Le lin et le chanvre dans le Léon finistérien par Mme Andrée Le Gall-Sanquer

le gall sanquerSUR LES TRACES DU PATRIMOINE LINIER EN LEON

par Mme Le Gall-Sanquer

Le lin (vraisemblablement le plus vieux textile au monde) et le chanvre sont deux cultures ancrées dans une tradition historique ancienne en Europe et notamment en Bretagne.
L’Association Lin et Chanvre de Bretagne, présidée par Mme Andrée Le Gall Sanquer, qui regroupe 60 structures sur les 5 départements bretons, s’est donnée pour mission de 220px-Egyptiens_récoltant_le_lin_(hypogée_de_Thèbes).mener un inventaire du patrimoine linier et chanvrier de Bretagne, de développer la visibilité de ce patrimoine sous la forme d’une Route des Toiles et enfin de promouvoir leur culture dans une démarche de développement durable.

 

fleur de lin1- HISTORIQUE (du XVème siècle au XIXème siécle)

 

L’essor de la population européenne à partir du XIVe siècle, puis les grandes découvertes et le développement des échanges transocéaniques, ont entraîné un accroissement des besoins en textile. : l’habillement, la literie mais également pour emballage des marchandises et, surtout, les voiles des navires.

manufacture_toile_ea) Les zones de production
Les productions de lin et de chanvre sont plus ou moins présentes sur l’ensemble du territoire breton. En dépouillant les inventaires après décès,apparaissent toutefois 3 zones plus largement dédiées à la production de lin pour le commerce. La qualité de la production encadrée par un règlement édicté en 1736(tampon dateur apposé sur les toiles) assurera leur prospérité.

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b) la culture du lin
b1. origine de la semence de lin
Les graines de lin arrivaient au port de Roscoff en provenance des pays baltes, pour être redistribuées par

Routoir
Routoir

cabotage. Les belles demeures anciennes de Roscoff doivent beaucoup à ce commerce.
b2.  zones de culture
Les zones limoneuses de bord de mer se sont avérées les plus propices à cette culture ( inversement au chanvre), le travail du lin étant plutôt effectué dans l’arrière-pays(rotation : 7 ans entre 2 cultures de lin; excellent en tête de culture)
b3. la plante
Le lin est une plante annuelle, avec une tige de 75 cm pour le lin oléagineux, de 1m à 1,10 pour le lin fibre (3m pour le chanvre), reconnaissable à ses fleurs bleues. Une coupe transversale d’une tige de lin fait apparaître un « bois » central entouré de tiges elles-mêmes enveloppées de  pectine qui elle, est soluble dans l’eau.

andin de lin
Andins de lin

c) les étapes de production de lin
-semis (1800 graines au m2) à la Saint Georges (23 avril)
-arrachage en juillet
-égrenage
-rouissage (désagrégation de la pectine par humidité)
-teillage (élimination du bois central) pour la récupération des fibres
-peignage (séparation des fibres courtes des fibres longues)
-filage (au rouet principalement)
-particularité du Léon, blanchiment du fil  dans les Kanndi pour une meilleure valorisation
-tissage à bras (au 18ème siècle, 25 000 tisserands en Bretagne)
A noter que ces différentes étapes de production étaient assurées par des petits paysans en complément d’activités, qui étaient au service d’une petite caste de paysans-marchands : les juloded.

d) le commerce des toiles
exportation_toiles_eLa Bretagne se retrouve à cette période au cœur d’un vaste système d’échange planétaire. ; les toiles sont exportées vers l’Angleterre et l’Espagne par les ports agréés de Saint-Malo, Morlaix (lin et papier), Landerneau (lin). De l’Espagne, où sont implantés des marchands français, les toiles de lin et de chanvre gagnent les colonies d’Amérique.
Au début du XIXème, le textile breton est violemment concurrencé par les filatures anglaises, belges et du Nord de la France ; le coton prend son essor, la marine à voiles sombre…
Pour enrayer le déclin de la production de toile, des marchands léonards créent en 1845 la Société linière du Finistère, basée à Landerneau. Elle fait venir des machines d’Irlande et d’Angleterre, des Ecossais pour encadrer la production. Elle emploiera jusqu’à 2000 salaries, 4000 en comptant la sous-traitance. Liquidation de la société en 1891.

