GENETIQUE ET CLONAGE par M André RIO

M RIO
M André RIO

GENETIQUE ET CLONAGE

par M André RIO

En quelques dizaines d’années, l’Histoire Naturelle est devenue biologie moléculaire. Sans doute, on éprouve toujours le besoin d’identifier et de classer les espèces, mais la connaissance intime de la matière vivante et des mécanismes de la vie apporte des critères nouveaux plus fondamentaux. Des techniques permettent maintenant de déceler et de reconnaître les traces infimes laissées par un individu, d’établir sa filiation, de modifier à volonté les espèces.
Que les aspects familiers de la vie, sa diversité, dépendent d’une structure moléculaire sous-jacente, qu’elle soit un ensemble d’échanges physico-chimiques, choque ceux qui auraient préféré découvrir à la source de la vie une âme, un élan vital ou un mystère impénétrable et non des molécules , des ions, et des interactions entre eux. Si les connaissances actuelles contrarient leurs conceptions, il ne leur reste qu’une ressource, les ignorer et rêver.
Ce que l’on découvre peu à peu est effroyablement compliqué dans les détails, mais cohérent, et des idées simples s’en dégagent, ce qui doit rassurer ceux qui souhaitent en avoir tout au moins un aperçu.

L’hérédité et les gènes.

Il n’a fallu qu’un siècle pour passer de la notion encore abstraite de gène, c’est à dire d’un support matériel de l’hérédité, à la connaissance complète du génome humain et de nombreuses autres espèces, et à la mise au point de techniques de plus en plus efficaces pour les manipuler.
En 1860, Mendel découvrait les règles qui commandent la transmission de la couleur des fleurs d’une génération à la suivante et constatait que certains gènes sont dominants et s’expriment obligatoirement, tandis que d’autres, récessifs, peuvent rester silencieux. Ses résultats sont passés presque inaperçus à l’époque, mais ont été redécouverts par Morgan avec les drosophiles au début du XXème siècle.
En 1944, Avery a montré que l’ADN (acide désoxyribonucléique) contenu dans le noyau des cellules est le support de l’hérédité ; en 1953, Watson et Crick en établissent la structure en double hélice, et, en 1955, Monod et ses collaborateurs ont démontré le mécanisme de la synthèse des protéines à partir de l’ADN par l’intermédiaire des ARN (acides ribonucléiques) messagers et de transfert.
En 1966 a été déchiffré le code génétique, correspondance entre les séquences de l’ADN et les acides aminés constituants des protéines ; En 1977 a commencé le séquençage de l’ADN de différentes espèces ; en 1985 la PCR (Polymerase chain reaction) a permis de multiplier les copies de traces infimes d’ADN, et en 1986 le séquençage automatique a permis d’aborder le séquençage du génome humain achevé en 2003.

La matière vivante.

Elle consiste à la fois en petites molécules formées de quelques atomes et de longues chaînes qui en comportent des dizaines de milliers. Il y a d’abord les protéines, mais aussi des sucres et des graisses, et en plus faibles proportions les acides nucléiques, des hormones, des vitamines, des neurotransmetteurs, la matière minérale des os et des ions. Les principaux éléments qui la composent sont le carbone, l’hydrogène, l’oxygène, l’azote et aussi le phosphore, le soufre et les ions potassium, sodium, calcium et chlore, ainsi qu’à l’état de traces une trentaine d’oligoéléments. Cette composition est très différente de celle des minéraux de la croûte terrestre où dominent le silicium et l’aluminium, presque totalement absents de la matière vivante.

L’ADN, support de l’hérédité.

