« Les origines de l’Homme moderne. »

Les origines de l’Homme moderne.

par M RIO André
par M RIO André

Les primates englobent les singes, les lémuriens et les ancêtres de l’Homme. On en a trouvé des restes en Afrique et aussi en Europe, mais l’origine africaine de l’homme semble la plus probable. Il y a environ 10 millions d’années existait un ancêtre commun à l’homme et aux grands singes : le chimpanzé, le gorille et l’orang–outan, regroupés sous la dénomination d’hominidés.

Les ancêtres de l’Homme, les homininés , se caractérisent par la station bipède, l’aptitude à la marche et à la course et un cerveau de plus en plus perfectionné, tandis que les grands singes ont développé leur aptitude à grimper aux arbres aux dépens de la bipédie et de la marche car ils s’appuient sur le dos de la main repliée pour se déplacer, et il est vraisemblable que l’ancêtre commun était déjà bipède.
Le plus ancien homininé découvert, Toumaî, (Sahelanthropus s), a été daté de 7 millions d’années (M.A) , puis Orrorin tugenensis au Kenya de 6 M.A. Ils sont suivis par un buissonnements d’espèces jusqu’à l’apparition d’Homo sapiens il y a 200.000 ans et de la disparition de toutes les autres.
Récoltes  et datations. Les grottes sont les sites les plus favorables à la conservation des fossiles. La géologie de la vallée de l’Omo en Ethiopie également, et c’est un coup de chance qui a permis de trouver le crane de Toumaï qui affleurait à la surface du désert. Diverses méthodes utilisant la radioactivité permettent de dater les ossements et leur environnement. Les progrès récents dans le déchiffrement et manipulation de l’ ADN permettent d’établir les filiations et aussi les hybridations entre espèces , mais les restes retrouvés ne représentent qu’une faible partie des espèces qui ont vécu depuis 10 millions d’années et de nouvelles découvertes pourront modifier les idées actuelles .

Un foisonnement d’espèces, toutes bipèdes, dont 8 Australopithèques de 4,2 à 1,97 M.A (Lucy ) , 4 Homo de 2,4 à 1 M.A, 3 Paranthropus de 2, 7 à 1,8 MA , presque tous à l’est et au sud de l’Afrique. Chez les Homininés, la bipédie se caractérise par la position du trou occipital, le renforcement des membres inférieurs et le développement du pied ainsi que des dents petites caractéristiques de la lignée humaine
La bipédie est apparue aussi chez les oiseaux et certains dinosaures, Quant aux chimpanzés , ils ont évolué et se sont écartés de l’ancêtre commun qui était probablement bipède .et moins adapté à la vie arboricole , mais on a très peu de vestiges de leur évolution.
L‘arbre généalogique des Hominidés est très touffu ; une quarantaine de genres ont été identifiés , mais il en reste seulement 5 : gibbon, Orang-outan, Gorille, Chimpanzé , Homme. Il y a plus de 17 MA, ils étaient localisés au Kenya et en Ouganda. Ils se sont étendus ensuite en Europe de l’ouest, en Grèce et en Turquie d’Asie, mais une origine eurasienne des Homininés est peu vraisemblable. Elle se trouve plutôt localisée au Kenya et en Ethiopie il y a 10 M.A.
Plusieurs espèces d’ Homininés ont-elles cohabité? H. habilis et H. erectus auraient existé entre 1,9 et 1,4 M.A et ne se seraient pas succédés.
Le berceau des Australopithèques. Ils ont été précédés par Toumaï (7 M.A) au Tchad , Orrorin,( 6 M.A) au Kenya et Ardipithecus en Ethiopie qui disparaît vers 4,4 M.A, alors que les Australopithèques apparaissent vers 4,2 M.A au Kenya et en Ethiopie.
Les plus connus :
– Lucy (Australopithecus afarensis ) 3,8 à 3 M.A ;
– Little foot (A. prometheus ) 3,7 à 3 M.A ;
– Abel (A. bahrel ghazali ) 3,5 à 3 M.A
– et le plus récent A. sediba 1,95 M.A

