Les origines du vin en Méditerranée occidentale et en Gaule

dom frère

Les origines du vin en Méditerranée occidentale et en Gaule

par Dominique Frère, maître de conférences en histoire ancienne et en archéologie à l’UBS .

AMPHORE GRECQUE
AMPHORE GRECQUE

Les historiens considéraient, jusqu’à une époque récente, que la fabrication du vin était le fait des Grecs, les populations protohistoriques de l’Europe occidentale n’ayant eu à leur disposition que de la bière, boisson typique du monde barbare. Des données récentes, fournies en particulier par l’archéo-botanique et la chimie moléculaire, nous fournissent des informations qui permettent de répondre à des questions demeurées sans réponse jusqu’à un passé récent et dévoilent tout un pan d’histoire totalement inconnu.

1- Zones de production en Italie

a) la Plaine du Pô et ses affluents
Cette zone humide a conservé des vestiges d’une civilisation protohistorique (de -1600 à -900av JC) les Tellamares, considérée comme la plus ancienne civilisation en Italie Péninsulaire. L’habitat des populations terramare correspond à un type particulier de villages sur pilotis.
Les fouilles archéologiques ont mis à jour des pépins de raisins qui dataient du 12ème avant JC, dont les 3/4 provenaient de vigne sauvage, mais 1/4 de vigne cultivée : cette civilisation dominait donc la technique culture de la vigne et produisait du jus de raisin et du vin, et ceci donc avant l’arrivée des Grecs.
Jusqu’au Bronze moyen, il est admis que le vin était du vin de cornouille et ce n’est qu’à la fin du Bronze moyen que le vin de raisin vient le concurrencer pour finalement le supplanter.
b) Sardaigne
En 2015, découverte de la plus ancienne vigne de la Méditerranée occidentale : des pépins de raisins, retrouvés dans une terre marécageuse, sont datés du 14ème avant JC, l’époque de la civilisation nuralgique.

2- Les textes anciens

L’Odyssée d’Homère, qui date du 8ème avant JC, retrace les errements d’Ulysse en Méditerranée : cette histoire mythique illustre la découverte par les Grecs de l’ensemble de la Méditerranée.
Si l’épisode avec le Cyclope, situé géographiquement au sud de Naples, met en avant la sociabilité grecque (symposium ), les paroles du Cyclope (le barbare) laisse entendre que ses propres terres produisent également du vin… ???

Routes_commerciales_des_Phéniciens-fr.svg3- Le commerce du vin en Méditerranée

Les Phéniciens sont les premiers à développer le commerce du vin à longue distance dans leurs comptoirs méditerranéens : l’emploi d’ amphores-torpilles le leur permettaient. Des épaves (Tallit, Elissa) du 8ème av. JC gisant au large d’Israël attestent de ce commerce.
Les cités grecques vont reprendre et développer, entre le 7ème et le 5ème siècle av. JC, leurs voies commerciales : elles commercialiseront chacune leurs vins spécifiques dans des

amphores phéniciennes dans une épave
amphores phéniciennes dans une épave

amphores typées qui se retrouvent dans toute la périphérie de la mer méditerranée : ce commerce supposait une maîtrise de la conservation du vin …

Vers 600 av. J.-C., des colons grecs venus de Phocée fondent Marseille ; cette ville leur donne accès par le couloir rhodanien à la Gaule, l’Allemagne, l’Autriche.

4- La consommation du vin en Gaule

La bière était considérée comme la boisson des Celtes.

a) le vin dans la zone d’influence étrusque et grecque
Les Etrusques qui, dès le 7ème siècle avant JC, avaient maitrisé la culture du vin font découvrir leur production aux habitants de la Gaule du Sud qui sera l’un de leurs débouches. Des épaves remplies de vin jonchent toujours la côte qui va de la frontière italienne actuelle à Marseille. Par ailleurs, des amphores étrusques, vestiges de l’époque, témoignent de ce commerce sur une zone qui s’étend de Bourges et l’Allemagne/Autriche. Par contre rien à l’Ouest de cette zone.

En 2015, des fouilles du Site archéologique du Moutot révèlent une exceptionnelle tombe à char, datant de la fin de l’âge du fer (début du Ve siècle av. J.-C.), lors de fouilles programmées sur le territoire de la commune de Lavau . La tombe est recouverte d’un tumulus d’une quarantaine de mètres de diamètre. Outre le squelette d’aristocrate inhumé avec son char, la vaste chambre mortuaire de cette sépulture renferme un remarquable mobilier funéraire4. Cette fouille renouvelle notre connaissance du « phénomène princier » du premier âge du fer en Europe occidentale et confirme les échanges, déjà bien attestés par l’archéologie, entre l’Europe centrale et le Bassin méditerranéen antique.
Les prélèvements effectués dans les vases étrusques ont révélé la présence de vin avec poix de conifère (chimie organique) : il était courant de retrouver des offrandes alimentaires dans les tombes.

b) zones strictement gauloises

ba) Des zones celtes situées plus à l’Ouest de Marseille (bordure du Golfe du Lion) révèlent une connaissance du vin avant l’arrivée des grecs et des étrusques : des vases et des urnes cinéraires contiennent des traces de vin.

bb) Dans les Ardennes a été découverte en 2014 à Warcq une tombe à char, sépulture aristocratique gauloise intéressante par la richesse de son mobilier, quatre chevaux, objets décorés à la feuille d’or… Des vases témoignent de la présence de vin : production locale, importation ?

bc) en Armorique
Dans le cadre des travaux d’archéologie préventives de nombreuses fouilles ont été effectuées sous l’autorité de l’INRAP depuis quelques années : les synthèses des connaissances publiées dans les années 1980 demandent une mise à jour.
Car des fouilles entreprises aussi bien dans la région de Quimper (cave du 5ème siècle avant JC) que dans le Morbihan (Inguinier : réseau de souterrains du 6ème au 1er siècle avant JC) ont mis en évidence la consommation de vin avant l’arrivée des Romains…
Des études archéo-botaniques (le pollen de la vigne tombant au pied des ceps) ont permis une cartographie encore incomplète de la présence de pollen de vigne en Bretagne, bien évidemment en Loire Atlantique mais aussi jusqu’à Quimper et dans les Monts d’Arrée. Cette vigne devait produire un vin « archaïque » à partir de la vigne sauvage.

le monde grec
le monde grec

Pline l’Ancien indiquait que dans toutes les régions du monde il se produisait du vin, à base de vigne mais aussi de cornouille, d’aubépine, de prunelle, de ronces des bois… En Mayenne dans l’oppidum de Moutet, la découverte de macro-restes de fruits va permettre d’élargir le champ de recherche. Une histoire de tous les types de vin reste encore à écrire.

En résumé, nectar ou piquette, le vin était connu en Gaule avant l’arrivée des Grecs et des Romains.
Le vin avait une fonction désaltérante (même coupé d’eau selon la tradition de la Grèce antique), une fonction de conservation des aliments ( fromage de brebis et vin aigre) et manifestement des pouvoirs euphorisants voire assommants (cf Cyclope d’Homère), sans oublier l’aspect convivialité de la consommation de vin (cf le banquet hellène).

 

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Réf : 04CY-Jmarzo6

 

 

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