l’atmosphère)
-l’eau ( utilisation maximale des eaux de pluies : haies, couverture végétale permanente, labours adaptés)
azote (nécessaire à la fabrication de l’humus et des protéines) qui proviendraient des légumineuses et non de l’azote de synthèse (urée, ammonitrate) du gaz russe
-calcium
-potassium
-phosphore ( épuisement d es ressources pour 2060 env. ; utilisation du phosphore total dans les sols, utilisation des arbres pour l’enrichissement des sols, du bois raméal fragmenté,…)
La combinaison de plantes diversifiées (ex blé/lentillon)pour la couverture des sols permettrait à l’humus de se reconstituer
12 des variétés fermières
La sélection dite « massale » effectuée par des générations d’agriculteurs a permis de constituer des variétés adaptées aux régions de production et à leur parasites (mécanismes d’autodéfense).
Par ailleurs , en conservant le bocage les équilibres écologiques entre insectes devraient permettre deréduire les dégâts occasionnés par les ravageurs.
c) les obstacles d’ordre économique et politique
Ce type de politique de développement agricole va à l’encontre :
– des intérêts directs de l’agro-business dans son ensemble et des filières associées ( transports,…)
– de la tendance des politiques douanières actuelles(suppression des barrières)

Il demande une amélioration de la gestion des terres agricoles (extinction des conflits d’occupation des sols)
d )les intérêts de ce type développement
-économie de moyens
-faire vivre les populations sur leurs sols ( éviter l’exode rural, le chômage, les migrations intra et intercontinentales)
-qualité de vie améliorée
-préservation de l’environnement
e) pure spéculation intellectuelle ou réalité
Des exemples en Afrique et en Asie ont démontré que les rendements peuvent être multipliés par 3 en moins de 15 ans, c-à-d plus vite que l’accroissement de la population.
Il semble toutefois que la mise en place de ce type de développement s’avérerait plus aisé dans les pays où l’agriculture est la moins mécanisée et où la main d’œuvre agricole est abondante.

f) la PAC – impact sur la santé et l’environnement
Pour les pays développés, la production agricole devrait d’abord satisfaire les besoins de leur propre population avant d’envisager l’exportation de produits élaborés à forte valeur ajoutée . L’hyper-spécialisation de chaque région devrait laisser place à un panel de productions diversifiées( Beauce =  blé + bétail par ex)
Plutôt que de verser directement aux agriculteurs français les 9 milliards d’euros de subventions, la PAC pourrait transférer 1,6 milliard à la « restauration collective hors domicile ». : les cantines d’écoles primaires, de collèges… les subventions servant à assumer le surcoût (et les circuits courts seraient favorisés). Moins d’importations et plus de productions locales.

Autre réorientation possible : donner aux subventions de la PAC un caractère incitatif. Les agriculteurs pourraient être rémunérés pour leurs services environnementaux. Ainsi, un professionnel qui pratique la technique du « zéro labour », et donc qui permet d’éviter les inondations et d’atténuer le réchauffement climatique, serait récompensé par les pays européens pour service rendu.

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L’Agroécologie :Vision passéiste ou vision futuriste de l’agriculture?

La « révolution verte » a laissé sur le bord de la route 1/8ème de l’humanité. Est-ce un abandon définitif , un dégât collatéral  ?

Ou d’autres voies doivent-elles être explorées ?

2017 CR Nourrir la planète

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Réf : CY-J09II2017

L ‘Espagne d’aujourd’hui ou l’apprentissage de la démocratie

  L ‘Espagne  d’aujourd’hui

ou l’apprentissage de la démocratie   

 

