les lectures de Février

Par une nuit obscure , je sortis de ma maison tranquille

de Peter Handke

par une nuit obscureLe pharmacien de Taxham raconte au narrateur son voyage.
Fâché avec son fils qu’il a chassé ? Pour avoir commis un vol, séparé de sa femme mais vivant sous le même toit.
Sa femme est partie pour l’été, alors « par une nuit obscure, je sortis de ma maison tranquille ».Il part en voyage et conte ses péripéties de manière très onirique. Minutie des descriptions. Reflets des états d’âme. Période de mutisme, puis vers la fin, il prend le chemin de retour pour reprendre sa pharmacie, et le métier exercé de père en fils(ou en fille). Un vrai clan de pharmaciens.
Atmosphère lourde, même dans une fête. A mon avis, ce livre se rapproche de ce qui est appelé  «nouveau roman » avec tout ce que cela comporte de « statisme », d’obsession…

Surtout prendre son temps pour livre ce livre sans se fixer sur ce qui peut déranger. Cela fait partie des aléas de la lecture sans donner à cela un aspect négatif. Ne pas lire pour le plaisir de l’action car ce livre a une aspect très statique.

Mais quelle écriture ! Elle m’a donné le plaisir de la lecture.

29 mars 2016 « les évaporés » de Thomas B Reverdy

« Les évaporés » de Thomas B Reverdy

les évaporés_Trois cartons et une valise, c est tout ce que Kaze a emporté avec lui cette nuit-là. Et, également, les raisons de sa fuite. Comment peut-on si facilement disparaître ? Ici, au Japon, on en a légalement le droit. D un disparu, on dit simplement qu il s’ est « évaporé ». Mais Yukiko, elle, ne veut pas renoncer à chercher son père, un père qu elle a pourtant quitté depuis des années pour vivre à San Francisco…

Ce livre a suscité beaucoup d’intérêt tout autant que d’étonnement…

Le lin et le chanvre dans le Léon finistérien par Mme Andrée Le Gall-Sanquer

le gall sanquerSUR LES TRACES DU PATRIMOINE LINIER EN LEON

par Mme Le Gall-Sanquer

Le lin (vraisemblablement le plus vieux textile au monde) et le chanvre sont deux cultures ancrées dans une tradition historique ancienne en Europe et notamment en Bretagne.
L’Association Lin et Chanvre de Bretagne, présidée par Mme Andrée Le Gall Sanquer, qui regroupe 60 structures sur les 5 départements bretons, s’est donnée pour mission de 220px-Egyptiens_récoltant_le_lin_(hypogée_de_Thèbes).mener un inventaire du patrimoine linier et chanvrier de Bretagne, de développer la visibilité de ce patrimoine sous la forme d’une Route des Toiles et enfin de promouvoir leur culture dans une démarche de développement durable.

fleur de lin1- HISTORIQUE (du XVème siècle au XIXème siécle)

 

L’essor de la population européenne à partir du XIVe siècle, puis les grandes découvertes et le développement des échanges transocéaniques, ont entraîné un accroissement des besoins en textile. : l’habillement, la literie mais également pour emballage des marchandises et, surtout, les voiles des navires.

manufacture_toile_ea) Les zones de production
Les productions de lin et de chanvre sont plus ou moins présentes sur l’ensemble du territoire breton. En dépouillant les inventaires après décès,apparaissent toutefois 3 zones plus largement dédiées à la production de lin pour le commerce. La qualité de la production encadrée par un règlement édicté en 1736(tampon dateur apposé sur les toiles) assurera leur prospérité.

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b) la culture du lin
b1. origine de la semence de lin
Les graines de lin arrivaient au port de Roscoff en provenance des pays baltes, pour être redistribuées par

Routoir
Routoir

cabotage. Les belles demeures anciennes de Roscoff doivent beaucoup à ce commerce.
b2.  zones de culture
Les zones limoneuses de bord de mer se sont avérées les plus propices à cette culture ( inversement au chanvre), le travail du lin étant plutôt effectué dans l’arrière-pays(rotation : 7 ans entre 2 cultures de lin; excellent en tête de culture)
b3. la plante
Le lin est une plante annuelle, avec une tige de 75 cm pour le lin oléagineux, de 1m à 1,10 pour le lin fibre (3m pour le chanvre), reconnaissable à ses fleurs bleues. Une coupe transversale d’une tige de lin fait apparaître un « bois » central entouré de tiges elles-mêmes enveloppées de  pectine qui elle, est soluble dans l’eau.

andin de lin
Andins de lin

c) les étapes de production de lin
-semis (1800 graines au m2) à la Saint Georges (23 avril)
-arrachage en juillet
-égrenage
-rouissage (désagrégation de la pectine par humidité)
-teillage (élimination du bois central) pour la récupération des fibres
-peignage (séparation des fibres courtes des fibres longues)
-filage (au rouet principalement)
-particularité du Léon, blanchiment du fil  dans les Kanndi pour une meilleure valorisation
-tissage à bras (au 18ème siècle, 25 000 tisserands en Bretagne)
A noter que ces différentes étapes de production étaient assurées par des petits paysans en complément d’activités, qui étaient au service d’une petite caste de paysans-marchands : les juloded.

d) le commerce des toiles
exportation_toiles_eLa Bretagne se retrouve à cette période au cœur d’un vaste système d’échange planétaire. ; les toiles sont exportées vers l’Angleterre et l’Espagne par les ports agréés de Saint-Malo, Morlaix (lin et papier), Landerneau (lin). De l’Espagne, où sont implantés des marchands français, les toiles de lin et de chanvre gagnent les colonies d’Amérique.
Au début du XIXème, le textile breton est violemment concurrencé par les filatures anglaises, belges et du Nord de la France ; le coton prend son essor, la marine à voiles sombre…
Pour enrayer le déclin de la production de toile, des marchands léonards créent en 1845 la Société linière du Finistère, basée à Landerneau. Elle fait venir des machines d’Irlande et d’Angleterre, des Ecossais pour encadrer la production. Elle emploiera jusqu’à 2000 salaries, 4000 en comptant la sous-traitance. Liquidation de la société en 1891.

2- LE PATRIMOINE ASSOCIE AU LIN

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Kanndi – schéma

a) le patrimoine direct
a1 les « ateliers »
.dans le Tregor, les routoirs (pour rouir) – parfois en enfilade
.dans le Leon, les Kanndi (pour blanchir le fil)

a2 les outils spécifiques
-les peignes à égrener- -les espades
-les peignes à peigner-les rouets à lin-les métiers à tisser -les dévidoirs

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tourisme-la-maison-penanault-ouvrira-en-2014
Penanault – maison de négociant – quai Morlaix

b) les patrimoines indirects
-les maisons de paysans-marchands avec escalier extérieur menant à la pièce dédiée au commerce des toiles
-les grandes maisons des négociants exportateurs et armateurs

maison à pondalez - Morlaix
maison à pondalez – Morlaix

-des maisons à pondalez (qui auraient pu servir de maison d’exposition pour les toiles)
-du mobilier (coffre à grain, « presse à lin », orfèvrerie (tasses à 2 anses)

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La Martyre

-les enclos paroissiaux
Les riches marchands ont bâti ces enclos et paradoxalement le déclin brutal de la richesse liée à la production linière a préservé ces enclos fortement concentrés sur l’arrière pays léonard ( le manque de fonds empêchant toute rénovation des bâtiments religieux).
Cette richesse, qui en amont  a donné du travail aux paysans, a également permis d’entretenir toute une population d’artistes , de sculpteurs, d’orfèvres..

3- LE LIN AUJOURD’HUI

a) utilisation du lin
La graine de lin est riche en oméga 3 : alimentation humaine et animale.
Par ailleurs, le lin fibre peut être utilisé comme matériau composite (bio sourcé) dans l’automobile, dans le nautisme et dans l’aéronautique.
Ses sous-produits sont également utilisés : étoupe, papier,…
Carte-production-lin

b) la production linière fibre
Le lin (200 000 t/an) et le chanvre n’occupent qu’une place marginale dans la production mondiale de  fibres naturelles (respectivement 2,4% et 0,3% de la production mondiale)  largement dominée à près de 75% par le coton
France         75 000 Ha.    95 000 Tonnes de lin teillé

La France reste le principal producteur de textile de lin ;
La Normandie, grâce à ses conditions climatiques exceptionnelles et au savoir-faire de ses liniculteurs, reste le bassin de production privilégié pour cette culture. Ils assurent en effet 60% de la production française et 45 % de la production européenne transformée.

récolte del in
récolte mécanique

c) la transformation
Le lin textile (80%) partait pour la Chine en début de ce siècle, pour revenir en produits manufacturés. Les producteurs normands conscients du risque de n’avoir qu’un seul client ont diversifié leurs débouchés (automobile, etc…) et sont parvenus à réduire leur dépendance à l’égard de ce pays (60% de leurs débouchés).