Homo apparaît il y a 2,8 M.A :
– H rudolphensis , 2,4 à 1,7 M.A en Tanzanie ;
– H. habilis , 2,4 à 1,4 en Tanzanie ;
– H. ergaster 1,9 à 1 M.A en Afrique ;
– H. erectus 2 M.A en Europe et en Asie ;
– H. naledi , non daté , en Afrique du sud.
– et enfin H. sapiens 200 000 ans en Ethiopie
.
Les deux grandes vagues d’expansion. La première est attribuée à H. erectus il y a 2.4 M.A , la seconde à H. sapiens il y a 100 000 ans .
H. erectus était probablement plus mobile que ses prédécesseurs et plus adapté à des milieux divers. Les motifs possibles sont un changement climatique, la poursuite de troupeaux sauvages, une somme de petits déplacements d’une génération à l’autre. L’expansion s’est faite vraisemblablement par le Moyen Orient.
Le site le plus riche en fossiles de H. erectus , Dmanisi en Géorgie , ( 1,77 M.A) . Tous s’étendent de l’Europe de l’Ouest à la Chine et l’Indonésie , de O,7 à 2,2 M.A .

La deuxième expansion est due à H.sapiens qui a commencé à envahir la Terre entière il y a 100 000 ans par voie terrestre ou maritime :
-le sud de la Chine il y a 50 000 ans ,
-l’Europe 43 000 ans , l’Australie 40 000ans
-et l’Amérique plus récemment ( 14 000 ans ? )
Il a rencontré, dans les territoires déjà occupés par les descendants de H. erectus les Néanderthaliens à l’ouest, les Dénisoviens à l’est. Dans la grotte de Denisova au sud de la Sibérie on a trouvé cependant des vestiges d’un Néanderthalien à coté d’un Dénisovien , mais non datés et probablement laissés à des époques différentes. On a trouvé aussi à Puyan en Chine une dent d’Homme moderne datée de 80 000 ans. Il est possible qu’il y ait eu des croisements multiples ; ainsi on a trouvé en Espagne des gènes mitochondriens proches de ceux des Denisoviens qui diffèrent à la fois des Néanderthaliens et de l’Homme moderne .
On a également trouvé en Indonésie les vestiges de H. florensis dans l’île de Flores , espèce naine ne dépassant pas 1,10 m et possédant une capacité crânienne de seulement 420 ml . Estimé d’abord âgé de 22000 ans, on a établi récemment qu’il date en réalité de 60 000 à 100.000 ans .

L’ Homme moderne est né d’un métissage. Neanderthal et Denisovien ont habité un site commun et possèdent 99,85 % de gènes communs , tandis qu’ Homme et Chimpanzé en ont aussi 98,4 % . Il y a 40 ooo ans , plusieurs espèces d’Homo cohabitaient ; il n’en reste qu’une seule, qui a créé l’art figuratif ( grottes Chauvet, Cosquer et Lascaux ) , alors que les Néanderthaliens ont laissé peu de traces.
Trente mille ans de vie commune. La domestication du Chien a débuté avec H. sapiens à partir de loups de diverses origines.

L’ agriculture est née au Proche Orient il y a 10 500 ans à partir de plantes sauvages qui, contrairement aux plantes cultivées, dispersent leurs graines .
Des civilisations se créent. Les premières villes et les premiers empires apparaissent il y a 5.ooo ans, l’écriture et la littérature 2 500 ans , La méthode expérimentale, indispensable à l’acquisition de connaissances objectives n’a que 400 ans , et trois découvertes fondamentales, l’age et l’étendue de l’Univers,les particules élémentaires et leurs interactions et le mécanisme fondamental de la vie,la synthèse des protéines avec l’ADN et l’ARN n’ont pas 100 ans .

Jusqu’où irons-nous ?

André RIO Juin 2016
Références ; L’odyssée de l’Homme . La Recherche , hors série mars – avril 2016 ; avril 2016 p. 29 ; mai 2016 p. 16 ;
Pour la science , Avril 2016 p. 7 ; mai 2016 p. 13

