Ploc, Ploc de Marcel Mescam

 

Ploc, Ploc

de Marcel Mescam (Décembre 2015)

Tout est calme, le robinet goutte comme toujours, on devine que je vais vite m’énerver. Et pourtant je suis si heureux de me plonger dans le poème « Ma Bohème », écrit par Arthur Rimbaud. Je suis assuré de ne pas être dérangé aujourd’hui, et d’ailleurs je m’inscris aux abonnés absents. Je vais essayer de comprendre, de décortiquer, et d’analyser ce texte. Je vais faire travailler mes méninges. Ploc ! Je suis bien calé entre deux coussins dans mon fauteuil, les pieds reposant sur la table basse. Ploc ! Je commence la lecture de ce poème datant d’octobre 1870.

Je m’en allais, les poings Ploc ! dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal :
J’allais sous le ciel, Muse ! Et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! Que Ploc ! d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon Ploci auberge était à la Grande Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de Ploc ! septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des Ploc ! lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Ploc !… Voilà ! Je suis un peu désappointé. Je pense que c’est une forme de sonnet de deux quatrains suivis de deux tercets en alexandrins, qu’affectionne tant mon ami Jean-Claude. Je m’aperçois que l’auteur utilise dès la première strophe le « je ». Il semble en colère « les poings dans mes poche crevées »… il s’en va… Ploc !… Je ne sais pas où, il erre, ce vagabond à « l’unique culotte au large trou ». Il s’identifie au Petit Poucet, mais pour lui, point de cailloux pour repères, mais les « étoiles au ciel ». Ploc !… Je commence à en avoir assez de ce robinet qui goutte !…Et d’Arthur qui n’arrête pas d’employer ce « je ». Ploc ! Moi aussi « je sens des gouttes » perler « à mon front » ; pas de « rosée », mais de sueur. Ploc ! Ça continue, Ploc ! Mon petit-fils, fidèle à son habitude, aura mal fermé le robinet de la cuisine. Ploc ! Je me trouve « au milieu des ombres fantastiques », j’estime que Rimbaud a pris quelques libertés dans les rimes des deux quatrains, et surtout le dernier vers que je ne comprends pas. Ploc ! Pour moi, « mes souliers » ne sont pas « blessés », mais mon cœur bat la chamade, au rythme des Ploc ! Ploc ! Ploc ! Je vais clore le bec de ce satané robinet.

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