Cette production a disparu des paysages léonards depuis plus d’un demi-siècle (la relance par l’OC de Landerneau dans les années 1960 ayant fait long feu).
champ-de-lin« L’or bleu » tapissera-t-il de nouveau  les campagnes du Léon ? L’étude de rentabilité reste à faire. Son retour supposerait la mise en place de toute une filière, lourde en investissements….

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Le lien ci-dessous vous donnera information détaillée sur le lin et le chanvre en Bretagne :

www.linchanvrebretagne.org

Les illustrations de ce CR proviennent en grande partie de ce site.

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Réf : 03CYJmarzo6

 

1517. L’explosion de la Réforme. Un événement inattendu ?

nicole lemaitre1517. L’explosion de la Réforme. Un événement inattendu ?

Par Nicole Lemaître, professeur émérite à Paris1 Panthéon-Sorbonne, historienne

« L’affichage de 95 thèses » par Luther à la Toussaint 1517 est généralement présenté comme une révolution, un sursaut contre les « abus de l’Église romaine », un progrès de l’humanité et de la culture.
Or selon les archives de l’époque provenant des paroisses et des diocèses, la réforme de l’Eglise romaine est déjà en marche à cette époque. Comment expliquer alors l’émergence d’un personnage comme Luther et le succès de sa Réforme , qui changea le cours de la civilisation occidentale ?

1 LUTHER (1483-1546)

4 CAVALIERS DE L4APOCALYPSE
les 4 cavaliers de l’Apocalypse

a) un théologien catholique zélé
Ce fils de mineur né en Saxe est ordonné prêtre en 1507, il est désigné pour enseigner la philosophie au couvent d’Erfurt. Docteur en théologie en 1512, il occupe par la suite la chaire d’enseignement biblique à l’université de Wittemberg, ville où il est à partir de 1514 prédicateur de l’Église et où il se consacre à l’enseignement, la prédication et la recherche personnelle.
b) le Saint Empire Romain germanique
La Saxe fait partie de la dorsale européenne qui s’étend de l’Italie du Nord aux Pays-Bas, zone de forte densité de population, de forte activité économique et lieu d’échanges économiques très importants, région où a été inventée l’imprimerie.
Dans les années 1500, cette partie de l’Europe est en proie à des angoisses, à des prédictions de fin du monde imminente, terreau favorable à l’émergence de nouvelles doctrines.
c) la révolte de Luther
Sa révolte contre la papauté débute en 1517, à propos de l’indulgence décrétée par le pape Léon X pour favoriser la construction de la basilique Saint-Pierre Le 31 octobre 1517, il placarde sur les portes de l’église de la Toussaint de Wittemberg ses 95 thèses condamnant violemment le commerce des indulgences pratiqué par l’Église catholique, les pratiques de la papauté… Ces 95 Thèses, également appelées Thèses de Wittemberg, sont imprimées à la fin de l’année et se diffusent grâce à l’imprimerie dans l’Allemagne rhénane
En 1520, il publie 4 grands textes dont :
.manifeste à la noblesse (en langue allemande)dans lequel il demande à celle-ci de prendre en charge la gestion du christianisme
.traité sur la liberté chrétienne
d) la véritable rupture avec l’église romaineMartin_Luther jpg
Cette controverse entre théologiens devient une affaire publique et politique. Le pape Léon X, sous estimant l’influence et la pugnacité de Luther ordonne à ce dernier de se rétracter par la bulle pontificale Exsurge Domine, mais Luther la brûle en public et rompt avec l’Église catholique, en 1521. Il est aussitôt excommunié.
e) situation politique de l’Empire
Cette immense nébuleuse d’états disparates traverse une crise de succession : le jeune Charles Quint hérite d’un empire vacillant où les pouvoirs locaux ont tout loisir de s’exprimer.
f) Sa mise au ban de l’Empire
Convoqué par Charles Quint, en avril 1521 devant la diète de Worms Luther refuse à nouveau de se plier aux exigences de l’Église, et il proclame notamment :
« Votre Majesté sérénissime et Vos Seigneuries m’ont demandé une réponse simple. La voici sans détour et sans artifice. À moins qu’on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l’Écriture ou par des raisons Carte-de-la-Reforme_protestanteévidentes — car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu’il est évident qu’ils se sont souvent trompés et contredits — je suis lié par les textes de l’Écriture que j’ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide »
Frédéric III , prince-électeur de saxe le met à l’abri dans le château de la Wartbourg jusqu’en 1522 où il entame la traduction de la Bible en langue vernaculaire.

g) Le succès de Luther, qui fait suite à une série de  tentatives avortées de réforme (ex :l’hérétique Jan Hus mort sur le bûcher en 1415) s’explique

Jan Hus
Jan Hus

par le faisceau de circonstances favorables de l’époque((affaiblissement de l’Empire, début de la laïcisation, découvertes en tous genres, naissance du capitalisme…).

En 1529, Charles Quint, fervent catholique, ordonne le ralliement inconditionnel à l’Église catholique romaine. La promulgation de cette prescription, provoque le refus des princes : ils « protestent devant Dieu […] ainsi que devant tous les hommes » de leur refus d’admettre un décret qu’ils jugent contraire  » à Dieu, à sa sainte Parole ».

Et vient la consécration de son œuvre en 1530 : La confession d’Augsbourg (« CA » Confessio Augustana) qui est le texte fondateur du luthéranisme rédigé par Philippe Melanchthon sur la base des considérations sur la foi de M.Luther.Elle a été présentée par les protestants, sept princes luthériens et deux villes impériales à Charles Quint devant la Diète d’Empire à Augsbourg . Jusqu’à nos jours la confession d’Augsbourg est le document de confession obligatoire pour chaque Église Luthérienne.

2  Les autres courants de la REFORME

Si Luther, qui incarne la révolte individuelle et rallie une grande partie de la population allemande est la figure de proue de la Réforme, cette dernière s’inscrit dans un mouvement politique et social plus général:

a) les villes libres de l’Empire
Une ville libre d’empire est une ville directement subordonnée à l’Empereur et non à un État membre.Elles constituaient de véritables républiques.
Ces villes avaient une forte identité collective ; l’imprimerie et l’alphabétisation avaient fait émerger une élite bourgeoise éduquée qui revendiquait d’intervenir dans les affaires religieuses, et qui se refusait de payer indéfiniment une dime à un clergé qui ne payait nullement son écot à la cité

Zwingli
Zwingli

Ce mouvement s’incarne dans 2 théologiens

.Ulrich Zwingli suisse, (1484-1531)
Zwingli publie un traité en 1522 stipulant : que l’Évangile seul est une autorité irrécusable, à laquelle il faut recourir pour terminer les incertitudes(disputes) et que les décisions de l’Église ne peuvent être obligatoires qu’autant qu’elles sont fondées sur l’Évangile.
Zwingli voit un seul pouvoir qui doit être uni. (pensée de Luther qui voyait le pouvoir divisé en deux parties : temporel (le roi sur Terre) / éternel (Dieu au ciel)) et pense que l’Église doit par tous les moyens (politiques, militaires, etc.)  gagner la confédération helvétique à la Réforme.
.Martin Bucer ( 1491 -1551 )est un théologien et un réformateur protestant alsacien. Il est à l’origine de la confirmation protestante.
En avril 1518, Bucer assiste à la dispute que tient dans Strasbourg Martin Luther. Fasciné par son discours,il devient un fidèle partisan des idées de ce frère augustin dissident.
Le 20 février 1529, la messe catholique est supprimée dans toutes les églises de Strasbourg à la suite d’un vote des échevins . La ville bascule dans le camp protestant après avoir longtemps hésité en raison du danger que représente la gronde des faubourgs et des campagnes environnantes.
MUNTZERb) les guerres paysannes
La guerre des paysans(1524-1525)  désigne les révoltes paysannes qui ont secoué le Saint-Empire romain germanique
Des bandes paysannes contestent la hiérarchie ecclésiastique et formulent des exigences, dont le droit de choisir leurs propres pasteurs, l’abolition du servage, le droit de pêche et de chasse, l’abolition de nombreux impôts féodaux et la garantie d’être traités justement par les tribunaux seigneuriaux.
Des combats entre les paysans et les serviteurs des nobles éclatent en 1524 à Shühlingen(Suisse), , et l’insurrection s’étend rapidement sur la plus grande partie de l’Allemagne à l’exception de la Bavière. La révolte est particulièrement violente en Thuringe, où elle prend un tour religieux sous l’influence de la secte des anabaptistes dirigée par Thomas Müntzer(1489-1525), religieux exalté et radical.Elle est finalement écrasée (100 000 morts env.).En avril 1525, en des termes très durs, Luther se prononce pour une répression impitoyable de la révolte.
c) Calvin(1501 1564)
Né en Picardie il devient un chef spirituel dès l’âge de 27 ans; fuyant l’inquisition, il s’expatrie à Bâle en 1535, puis à Genève en 1536.Après la Confession d’Augsbourg(1530), il publie en latin en1536 l’Institution de la religion chrétienne (version française en 1541). Il fonde à Genève une cité théocratique, qui devient la Rome du protestantisme pour un temps.