de   Maria Mens-Casas Vela
 
 
INTRODUCTION
 

  Il faut reconnaître que si bon nombre d’Espagnols ont encore des difficultés à manier les règles démocratiques, ils ont quelques excuses. Difficile en effet de renouer avec des débats et une  politique pluraliste après le règne du parti unique imposé par Franco depuis la fin de la Guerre Civile (1939) jusqu’à sa mort (1975). Parti dans lequel il avait intégré les deux mouvements politico-militaires qui avaient aidé son armée à vaincre les Républicains, à savoir les Phalangistes (d’inspiration fascisante à l’italienne, le racisme en moins) et les Carlistes (ultra-conservateurs et intégristes catholiques).
 Ainsi, durant les premières années qui ont suivi la disparition de Franco, le pays dut avancer à petits pas pour ne pas réveiller les vieilles rancunes ni inciter les nostalgiques de la dictature à renverser la toute nouvelle démocratie (comme lors du coup d’État manqué du colonel Tejero en février 1981). C’est ainsi que le pays s’est acheminé vers un système dominé par deux partis, avec des alternances bien marquées : le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (qui a remporté les élections législatives en 1982 et a gardé le pouvoir jusqu’en 1996, avant de  le retrouver entre 2004 et 2011), et le Parti Populaire (au pouvoir entre 1996 et 2004, et depuis 2011). Les communistes, invités à former officiellement un parti après la mort de Franco, ont joué le jeu en dépit de la restauration de la monarchie, d’ailleurs prévue par le dictateur de son vivant.
L’entrée de l’Espagne dans la Communauté Européenne en 1986, après son intégration dans l’OTAN en 1982, a normalisé sa situation dans le continent, de même qu’elle a ouvert des perspectives à son économie, d’autant que le pays a bénéficié de l’aide financière de l’Europe pour rattraper son retard de développement. Mais la croissance de l’Espagne au cours des récentes décennies a été aussi en partie fondée sur le développement spectaculaire du secteur immobilier, lui-même fondé sur une expansion très risquée du crédit aux particuliers, les banques leur ayant proposé des mécanismes extrêmement périlleux.
Lorsque la « bulle immobilière » a explosé à la suite de la crise économique mondiale de 2008, révélant brutalement l’étendue de cette dette privée, le gouvernement a dû dépenser des sommes considérables pour sauver le système bancaire dont l’effondrement aurait mis en péril toute l’économie. Les nombreux chantiers de construction se sont brutalement arrêtés. Un nombre considérable d’espagnols se sont retrouvés au chômage, souvent incapables de rembourser leurs emprunts immobiliers aux banques. Celles-ci ont alors fait procéder à l’expulsion de ceux qui ne pouvaient payer. Mais, dans un marché immobilier où les prix s’étaient effondrés, même la saisie et la vente du logement ne suffisaient pas à

Ville fantôme en Espagne

apurer la dette. Les expulsés restent donc débiteurs à l’endroit de leur banque. Aujourd’hui des milliers de logements vides, parfois inachevés, se dégradent tandis que des familles avec enfants sont privées de toit. Beaucoup d’entre elles ont dû retourner vivres chez leurs vieux parents dont les retraites nourrissent toute  la famille.
Quant aux 600 milliards d’euros d’argent public injectés dans le capital des banques pour les sauver, l’État estime que 26,3 milliards le seront à fonds perdus. Des coupes sombres ont été effectuées dans les budgets sociaux quand Bruxelles a exigé un ajustement très sévère de 5,5 milliards d’euros  qui venaient s’ajouter aux coupes tout aussi sévères de 23 milliards des années précédentes : 6,6% dans la santé, 16,4% dans l’éducation et 9,7% pour la protection sociale. La dette publique a atteint les 100 % du Produit Intérieur Brut.

LA CORRUPTION ET LE SCANDALE DES ACTIONS PREFERENTIELLES.
 

Depuis la crise, des scandales de corruption, anciens ou plus récents, ont éclaté au grand jour. L’opinion a ainsi découvert d’étranges passe-droits, telle la mise à disposition de cartes de crédit accordées à des dirigeants de Bankia, en sus de leur salaire et dont ils pouvaient user à leur guise. Tout cela sans contrôle, ni comptes à rendre, et même avec la complaisance du fisc (Hacienda) puisque la pratique avait cours depuis 18 ans ! Certains cadres dirigeants ont même continué à utiliser leur carte de crédit après avoir quitté leurs fonctions…Seuls trois responsables en activité avaient renoncé à bénéficier d’un tel avantage, le jugeant anormal.
Les révélations concernant des personnalités de droite qui recevaient des enveloppes pour attribuer des travaux publics à des entreprises connues ont également révolté l’opinion. L’homme qui servait d’intermédiaire a parlé abondamment quand les choses ont été découvertes. Intarissable sur les détails, la façon et le lieu (Genève) où il distribuait les enveloppes, la presse lui a trouvé un nom : le « yonky » (junky), le drogué de l’argent.
Plus intolérable encore : des dirigeants de gauche, de la Communauté Autonome (région) d’Andalousie se sont