L’ADN est constitué d’acide phosphorique, d’un sucre, le désoxyribose et de quatre bases, l’adénine, la thymine, la cytosine et la guanine. Le constituant élémentaire, le nucléotide, est formé de trois molécules : un phosphate, un sucre, une base. Phosphate et sucre forment une très longue chaîne, et chaque sucre porte latéralement une base. C’est la succession des bases qui constitue le message de l’ADN.
On a constaté avec surprise qu’une faible portion seulement de l’ADN sert effectivement à la synthèse des protéines et des ARN. Le reste ne semble pas avoir de rôle défini et résulterait de l’accumulation de séquences caduques au cours de l’évolution. Même les séquences actives comportent des portions utiles, les exons, intercalées entre des segments non traduits, les introns.
L’ADN, enfermé dans le noyau des cellules, est associé à des protéines, les histones, sous forme de chromatine, constituant des chromosomes. La structure en double hélice est maintenue par des liaisons spécifiques entre les bases : l’adénine s’unit à la thymine, la cytosine à la guanine. Les deux brins sont ainsi complémentaires. Il en résulte que l’ADN est beaucoup plus stable que l’ARN formé d’un seul brin, et que des erreurs de transcription peuvent être corrigés.
Les deux brins ne se séparent complètement que quand la cellule se divise, et chacun sert de support à la synthèse d’un nouveau brin complémentaire. Dans le fonctionnement de la cellule, l’accès aux gènes est presque constamment bloqué. Par exemple, les cellules du pancréas ont pour seule fonction de produire de l’insuline et n’expriment le gène correspondant que quand l’organisme le commande. Une cellule serait suicidaire si elle exprimait constamment tous ses gènes.
Le génome humain a été complètement séquencé. On connaît maintenant l’ensemble de la succession des bases qu’il contient. Publié de façon traditionnelle, il occuperait plus d’une centaine de volumes, mais on n’en connaît pas encore tout le sens, c’est à dire l’emplacement et le rôle de chaque gène.

La synthèse des protéines .

C’est l’ADN qui code la synthèse des protéines. Le code génétique est la correspondance entre chaque groupe de 3 des 4 bases et un acide aminé. Il existe donc 64 triplets possibles (4 x 4 x 4) mais seuls 20 acides aminés participent à la synthèse. Chacun peut donc correspondre à plusieurs combinaisons, car toutes sont utilisées, dont 3 qui commandent la fin de la synthèse (STOP).
L’ADN ne sort pas du noyau. Sur la séquence d’un gène momentanément dégagé vient se former une réplique d’ARN conforme à la complémentarité des bases. Dans l’ARN, la thymine est remplacée par l’uracile et le désoxyribose par du ribose. Après un mûrissement, élimination des introns et soudure des exons, l’ARN quitte le noyau et s’insère dans un ribosome, machine de traduction du code et d’assemblage des acides aminés, apportés chacun par un ARN de transfert spécifique.
Tout ce mécanisme est contrôlé par de nombreux agents, enzymes ou ARN, qui bloquent ou dégagent les différentes séquences d’ADN, coupent ou soudent les fragments d’ARN, lient les acides aminés et donnent finalement à la protéine linéaire formée la structure tridimentionnelle indispensable à ses propriétés enzymatiques. Ce mécanisme n’est pas rigide et déterministe : les différentes molécules intervenant se forment, se déplacent et agissent au hasard dans le milieu cellulaire, mais statistiquement l’ensemble fonctionne.
Un même gène peut coder plusieurs protéines, par coupure et réarrangement des brins d’ARN correspondants. Ainsi, les quelque 25 000 gènes humains peuvent permettre la synthèse d’une centaine de milliers de protéines.
Certains gènes ne doivent jamais s’exprimer, comme ceux de virus incorporés au génome, Ils peuvent être bloqués par un interféron ou un ARN. Des causes multiples modifient l’effet des gènes. Les lois de Mendel ne s’appliquent que quand un gène contrôle rigoureusement un caractère, mais le plus souvent ce caractère dépend d’une cascade de réactions commandées successivement par plusieurs gènes, et le résultat est plus ou moins aléatoire. Plus que du gène lui même, la dominance dépend de son environnement.
Chez les mammifères en particulier certains gènes s’expriment différemment selon qu’ils sont hérités du père ou de la mère, par l’effet de modifications mineures de l’ADN ou de la chromatine. Normalement, un seul des deux gènes d’une paire s’exprime. Chaque paire doit avoir un gène d’origine mâle et l’autre femelle, sans quoi l’organisme n’est pas viable.
Entre les gènes de deux humains, il existe des millions de petites différences qui consistent en changement d’un nucléotide, en délétion, manque d’un nucléotide, en insertion d’un nucléotide supplémentaire, ou en translocation, cassure et réarrangement, mais l’ADN est relativement très stable, et la plupart des erreurs de transcription sont réparées automatiquement. On estime le taux de mutation à 1 sur un milliard pour l’ADN, mais 1 sur 100 000 pour l’ARN et 1 sur 10 000 pour les protéines. Le stress favorise les mutations, ce qui permet par exemple aux bactéries de s’adapter aux antibiotiques.

Les outils de la génétique.