Sa doctrine : (Sola fides) Seule la foi sauve (+ croyance en la prédestination : la réussite matérielle peut-être envisagée comme un signe d’élection). L’Ecriture (Bible) est l’unique dépôt de la Révélation, accessible à tous les croyants par la lecture. Pas de sacerdoce d’origine divine. Le culte se résume à la prédication, la prière et le chant de psaumes dans des temples dépouillés.

3 Caractéristiques de cette Eglise

-les Réformateurs ont réduit les sacrements au nombre de deux : le baptême et la cène. Tous les autres sacrements catholiques : la confirmation, le mariage, l’ordination sacerdotale, la pénitence et l’extrême onction n’ont pas été TEMPLE PROTESTANTretenus parce qu’ils ne figurent pas dans la Bible : ils relèvent seulement de la tradition de l’Église
-le temple
Celui-ci est centré sur la chaire (la Parole) , et non sur l’autel(catholicisme)
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Depuis ses origines,, le christianisme est divers. La Réforme a mis l’accent sur le choix personnel de la religion. Derrière l’aventure de la Réforme , se profile également le nationalisme naissant qui associera religion et état-nation : Allemagne-Luthérianisme , France-Catholicisme, puis Angleterre-Anglicanisme. Ce mouvement s’inscrit également dans le développement urbain de l’époque . Par ailleurs, par effet miroir( Réforme/Contre-Réforme….) ,les 2 églises catholique et réformée ne cesseront de s’influencer.
Enfin, Luther est un témoin des effets du choix religieux en temps de crise. Son radicalisme en appellera d’autres….qui pèseront sur le cours de l’histoire européenne.

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En 2017 ,les Chrétiens dans leur ensemble  commémoreront-ils la naissance de la Réforme ?Ou cette commémoration est-elle réservée aux Protestants?

 

Publications principales de Mme Nicole Lemaître :

Le Rouergue flamboyant. Clergé et paroisses du diocèse de Rodez (1417-1563), Paris, Cerf, 1988.
-En collaboration, Dictionnaire culturel du christianisme, Paris, Cerf/Nathan, 1994.
-Direction de Histoire des curés, Paris, Fayard, 2002.
-Codirection de Histoire du christianisme. Pour mieux comprendre notre temps, Paris, Seuil, 2007, 468 p.
-Edition de Correspondance du cardinal Georges d’Armagnac, t. I, 1530-1560, Paris, Publications du CTHS  2007.
-Direction de La mission et le sauvage. Huguenots et catholiques d’une rive atlantique à l’autre (XVIe-XIXe siècle), Paris, Éditions du CTHS/Presses de l’Université Laval, 2009, 399 p.
L’Europe et les Réformes au XVIe siècle, Paris, Editions Ellipses, 2008, 390 p.

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Max WEBER : L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme

Ref : 2CYJmarzo6

les lectures de Janvier 2016

« La confrérie des chasseurs de livres »

de Raphaël Jerusalmy

conf chas têtes_Un roman d’espionnage au Moyen-Âge. Personnage principal : François Villon.
Raphaël Jerusalmy imagine la vie du poète après sa disparition. Son compagnon d’infortune, Colin, est à ses côtés.
Quelle truculence ! Quel style !
Beaucoup de descriptions ; elles créent une atmosphère : des geôles de l’Inquisition avec quelques descriptions de tortures ( toujours discrètes pour ne pas heurter nos sensibilités exacerbées d’humains du XXIème siècle) au Palais Royal.
Ce roman nous entraîne jusqu’à Jerusalem, y compris dans ses bas-fonds. Le personnage principal, ai-je dit est François Villon, plutôt le « livre » dans toutes les acceptions du terme, y compris en songeant à la Bible. François est conduit dans des prisons, des caves , des monastères, des déserts, accompagné de religieux de toutes croyances.
Il trouvera Aïcha, sa perle…
Vous ai-je suffisamment alléché ? Partagerez-vous la délectation qui fut la mienne à la lecture de ce livre ?
Humour, beauté de l’écriture, inventivité …et référence à François Villon.

« Sauvez Mozart : journal d’Otto Steiner »

de Raphaël Jerusalmy

(Juillet 1939-août 1940) Malade tuberculeux, O. Steiner séjourne dans un sanatorium. Il mourra des peu de temps.
save moz_C’est la période glorieuse d’A. Hitler, de l’extermination des juifs, etc…
Steiner, un juif ? Un peu, en tous cas très solitaire, politisé.
Un humour glaçant, grinçant parcourt le livre entier, en fait aussi l’intérêt.
Steiner n’aime que la musique. Hitler et ses sbires, des rustres, des assassins. Insupportable(s)..
Sa tentative d’assassinat, qu’il mène à bien, ne réussit pourtant pas : tout est truqué.
Mais il sauve tout de même Mozart.

Conseil :lisez ce livre-ci avant « la confrérie des chasseurs de livres » si vous avez le projet de lire les deux. J’ai fait le contraire et j’ai mis longtemps avant d’apprécier celui-ci à sa juste valeur.

Atelier « Aimons la musique ensemble »

Le 1er février, après une brève présentation des compositeurs et de l’œuvre, nous avons écouté le début de  « Pelléas et Mélisande », opéra de Debussy, en choisissant 2 interprétations.

Le 07 Mars,  poursuite de l’écoute de la suite de cette œuvre qui a vite pris valeur de manifeste.

A une date non encore fixée, nous en écouterons la fin.

Le 04 Avril 2016 à 14 h 00, prochaine séance au cours de laquelle l’une d’entre nous présentera plusieurs voix de soprano pou un même air : discussions et choix en fonction de nos critères personnels. Nous avions exploré les voix d’hommes au cours de séances précédentes.

Atelier « Histoire de la Musique » de Guillaume Kosmicki

La dernière séance s’est achevée  mercredi 02 mars en écoutant une extrait de quatuor à cordes de Samuel Barber.

Pour l’année 2016-2017, nous vous proposons de revenir aux sources :

  • 4 séances consacrées aux Musiques du Moyen-Âge et de la Renaissance
  • 1 séance consacrée à la lecture d’une œuvre que G. Kosmicki nous aidera à parcourir. Il la replacera dans son contexte historique, sociologique et musicologique.

 

 

SAINT AMOUR Avec G. Depardieu, B.Poelvoorde….Lundi 14 mars à 14h30

SAINT AMOUR

de Benoit Delépine, et Gustave Kervern (France – 2016 – 1h41)
Avec Gérard Depardieu, Benoit Poelvoorde….
st amourTous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui. Et s’ils trinquent au Saint-Amour, ils trinqueront bien vite aussi à l’amour tout court en compagnie de Mike, le jeune chauffeur de taxi embarqué à l’improviste dans cette tournée à hauts risques entre belles cuvées et toutes les femmes rencontrées au cours de leur périple…

La bande annonce : https://youtu.be/pVwm4kP2tZs

« Au commencement était le verbe. » par J-C Guichen

Au commencement était le verbe.

(Puis vint le charabia)

par J-C Guichen

Plumitifs, à mon commandement,
Sujet, verbe, complément.
Pas de fleurs de rhétorique,
Pas d’envolées lyriques.

Soyez précieux avec la ponctuation
Indispensable à votre élocution.
A bon escient utilisez les guillemets,
Pour inclure un proverbe guilleret.

Faites bien attention à l’apostrophe,
Elle peut-être catastrophe,
Si l’interpellé mécontent,
Vous renvoi l’acerbe compliment.

Point d’exclamation, soyez calme,
Ecrivez délicatement avec le calame.
L’impatience est un vilain défaut,
Choisissez d’amour, un joli mot.

Deux points, trois points, quoi encore ?
Des suspensions ! Suffit, il y a pléthore.
L’extravagance, ne la conduisons pas,
A pousser les voyelles au tréma.

Moi, j’aime la vibrionnante virgule,
Bravant hardiment le ridicule,
Je la sème sans discernement,
Entre sujet, verbe et complément.

Calame roseau taillé en pointe
Dont on se sert pour écrire.