Siège de Bankia

approprié des aides destinées aux sans-emploi d’une région dont le taux de chômage est très supérieur à la moyenne nationale (35% contre 21%, et même 55% pour les jeunes). Dans une autre Communauté, celle de la région de Valencia, dirigée par la droite, c’est l’argent destiné à construire des écoles en dur, pour remplacer des préfabriqués en bois, qui a mystérieusement disparu. J’espère qu’on l’a trouvé à l’heure qu’il est !
Mais ce qui a touché plus de petits épargnants, puisque 10.000 affaires sont en cours devant les tribunaux, c’est le scandale des actions financières appelées préférentielles (terme mal traduit de l’anglais) destinées aux entreprises et aux grands investisseurs, comportant des grands risques et aussi des grands gains. Elles étaient de taux variable et perpétuelles (pour s’en défaire, il fallait les vendre) et venaient des années 90 : réalisées dans des paradis fiscaux, elles avaient été introduites en 1998 dans un marché organisé. Après la crise mondiale et la « bulle immobilière »,  les banques se trouvèrent en difficulté par manque de liquidité et solvabilité. Les seuls professionnels qui l’auraient pu, ne voulaient pas acheter les actions préférentielles à l’ancienne valeur. La Banque d’Espagne, de son côté, au lieu d’assainir les banques, sans rien tenter, les avait obligées à chercher plus de capital.
C’est ainsi que des Caisses d’Epargne et d’autres entités bancaires avaient commencé à vendre ces actions aux petits épargnants, qui ne connaissaient rien, alléchés par un intérêt plus fort,  qui passait de 2% d’intérêt fixe à 5 % et plus, sans avertir du risque (les taux étaient variables et la vente d’actions  pratiquement impossible). La Banque d’Espagne, cependant, avait donné l’ordre d’avertir des risques et même des contrats avaient été imprimés, mais il faut croire que les gens ne lisent pas les petites lettres…
Quand les acheteurs apprirent par la suite qu’ils avaient acheté des actions de la banque, qu’elles n’étaient pas couvertes par le Fonds de Dépôts et couraient le risque de liquidation pure et simple, les plaintes individuelles ou par association se multiplièrent. Ceci est  considéré comme une fraude financière sans précédent, puisque 10.000 jugements sont en cours. Le jugement se fera au cas par cas !

AUTONOMIES 

Quand on parle de l’Espagne actuelle, il faut tenir compte de l’importance du pouvoir des régions : les Autonomies, que l’on appelle aussi Communautés Autonomes. Elles sont au nombre de 17, auxquelles s’ajoutent deux villes situées sur la côte nord de l’Afrique : Ceuta et Melilla.
Ces régions sont le résultat de l’histoire de la formation de l’Espagne au fil des siècles, mais aussi de sa géographie physique, très montagneuse, qui a souvent isolé les régions les unes des autres, les conduisant à affirmer des personnalités très marquées. La volonté centralisatrice des monarques qui se sont succédé à Madrid leur a aliéné certaines provinces, notamment les plus excentrées.
Formées lors de l’adoption de la Constitution de 1978, les Communautés Autonomes qui composent « l’indissoluble nation espagnole » selon le texte, disposent de pouvoirs propres étendus dans un grand nombre de domaines (culture, santé, agriculture, patrimoine, fonction régionale, langue). Leur taille, leur population, leur richesse sont très variables. Leur statut lui-même n’est pas identique, notamment sur le plan fiscal où en raison de privilèges historiques (fors) deux d’entre elles, le Pays Basque et la Navarre, conservent l’essentiel des impôts qu’elles perçoivent alors que les autres n’en gardent que la moitié environ. La carte géographique détaillée des Pactes Autonomiques (1981 et 1992) fut approuvée par les deux principaux partis politiques mais pas par les Cortes Generales (Parlement National).
Certaines régions traditionnellement riches ont connu d’importants revers lors de la crise. Ainsi en Catalogne, le taux de chômage est passé  de 6,6% en 2007 à  22% aujourd’hui. Mais les dépenses sociales ne baissent pas et la relance de l’emploi coûte cher. La Catalogne est aujourd’hui, avec la Communauté valencienne, la plus endettée. C’est une humiliation pour cette région, qui a toujours affirmé sa puissance économique face à Madrid, que de devoir demander désormais l’aide de l’État. La Catalogne a voulu obtenir le même statut fiscal que la Navarre et le Pays Basque. Mais comme elle pèse à elle seule 18,7% du PIB espagnol, un tel statut priverait l’État espagnol de la possibilité de redistribuer une partie de la richesse du pays vers des régions très pauvres, comme l’Estrémadure, l’Andalousie et les Canaries pour  y améliorer les services de santé, d’éducation, de transports, etc. Il est vrai cependant que l’attribution des aides aux différentes Autonomies est quelquefois l’objet de transactions qui ont

davantage à voir avec la nécessité pour le gouvernement central de constituer une majorité au Parlement qu’avec les besoins des populations locales.
En tout état de cause, l’Espagne traverse depuis plusieurs années une grave crise institutionnelle qui menace son unité puisque les partis qui gouvernent la Communauté de Catalogne ont décidé, contre l’avis du pouvoir central, d’organiser un référendum sur l’indépendance de leur région. Option qui bénéficie d’un soutien réel, mais peut-être pas majoritaire, dans l’opinion catalane.

PARTIS POLITIQUES NOUVEAUX : UNE ADAPTATION DIFFICILE.

