La Beat Generation : un mouvement artistique contestataire et visionnaire

La Beat Generation : un mouvement artistique contestataire et visionnaire

olivier34par Olivier Macaux

En 1945, les USA sortent grand vainqueur de la 2nde Guerre Mondiale. Ils dominent le monde dans tous les domaines : économique, militaire et culturel. L’ American Way of Life triomphe.
Après les difficultés de la Grande Dépression, une ère nouvelle s’ouvre : la société de consommation. La société américaine est pourtant restée figée sur certaines valeurs : un anti-communisme viscéral (MacCarthysme), un puritanisme bon teint, un conformisme à toute épreuve…
A la fin des années 40, un groupe d’écrivains qui se sont rencontrés à l’Université Columbia, et d’artistes influencés entre autres par les dadaïstes et surréalistes des années 20 contestent les valeurs dominantes de la société US. Jack Kérouac, l’un des personnages emblématiques de ce groupe les nommera : la Beat Generation. Cette mouvance mêlant drogue, sexe, alcool et littérature dans Greenwich Village. ne s’inspire pas d’une quelconque idéologie politique : révolte individualiste qui rejette les conventions sociales (prise de drogue, refus du travail régulier, de la famille, homosexualité). Ils sont des rebelles sans cause qui désirent créer un homme nouveau : le beat(nik), vagabond libre pour qui le voyage sous toutes ses formes est essentiel.

JackKerouac_ _0
Jack Kerouac

Alliant créativité débordante et fascination pour les milieux interlopes des villes des côtes Est et Ouest des États-Unis , la Beat Generation témoigne également d’un attachement profond aux grands espaces, à la nature et à la découverte de mondes nouveaux (religions orientales)
Les œuvres « beat » peuvent aussi bien être de la poésie que de la prose. Les auteurs utilisent des techniques comme « l’écriture spontanée » et le cut-up qui permettent de dynamiser le récit et de rendre par écrit les impressions ressenties lors de la prise de drogues

Trois écrivains dominent la beat generation : Kerouac, Burroughs et Ginsberg

1 Kerouac Jack ( 1922-1969)

L’œuvre de Kerouac est multiple : prose, poésie, mais également des essais, des articles, Sa correspondance est également très importante. Le jazz est pour lui une religion. Il est le premier à entrevoir comment le jazz (beat)peut influer sur la vie, être le moteur d’une écriture

Auteur de : Sur la route , Les Clochards célestes, Big Sur , Le Vagabond solitaire

périples de Kerouac
périples de Kerouac

Sur la route ( un tapuscrit original : un rouleau de papier de 36,5 mètres de long)est l’un des romans fondateurs, sinon le roman fondateur de la Beat Generation . En puisant dans ses notes de voyages, sous le pseudonyme de Sal Paradise, Kerouac raconte ses errances avec son ami Dean Moriarty, inspiré par Neal Cassady dans les étendues américaines. Le récit est le compte rendu d’une errance, d’un abandon au hasard, avec ses moments d’euphorie, mais aussi ses passages à vide, ses instants nuls, ses échecs. Le roman est également le reflet du mode de vie prôné : un bohémien hédoniste sous les étoiles ( ou un super glandeur…)
Extraits :
«Les seuls gens vrais pour moi sont les fous, ceux qui sont fous d’envie de vivre, fous d’envie de parler, d’être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais et qui ne disent jamais de banalités, mais qui brûlent, brûlent, comme des feux d’artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans les étoiles, et en leur centre on peut voir la lueur bleue qui éclate et tout le monde fait « Wa! »
« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents…tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirez ou les désapprouvez, les glorifiez ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent » .
«  Nothing behind me, everything ahead of me, as is ever so on the road. »

2 Burroughs William (1914-1997)

burroughsWilliam Burroughs est peut-être le plus sombre représentant , le plus tourmenté de la Beat Generation.Il accède au cours des années 80-90 au statut de légende de la littérature américaine. Son œuvre le plus connue : Le Festin Nu