Programme du 2nd trimestre 2015-2016

Programme de Janvier-Février- Mars 2016

A ) CONFERENCES & SORTIES

– le 07 Janvier à Langolvas : Bernanos , un écrivain du Libre par Yves Goulm
-le 14 janvier 2016 à Langolvas : La prison en France : historique, état des lieux, utilité

par Alain Guillou, avocat au pénal à Vannes

-le 21 janvier : visites guidées

11hoo exposition  « Villeglé » au musée de Morlaix
14h30 départ pour Landerneau au pied du viaduc ou 14h40 parking Districenter pour la visite de l’expo  « infiniti »- Mattoti illustrateur , auteur et voyageur
Forfait : 18 € ( + Repas à la Brasserie de l’Europe 20€ en option)

-le 28 janvier à Langolvas : Produit en Bretagne

par Jakez Bernard, Président de « Produit  en Bretagne »

-le 04 Février : La calligraphie, arcane de la philosophie chinoise traditionnelle

par Pascal Vatinel, philosophe, écrivain – voir présentation de la conférence

-le 25 février à Langolvas : « Bien vieillir »

par Véronique Grimer, gériatre

-le 03 mars au Roudour : les mines d’étain en Bretagne

par Pierre Reynard, ingénieur e.r.

2nde matinée d’inscriptions pour la visite du 10 mars

-Le 10 mars visites guidées

13h30 la Grand Rue à Morlaix avec un architecte habitant ( les maisons à Pondalez / éléments de lecture des maisons à pans de bois, interprétation architecturale comparée, etc)
suivie d’une escapade au Caïrn de Barnenez, collation au retour . Forfait de 18 €.

-17 mars à Langolvas : il y a 500 ans : l’explosion de la Réforme. 1517, un événement inattendu ?

Par Nicole Lemaître, professeur émérite à Paris1 Panthéon-Sorbonne

-Le 24 mars au Roudour :      » le Lin et et le  Chanvre en Bretagne »       (modif.)

par Mme Le Gall-Sanquer

-le 31 mars au Roudour : les origines du vin en Méditerranée occidentale et en Gaule

par Dominique Frère, maître de conférences en histoire ancienne et en archéologie à l’UBS .

B) LES ATELIERS ( au local de l’Association)

-lecture de 14h15 à 16h30 : 19 janvier ; 16 février ; 29 mars ;3mai ; 31 mai ;28 juin
-musique : à 14 h00 un lundi par mois à une date donnée en fin de chaque séance
-la musique dite moderne à 14h30 ( M Kosmicki) : 6 janvier ; 3 février ; 02 mars
-écriture : à 9h30 le mardi matin
-culture scientifique : le mercredi à 14h30 aux dates données lors des conférences
-breton : le lundi à 17h00
-philosophie
G1 de 14h15 à 15h45 05 janvier- 02 février – 15 mars – 19 avril – 10 mai – 07 juin
G2 de 16h00 à 17h30 05 janvier- 02 février – 15 mars – 19 avril – 10 mai – 07 juin
G3 de 14h15 à 15h45 12 janvier – 23 février – 22 mars – 26 avril – 17 mai – 14 juin

C) LES PARTENARIATS (sur présentation de la carte bleue UTL 2015-2016)

♥ le QUARTZ ( abonnement spectacles)
– le 15 janvier 2016 Danse  : « Rouge » par la Compagnie S’Poart
-le 16 mars 2016 Théâtre : « Tailleur pour dames » de Feydeau sur une mise en scène de Cédric Gourmelon
-le 30 mai 2016 Concert : « Monteverdi » par l’ensemble Matheus sous la direction de C. Spinozi
♠ IUT et la Salamandre
Cycle de cours sur l’histoire sonore dans les Arts ( gratuité pour les adhérents de l’UTL)
le 19 janvier 2016 : « l’invisible dans le visible » par Emeline Vincent
le 02 février : les compositions sonores au théâtre du 19 au 21ème siècle par Bénédicte Boisson
le 15 mars : les 2 naissances des musiques électroniques : le club et la phonographie par Bastien Gallet.
Ces cours sont illustrés par des films les 24 janvier 2016, 07 février et 20 mars 2016 à la
Salamandre.

♠ le THEATRE de Morlaix place à tarif réduit / programme du Théâtre « Suivez-nous »

▓ Cinéma La Salamandre

tarif réduit les lundis 11 janvier -23 février – 14 mars -18 avril -9 mai – 13 juin
programme à consulter

L’étain en Bretagne par Pierre Reynard

L’étain en Bretagne

pierre reynardpar Pierre Reynard,ingénieur e.r.
Depuis 2013 Ministère de l’économie est sollicité pour l’octroi de permis exclusifs de recherches de mines (Perm) en Bretagne. La Presse s’en est fait écho à plusieurs reprises. L’étain est l’un des métaux recherchés. Que sait-on de la présence et de l’exploitation de ce métal en Bretagne?

2010_Carte_Mines_BRGM

1) Généralités sur l’étain

structure cassiterite
structure cassitérite

a) propriétés
l’étain est l’élément chimique de numéro atomique 50, de symbole Sn (du latin stannum). Il appartient au groupe des cristallogènes .Température de fusion : 232°C .Corps conducteur de l’électricité, et de la chaleur,
À température ambiante le corps simple étain est un solide métallique, à -50°C il devient pulvérulent. Il résiste à la corrosion par l’eau de mer et l’eau douce

b)usage actuel
Il est connu depuis l’antiquité où il servait à protéger la vaisselle de l’oxydation(peu toxique.) et pour préparer le bronze. : il en est fait mention dans l’Ancien Testament.
En 2015 , l’étain est utilisé:
-50% pour des soudures sur les pièces électriques et électroniques ( téléphone portable : 7 gr)
-15 % industrie chimique,( pigmentation…)
-en alliage pour obtenir du bronze
-dans la fabrication du verre
-15% fer blanc
-vaisselle

c) Minerai d’étain
cassiteriteL’étain est extrait essentiellement d’un minéral appelé cassitérite où il se trouve sous forme d’oxyde SnO2. La cassitérite se trouve dans les roches magmatiques acides (granites et pegmatites) et dans les filons liés. Elle est aussi exploitée dans des gîtes alluvionnaires.

L’étain est également extrait de la stannite qui est le sulfure d’étain commun(Cu2FeSnS4) . Elle se trouve dans des gîtes de haute température, elle a un éclat et une couleur acier, elle se présente en masses granulaires. Il s’agit d’assemblages de petits cristaux (30 mm) associés à différents minéraux, souvent de cuivre, d’arsenic ou de tungstène.

d) une utilisation
Dans l’Antiquité, vers -4.000 ans, les forgerons savaient qu’en chauffant par réduction, un mélange de malachite et de cassitérite ils obtenaient du bronze, d’autant que l’étain était facile à récupérer ( dans les alluvions). L’influence du bronze fut si grande qu’une période de l’histoire fut appelée « âge du bronze » en référence à cet alliage (d’environ 2000 à 800 av. J.-C.).

Métal de haute importance (fabrication des armes notamment), le contrôle de l’approvisionnement en étain était stratégique pour les puissances de l’époque : Les navires phéniciens ont franchi les colonnes d’Hercule et sont allés jusqu’en Bretagne et en Cornouaille (les mythiques « îles Cassitérides ») à la recherche des mines d’étain Plus tard, Jules César a décrit l’exploitation de minerais d’étain dans les mines de Cornouailles.
e) son degré d’importance au XXIème
Avec 300 000 tonnes produites par an , la production d’étain est loin du niveau de production d’autres métaux comme l’aluminium (50 Millions de T) ou encore du cuivre (20Millions de T)

world-tin-producersLes principaux fournisseurs sont à l’heure actuelle : la Chine, l’Indonésie et la Malaisie.
En France , un seul site est encore exploité : Eychassières dans l’Allier ( 60T/an de sous-produit du kaolin)
Les réserves mondiales connues sont estimées à 6 Millions de tonnes, soit 20 ans de production, sachant que 30% du métal sont à l’heure actuelle recyclés.
Le prix de la tonne sur le LME (London Metal Exchange) avoisinait en 2015 les 20 000USD (en 2003 : 6200$ et en 2007 : 16 000$)
Ces prix sont éloignés du prix de l’aluminium ( 2000 $/T) ou du cuivre (7000$/T )

f) métallogénie (mécanismes de formation des gisements métallifères )