La démocratie à l’épreuve par Laurent Laot

La démocratie à l’épreuve d’aujourd’hui

le-pretre-analyse-la-gouvernance-de-levequepar Laurent Laot

1 préambule

Le Politique  est le domaine de l’activité humaine qui a pour fonction, au sein d’une communauté habitant sur un territoire donné, traversée par des conflits et tensions d’établir un minimum d’accord pour « vivre ensemble » et gérer les relations avec le monde extérieur. Cet accord est précaire et en constante évolution.
Cette fonction de régulation se traduit par l’établissement d’un corpus de règles, de normes, d’obligations et d’interdits dont le respect est garanti par le monopole de la coercition du pouvoir politique habilité par le corps social à contraindre les membres de la communauté à suivre les règles définies. La sphère politique est l’une des 4 sphères touchant à la vie d’une communauté ( sphère économique – sphère sociale – sphère culturelle) qui interagissent entre elles.
Les politiques sont des projets d’organisation de société qui en démocratie sont soumis aux choix des citoyens.
La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948
Article 1
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Article 2
Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Article 3
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

2 un héritage

Le mot démocratie vient du grec :  « dêmos » pour peuple » et « krátos » pour pouvoir ou puissance
A)  de la Grèce à nos jours
5 siècles avant JC , des cités antiques ont conceptualisé et mis en pratique la démocratie
La cité d’Athènes a ainsi mis en œuvre une démocratie directe pendant près de 2 siècles : le peuple assemblé ( ecclesia sur l’agora) opérait les choix politiques décisifs, des magistrats tirés au sort ( 600) ou élus (100) mettant à exécution les décisions. Le peuple assemblé excluait toutefois les femmes, les esclaves et les métèques(étrangers) (40 000 citoyens libres pour une population estimée à 250 000)
Les philosophes grecs les plus célèbres ont raillé cette démocratie qui était à proscrire. Socrate disait déjà que la démocratie pouvait entrainer certaines dérives démagogiques, alors que son ancien élève, Platon, évoquait un régime de la « bêtise humaine »
Le concept de démocratie connaîtra une éclipse de près de 2 millénaires.
Au XVIII ème siècle, le courant philosophique des Lumières mène une profonde réflexion sur la démocratie mais sous une autre forme : la démocratie représentative, considérant que entre autres la taille des états modernes ne pouvait permettre une démocratie directe. Le Contrat social de Rousseau apparait : le rôle de l’Etat est de garantir les libertés individuelles. Pour Montesquieu, nécessité de limiter le pouvoir par le pouvoir : la théorie de la séparation des pouvoirs. 1789 est l’année du début de mise en application de ces principes en France  ; le sujet du roi devient citoyen,c-à-d acteur libre qui participe à l’élaboration des lois et qui s’y oblige.
Au cours du XIXème ,(l’Angleterre et les USA ayant été les précurseurs)la démocratie s’est imposée sous différentes formes sur le vieux continent (monarchie constitutionnelle ou république)
Au XXème, la démocratie a connu des avatars : en effet l’arrivée au pouvoir d’un Hitler ou d’un Mussolini a été l’aboutissement d’un processus démocratique ;un Staline ne se prévalait-il pas d’ une constitution (1936)qu’il jugeait la plus démocratique au monde…

B ) une ligne directrice pour la démocratie moderne autour de 6 principes articulés entre eux
b1 souveraineté du peuple
Par définition , dans une démocratie moderne, le peuple souverain délègue par un vote ses pouvoirs à une représentation. Quelques interrogations :
Qui est le peuple : cette notion évoluera dans le temps. Les hommes qui avait du bien (vote censitaire), , le suffrage universel masculin, puis en 1945 , le suffrage universel qui écarte aujourd’hui les moins de 18 ans, les étrangers.
Le vote est secret pour garantir la liberté de choix.
La consultation directe du peuple par referendum peut venir en contradiction avec les options de ses représentants élus.
b2 positivité des conflits
la démocratie signifie l’acceptation du désaccord et du conflit . Toutefois, le conflit ne veut pas dire guerre civile ou impuissance à décider pour tous. Quand il y a désaccord entre les citoyens intervient un principe fondamental et unique sur lequel tous les citoyens doivent s’accorder: le respect du vote majoritaire ( majorité simple ou qualifiée) , l’individu comme citoyen s’élevant au dessus de l’individu comme particulier.

b3 indisponibilité du pouvoir
Tout gouvernant en démocratie n’est que « locataire » de son poste : il dispose de son poste le temps d’une élection. La perte de majorité équivaut à une perte du pouvoir.
b4 séparation des instances
La démocratie moderne sépare le législatif, l’exécutif et le judiciaire . Le judiciaire par son indépendance vis-à-vis des 2 autres garantit le bon fonctionnement de l’ensemble.
Le pouvoir politique est séparé du pouvoir religieux : principe de laïcité en France
b5 constitutionnalité
Une loi fondamentale (la Constitution) écrite ou non doit « faire rentrer la Force » dans les limites du Droit
b6La Déclaration universelle des droits de l’homme comme socle

La déclaration des Droits de l’Homme doit servir de référentiel pour toute démocratie. Ainsi à la barbarie, un pays démocratique ne peut répondre par la barbarie.