 Sous l’autorité de Mariano Rajoy, la droite espagnole (PP) a gouverné à partir de 2011 en bénéficiant d’une majorité absolue, ignorant les demandes de l’opposition. Mais, du fait de la crise, marquée par les expulsions de logement et le fort chômage des jeunes, et à la suite de l’avalanche des scandales de corruption, d’importants mouvements de contestation ont commencé à se manifester sous le nom d’Indignés. Le PP a perdu la majorité lors des élections de décembre 2015, et a été incapable de former un gouvernement. Son adversaire socialiste, le PSOE, non plus. Un deuxième scrutin, en juin 2016, a donné un résultat à peu près comparable. Pour éviter un troisième scrutin, les barons du parti socialiste ont alors imposé la démission du départ du leader du PSOE, Pedro Sanchez, qui refusait toute alliance avec le PP. La quasi-totalité des députés socialistes (83 sièges) se sont ensuite abstenus lors du vote d’investiture de Mariano Rajoy afin de permettre à ce dernier de former un gouvernement.
Les revers électoraux répétés du PP et du PSOE illustrent la fin (provisoire ?) du bipartisme apparu après la mort de Franco durant la Transition démocratique. Deux formations importantes sont apparues récemment sur la scène politique, Podemos et Ciudadanos.
Ciudadanos (C’s, Citoyens) est un parti du centre, plutôt libéral sur le plan économique et des mœurs, que l’on peut rapprocher d’En Marche, le mouvement d’Emmanuel Macron. C’s était prêt à s’allier avec le PP de Mariano Rajoy mais ne lui apportait pas assez de voix pour constituer une majorité qui est de 175 voix (PP : 137 voix ; Ciudadanos : 32).
Unidos Podemos (Unis nous pouvons, 67 voix) est  une formation de gauche, issue du mouvement des Indignés de Madrid et qui bénéficie d’une importante audience chez les jeunes. Podemos voudrait que l’Espagne se libère des règles budgétaires de la zone euro concernant le déficit public et la dette de façon à relancer l’économie espagnole. Il estime que’ « en cas de crise on a besoin de s’endetter ». Le parti veut instaurer un impôt de solidarité sur les transactions financières (1% sur l’achat et vente des actions financières et produits dérivés), supprimer les emprunts immobiliers une fois que le bien hypothéqué a été saisi, convertir les contrats de travail précaire en contrat à durée indéterminée une fois que le salarié a un an d’expérience dans l’entreprise et protéger de la précarité les 100.000 employés (des femmes surtout) du secteur touristique.
 Sur le plan tactique, l’objectif de Podemos est de dépasser le PSOE dans les urnes pour devenir la formation dirigeante de la gauche. Mais le parti commence à se diviser entre les partisans du numéro 1, le remuant Pablo Iglesias qui ne veut aucun compromis avec les socialistes, et le numéro 2, Iñigo Errejon, plus ouvert à une telle alliance.
Outre ces partis nationaux, l’Espagne compte un grand nombre de formations locales, surtout au Pays Basque, en Catalogne et en Galice. Certaines sont autonomistes, d’autres prônent l’indépendance de leur région.
En fonction de leurs affinités mais aussi de leurs intérêts du moment, des partis nationaux de gauche le plus souvent, mais aussi de droite à l’occasion, s’allient avec certaines de ces formations régionales.

 
SITUATION ACTUELLE

Aujourd’hui la situation est délicate pour les deux grands partis, le PP et le PSOE, qui doivent assurer ensemble la continuité du fonctionnement des institutions, mais sans trop se rapprocher pour ne pas s’aliéner leurs bases respectives, aux options idéologiques très différentes.
L’un des principaux défis pour le pays est la question du référendum d’indépendance catalan. Les partis nationaux y sont opposés, à l’exception de Podemos qui défend pour les Catalans « le droit à décider », même si Pablo Iglesias souhaite qu’ils restent dans le cadre de l’Espagne. La Présidente du Parlement de Catalogne, Carmen Forcadell, a été traduite en justice pour désobéissance et manque de loyauté, pour avoir préparé le chemin de l’indépendance.
Pour l’ensemble des citoyens espagnols, l’urgence se trouve plutôt dans la résolution des problèmes sociaux, en revenant sur la réforme du contrat de travail instituée par la droite, afin de donner les mêmes droits aux travailleurs sous-traitants qu’à ceux des entreprisses. Ou encore pour unifier les contrats de travail temporaire et limiter l’enchaînement des contrats à durée déterminée. La création des emplois dont se vante tant Mariano Rajoy repose sur la précarité. Des 478.000 emplois créés récemment, 22% sont payés 300 euros par mois (ils concernent généralement les jeunes) et 35%, 600 euros. Le seul avantage : leurs titulaires bénéficient de la Sécurité Sociale.
Autre menace qui pèse sur les (gentils) retraités qui ont accueilli leurs enfants expulsés, mais aussi sur tous les autres : le Fond des pensions est passé de 66 milliards en 2011 à 24 milliards en 2015. Son déficit est tel qu’en 2017, il sera épuisé. Or pour beaucoup de familles, c’est aujourd’hui  l’unique source de revenus pour eux et leurs descendants.