Kassiterit
Kassiterit

L’étain est peu abondant sur la croute terrestre : 2ppm soit 2,5gr par tonne de roche ( contre 41 000 ppm pour le fer , 82 000 pour l’aluminium et 50 pour le cuivre)
Les gisements primaires ( 60%) sont situés pour la plupart soit au voisinage des masses granitiques soit au voisinage des volcans(teneur de 3 à 5% d’étain)
Les gîtes secondaires (40%) se retrouvent dans les rivières ou à l’embouchure d’un fleuve sous forme d’alluvions ( teneur : 0,1% d’étain).
g) méthodes de recherches
la battée ( instrument traditionnel)
le sondage par carottages
l’inventaire géochimique par analyse des composants du sol dans une région
des campagnes héliportée ou aéroportée pour analyser les variations des champs magnétiques au sol
h) exploitation des gisements
h1 les gisements alluvionnaires : pontons – dragline
h2 les gisements primaires : à ciel ouvert ou en souterrain
Les produits extraits sont ensuite lavés, concassés, séparés par granullométrie.
L’étain brut est obtenu par pyrométallurgie en présence de carbone et de chaux qui sert de fondant, dans des fours réverbères ou des fours électriques. Dans les fours réverbères, la réduction vers 1300-1400°C dure environ 15 heures. La plupart des impuretés se retrouvent dans les scories. L’étain brut est coulé en brames.
Principales firmes en production minière
-PT Timah (Indonésie) : 32 000 t en 2010
-Minsur (Pérou) 28 500T
-Yunnan Tin Group (Chine) 24 000 T
-Guangxi China Tin ( Chine ) 11 000 T
-Metal X (Australie) 8 000 t

2 l’étain en Bretagne

a) données chiffrées

La Bretagne (Massif Armoricain)est riche en étain : elle recèle de gîtes de taille modeste comparés à ceux de la Cornouaille anglaise où ont été extraites 200 000 tonnes d’étain.
Au total 10 000 tonnes auraient été extraites du sol breton dont 7 100 tonnes depuis le 19 ème siècle. Les réserves s’élèveraient à 25 000 tonnes

Le-monitor-en-actionb) localisation

1- Saint Renan
En 1957, des prospecteurs à la recherche d’uranium, redécouvrent (puisqu’on a alors retrouvé des traces d’exploitation antique) que les marais de Saint-Renan contiennent une importante concentration d’un minerai qui, après expertise, s’avéra être de la cassitérite d’une qualité exceptionnelle. Une campagne de sondage avec des carottages tous les 50 mètres permettra de déterminer une zone exploitable industriellement. Cette zone s’étendait sur 7 kilomètres de long sur une largeur maximale de 6oo mètres et une profondeur de 8 à 10 mètres entre Lannéon et Ty-Colo. Ces marais étaient constitués par les alluvions d’un ancien fleuve qui coulait dans la vallée bien avant l’Aber-Ildu
La Compagnie Minière de Saint-Renan (COMIREN) va être créée en 1960 sous la présidence de M. Charles Pavot, l’un des prospecteurs. L’extraction commença par la désagrégation du sol par abattage hydraulique consistant à

LA DRAGLINE
LA DRAGLINE

diriger un puissant jet d’eau sur le sol par l’intermédiaire d’une lance à grand débit appelée  » monitor ».

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laverie

Le sol est ainsi transformé en une boue semi-liquide aspirée par une pompe puissante et refoulée vers une station de lavage et de séparation. La boue passe par un système de tamis qui sépare d’un côté les matériaux inutilisables et de l’autre le sable lavé, le gravillon et le minerai.
Lorsque l’excavation creusée par le monitor est assez profonde une drague d’origine américaine va être mise en service avec une capacité d’aspiration et de refoulement de 2000 mètres cubes par 24 heures.
Saint-Renan prendra le surnom de capitale européenne de l’étain, mais le gisement dès 1975 sera épuisé, après l’extraction de l’équivalent de 4 000 t de métal pur pour 6 300 t de minerai exploitable. Les autres matériaux extraits, environ 700 000 m3 par an, ont été diversement utilisés, surtout pour les travaux publics (assainissement du fond de la vallée, routes,…)
De l’exploitation restent des lacs qui tapissent la vallée. Il s’agit des lacs nommés Comiren (exploitation abandonnée en 1964), Tréoualen (1965) ,Lannéon (1967) ,Poulinoc (1967), Ty Colo (1974) ,Pontavennec
À noter qu’outre l’Aber-Ildut à Saint-Renan, d’autres sites furent également exploités par la Comiren durant les années 1970, dont celle de l’affluent de l’Aber-Benoît qui arrose Bourg-Blanc, comme en témoignent la douzaine de lacs vestiges de l’exploitation: l’un d’entre eux constitue aujourd’hui le plan d’eau qui baigne le parc de loisirs La Récré des 3 Curés sur la commune de Milizac), deux autres sont le centre d’un parc aménagé par la commune de Bourg-Blanc.
La Comiren, qui a employé jusqu’à 150-180 personnes, avec le statut de mineur .Elle commercialisait 40 tonnes par mois à une société espagnole. La société s’arrêtera en 1977.

1 bis Lanmeur Plougasnou

Valorisation-sableWb
sable extrait

Le « district stannifère » de Plougasnou-Saint Jean du Doigt est lié au massif de granite rose de Lanmeur, recoupé par un faisceau de fractures presque verticales orientées NE-SW qui contiennent des filons quartzeux minéralisés en étain et en cuivre, à l’origine du gisement de cassitérite alluvionnaire en partie exploité par COMIREN.

Des prospections ont été effectuées par le BRGM à partir de fin 1962 et ont abouti dès 1967 à l’identification d’un gisement de cassitérite dans le vallon du ruisseau qui va de Kerprigent à l’anse du Diben. Des premiers indices filoniens ont aussi été mis en évidence ; des travaux importants de reconnaissance sur ces filons ont permis d’évaluer les réserves présentes à 5 500 t d’étain et 10 000 t de cuivre, mais ce n’était pas suffisamment rentable pour  lancer une exploitation des filons découverts.

Entre temps, la COMIREN a exploité la cassitérite dans le lit amont des ruisseaux venant de Guersaliou et de Kerprigent, en particulier le « flat » vers Mesquéau. Le minerai extrait jusqu’à 5m de profondeur subissait un premier lavage avant d’être transporté par camion sur le site de Saint Renan. Cependant l’exploitation s’est  arrêtée en 1973, après 1 ,5 année d’exploitation et après avoir extrait environ 200 t d’étain (+10 kg d’or), ceci en raison de l’opposition des riverains qui craignaient de perdre des terrains cultivables. Les zones exploitées ont ensuite fait l’objet d’une remise en état, soit en remblayant les parties excavées, soit en créant des étangs (par exemple à Mesquéau).

2 Le site minier d’Abbaretz

abbaretzancien
vue aérienne

Il se situe  dans le département de la Loire-Atlantique, à 50 kilomètres au nord de Nantes et 80 kilomètres au sud de Rennes.
Le gisement d’étain de la région d’Abbaretz a fait l’objet d’exploitations très anciennes dont on retrouve des vestiges de l’époque gallo-romaine sur plus de 6 kilomètres entre Nozay et Abbaretz.
Mise en sommeil quinze siècles durant, la mine d’étain d’Abbaretz entame une seconde vie en 1911, quand la Société Nantaise des minerais de l’Ouest (SNMO) entreprend des campagnes de recherches souterraines dans le secteur d’Abbaretz en fonçant plusieurs puits.
Le 12 août 1920, un décret attribue à la SNMO la concession de mines d’étain et de métaux connexes d’Abbaretz, établie sur une superficie de 9,38 km².
Parallèlement, la production s’enlise et la teneur en étain du minerai s’appauvrit : l’exploitation est stoppée en 1921 . La mine reste à l’abandon tout au long de l’entre-deux guerre.
Entre 1942 et 1944, plusieurs études de faisabilité mettent en évidence l’impossibilité matérielle et économique d’une exploitation en souterrain, mais concluent à la viabilité de l’exploitation à ciel ouvert du gisement dans sa partie altérée. L’exploitation à ciel ouvert démarre en 1952. Pendant six ans (1952-1957), la mine emploiera jusqu’à 350 mineurs.
L’exploitation prendra fin en novembre 1957 après avoir extrait près de 4 millions de m3 de matériaux dont   1 750 000 m3 de stérile et 2 millions de m3 de minerai à partir duquel auront été produites 3750 tonnes de concentrés de cassitérite (minerai d’étain) par traitement mécanique.
Quarante ans plus tard, en 1997, la SNMO renonce à la concession valant également Déclaration d’Arrêt Définitif des Travaux (DADT). En mars 2004, l’Etat hérite de la concession devenue orpheline.