3 la démocratie à l’épreuve ( ou en défi)

discrédit des institutions
Très régulièrement , les représentants élus ont été soumis au discrédit , notamment dans les années 30 en France.
L’incapacité à régler les problèmes sociaux sur la longue durée, problèmes liés à la situation économique jette le discrédit à l’heure actuelle sur le personnel politique , quelque soit la tendance et cela au niveau européen.
Le taux d’abstention aux élections est révélateur de ce phénomène . La prise en compte du vote blanc modifierait peut-être cette perspective en n’oubliant pas de rappeler qu’après guerre la mobilisation politique était à son zénith)
l’individuation +
Par le passé, les partis politiques proposaient des programmes politiques clés en main aux citoyens électeurs.
De nos jours, l’incapacité réelle ou supposée des politiques(qui semblent obnubilés par la maximisation des performances électorales de leur propre coterie) mène chaque citoyen libre et pensant à rechercher sa propre solution et à la « mettre en ligne ». Voir la profusion de manifestes , de pétitions en tous genres, de referendum locaux pour faire pression sur les Pouvoirs Publics.
l’internationalité mondialisée
Les gouvernements nationaux ont cédé un certain nombre de leurs prérogatives à des instances supranationales qui ne « respirent » pas la démocratie.
. Union Européenne
La Commission est désignée de manière très indirecte . L’Europe n’a pas par exemple de président élu par les citoyens sur une ligne politique claire. Projet européen en panne.
. ONU
Tous les états y sont représentés sur la base d’un pays une voix mais l’Organe décisionnel, le Conseil de sécurité admet 15 membres dont 5 permanents( les 5 vainqueurs de 45) avec droit de veto ( expression démocratique ?)

-contexte de crise structurelle : géopolitique, économique et sociale
a) une économie mondialisée : les sociétés transnationales jouent avec les normes édictées par les différents pays ( lobbying, optimisation fiscale…) laissant une faible marge de manœuvre en matière économique (et donc sociale)aux gouvernements élus .
Ceux-ci n’auraient-ils pour latitude que de trancher les affaires de société : exemple le mariage pour tous en France.( objets de bronca sporadiques de groupements religieux)
Par ailleurs , le système économique libéral qui couvre l’ensemble de la planète ne semble pas avoir la capacité à retrouver la dynamique qu’elle a connu pendant les 30 glorieuses. Face à cette incapacité, les réponses du système sont :  un transfert massif des activités industrielles en Asie,  une baisse de la part salariale dans les revenus nationaux, une disparité des revenus croissante au sein des populations,   un chômage de masse incompressible en Occident,   un endettement colossal des Etats et de certaines catégories de citoyens.
Conséquences : cette situation de crise sociale permanente ( 40 ans) est un terreau fertile pour des expériences politiques « radicales » : le passé en est riche – Etat Français – Hitlérisme – Fascisme et le présent peut s’avérer inventif en la matière….le populisme en Europe…
b)D’autre part, des situations nouvelles crées par des mouvements religieux sectaires,prosélytes et extrémistes(attentats,…) pourraient mettre en difficulté la démocratie

contrainte d’une temporalité plurielle
Le timing politique ( élections par exemple) ne coïncide pas avec la vie économique : une politique économique menée sous un mandat pourrait ne donner de résultats que sous le mandat suivant. Or cette politique sera sanctionnée en fin de mandature  pour ne pas avoir donné des résultats immédiats probants.
le poids de la nouvelle donne médiatique
Dans les années 70 en France, priorité était donnée au débat politique , l’humanitaire n’ayant guère la faveur des media . Un demi-siècle après, l’important – le politique- occupe une place marginale dans les media et le débat politique est rabaissé voire « peoplisé »
par delà politique incomprise
La politique est incomprise par la majorité des citoyens qui ont perdu le sens de l’intérêt général( et non du bien commun) intérêt général qui peut aller à l’encontre de leurs intérêts particuliers ;

En conclusion

« Beaucoup de formes de gouvernement ont été testées, et seront testées dans ce monde de péché et de malheur. Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l’opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions de ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres. » W. CHURCHILL

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Réf : 04 CY-Jjunio6

L’individuation est le processus de  distinction d’un individu des autres de la même espèce ou du groupe, de la société dont il fait partie.