                               

Benidorm

GOD SAVE SPAIN
 

Sources :  La presse espagnole : Levante, El Pais, Le Monde, Radio, Télévision Espagnole
                 « Les riches Catalans ne veulent pas des pauvres Espagnols » de Yann Mens
              et «  Les autonomies » – articles d’Alternatives Internationales-n° 57 du même auteur.
                  « La grande escroquerie des actions privilégiées. Abus et impunité des banques pendant  la crise financière en Espagne »  par Andreu Missé
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Remerciements à  à Yann Mens qui a bien voulu vérifier l’exactitude des dates et faits politiques , améliorer quelques tournures hispaniques de mon fait, tout en respectant scrupuleusement mon plan et mes écrits.

Le CESER Bretagne par Jean Bernard Solliec et Fanny Tartarin

   Le CESER de Bretagne

Par Jean-Bernard SOLLIEC-

Membre du Bureau du Conseil économique, social et environnemental – collège Entreprises et activités professionnelles non salariées

Et par Fanny Tartarin Directrice du Ceser

Dans chaque région française., deux assemblées régionales existent :
– le Conseil Régional : exécutif régional
– le Conseil économique , social et environnemental régional (CESER) : organisme consultatif / bureau d’études

En 1954, des comités d’expansion économique sont créés pour que les acteurs socioprofessionnels soient associés aux décisions publiques.
En 1972, année de la loi qui fait de la région un établissement public, naissent les Comités Économiques et Sociaux Régionaux (CESR) qui regroupent les représentants socioprofessionnels et associatifs. Après le Grenelle 2 ,ils deviennent Conseils Économiques, Sociaux et Environnementaux Régionaux (CESER) en 2010.

A) Rôle du CESER

a1 – Une assemblée consultative
Il donne son avis sur les dossiers que le Président du Conseil régional soumet au vote de l’assemblée.
Il réalise des études et débat sur toute question d’intérêt régional.
a2 -Un avis obligatoire sur les politiques régionales
Saisi par le Conseil régional ou le représentant de l’Etat dans la région, le Conseil économique, social et environnemental régional émet obligatoirement des avis :
– sur le budget régional,
– les grandes politiques de la Région
-les orientations dans les domaines relevant de sa compétence, le contrat projets Etat-Région et son bilan annuel d’exécution.
L’agenda du CESER est tributaire de l’agenda du Conseil Régional qui peut le questionner 15 jours avant une session.

Exemple d’avis lors de la session de janvier 2017
– budget primitif Région 2017
– Schéma directeur immobilier des lycées publics
-Plan d’actions 2017 – 2018
-Élaboration du SRADDET (Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires) : la Bretagne au carrefour des transitions

a3-Une force de proposition (auto-saisie)
Le Conseil économique, social et environnemental régional peut de sa propre initiative émettre des avis sur toute question d’intérêt régional. Il a ainsi une fonction d’évaluation des politiques publiques.
Pour anticiper les évolutions, il réalise des études prospectives d’intérêt régional. Il contribue de ce fait à l’élaboration des stratégies du développement régional.

Ex : vœu du Ceser de Bretagne sur la crise de l’élevage

B) Composition

Tout CESER en France est composé de membres (entre 65 et 128) nommés pour 6 ans par arrêté du préfet de région. Le CESER Bretagne compte quant à lui 119 membres :
Les conseillers économiques et sociaux régionaux bretons sont répartis en 3 collèges de chacun 38 membres et un 4ème de 5 membres :
-1/3 de représentants des entreprises et activités professionnelles non salariées de la région ;
-1/3 de représentants des organisations syndicales
-1/3 de représentants des organismes et associations qui participent à la vie collective de la région ;
-des personnalités qui, en raison de leurs activités ou de leur qualité, concourent au développement de la région. Elles sont désignées par le préfet de région : soit 5 conseillers pour la Bretagne
Ils se réunissent 4 fois par an minimum en séance plénière (L’hôtel de Courcy accueillant les séances plénières du Conseil régional, du Conseil économique social et environnemental régional) et travaillent dans des commissions spécialisées
La parité n’est pas encore atteinte dans cette institution méconnue du grand public.
Le Bureau du CESER ( 30 membres avec une composition respectant la règle de composition du CESER)
Il coordonne les travaux des Commissions dans l’intervalle des sessions, sous la responsabilité du Président du CESER Jean HAMON (Entreprises et activités professionnelles non salariées)

 Quatre Commissions
-sur la formation et l’enseignement supérieur
-le développement économique et la recherche
-l’aménagement du territoire et l’environnement –
-la qualité de la vie, la culture et les solidarités.