3 Montbellieux
Sur ce site minier était principalement extrait du wolfram (minerai de tungstène) et de la cassitérite (minerai d’étain). De 1903 à 1906, la Société Minière de Montbelleux mène ses premières recherches qui aboutirent à un début d’exploitation en 1907. Fin 1908, les travaux sont interrompus en raison de la baisse des cours du wolfram ; la mine employait alors 204 ouvriers dont 118 au fond. En 1918, l’extraction moyenne est de 41 t par jour de minerai brut fournissant 221 kg de wolfram, Mais un incendie stoppe totalement l’exploitation.
Luitré_-_mine_Montbelleux_-_chevalementLe 12 juin 1937, la concession est remise en exploitation. En 1942, des travaux préparatoires sont entrepris avec la mise en place d’une ligne de chemin de fer qui relie la concession à la gare de La Selle-en-Luitré . Cette quatrième période d’exploitation prend fin en 1944 par un sabotage et le départ des Allemands. En 1948-50, le service local des Mines fait pression sur le concessionnaire pour que l’exploitation reprenne. La reprise est effective en 1954. En 1957, la Société des Mines de Montbelleux s’oriente vers une activité réduite en raison d’une production insuffisante et de la baisse du cours du wolfram.
Une remontée des cours permet de 1977 à 1980 une nouvelle phase d’exploration (dénoyage et remise en état de l’ancienne mine, nombreux sondages). En 1980, est creusée une descenderie routière qui dessert les niveaux 61 et 130 mètres. En raison de l’inadaptation de la méthode , la mine cesse son activité le 9 août 1983.
Production : 40 t de cassitérite et 230 tonnes de tungstène

4 La Villeder
La Villeder fait partie d’un ensemble de sites miniers répartis sur le massif armoricain. Le district stannifère de La Villeder représente 17 puits, 3kms de galeries et quelques travaux au jour… dont : la carrière de granulats de Quily !
Le champ filonien de La Villeder comprend 3 filons principaux, riches en minerai d’étain et de nombreux filons secondaires .
Le gisement a fourni de nombreux spécimens de cassitérite, associés au quartz, mais aussi et surtout à l’apatite et au béryl.
Historique : Des éléments archéologiques font penser que les premières exploitations furent romaines. En 1834, le gisement fut re-découvert par Blaise Maisonneuve, qui obtint, en 1846, une concession de 2 346 hectares, mais les fouilles ne furent pas concluantes.
En 1854, la Compagnie Minière du Morbihan dépose une demande de concession qui est approuvée par décret impérial. De 1846 à 1854, de nouvelles prospections ont lieu et conduisent à des débuts d’exploitation, de nombreux puits sont ouverts. Mais à partir de 1858, le travail à ciel ouvert est privilégié. Des difficultés financières vont conduire à une revente de la concession.
Une deuxième période d’exploitation débute en 1879, avec la Société anonyme de la mine d’étain de La Villeder. Cette société porte son attention sur la partie sud du site et compte sur le fonçage, à 256 mètres de profondeur du puits principal Saint-Michel, pour desservir un vaste réseau de galeries souterraines.
Mais le noyage du puits principal conduit à un arrêt de l’exploitation.En 1916 le décret met définitivement fin à la concession de La Villeder.Au total ce sont 160 tonnes d’étain métal qui auront été extraites.
5 Treguennec
Le filon d’aplite de Tréguennec (Finistère), activement exploité autrefois pour la construction locale, a fait l’objet d’un ré-échantillonnage dans le cadre des travaux de l’Inventaire minier
Les résultats obtenus permettent de conclure à l’existence d’un gîte de gros tonnage à faible teneur en Sn, Ta-Nb, Li, Be. (5000 t en sommeil)

carte_permis_expl_recherche_minier_JPEG6 des permis de recherches en Bretagne
La France et l’Europe cherchent à se dégager de la dépendance vis-à-vis de grands pays exportateurs de métaux que sont la Chine ou la Russie, assistant à une explosion de la demande en métaux ces dernières années, que ce soit pour les ordinateurs, les portables, l’automobile, et à une tendance haussière sur les prix en raison de la raréfaction du métal sur le LT .
La société Variscan Mines a déposé une demande pour un cinquième permis de recherche en Bretagne. Créée par trois anciens ingénieurs du BRGM, Variscan Mines est basée à Orléans. Ses capitaux sont essentiellement australiens. Depuis 2013,cette société a déposé des permis de recherche (PERM) SURMerleac (22) sur Beaulieu (44)  Loc-Envel (Une zone d’une superficie de 336 km², qui englobe 25 communes dans le 22, engagement financier à hauteur de 13 Millions €), Silfiac (Morbihan – engagement financier à hauteur de 10 millions €),et Dompierre du Chemin (Ille-et-Vilaine)
Son métier : la recherche de métaux de base (tungstène, molybdène, cuivre, plomb, zinc, étain) et métaux précieux (or et argent) dans le sous-sol du secteur et l’exploitation de gisements miniers de toute nature.
En conclusion, dans l’antiquité ,l’étain, métal stratégique a été exploité en Bretagne. Oublié pendant des siècles, sa production a redémarré au 19 ème pour s’arrêter à la fin du 20èME.
Avec de nouvelles techniques de recherches plus performantes, de nouveaux gisements seront peut-être découverts. Seront-ils exploités ? Si oui ils le seront en souterrain, environnementalement plus correct. Pour ce faire, les coûts d’extraction et de production devront se situer en-dessous du cours du métal dans une perspective à long terme.L’impact sur l’emploi ne pourrait qu’être positif, sur les finances locales également (sachant qu’une tonne d’étain extraite rapporte moins de 100€  de redevances à la commune).

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source : le Télégramme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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GENETIQUE ET CLONAGE par M André RIO

M RIO
M André RIO

GENETIQUE ET CLONAGE

par M André RIO

En quelques dizaines d’années, l’Histoire Naturelle est devenue biologie moléculaire. Sans doute, on éprouve toujours le besoin d’identifier et de classer les espèces, mais la connaissance intime de la matière vivante et des mécanismes de la vie apporte des critères nouveaux plus fondamentaux. Des techniques permettent maintenant de déceler et de reconnaître les traces infimes laissées par un individu, d’établir sa filiation, de modifier à volonté les espèces.
Que les aspects familiers de la vie, sa diversité, dépendent d’une structure moléculaire sous-jacente, qu’elle soit un ensemble d’échanges physico-chimiques, choque ceux qui auraient préféré découvrir à la source de la vie une âme, un élan vital ou un mystère impénétrable et non des molécules , des ions, et des interactions entre eux. Si les connaissances actuelles contrarient leurs conceptions, il ne leur reste qu’une ressource, les ignorer et rêver.
Ce que l’on découvre peu à peu est effroyablement compliqué dans les détails, mais cohérent, et des idées simples s’en dégagent, ce qui doit rassurer ceux qui souhaitent en avoir tout au moins un aperçu.

L’hérédité et les gènes.

 

Il n’a fallu qu’un siècle pour passer de la notion encore abstraite de gène, c’est à dire d’un support matériel de l’hérédité, à la connaissance complète du génome humain et de nombreuses autres espèces, et à la mise au point de techniques de plus en plus efficaces pour les manipuler.
En 1860, Mendel découvrait les règles qui commandent la transmission de la couleur des fleurs d’une génération à la suivante et constatait que certains gènes sont dominants et s’expriment obligatoirement, tandis que d’autres, récessifs, peuvent rester silencieux. Ses résultats sont passés presque inaperçus à l’époque, mais ont été redécouverts par Morgan avec les drosophiles au début du XXème siècle.
En 1944, Avery a montré que l’ADN (acide désoxyribonucléique) contenu dans le noyau des cellules est le support de l’hérédité ; en 1953, Watson et Crick en établissent la structure en double hélice, et, en 1955, Monod et ses collaborateurs ont démontré le mécanisme de la synthèse des protéines à partir de l’ADN par l’intermédiaire des ARN (acides ribonucléiques) messagers et de transfert.
En 1966 a été déchiffré le code génétique, correspondance entre les séquences de l’ADN et les acides aminés constituants des protéines ; En 1977 a commencé le séquençage de l’ADN de différentes espèces ; en 1985 la PCR (Polymerase chain reaction) a permis de multiplier les copies de traces infimes d’ADN, et en 1986 le séquençage automatique a permis d’aborder le séquençage du génome humain achevé en 2003.

La matière vivante.

Elle consiste à la fois en petites molécules formées de quelques atomes et de longues chaînes qui en comportent des dizaines de milliers. Il y a d’abord les protéines, mais aussi des sucres et des graisses, et en plus faibles proportions les acides nucléiques, des hormones, des vitamines, des neurotransmetteurs, la matière minérale des os et des ions. Les principaux éléments qui la composent sont le carbone, l’hydrogène, l’oxygène, l’azote et aussi le phosphore, le soufre et les ions potassium, sodium, calcium et chlore, ainsi qu’à l’état de traces une trentaine d’oligoéléments. Cette composition est très différente de celle des minéraux de la croûte terrestre où dominent le silicium et l’aluminium, presque totalement absents de la matière vivante.