On utilise des enzymes spécifiques extraites des cellules pour couper ou souder des brins d’ADN ou d’ARN en des points précis. C’est ainsi qu’on peut introduire des gènes étrangers dans les plasmides de bactéries, qui sont de petits chromosomes circulaires, et leur faire exprimer ces gènes pour obtenir les protéines correspondantes comme l’insuline ou les gènes de croissance, ce qui évite de les prélever sur des organes qui risquent d’être contaminés.
On utilise aussi couramment la PCR (Polymerase chain reaction) qui permet, à partir de traces infimes d’ADN, d’en obtenir des quantités suffisantes pour les analyser. On commence par dédoubler l’hélice en la chauffant à 90°, et on fixe aux extrémités des amorces d’ARN afin d’ enclencher la synthèse de brins complémentaires grâce à une enzyme, la polymérase, extraite de bactéries de sources chaudes. On obtient ainsi une quantité double d’ADN. On répète l’opération 30 à 40 fois dans des dispositifs automatiques jusqu’à obtention d’une quantité suffisante d’ADN.
Les « puces à ADN » sont obtenues en fixant des milliers de brins d’ADN sur une surface de silicium de 1 centimètre carré. Au contact d’un échantillon à analyser, les brins complémentaires s’associent et se détectent par fluorescence, ce qui permet de déceler la présence de l’ADN correspondant.

Le rôle des différents constituants de la cellule.

L’ADN a un seul rôle : il renferme l’information nécessaire à la synthèse des protéines et de l’ARN. Grâce à sa structure en double hélice, il est beaucoup plus stable que l’ARN et permet la transmission des gènes de génération en génération avec un minimum d’erreurs, et la possibilité d’en corriger la plupart. Dans les chromosomes, les gènes sont le plus souvent bloqués et inaccessibles, sauf quand un signal de la cellule les expose et permet leur transcription.
Les protéines ont deux fonctions bien différentes : les unes sont les principaux constituants de la cellule, des organes, des muscles, des griffes, des ongles, des sabots et des cornes. Les autres, les enzymes, sont les catalyseurs de toutes les réactions nécessaires à la vie de la cellule.
A l’issue de leur synthèse, ce sont de longs filaments qui se structurent ensuite en une masse globulaire indispensable à leur fonctionnement et à leur spécificité. Cette structure a été établie d’abord par diffraction des rayons X , technique utilisée précédemment pour établir la structure des cristaux minéraux, car la longueur d’onde des rayons utilisés est du même ordre que la distance entre les atomes. C’est ainsi qu’en 1967 a été établie la structure détaillée de la ribonucléase, choisie pour sa stabilité, enzyme qui découpe l’ADN en fragments lors de la digestion .
Depuis, la technique s’est perfectionnée et automatisée et a permis de comprendre la relation entre structure et fonction : il existe dans chaque enzyme un centre actif où s’insère la molécule à transformes ; la molécule une fois modifiée, cassée ou soudée, est immédiatement libérée, et le cycle recommence au rythme d’un millier de fois par seconde. Chaque enzyme a une fonction très spécifique et une grande efficacité. Depuis 1980,on n’utilise plus seulement les rayons X, mais aussi la diffraction des protons , la RMN (résonance magnétique nucléaire) et la microscopie électronique.

Les rôles multiples de l’ARN.