Deux Sections
-La Section prospective sur les évolutions techniques, économiques, sociales, démographiques…
-La Section Mer-littoral sur les questions liées à la vie maritime et littorale
En Bretagne, le Conseil économique, social et environnemental régional est engagé dans une coopération active avec les Conseils de développement de Bretagne.
Au niveau national, il coopère avec les Conseils économiques et sociaux régionaux français de la façade atlantique.
Au niveau européen, avec ses homologues des pays de l’Arc atlantique.

C) Budget de fonctionnement

La rémunération des membres du CESER est variable selon l’importance des régions, et représente au maximum la moitié des indemnités perçues par les conseillers régionaux de leur région . Pour la Bretagne : entre 1200 € et 1300 €/mois si activité pleine c-à-d 11 demi- journées par bimestre.

Une structure administrative de 15 personnes vient en appui aux travaux des membres du CESER Bretagne

Financement : 0,15% du budget de la Région
Exemples d’ études du CESER par thèmes
-les déchets en Bretagne : vers un cercle vertueux !(2015)

-Contribution du CESER de Bretagne à la réflexion : Territoires 2040, 7 grands enjeux et 31 défis.
-Les musées de France en Bretagne : de la conservation à la conversation
-Numérique et entreprises de Bretagne : urgence et opportunités
-Les formations aux métiers de la mer pour conforter la Bretagne comme grande région maritime
-Et après ? Les enjeux du Brexit pour la Bretagne –
-Des énergies marines en Bretagne : concrétisons la filière
-Les enjeux de l’eau en Bretagne à l’horizon 2040 : contribution à l’élaboration du Plan breton pour l’eau
-Sécuriser les trajectoires résidentielles des actifs en Bretagne
-Mobilité des populations et territoires de Bretagne, à l’horizon 2030 .Réflexions prospectives

D) Communication

Revue : « L’Avis régional » publié par le CESER Bretagne présentant ses études, forums et vœux sur des questions d’intérêt régional
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Le site internet du Ceser est complet et très bien élaboré : il permet de consulter l’ensemble des avis, des vœux,des études, des forum, des publications , etc….
CESER Bretagne
7, rue du Général Guillaudot CS 26918
35069 Rennes Cedex
Tél. : 02 99 87 18 75
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Réf CY-J2017II2ces

 

 

 

 

 

 

 

LES TROUS NOIRS par M RIO André

M André RIO
M André RIO

LES TROUS NOIRS

 

A l’origine de la plupart des trous noirs, il y a des étoiles. Elles se forment par condensation d’un nuage de gaz et de poussière sous l’effet de la pesanteur, en particulier au centre des galaxies où la densité de matière est plus élevée. Cette condensation peut aussi être amorcée par l’explosion d’une supernova, fin de vie d’une étoile massive, ou par la collision de deux galaxies.

Une étoile se distingue d’une planète géante par sa masse : au cours de sa formation, l’échauffement produit lui permet d’atteindre une température suffisante pour amorcer une réaction nucléaire, la fusion de l’hydrogène et du deutérium en hélium. Cette dernière réaction est la plus facile, c’est la seule source d’énergie des plus petites étoiles, mais le deutérium est beaucoup moins abondant que l’hydrogène.

Le Soleil est une étoile moyenne. Les plus petites sont les plus nombreuses, les plus massives moins abondantes.

 

Evolution et fin de vie des étoiles.

         Les petites étoiles consomment lentement leur hydrogène et brillent peu mais longtemps. Le Soleil, qui est âgé d’environ 5 milliards d’années, doit se maintenir encore aussi longtemps, après quoi, ayant épuisé l’hydrogène en son centre, où se produit la fusion à une température de 15 millions de degrés, il subira une concentration de son cœur et un échauffement permettant la synthèse du carbone puis de l’oxygène, tandis que sa périphérie explosera en géante rouge, après quoi la masse restante se condensera en naine blanche ayant les dimensions de la Terre et une densité énorme. Sa température baissera peu à peu jusqu’à ce qu’il devienne une naine noire.

Les étoiles de quelques masses solaires ont une durée de vie plus courte . Après épuisement de l’hydrogène, elles subissent une série de contractions et d’échauffements qui conduisent à la synthèse d’éléments de plus en plus lourds jusqu’au fer, le plus stable des atomes. Cette synthèse productrice de chaleur achevée, elles subissent une nouvelle contraction du cœur et une explosion de la périphérie. C’est une supernova, brève, mais au cours de laquelle les éléments les plus lourds, jusqu’à l’uranium peuvent se former par bombardement de neutrons, ainsi que des éléments légers, lithium, glucinium et bore, par fractionnement d’atomes plus lourds. Si la masse subsistant au centre équivaut  à 1 ou 2 masses ,solaires, il se forme une étoile à neutrons. Une masse plus élevée aboutira à la création d’un trou noir.

