L’abeille et le frelon asiatique

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Source : Ouest France

L’abeille et le frelon asiatique

par Denis Jaffré, coprésident d’une association de lutte contre le frelon asiatique AAAFA,

La prolifération du frelon asiatique défraie la chronique régulièrement : elle menace les colonies d’abeilles sur notre territoire mais peut également être source de danger pour les humains.

A)L’ABEILLE ( apis mellifera & abeille noire apis mellifera mellifera)

a) un monde sans abeille ?

POLLINIQSTA MANUELLE
POLLINISATION MANUELLE SICHUAN Chine

aa) un constat
Le déclin des abeilles est un phénomène mondial observé depuis le milieu des années 1990. Globalement, la valeur économique du service de pollinisation assuré par les insectes est évalué à 153 milliards d’euros. En Europe, il manquerait 13 millions de colonies d’abeilles domestiques pour polliniser les cultures.
Aux Etats-Unis aussi, l’abeille se fait rare. Le département américain de l’agriculture recense en moyenne 30 % de pertes par an dans les ruches, mais ce taux grimpe parfois à 99 % chez certains apiculteurs.
ab) une région sans abeille en Chine ( production de pomme/ poire)
Au sud-ouest de la Chine, dans la province du Sichuan, les vergers donnent toujours des fruits malgré la disparition progressive des abeilles. Les cultivateurs ont en effet trouvé une solution de remplacement : chaque année, au mois d’avril, ce sont les habitants qui pollinisent les fleurs à la main. Dans la région du Sichuan, en Chine, la population d’abeilles ne cesse de baisser depuis une vingtaine d’années. Pour maintenir leurs vergers en vie, les producteurs locaux ont adopté une méthode efficace : les habitants remplacent les abeilles, en pollinisant les arbres fruitiers à la main. Solution pérenne ???( le coût de l’opération risque de devenir exhorbitant)

La progressive disparition des abeilles dans le Sichuan est due à la réduction de l’habitat naturel des abeilles, la forêt ainsi qu’à l’emploi irraisonné de pesticides.
Une ruche peut butiner 3 millions de fleurs par jour et ce gratuitement ;1 homme peut seulement polliniser au maximum 30 fruitiers par jour …L’abeille est irremplaçable.

abeilleb) l’abeille

Les abeilles sont des espèces d’insectes hyménoptères de la superfamille des Apoidea. Au moins 20 000 espèces d’abeilles sont répertoriées sur la planèt1 dont environ 2 000 en Europe . En Europe, l’espèce la plus connue est Apis mellifera
Une colonie se compose :
-d’une reine ( durée de vie 4 à 5 années), mère de tous les individus
-d’ouvrières ( durée de vie 4 à 5 semaines) , butineuses, gardiennes,….
-de faux bourdons (durée de vie 4 à 5 mois), reproducteurs, rôle social

c) l’apiculture

En Bretagne, 4500 apiculteurs produisent par 1 000 t de miel sortant de leurs quelques 55 000 ruches(Pour le seul Finistère, 1600 apiculteurs pour 19 000 ruches). Le seuil de rentabilité communément admis se situe entre 300 et 600 ruches ( viabilité minimum à partir de 200 ruches)

Les différents produits : le miel, le pollen, la gelée royale,le propolis et la cire.

d) la production de miel

da La production mondiale de miel a atteint 1,6 million de tonnes en 2011 (+5% par rapport à 2010). Le premier producteur mondial est la Chine (446 000 t), suivie par la Turquie (94 000  t), l’Ukraine (70 000 t) et les États-Unis(67 000  t). L’Union Européenne a produit 217 000 t en 2011, les principaux producteurs étant l’Espagne (34 000  t), l’Allemagne (26 000 t), la Roumanie (24 000 t), la Hongrie (20 000 t) et la France (16 000 t). Les exportations mondiales proviennent de deux régions en particulier: l’Asie (32%) et l’Amérique du Sud (30%).
db tendance de la production française : déclin
-En 1995 32 000 t
-en 2008 20 000 t
-en 2012 10 000 t
pour une consommation de 40 000 tonnes ( en hausse de 5% par an sur les dernières années)