L’ADN, support de l’hérédité.

L’ADN est constitué d’acide phosphorique, d’un sucre, le désoxyribose et de quatre bases, l’adénine, la thymine, la cytosine et la guanine. Le constituant élémentaire, le nucléotide, est formé de trois molécules : un phosphate, un sucre, une base. Phosphate et sucre forment une très longue chaîne, et chaque sucre porte latéralement une base. C’est la succession des bases qui constitue le message de l’ADN.
On a constaté avec surprise qu’une faible portion seulement de l’ADN sert effectivement à la synthèse des protéines et des ARN. Le reste ne semble pas avoir de rôle défini et résulterait de l’accumulation de séquences caduques au cours de l’évolution. Même les séquences actives comportent des portions utiles, les exons, intercalées entre des segments non traduits, les introns.
L’ADN, enfermé dans le noyau des cellules, est associé à des protéines, les histones, sous forme de chromatine, constituant des chromosomes. La structure en double hélice est maintenue par des liaisons spécifiques entre les bases : l’adénine s’unit à la thymine, la cytosine à la guanine. Les deux brins sont ainsi complémentaires. Il en résulte que l’ADN est beaucoup plus stable que l’ARN formé d’un seul brin, et que des erreurs de transcription peuvent être corrigés.
Les deux brins ne se séparent complètement que quand la cellule se divise, et chacun sert de support à la synthèse d’un nouveau brin complémentaire. Dans le fonctionnement de la cellule, l’accès aux gènes est presque constamment bloqué. Par exemple, les cellules du pancréas ont pour seule fonction de produire de l’insuline et n’expriment le gène correspondant que quand l’organisme le commande. Une cellule serait suicidaire si elle exprimait constamment tous ses gènes.
Le génome humain a été complètement séquencé. On connaît maintenant l’ensemble de la succession des bases qu’il contient. Publié de façon traditionnelle, il occuperait plus d’une centaine de volumes, mais on n’en connaît pas encore tout le sens, c’est à dire l’emplacement et le rôle de chaque gène.

La synthèse des protéines .

C’est l’ADN qui code la synthèse des protéines. Le code génétique est la correspondance entre chaque groupe de 3 des 4 bases et un acide aminé. Il existe donc 64 triplets possibles (4 x 4 x 4) mais seuls 20 acides aminés participent à la synthèse. Chacun peut donc correspondre à plusieurs combinaisons, car toutes sont utilisées, dont 3 qui commandent la fin de la synthèse (STOP).
L’ADN ne sort pas du noyau. Sur la séquence d’un gène momentanément dégagé vient se former une réplique d’ARN conforme à la complémentarité des bases. Dans l’ARN, la thymine est remplacée par l’uracile et le désoxyribose par du ribose. Après un mûrissement, élimination des introns et soudure des exons, l’ARN quitte le noyau et s’insère dans un ribosome, machine de traduction du code et d’assemblage des acides aminés, apportés chacun par un ARN de transfert spécifique.
Tout ce mécanisme est contrôlé par de nombreux agents, enzymes ou ARN, qui bloquent ou dégagent les différentes séquences d’ADN, coupent ou soudent les fragments d’ARN, lient les acides aminés et donnent finalement à la protéine linéaire formée la structure tridimentionnelle indispensable à ses propriétés enzymatiques. Ce mécanisme n’est pas rigide et déterministe : les différentes molécules intervenant se forment, se déplacent et agissent au hasard dans le milieu cellulaire, mais statistiquement l’ensemble fonctionne.
Un même gène peut coder plusieurs protéines, par coupure et réarrangement des brins d’ARN correspondants. Ainsi, les quelque 25 000 gènes humains peuvent permettre la synthèse d’une centaine de milliers de protéines.
Certains gènes ne doivent jamais s’exprimer, comme ceux de virus incorporés au génome, Ils peuvent être bloqués par un interféron ou un ARN. Des causes multiples modifient l’effet des gènes. Les lois de Mendel ne s’appliquent que quand un gène contrôle rigoureusement un caractère, mais le plus souvent ce caractère dépend d’une cascade de réactions commandées successivement par plusieurs gènes, et le résultat est plus ou moins aléatoire. Plus que du gène lui même, la dominance dépend de son environnement.
Chez les mammifères en particulier certains gènes s’expriment différemment selon qu’ils sont hérités du père ou de la mère, par l’effet de modifications mineures de l’ADN ou de la chromatine. Normalement, un seul des deux gènes d’une paire s’exprime. Chaque paire doit avoir un gène d’origine mâle et l’autre femelle, sans quoi l’organisme n’est pas viable.
Entre les gènes de deux humains, il existe des millions de petites différences qui consistent en changement d’un nucléotide, en délétion, manque d’un nucléotide, en insertion d’un nucléotide supplémentaire, ou en translocation, cassure et réarrangement, mais l’ADN est relativement très stable, et la plupart des erreurs de transcription sont réparées automatiquement. On estime le taux de mutation à 1 sur un milliard pour l’ADN, mais 1 sur 100 000 pour l’ARN et 1 sur 10 000 pour les protéines. Le stress favorise les mutations, ce qui permet par exemple aux bactéries de s’adapter aux antibiotiques.

Les outils de la génétique.

On utilise des enzymes spécifiques extraites des cellules pour couper ou souder des brins d’ADN ou d’ARN en des points précis. C’est ainsi qu’on peut introduire des gènes étrangers dans les plasmides de bactéries, qui sont de petits chromosomes circulaires, et leur faire exprimer ces gènes pour obtenir les protéines correspondantes comme l’insuline ou les gènes de croissance, ce qui évite de les prélever sur des organes qui risquent d’être contaminés.
On utilise aussi couramment la PCR (Polymerase chain reaction) qui permet, à partir de traces infimes d’ADN, d’en obtenir des quantités suffisantes pour les analyser. On commence par dédoubler l’hélice en la chauffant à 90°, et on fixe aux extrémités des amorces d’ARN afin d’ enclencher la synthèse de brins complémentaires grâce à une enzyme, la polymérase, extraite de bactéries de sources chaudes. On obtient ainsi une quantité double d’ADN. On répète l’opération 30 à 40 fois dans des dispositifs automatiques jusqu’à obtention d’une quantité suffisante d’ADN.
Les « puces à ADN » sont obtenues en fixant des milliers de brins d’ADN sur une surface de silicium de 1 centimètre carré. Au contact d’un échantillon à analyser, les brins complémentaires s’associent et se détectent par fluorescence, ce qui permet de déceler la présence de l’ADN correspondant.

Le rôle des différents constituants de la cellule.

L’ADN a un seul rôle : il renferme l’information nécessaire à la synthèse des protéines et de l’ARN. Grâce à sa structure en double hélice, il est beaucoup plus stable que l’ARN et permet la transmission des gènes de génération en génération avec un minimum d’erreurs, et la possibilité d’en corriger la plupart. Dans les chromosomes, les gènes sont le plus souvent bloqués et inaccessibles, sauf quand un signal de la cellule les expose et permet leur transcription.
Les protéines ont deux fonctions bien différentes : les unes sont les principaux constituants de la cellule, des organes, des muscles, des griffes, des ongles, des sabots et des cornes. Les autres, les enzymes, sont les catalyseurs de toutes les réactions nécessaires à la vie de la cellule.
A l’issue de leur synthèse, ce sont de longs filaments qui se structurent ensuite en une masse globulaire indispensable à leur fonctionnement et à leur spécificité. Cette structure a été établie d’abord par diffraction des rayons X , technique utilisée précédemment pour établir la structure des cristaux minéraux, car la longueur d’onde des rayons utilisés est du même ordre que la distance entre les atomes. C’est ainsi qu’en 1967 a été établie la structure détaillée de la ribonucléase, choisie pour sa stabilité, enzyme qui découpe l’ADN en fragments lors de la digestion .
Depuis, la technique s’est perfectionnée et automatisée et a permis de comprendre la relation entre structure et fonction : il existe dans chaque enzyme un centre actif où s’insère la molécule à transformes ; la molécule une fois modifiée, cassée ou soudée, est immédiatement libérée, et le cycle recommence au rythme d’un millier de fois par seconde. Chaque enzyme a une fonction très spécifique et une grande efficacité. Depuis 1980,on n’utilise plus seulement les rayons X, mais aussi la diffraction des protons , la RMN (résonance magnétique nucléaire) et la microscopie électronique.

Les rôles multiples de l’ARN.