Les étoiles à neutrons.

         On en a détecté ayant de 0,7 à 2 masses solaires, avec une moyenne de 1,4, et un rayon de 10 Km, donc une densité énorme, celle des noyaux atomiques. Elles possèdent une surface de fer solide à l’intérieur de laquelle protons et électrons ont fusionné en neutrons sous l’effet de la pression. D’autres particules, comme des mésons formés de deux quarks peuvent aussi être présents. On en trouve un exemple dans la nébuleuse du Crabe, reste d’une supernova observée en 1054 par des astronomes chinois. Comme  la plupart des étoiles à neutrons elle est en rotation très rapide, avec une période de l’ordre de la milliseconde, et possède un champ magnétique intense de 108 teslas, le champ magnétique terrestre étant de 10-( tesla.

 

Les étoiles étranges.

         Plus petites et plus denses que les étoiles à neutrons, mais avec des masses comparables, elles seraient constituées de quarks u, d et s

Les trous noirs.

Pourquoi noirs ? Rien, pas même la lumière ne peut s’en échapper, et toute matière qui passe à proximité du trou noir y tombe après avoir spiralé dans son environnement. A quelle distance peut-on échapper au trou noir, à condition d’être animé d’une vitesse suffisante dont la limite est la vitesse de la lumière. Cette distance est le rayon de Schwarzschild que l’on considère comme la frontière ou l’horizon du trou noir

r =  2 G m /  C2

G : constante de la gravité    m : masse  du trou noir   C vitesse de la lumière

D’ un rayon deux fois plus petit, la lumière peut au plus atteindre le rayon de Schwarzschild avant de retomber. Cependant, il n’existe pas de discontinuité dans la chute au centre du trou noir. Un voyageur imprudent qui passerait ce rayon ne percevrait rien de particulier, surtout si le trou noir est très massif. Il finirait cependant par être étiré, la différence de gravité devenant de plus en plus grande entre sa tête et ses pieds et il disparaîtrait finalement dans le trou noir.

On ne sait pas actuellement dans quel état se trouve la matière à l’intérieur d’un trou noir. Sa masse, sa charge électrique et sa vitesse de rotation sont conservés, mais sa densité doit être très supérieure à celle d’une étoile à neutrons et son volume beaucoup plus petit, mais les particules qui constituent la matière ordinaire, leptons et quarks, ne peuvent plus subsister.

Comment se calcule le rayon de  Schwarzschild ;

Un astre massif, étoile ou planète, exerce sur un objet une attraction exprimée par  la formule de Newton.

F = G M m / d2

                            F : force d’attraction

G : constante de la gravité = 6,672 10-11

M : masse de l’astre

m : masse de l’objet

d : distance entre l’astre et l’objet

L’objet possède deux formes d’énergie : l’énergie potentielle , qu’il peut libérer en tombant, comme une chute d’eau peut à produire de l’énergie électrique, et qu’il regagne en remontant au moyen d’un moteur, et l’énergie cinétique liée à sa vitesse. S’il tombe, sa vitesse et son énergie cinétique  s’accroissent et son énergie potentielle diminue d’autant. Au total, toute variation de son énergie potentielle est égale et opposée à sa variation d’énergie cinétique. Si l’objet tombe en chute libre de très loin avec une vitesse initiale nulle au départ, l’énergie cinétique acquise au bout d’un certain temps est liée à sa vitesse

Ec = 1/ 2 m v2

tandis que son énergie potentielle décroît à chaque instant de

dEp = GMm /r2 dr     d r  étant la petite variation de r correspondante,

où r est le rayon d’une sphère centrée sur l’astre, par exemple un trou noir, et au total sur une distance comprise entre deux valeurs r1et r2 , on obtient en intégrant

Ep = GMm ( 1/r1 – 1/r2 )

Si la distance de départ r2 est très grande, il reste :

Ep = G Mm / r

Et comme Ep = Ec

GMm /r  = 1/2  mv2

On voit que la vitesse est indépendante de la masse de l’objet, d’où :

GM / r = v/ 2     ou     r = 2 GM / v2

Et si l’on donne à la vitesse  la valeur la plus élevée, celle de la lumière C , on obtient le rayon de Schwarzschild :

r = 2 GM /  C2                C =  3. 108 mètres par seconde.