 

 

Les philosophes grecs et la science moderne.

Les philosophes grecs et la science moderne.

Le miracle grec, c’est l’apparition de la logique, de la pensée rationnelle inspirée par la géométrie. Les penseurs grecs, dont beaucoup étaient géomètres, ont tenté de l’appliquer au monde réel. Cependant, la réalité concrète n’est

M RIO
M RIO

pas rigoureusement définie comme le sont les objets mathématiques. Appliquant l’apparence d’un raisonnement rigoureux à des idées qui leur étaient chères, le beau, le bien, le juste, le vrai, qui ne se laissent pas traiter comme des cercles et des triangles, idées approximatives et souvent subjectives, c’était s’engager dans des discussions infinies où chacun défendait ses préférences personnelles. Ces discussions faisaient leurs délices.

Qu’ont-ils apporté à la connaissance en dehors de la géométrie ? Sans doute, comme Aristote, ils savaient observer, mais les conclusions, les interprétations qu’ils en tiraient leur suffisaient, et ils n’éprouvaient pas le besoin de les confirmer par une expérimentation rigoureuse, d’autant qu’ils avaient un grand mépris pour les techniques et les pratiques manuelles. On leur doit toutefois la première estimation précise de la forme et des dimensions de la Terre.

La science moderne leur doit-elle aussi les notions d’élément et d’atome qu’ils ont apportés? Il n’en est rien ; seuls les mots ont été conservés. Leurs éléments n’étaient que le symbole des différents états de la matière, solide, liquide, peut-être gazeux, bien qu’ils n’aient sans doute pas eu une notion très nette de ce qu’était l’air, qui ne se manifestait à eux que par le souffle du vent ou de la respiration.

Pour nous, ni l’air, ni l’eau ni la terre ne sont plus des éléments, mais des mélanges ou des combinaisons d’éléments, le feu pas davantage, qui n’est que de la matière échauffée par la combustion, et nos éléments, plus d’une centaine, des associations , selon des règles très précises, de trois particules élémentaires, électron, proton et neutron.

Les atomes de Démocrite, d’Epicure et de Lucrèce ne sont qu’une spéculation, et ce n’est qu’au début du XIXème siècle qu’on aura de nos atomes la première approche expérimentale, et à celui du XXème une confirmation définitive.

Après les Grecs, il a fallu attendre longtemps avant que réapparaissent en Occident autant d’esprits aussi brillants et que des progrès décisifs soient possibles. C’est seulement au début du XVIIème siècle qu’est apparue la méthode expérimentale, base de la science moderne, dialogue permanent entre théorie et expérimentation. Elle ne s’est imposée que progressivement : lois de Kepler, étude de la chute des corps et du mouvement du pendule par Galilée, hydrostatique de Pascal, optique des miroirs et des lentilles. Elle a aussi des ratés : Descartes, grand mathématicien, prend souvent ses cogitations pour des réalités en physique et en biologie ; il s’affranchit bien vite des règles rigoureuses qu’il s’est imposées, et son disciple Spinoza démontre péremptoirement que les atomes ne peuvent pas exister. Le grand Newton lui même, qui domine de très loin ses contemporains, s’embourbe dans l’alchimie.

Il faudra la fin du XVIIIème siècle pour que la méthode expérimentale fonctionne pleinement. Des professionnels succèdent aux amateurs. L’électricité, le magnétisme, la chimie prennent forme, c’est le départ d’un extraordinaire développement des connaissances qui se poursuit et s’accélère encore aujourd’hui, tandis que la philosophie, qui englobait autrefois toutes les sciences, et qui a du leur céder leur autonomie, ne se réduit trop souvent qu’à un verbiage stérile.

Qu’en auraient pensé nos philosophes grecs ?