Modestes propositions pour une vie plus naturelle.

Modestes propositions pour une vie plus naturelle.

M RIO
M RIO

Les défenseurs de la nature se sont inquiétés récemment du projet d’abattre quelques loups dans les Alpes. Comment accepter en effet que la vie d’un loup , magnifique animal sauvage, soit mise en balance avec celle de quelques centaines ou quelques milliers de moutons, animaux dégénérés, presque des clones, création factice des bergers, organismes génétiquement modifiés, non pas sans doute par les abominables techniques récentes, mais par une sélection artificielle millénaire à peine plus recommandable, des bêtes qui ne saurait subsister à l’état sauvage.

Si le loup est actuellement protégé, il n’en a pas toujours été de même. Des siècles de persécutions barbares avaient fini par en venir à bout en France jusqu’à sa réapparition récente. Mais à côté des loups, que d’espèces menacées : si les animaux favoris du public comme les oiseaux, les mammifères marins et les poissons exotiques, excitent des sentiments favorables, que d’espèces sont juste tolérées ou franchement détestées. Qui s’inquiète pour les vipères, pourtant légalement protégées ; et les crapauds, les moustiques, les araignées, les mouches tsé-tsé, les scorpions, les sauterelles africaines, les puces et les poux. ?

Pire encore : qui défend des créatures encore plus modestes et discrètes, les bactéries et les virus ? Contre eux, aucun scrupule, c’est le génocide organisé. On a éradiqué le virus de la variole ; celui de la poliomyélite est gravement menacé, celui du sida traqué. Contre le bacille de Koch, celui de la lèpre et tant d’autres, c’est la guerre ouverte .

Et l’homme, qui mène ces combats, doit-il vivre aux dépens de toutes les autres espèces ? Sans doute, il peut se protéger, mais à condition de ne pas se considérer comme privilégié. Aucune épidémie ne l’a éradiqué ; il est donc en mesure de se défendre naturellement, et il doit donc laisser se rétablir un équilibre entre lui et toutes les autres formes de vie, et dans ce but revenir à une vie plus naturelle.

D’abord, ne pas chercher à subsister dans les régions où il ne peut survivre qu’à coups d’artifices : sans vêtements, il ne peut se maintenir dans les zones froides ou dans l’hiver des zones tempérées. Qu’il retourne là où il est apparu , dans les climats tropicaux et équatoriaux, et qu’il laisse les autres aux animaux à plumes ou à fourrures qui y vivent normalement. Qu’il renonce à toutes les techniques superflues qui n’ont pour résultat que de faire subsister des individus inadaptés aux dépens de l’environnement : plus d’ordinateurs ni de moulins à vent. Qu’il ne se nourrisse que de cueillette, en ne prélevant que le strict nécessaire à sa survie. Qu’il se serve de bâtons ou de pierres ramassées, soit, mais en se gardant bien de les tailler. Qu’il renonce au feu, sauf si un incendie spontané met à sa disposition des animaux surpris par les flammes et encore comestibles. Alors, et alors seulement, il pourra prétendre vivre de façon naturelle.

Quelles conséquences aurait pour l’humanité un retour à la nature ? Sans doute une réduction sensible des populations, mais leur expansion actuelle conduit irrémédiablement à une catastrophe écologique pire que tous les fléaux que les hommes ont connu jusqu’ici : guerres, famines, épidémies, fanatismes religieux, et maintenant déforestation, pollution, désertification, persécutions de toutes sortes, épuisement des ressources naturelles, perturbation du climat.

On peut objecter que le retour à une vie tout à fait naturelle ramènerait l’humanité au rang des bêtes sauvages. Il n’en est rien, car elle conserverait ce qui fait sa spécificité : un cerveau performant modelé par l’évolution. Mais à quoi lui servirait ce cerveau s’il s’interdit toute action perturbant si peu que ce soit la nature ? Plus de livres, plus d’instruments de musique, plus d’arts plastiques, plus de sciences expérimentales. Il lui resterait ce que spontanément il préfère : jouer, se battre, rêver, imaginer sans contraintes, inventer des rites, des idoles et des amulettes, des dieux, des esprits, des croyances, des pouvoirs imaginaires, proclamer des jugements sur toute chose, fondés sur son intime conviction.

Mais ne rêvons pas : les plus ardents défenseurs de la nature n’oseraient pas aller jusque là : trop heureux de leur confort, de leur santé préservée par des vaccins et des médicaments de synthèse, du pouvoir qu’ils ont de se faire entendre et approuver partout grâce aux techniques les plus récentes, cela vaut bien quelques accommodements. Mais si leurs programmes et leurs projets sont irréalisables, laissons leur, à eux aussi, le droit de rêver.

Quant à ceux qui ne se font pas une religion de défendre une nature idéalisée, mais qui s’en préoccupent cependant sérieusement et cherchent des solutions concrètes, ils doivent se contenter de compromis.

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