Écrit largement sous l’influence de drogues , la première mouture du Festin nu rassemble de notes éparses informes et obscènes, réarrangées parfois par la technique du cut-up. Burroughs y mêle drogue, politique, homosexualité, hallucinations, délire paranoïaque .Corrigé par Ginsberg et Kerouac, il est publié par Burroughs en 59 en France.
Le Festin nu se veut une descente cauchemardesque dans l’esprit d’un junkie, donnant vie à ses divagations dans des scènes oscillant de la science-fiction à la tragédie, parlant de modifications corporelles, d’orgies homosexuelles, de complots et de créatures angoissantes, dans un pays étrange, lieu de toutes les folies, nommé Interzone.
L’impression de chaos générée par les cut-up vise à simuler la perception d’un individu plongé dans un environnement dont il ne maîtrise pas les codes.
Extraits
« Dans la nuit absolue de la réclusion, la bouche et les yeux ne font plus qu’un organe qui déchiquette l’air de ses dents transparentes… mais les organes perdent toute constance, qu’il s’agisse de leur emplacement ou de leur fonction… des organes sexuels apparaissent un peu partout… des anus jaillissent, s’ouvrent pour déféquer puis se referment… l’organisme tout entier change de texture et de couleur, variations allotropiques réglées au dixième de seconde… » 
« L’organisme humain est d’une inefficacité scandaleuse. Au lieu d’une bouche et d’un anus qui risquent tous deux de se détraquer, pourquoi n’aurait-on pas un seul orifice polyvalent pour l’alimentation et la défécation ? On pourrait murer la bouche et le nez, combler l’estomac et creuser un trou d’aération directement dans les poumons – ce qui aurait dû être fait dés l’origine… »
« Nous deux on est frères de sang, on sort de la même seringue. »
« La démocratie est cancérigène par essence, et les bureaux sont ses cancers vivants. Bureaux, services, offices, sections… Un bureau prend racine au hasard dans l’Etat, se mue bientôt en tumeur maligne, comme la Brigade des Stupéfiants, et commence à se reproduire sans relâche, multipliant sa propre souche à des dizaines d’exemplaires, et il finira par asphyxier son hôte au sens biologique du terme, si on ne réussit pas à le neutraliser ou à l’éliminer à temps ».

Cette œuvre, difficile d’accès, à la lecture ardue, est considérée de nos jours comme une vision prémonitoire et hallucinée de la condition humaine contemporaine dite « post-moderne » : l’homme marchandise .

3 Ginsberg Allen (1926-1997)

ginsberg_81632cLa poésie de Ginsberg caractérisée par une liberté de ton et un aspect volontiers décousu aborde de front la sexualité, les désillusions sociales américaines et les modifications de la conscience, elle a fortement influencé l’émergence des idées hippies.Le slogan « flower Power », abondamment utilisé par la communauté Hippie lui est attribué.

Sa principale publication, Howl, un long poème en prose, est à sa sortie un scandale littéraire, en raison de son langage cru et explicite
Howl a été écrit en 1955 pour être récité lors d’une lecture publique à San Francisco. Il a ensuite été publié par le poète Lawrence Ferlinghetti chez City Lights Books.
Extraits
J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus, se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre,
initiés à tête d’ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne,
qui pauvreté et haillons, et œil creux et défoncés restèrent debout en fumant dans l’obscurité surnaturelle des chambres bon marché flottant par-dessus le sommet des villes en contemplant du jazz,
qui ont passé à travers des universités avec des yeux radieux froids hallucinant l’Arkansas et des tragédies à la Blake parmi les érudits de la guerre,
qui ont été expulsés des académies pour folie et pour publication d’odes obscènes sur les fenêtres du crâne,
qui se sont blottis en sous-vêtements dans des chambres pas rasés brûlant leur argent dans des corbeilles à papier et écoutant la Terreur à travers le mur,
qui furent arrêtés dans leurs barbes pubiennes en revenant de Laredo avec une ceinture de marijuana pour New York,
qui s’enchaînèrent sur les rames de métro pour le voyage sans fin de Battery au Bronx pleins de benzédrine, jusqu’à ce que le bruit des roues et des enfants les firent redescendre tremblants, débris de bouche et mornes cerveaux cognés toute brillance écoulée dans un éclairage lugubre de zoo,
qui parlèrent sans discontinuer pendant soixante-dix heures du parc à la piaule au bar à l’asile au musée au pont de Brooklyn, un bataillon perdu de platoniques maniaques du dialogues sautant les pentes en bas des escaliers de secours en bas des rebords de fenêtre en bas de l’Empire State hors de la Lune, blablateurs hurlant vomissant des murmures des faits des souvenirs des anecdotes des orgasmes visuels et des traumatismes des hôpitaux et des prisons et des guerres

BOB DYLAN ALLEN GINSBERG
Bob Dylan et Allen Ginsberg

La Beat Generation a ébranlé la société américaine dans ses certitudes. Elle a directement inspiré aussi bien les mouvements de mai 1968 que l’opposition à la guerre du Vietnam, ou les hippies de Berkeley et Woodstock. Elle a servi de référence pour le mouvement gay et pour la libération sexuelle de la génération suivante. Elle a également permis la libération du monde de l’édition aux États-Unis.

………………………………………………………………………….
03CY-Jmayo6

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.