e) l’abeille : son importance dans la pollinisation

pommier en fleurLes fleurs essentiellement, l’exsudat de certains végétaux et les pucerons d’arbres subviennent aux besoins des abeilles
Les abeilles mellifères et sauvages pollinisent 80 % de la production alimentaire, le vent 10%..
Elles interviennent pour 1/3 de sa masse , à 70% pour sa diversité.
Sans elles, resteraient pour l’alimentation humaine : les céréales, le maïs, la pomme de terre et le riz.Elles butinent les fleurs locales bruyère aubépine, châtaignier ,ronces, fleurs de bord de champ, houx ,lierre, sarrazin, colza et les fleurs cultivées…

f) la pression sur la population des abeilles

-conditions climatiques défavorables
-les prédateurs ( nouvel arrivant : le frelon asiatique)
-les pesticides (systémiques néonicotinoïdes )
-la monoculture (en 1 siècle ,perte de 80% de la diversité agricole)
Les apiculteurs déplorent une perte moyenne annuelle de 30% de leur cheptel à l’heure actuelle .
Que faire :
-bon usage des produits phytosanitaires et bonnes pratiques culturales
-conservation des talus , haies

B) LE FRELON ASIATIQUE (vespa valutina)

B1 quantification

-Vespa_velutina_Originaire d’Asie (Shanghaï), le frelon asiatique est apparu dans la région bordelaise en 2004 pour partir à la conquête de tout l’espace européen .En 2015, 90% du territoire métropolitain est touché, pour 2017 100% avant de se répandre en Europe à raison d’une avancée annuelle de 60 km.Les pays limitrophes de la France sont également touchés : Belgique, Italie, Espagne.
Bretagne : 1er signalement à Saint Malo en 2008.
Pour le Finistère :
. 2011 : 1 nid au Relecq Kerhuon ( utilisation des transports   : ex camion)
. 2012 : 3 nids
. 2013 : 15 nids
. 2014 : 316 nids
. 2015 : 2 150 nids
. 2016 : 3 000 nids