Exemples :  un trou noir d’ un milliard de tonnes aurait un rayon minuscule de 1,5 10-15 mètre ; un trou noir d’une masse solaire, (230 kg) un rayon de 3 km, et le trou noir le plus massif connu de 1010  masses solaires

un rayon de 1,5 1013 m, soit 46,4 heures lumière qu’ on peut comparer à la distance de Pluton, 6 heures 40 minutes, et à celle du nuage de Oort, 7000 heures lumière, soit près d’une année lumière, alors que l’étoile la plus proche est distante de près de 5 années lumière.

Vitesse de libération. 

La formule précédente  r = 2 GM/ v2  peut s’écrire  v2 = 2 GM/ r  ou

v = ( 2 GM / r )1/2

v est la vitesse minimale qu’ il faut communiquer à un objet, quelle que soit sa masse, partant de la surface d’un astre de masse M et de rayon R pour qu’il s’échappe définitivement et ne retombe jamais. A la surface de la Terre, l’accélération de la pesanteur est g = GM/R2 et v2  = 2 GM/R = 2g

g = 9, 81 m/s /s      R = 6,378 106 m    d’où v = 11,18 m/s

Vitesse de libération d’une étoile à neutrons de 10 km de rayon ;

Pour une masse solaire ( 2. 1030 kg )  v = 1,6 108 m/s, et pour 2 masses solaires  v = 2,28 108 m/s

Masse pour laquelle v = C, vitesse de la lumière  m = C2 r/ 2G                où r = 10 km        m = 3,3 masses solaires.

Température d’un trou noir.

Selon S. Hawking, les trous noirs ont une entropie proportionnelle à leur surface et donc une température T = K/M  où K = 2.1026

Exemples : pour quelques masses solaires,  T = 10-5  0K, et pour une masse de 10 tonnes T = 2. 1014 0K.

Les trous noirs s’évaporent en émettant le rayonnement de Hawking ; leur durée de vie dépend de leur masse. Pour une masse solaire, cette durée est de 1066 ans, et pour un trou noir primordial de 109 tonnes de 1010 ans, mais un trou noir de masse plus fable aurait une vie très brève : pour une masse de 1000 tonnes, il ne pourrait subsister plus d’une seconde.

Les différents trous noirs

Ils diffèrent par leur masse et leur histoire , du plus petit aux trous noirs primordiaux, stellaires, intermédiaires et supermassifs.

Le plus petit trou noir.

Selon la physique quantique, son rayon, r = Gm / C2 ne peut être plus petit que sa longueur d’onde donnée par la formule de Louis de Broglie l = h / mC , d’où  h / mC = Gm / C2, ce qui donne sa masse m = 2. 10-8 kg , soit 2 centièmes de milligramme , h , constante de Planck valant 6 , 61. 10-34. Son rayon est

r = Gm / C2 = 1,5. 10-35 m, longueur de Planck. Sa durée de vie serait très brève.

Remarque : à l’exception de la masse, très supérieure à celle des particules élémentaires, les grandeurs de Planck, longueur, température, densité, temps,  peuvent être considérées comme les limites de validité de la physique quantique.

Les trous noirs primordiaux.

Formés peu après le Big- Bang, quand la densité de matière était encore très élevée, leur masse serait d’environ 10 milliards de tonnes.

Les trous noirs stellaires.

Ayant pour origine l’explosion d’étoiles massives en fin de vie, leur masse équivaut à quelques masses solaires.

Les trous noirs intermédiaires.

On en a détecté quelques centaines dans des galaxies sans bulbe. Ils se seraient formés par condensation de nuages géants pauvres en métaux peu après le Big- Bang.

Les trous noirs supermassifs.

De quelques millions à quelques milliards de masses solaires, ils sont présents au centre de nombreuses galaxies, mais leur masse ne représente que 0,1% de la masse d’étoiles et de nuages de matière du bulbe qui les entoure. Celui de la Voie Lactée a une masse de 4 millions de masses solaires.           Leur présence favorise la formation de nouvelles étoiles dans un espace limité de quelques minutes lumière appelé noyau actif de galaxie. Ils émettent toute une gamme de radiations électromagnétiques, rayons gamma, X, UV, mais tous ne sont pas actifs, faute de matière pour les alimenter. Ils se formeraient en un temps relativement court, un million d’années, par fusion d’étoiles massives, de trous noirs plus petits et d’étoiles à neutrons, et s’établissent au centre des galaxies.

Les quasars sont des noyaux de galaxies anciens formés quand la densité de matière était plus grande, 2 à3 milliards d’années après le Big-Bang.

Que devient la matière dans un trou noir ? Sa masse et sa charge électrique sont conservée, mais on ne sait pas ce que deviennent les particules élémentaires qui la composaient, dans quel volume et avec quelle densité cette masse est enfermée.

 

Références :  Pour la Science . mars 2012 p. 34 . Les trous noirs intermédiaires . Dossier avril- juin 2012 . Les trous noirs.

Le Diben, juillet 2012.