L’ARN assure trois fonctions dans la synthèse des protéines : l’ARN messager transmet l’information des gènes de l’ADN, les ARN de transfert captent et apportent chacun un acide aminé aux ribosomes, et l’ARN ribosomal, constituant des ribosomes, participe à la soudure des acides aminés.
Parmi les autres fonctions de l’ARN, il y a le contrôle de l’expression des gènes, des modifications de la structure de l’ADN , la synthèse d’autres ARN, le fonctionnement de la cellule, le développement des organes. Les ARN peuvent s’associer à des protéines, à d’autres ARN. Certains, les ribozymes, ont aussi des propriétés catalytiques ; d’autres participent à l’épissage alternatif qui permet de synthétiser plusieurs protéines à partir d’un seul gène. D’autres encore interviennent aussi dans la maturation des ARN messagers.
Des ARN participent à la télomérase : les télomères sont les extrémités non codantes des gènes, mais qui interviennent dans leur réplication. Au cours des divisions successives, ils se raccourcissent et doivent être régénérés. D’autres servent de leurres imitant la cible normale d’une protéine.
Les ARN peuvent être codés par des exons mais aussi par des introns. Certains gènes codent des micro ARN qui régulent différents mécanismes. Le premier découvert en 1993 chez C. elegans, un petit ver, contrôle le passage entre deux stades larvaires. Il ne contient que 22 nucléotides et s’associe à un ARN messager dont les protéines bloquent l’évolution de la larve. Il est spécifique de l’espèce. Un autre, formé également de 22 nucléotides, contrôle le passage à l’état adulte ; il est présent chez tous les animaux à symétrie bilatérale.
En 2001, on a identifié une centaine de petits ARN de 21 à 25 nucléotides communs à l’homme, à la drosophile et à C. elegans, et plus de mille gènes codant des micro ARN. Ceux ci se forment par découpage d’ARN plus longs et s’associent à des protéines avant d’agir sur les ARN messagers cibles. Si l’association avec la cible est parfaite, ils en provoquent la dégradation ; si elle est imparfaite, ils la bloquent. La complémentarité est souvent plus efficace chez les végétaux et commande le développement des feuilles et des fleurs.
On a découvert chez de nombreuses bactéries un dégrippant moléculaire : la synthèse d’une protéine s’arrête quand le ribosome rencontre un signal STOP. Un blocage peut se produire si l’ARN est défectueux. Il existe un ARN capable de débloquer le mécanisme si le signal STOP manque ; Il libère à la fois la protéine et l’ARN messager. Dans le cas des eucaryotes qui, contrairement aux bactéries ont un noyau , ce dégrippant serait inutile, car l’ARN est contrôlé avant d’atteindre le ribosome.

La cellule, usine chimique autonome.

Toute la machinerie de la cellule vivante ne peut fonctionner que si elle dispose d’une source extérieure d’énergie et de matières premières. Quelle que soit la source d’énergie, elle est relayée dans la cellule par une molécule spécifique, l’ATP (Adénosine triphosphate) qui, rechargée dans les mitochondries, cède son énergie en passant successivement à l’état d’ADP (diphosphate) et d’AMP (monophosphate). L’énergie empruntée à l’extérieur la ramène au niveau ATP.
Les cellules autotrophes des végétaux utilisent comme source d’énergie la lumière et comme matières premières des substances minérales : eau, gaz carbonique, sels, à partir desquelles elles synthétisent la matière vivante. Les hétérotrophes, champignons, animaux et les bactéries aérobies, utilisent les végétaux comme source d’énergie et de matières premières. Ils font fonctionner le cycle de l’ATP en oxydant de la matière organique comme le glucose avec l’oxygène de l’air. Les bactéries anaérobies, qui vivent à l’abri de l’air, utilisent d’autres sources d’énergie : réduction du fer ferrique en fer ferreux, du soufre en hydrogène sulfuré. C’est l’énergie de l’ATP qui permet la synthèse de matière vivante dans la cellule.
La plupart des cellules ne mesurent que quelques micromètres, bien qu’il en existe de beaucoup plus grosses. Comment peuvent-elles contenir une foule de molécules ? Une petite molécule est mille fois plus petite qu’une petite cellule, un atome encore dix fois plus petit. Une très longue molécule, protéine ou ADN, peut, étirée, être aussi longue qu’une cellule, mais, repliée, n’occupe plus qu’une place insignifiante dans la cellule, et un virus n’est pas beaucoup plus encombrant.
La plus petite cellule est donc suffisamment vaste pour renfermer un très grand nombre de composants. Elle est protégée par une membrane étanche qui ne permet que des entrées et des sorties étroitement contrôlées. Toutes les interactions dans la cellule et avec l’extérieur sont commandées par des liaisons faibles et transitoires entre les différentes molécules qu’elle renferme. Le seul programme déterministe rigoureux qu’elle contient est celui de l’ADN qui code les protéines et l’ARN. Tout le reste fonctionne de façon aléatoire, ce qui lui permet de s’adapter à son environnement à la manière d’une population dont chaque individu dispose d’une marge de liberté.

Génome et évolution.