2- LE PATRIMOINE ASSOCIE AU LIN

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Kanndi – schéma

a) le patrimoine direct
a1 les « ateliers »
.dans le Tregor, les routoirs (pour rouir) – parfois en enfilade
.dans le Leon, les Kanndi (pour blanchir le fil)

a2 les outils spécifiques
-les peignes à égrener- -les espades
-les peignes à peigner-les rouets à lin-les métiers à tisser -les dévidoirs

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tourisme-la-maison-penanault-ouvrira-en-2014
Penanault – maison de négociant – quai Morlaix

b) les patrimoines indirects
-les maisons de paysans-marchands avec escalier extérieur menant à la pièce dédiée au commerce des toiles
-les grandes maisons des négociants exportateurs et armateurs

maison à pondalez - Morlaix
maison à pondalez – Morlaix

-des maisons à pondalez (qui auraient pu servir de maison d’exposition pour les toiles)
-du mobilier (coffre à grain, « presse à lin », orfèvrerie (tasses à 2 anses)

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La Martyre

-les enclos paroissiaux
Les riches marchands ont bâti ces enclos et paradoxalement le déclin brutal de la richesse liée à la production linière a préservé ces enclos fortement concentrés sur l’arrière pays léonard ( le manque de fonds empêchant toute rénovation des bâtiments religieux).
Cette richesse, qui en amont  a donné du travail aux paysans, a également permis d’entretenir toute une population d’artistes , de sculpteurs, d’orfèvres..

3- LE LIN AUJOURD’HUI

a) utilisation du lin
La graine de lin est riche en oméga 3 : alimentation humaine et animale.
Par ailleurs, le lin fibre peut être utilisé comme matériau composite (bio sourcé) dans l’automobile, dans le nautisme et dans l’aéronautique.
Ses sous-produits sont également utilisés : étoupe, papier,…
Carte-production-lin

b) la production linière fibre
Le lin (200 000 t/an) et le chanvre n’occupent qu’une place marginale dans la production mondiale de  fibres naturelles (respectivement 2,4% et 0,3% de la production mondiale)  largement dominée à près de 75% par le coton
France         75 000 Ha.    95 000 Tonnes de lin teillé

La France reste le principal producteur de textile de lin ;
La Normandie, grâce à ses conditions climatiques exceptionnelles et au savoir-faire de ses liniculteurs, reste le bassin de production privilégié pour cette culture. Ils assurent en effet 60% de la production française et 45 % de la production européenne transformée.

récolte del in
récolte mécanique

c) la transformation
Le lin textile (80%) partait pour la Chine en début de ce siècle, pour revenir en produits manufacturés. Les producteurs normands conscients du risque de n’avoir qu’un seul client ont diversifié leurs débouchés (automobile, etc…) et sont parvenus à réduire leur dépendance à l’égard de ce pays (60% de leurs débouchés).

Cette production a disparu des paysages léonards depuis plus d’un demi-siècle (la relance par l’OC de Landerneau dans les années 1960 ayant fait long feu).
champ-de-lin« L’or bleu » tapissera-t-il de nouveau  les campagnes du Léon ? L’étude de rentabilité reste à faire. Son retour supposerait la mise en place de toute une filière, lourde en investissements….

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Le lien ci-dessous vous donnera information détaillée sur le lin et le chanvre en Bretagne :

www.linchanvrebretagne.org

Les illustrations de ce CR proviennent en grande partie de ce site.

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Réf : 03CYJmarzo6

 

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