B2 les caractéristiques du frelon asiatique

Le frelon à pattes jaunes (Vespa velutina), appelé frelon asiatique, est, comme tous les frelons, un hyménoptère de la famille des Vespidae, et du genre Vespa. Il différe du frelon européen Vespa crabro par sa plus petite taille et sa plus forte vélocité.
La colonie : est composée d’ouvrières stériles , de mâles et de fondatrices
cycle-vespa-velutinacycle de vie :La femelle fondatrice de frelon asiatique « vespa velutina nigrithorax » ne vit qu’une année. Le cycle de la colonie et le nid qu’elle génère est donc annuel. Sa vie commence en automne et sa fécondation a lieu avant l’hiver. Les femelles fondatrices mettent la main à la patte pour nourrir les larves et les mâles jusqu’aux premiers froids
Alors, les jeunes femelles fondatrices nouvelle génération, quittent le nid et trouvent une cachette et entrent en hibernation. Le reste de la colonie est abandonné à son sort, pénurie de nourriture et froid en viennent à bout et la structure se dégrade avec les intempéries. Les oiseaux y trouvent une maigre pitance.
Dès des températures supérieures à 13°C, les femelles fondatrices sortent d’hibernation, . Pendant quelques jours, elles se refont une santé. Les rescapées démarrent un nouveau cycle. Chacune fonde une nouvelle colonie : construire le nid , pondre, se nourrir et nourrir ses larves jusqu’au stade nymphes, puis adultes ouvrières, 45 jours après la ponte de l’œuf. Pendant cette période (jusqu’à début mai), elle est seule à assumer la survie de sa colonie. Après les premières naissances, la femelle fondatrice ne sort plus du nid, elle ne fera plus que pondre comme une reine jusqu’à 100 œufs par jour et jusqu’à épuisement en automne.
Le nid :le nid primaire est de forme sphérique, puis devient ovoïde pouvant atteindre 1 m de haut et 80 cm e diamètre. Sa croissance est assurée par des constructions de volutes extérieures avec pour matériau l’écorce de certains arbres. Quand la périphérie est achevée, la couche intérieure(cellulose) est grignotée et recyclée . Particularité : entrée unique latérale alors que pour le frelon européen l’entrée se fait par la base.
La population d’un nid peut atteindre 1500 à 2000 individus.
nid_velutina2Le nid peut être détruit par plusieurs méthodes : SO2, aspiration nocturne, fusil de chasse ( cartouche à 3000 plombs)
alimentation : vespa velutina est un butineur à la recherche de nectar ( camelia de fin de saison) , friand de la fleur de bananier. Au stade adulte il se nourrit de protéines qu’il trouve dans la chair des insectes, et notamment des abeilles.
Il s’attaque essentiellement à Apis mellifera,en les attendant en vol stationnaire devant la ruche, les décapite, les dépèce et ramène le thorax pour nourrir ses larves . Si plusieurs frelons s’y mettent, ils peuvent détruire une ruche en peu de temps.
dangerosité
Il n’est pas agressif envers l’homme et s’intègre bien dans son environnement . Toutefois, s’il se sent agressé , il répond par une attaque collective. La toxicité de son venin égale celui du frelon crabro mais la multiplicité des piqures le rend dangereux.
En cas de piqure, approcher d’une source de chaleur, utiliser une pompe à venin, prendre des antihistaminiques, voire appeler les secours…
politique de lutte contre la prolifération
L’omniprésence de cet insecte accroît les risques car les nids se trouvent le plus souvent en haut d’un arbre ou dans un buisson, aussi sous les charpentes, rebords de toit, vérandas, et
même parfois au sol., dans des compteurs électriques, dans des abris de jardin. Le déclenchement d’une vibration du nid est suivi d’une attaque collective de l’insecte.
A l’heure actuelle, pour réduire la présence de cet insecte invasif, les nids identifiés sont systématiquement détruits, pour un cout total annuel de 300 000 € par département. Mais la prolifération se poursuit…Manifestement, les pouvoirs publics n’ont pas encore mesuré l’impact de cette prolifération ,laissent aux apiculteurs le soin de gérer la situation et peut-être s’en remettent au temps pour régler la situation ( les abeilles (90 millions d’années d’existence) trouveront-elles la parade pour repousser leurs agresseurs, dégénérescence de vespa velutina, plafonnement naturel des populations,…)

Les frelons crabro européens (dévoreurs de pucerons, donc espèce à préserver) ne sortent de l’hibernation que lorsque les températures atteignent les 20°C. De mi- février au début mai, chaque année si la climatologie est normale, les frelons asiatiques capturés ne peuvent être que des femelles fondatrices frelon asiatique !
La capture au sortir de l’hiver évite l’établissement de leur colonie qui peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’individus qui engloutiront quelques centaines de milliers d’abeilles ou d’insectes durant l’année ! Chaque nid généré par une femelle fondatrice représente une véritable perte massive pour la biodiversité, irréparable pour les espèces rares !

Au printemps donc  la fondatrice est seule, son idée fixe est de construire son nid primaire de pondre et d’avoir autour d’elle des ouvrières pour l’aider. Elle a faim , elle n’est pas agressive .
 
L’appât sera constitué de pain de miel , si possible du miel de lierre, y rajouter, du sucre , du sirop de cassis ou de framboise. Elle viendra 3 à 4 fois par jour se ravitailler et s’attrapera facilement car elle se pose et mange. Il suffit de la prendre soit en l’enfermant dans un bocal, ou avec un bâton , dont le bout est enduit de glue horticole.

Avis donc aux « sentinelles » bénévoles, qui à défaut de l’attraper, pourront signaler sa présence aux autorités dites compétentes .

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Réf : 04CYJabri16

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