L’ADN, transmis de génération en génération, permet de reconstituer la filiation des espèces et des individus. La vie a une origine unique. Le premier ancêtre commun à toutes les espèces vivantes serait apparu il y a 3,5 à 4 milliards d’années. Il ressemblait vraisemblablement à une bactérie actuelle. Très tôt après, les bactéries se sont séparées en deux branches : les eubactéries et les archées, qui diffèrent en particulier par la composition de leurs membranes. Les eucaryotes unicellulaires apparus plus tard possèdent des caractères empruntés à ces deux sortes de bactéries ; mitochondries, plastes et noyaux résulteraient de leur fusion. Ce sont des eucaryotes ayant hérité de plastes de bactéries renfermant de la chlorophylle qui ont donné naissance aux algues puis aux végétaux terrestres, tandis que les autres sont à l’origine des champignons et des animaux. Les plurinucléaires sont apparus beaucoup plus tard, il y aurait environ 600 millions d’années.
L’homme moderne, apparu il y a 100 000 à 200 000 ans, possède 25 000 gènes dont certains hérités de ses plus lointains ancêtres, accumulés et transformés au cours de l’évolution. Certains sont communs à tous les animaux, et même aux végétaux et aux bactéries. Par exemple, la drosophile, qui possède 13 600 gènes en partage la moitié avec l’homme. Le petit ver C. elegans en renferme 18 424, ce qui montre que la complexité des organismes n’est pas proportionnelle au nombre de leurs gènes.
Chaque individu possède dans ses chromosomes des paires de gènes dont l’un provient du père, l’autre de la mère. Les mitochondries renferment également de l’ADN qui n’est transmis que par les mères parce qu’il provient du cytoplasme de l’ovule. Cet ADN est très précieux pour établir des filiations car, n’étant pas soumis au brassage des chromosomes, il se transmet intact, sauf mutation, et permet de reconstituer l’origine et les migrations des populations ; Le chromosome Y, transmis de père en fils comme le patronyme, apporte une information supplémentaire et généralement concordante. Les mutations qui apparaissent de temps en temps permettent de déceler et de dater approximativement les bifurcations qu’elles provoquent dans la transmission des gènes. Elles ont montré que l’homme moderne et l’homme de Neandertal, un temps contemporains, appartiennent à deux espèces différentes.
Pour des époques plus récentes, on a pu établir par exemple que le peuplement des iles du Pacifique s’est fait à partir de l’Asie. On a pu également résoudre des énigmes historiques : la fausse Anastasie n’était pas la fille du tsar Nicolas II, mais le jeune Louis XVII était bien le fils de Louis XVI et de Marie Antoinette.
Le brassage des chromosomes fait que leur transmission est beaucoup plus compliquée que celle des mitochondries ou du chromosome Y ; Dans une population isolée, les gènes hérités d’un petit nombre d’individus de la population d’origine se retrouvent dispersés dans toute la population actuelle, mais beaucoup d’autres ont disparu faute de descendance.

Reproduction et développement des individus.

Les bactéries se reproduisent par simple division, mais échangent à l’occasion leur matériel génétique. La sexualité est apparue avec les eucaryotes et a permis une grande diversification des espèces par brassage des gènes. Les végétaux anciens comme les algues et les fougères alternent la reproduction sexuée et une reproduction non sexuée par spores, l’une favorisant la diversité, l’autre assurant la dissémination des espèces.
Le développement d’un individu à partir d’une cellule unique, la différenciation des cellules et le plan de l’organisme sont commandés par des gènes spécialisés, les homéobox, qu’on trouve dans toutes les espèces animales. Malgré le caractère aléatoire des mécanismes impliqués, il aboutit normalement à un ordre et à la réalisation d’un plan d’ensemble indispensable à la survie.

Adaptation et thérapies.

Tout changement de l’environnement favorise les mutations et l’adaptation aux nouvelles conditions. Les espèces trop spécialisées peuvent difficilement évoluer et risquent de disparaître, tandis que la diversité d’une population permet de sélectionner les plus aptes. Deux exemples : le système immunitaire, qui s’adapte à des antigènes nouveaux soit spontanément soit par vaccination, et le système nerveux qui s’enrichit d’informations nouvelles et apprend à faire face à l’imprévu.
La connaissance du génome ouvre la voie à des thérapeutiques nouvelles. On connaît de nombreux gènes qui prédisposent à des maladies comme le cancer, et on connaît aussi de mieux en mieux la structure interne de virus tels celui du SIDA, ce qui permet de créer des médicaments spécifiques. La thérapie génique permettrait de transférer dans les cellules d’un organisme, au moyen d’un virus inoffensif, un gène sain en remplacement d’un gène défectueux. On n’a pas encore de résultats. On peut aussi créer des vaccins génétiques qui présentent au système immunitaire de l’organisme un site spécifique de l’agent infectieux et déclencher une réaction de défense avec la production d’anticorps. Aussi efficace que la vaccination avec des virus vivants, ils n’en ont pas les dangers, car ils sont constitués de plasmides bactériens dans lesquels on a introduit des gènes codant les protéines du virus, mais non ses gènes pathogènes. Les études actuelles portent sur le SIDA ; l’hépatite B, l’herpès, la grippe, le paludisme et le cancer ; on n’attend pas d’applications avant quelques années.

Le clonage.

Le clonage consiste à créer un individu portant le même génome qu’un donneur. Les jumeaux vrais peuvent être considérés comme des clones puisqu’ils ont le même génome; ils ne sont cependant pas identiques, car le génome ne suffit pas à déterminer toutes les caractéristiques d’un individu, et il subsiste une part d’aléatoire.
Pour réaliser un clone, il faut créer une cellule comportant tous les chromosomes d’un donneur et capable de se développer en un nouvel individu. La méthode consiste à énucléer un ovule et à y introduire un noyau du donneur. Le cytoplasme de l’ovule a la capacité de reprogrammer un noyau adulte et ainsi de donner un embryon éventuellement viable, mais qui n’est pas identique au donneur, car son ADN mitochondrial ne provient pas du donneur mais de l’ovule.
Un certain nombre d’espèces , des mammifères en particulier, ont été clonés depuis la célèbre brebis Dolly. On a cloné des bovins, des chiens, des chats, des chevaux, mais avec un rendement encore bien faible. Dans le cas des bovins, on parvient au stade de blastocyste avec un taux de 40%, comme pour la fécondation in vitro, mais ensuite la mortalité est importante, même après la naissance, et le rendement final ne dépasse pas 5%. A l’age d’un an, les survivants sont normaux et leurs télomères aussi ; il n’y a donc pas de vieillissement prématuré. A l’age adulte, les clones sont fertiles ainsi que leurs descendants.

Le clonage humain.

Le clonage reproductif qui n’a pas, et pour combien de temps encore, été réalisé, heurte certaines opinions religieuses et philosophiques. Même le clonage thérapeutique, qui vise seulement à obtenir des cellules souches pour traiter des déficiences et des maladies, rencontre des oppositions. Il rencontre aussi des difficultés techniques. Récemment, une équipe coréenne avait prétendu être sur le point d’y parvenir, mais il s’agissait d’une tricherie, et les obstacles subsistent. S’ils sont surmontés, d’autres difficultés risquent d’apparaître. Les cellules souches embryonnaires peuvent se diversifier à volonté pour donner des cellules de n’importe quel organe, mais, implantées dans un patient, elles risquent de provoquer des rejets ou des cancers. Obtenues à partir de cellules du receveur lui-même, elles ne provoqueraient pas de rejet, mais resteraient porteuses de ses gènes déficients.
Le clonage thérapeutique reste un espoir, mais il risque d’être pour longtemps encore une technique très lourde et coûteuse.

Références.

La Recherche ; janvier-mars 2005 .Dossier : Génome humain et médecine.

Février 2006. Dossier : L’avenir du clonage humain.

Pour la Science ; janvier 2006. Axel Kahn ; Clonage et médecine régénératrice.

Bernard Debré ; La revanche du serpent ou la fin de l’Homo sapiens.(Odile Jacob 2005).

Christian de Duve ; Singularités. (Odile Jacob 2005).

Annexes

 Enchaînement de l'ADN
Enchaînement de l’ADN

 

.......La double hélice
…….La double hélice
les acides aminés
les acides aminés
le code génétique
le code génétique

 

ORDRE DE GRANDEUR DES DIMENSIONS DE LA
CELLULE ET DE SES CONSTITUANTS

La cellule : quelques micromètres (millièmes de millimètre)

Un virus : 10 à 100 nanomètres (millièmes de micromètres)

Une molécule : quelques nanomètres

Un atome : un dixième de nanomètre
LES ETAPES DE LA VIE

-Le Big- Bang : 13,7 milliards d’années

-Formation de la Terre : 4,5 milliards d’années

-Apparition de la vie : 3,5 à4 milliards d’années :

-Dernier ancêtre commun universel

Eubactéries et archéobactéries

(reproduction par division)

Apparition de l’oxygène : 2,2 milliards d’années

Eucaryotes unicellulaires : 2 milliards d’années

(reproduction par spores et reproduction sexuée)

Algues , animaux et champignons

(les algues vertes donnent naissance aux plantes terrestres)

-Pluricellulaires : 600 millions d’années

-La vie sort de l’eau : 400 millions d’années

-Grands singes : 10 millions d’années

-Homo erectus : 1,5 million d’années

-Homo sapiens : 100 000 à 200 000 ans