L’ARN assure trois fonctions dans la synthèse des protéines : l’ARN messager transmet l’information des gènes de l’ADN, les ARN de transfert captent et apportent chacun un acide aminé aux ribosomes, et l’ARN ribosomal, constituant des ribosomes, participe à la soudure des acides aminés.
Parmi les autres fonctions de l’ARN, il y a le contrôle de l’expression des gènes, des modifications de la structure de l’ADN , la synthèse d’autres ARN, le fonctionnement de la cellule, le développement des organes. Les ARN peuvent s’associer à des protéines, à d’autres ARN. Certains, les ribozymes, ont aussi des propriétés catalytiques ; d’autres participent à l’épissage alternatif qui permet de synthétiser plusieurs protéines à partir d’un seul gène. D’autres encore interviennent aussi dans la maturation des ARN messagers.
Des ARN participent à la télomérase : les télomères sont les extrémités non codantes des gènes, mais qui interviennent dans leur réplication. Au cours des divisions successives, ils se raccourcissent et doivent être régénérés. D’autres servent de leurres imitant la cible normale d’une protéine.
Les ARN peuvent être codés par des exons mais aussi par des introns. Certains gènes codent des micro ARN qui régulent différents mécanismes. Le premier découvert en 1993 chez C. elegans, un petit ver, contrôle le passage entre deux stades larvaires. Il ne contient que 22 nucléotides et s’associe à un ARN messager dont les protéines bloquent l’évolution de la larve. Il est spécifique de l’espèce. Un autre, formé également de 22 nucléotides, contrôle le passage à l’état adulte ; il est présent chez tous les animaux à symétrie bilatérale.
En 2001, on a identifié une centaine de petits ARN de 21 à 25 nucléotides communs à l’homme, à la drosophile et à C. elegans, et plus de mille gènes codant des micro ARN. Ceux ci se forment par découpage d’ARN plus longs et s’associent à des protéines avant d’agir sur les ARN messagers cibles. Si l’association avec la cible est parfaite, ils en provoquent la dégradation ; si elle est imparfaite, ils la bloquent. La complémentarité est souvent plus efficace chez les végétaux et commande le développement des feuilles et des fleurs.
On a découvert chez de nombreuses bactéries un dégrippant moléculaire : la synthèse d’une protéine s’arrête quand le ribosome rencontre un signal STOP. Un blocage peut se produire si l’ARN est défectueux. Il existe un ARN capable de débloquer le mécanisme si le signal STOP manque ; Il libère à la fois la protéine et l’ARN messager. Dans le cas des eucaryotes qui, contrairement aux bactéries ont un noyau , ce dégrippant serait inutile, car l’ARN est contrôlé avant d’atteindre le ribosome.

La cellule, usine chimique autonome.

Toute la machinerie de la cellule vivante ne peut fonctionner que si elle dispose d’une source extérieure d’énergie et de matières premières. Quelle que soit la source d’énergie, elle est relayée dans la cellule par une molécule spécifique, l’ATP (Adénosine triphosphate) qui, rechargée dans les mitochondries, cède son énergie en passant successivement à l’état d’ADP (diphosphate) et d’AMP (monophosphate). L’énergie empruntée à l’extérieur la ramène au niveau ATP.
Les cellules autotrophes des végétaux utilisent comme source d’énergie la lumière et comme matières premières des substances minérales : eau, gaz carbonique, sels, à partir desquelles elles synthétisent la matière vivante. Les hétérotrophes, champignons, animaux et les bactéries aérobies, utilisent les végétaux comme source d’énergie et de matières premières. Ils font fonctionner le cycle de l’ATP en oxydant de la matière organique comme le glucose avec l’oxygène de l’air. Les bactéries anaérobies, qui vivent à l’abri de l’air, utilisent d’autres sources d’énergie : réduction du fer ferrique en fer ferreux, du soufre en hydrogène sulfuré. C’est l’énergie de l’ATP qui permet la synthèse de matière vivante dans la cellule.
La plupart des cellules ne mesurent que quelques micromètres, bien qu’il en existe de beaucoup plus grosses. Comment peuvent-elles contenir une foule de molécules ? Une petite molécule est mille fois plus petite qu’une petite cellule, un atome encore dix fois plus petit. Une très longue molécule, protéine ou ADN, peut, étirée, être aussi longue qu’une cellule, mais, repliée, n’occupe plus qu’une place insignifiante dans la cellule, et un virus n’est pas beaucoup plus encombrant.
La plus petite cellule est donc suffisamment vaste pour renfermer un très grand nombre de composants. Elle est protégée par une membrane étanche qui ne permet que des entrées et des sorties étroitement contrôlées. Toutes les interactions dans la cellule et avec l’extérieur sont commandées par des liaisons faibles et transitoires entre les différentes molécules qu’elle renferme. Le seul programme déterministe rigoureux qu’elle contient est celui de l’ADN qui code les protéines et l’ARN. Tout le reste fonctionne de façon aléatoire, ce qui lui permet de s’adapter à son environnement à la manière d’une population dont chaque individu dispose d’une marge de liberté.

Génome et évolution.

L’ADN, transmis de génération en génération, permet de reconstituer la filiation des espèces et des individus. La vie a une origine unique. Le premier ancêtre commun à toutes les espèces vivantes serait apparu il y a 3,5 à 4 milliards d’années. Il ressemblait vraisemblablement à une bactérie actuelle. Très tôt après, les bactéries se sont séparées en deux branches : les eubactéries et les archées, qui diffèrent en particulier par la composition de leurs membranes. Les eucaryotes unicellulaires apparus plus tard possèdent des caractères empruntés à ces deux sortes de bactéries ; mitochondries, plastes et noyaux résulteraient de leur fusion. Ce sont des eucaryotes ayant hérité de plastes de bactéries renfermant de la chlorophylle qui ont donné naissance aux algues puis aux végétaux terrestres, tandis que les autres sont à l’origine des champignons et des animaux. Les plurinucléaires sont apparus beaucoup plus tard, il y aurait environ 600 millions d’années.
L’homme moderne, apparu il y a 100 000 à 200 000 ans, possède 25 000 gènes dont certains hérités de ses plus lointains ancêtres, accumulés et transformés au cours de l’évolution. Certains sont communs à tous les animaux, et même aux végétaux et aux bactéries. Par exemple, la drosophile, qui possède 13 600 gènes en partage la moitié avec l’homme. Le petit ver C. elegans en renferme 18 424, ce qui montre que la complexité des organismes n’est pas proportionnelle au nombre de leurs gènes.
Chaque individu possède dans ses chromosomes des paires de gènes dont l’un provient du père, l’autre de la mère. Les mitochondries renferment également de l’ADN qui n’est transmis que par les mères parce qu’il provient du cytoplasme de l’ovule. Cet ADN est très précieux pour établir des filiations car, n’étant pas soumis au brassage des chromosomes, il se transmet intact, sauf mutation, et permet de reconstituer l’origine et les migrations des populations ; Le chromosome Y, transmis de père en fils comme le patronyme, apporte une information supplémentaire et généralement concordante. Les mutations qui apparaissent de temps en temps permettent de déceler et de dater approximativement les bifurcations qu’elles provoquent dans la transmission des gènes. Elles ont montré que l’homme moderne et l’homme de Neandertal, un temps contemporains, appartiennent à deux espèces différentes.
Pour des époques plus récentes, on a pu établir par exemple que le peuplement des iles du Pacifique s’est fait à partir de l’Asie. On a pu également résoudre des énigmes historiques : la fausse Anastasie n’était pas la fille du tsar Nicolas II, mais le jeune Louis XVII était bien le fils de Louis XVI et de Marie Antoinette.
Le brassage des chromosomes fait que leur transmission est beaucoup plus compliquée que celle des mitochondries ou du chromosome Y ; Dans une population isolée, les gènes hérités d’un petit nombre d’individus de la population d’origine se retrouvent dispersés dans toute la population actuelle, mais beaucoup d’autres ont disparu faute de descendance.

Reproduction et développement des individus.

Les bactéries se reproduisent par simple division, mais échangent à l’occasion leur matériel génétique. La sexualité est apparue avec les eucaryotes et a permis une grande diversification des espèces par brassage des gènes. Les végétaux anciens comme les algues et les fougères alternent la reproduction sexuée et une reproduction non sexuée par spores, l’une favorisant la diversité, l’autre assurant la dissémination des espèces.
Le développement d’un individu à partir d’une cellule unique, la différenciation des cellules et le plan de l’organisme sont commandés par des gènes spécialisés, les homéobox, qu’on trouve dans toutes les espèces animales. Malgré le caractère aléatoire des mécanismes impliqués, il aboutit normalement à un ordre et à la réalisation d’un plan d’ensemble indispensable à la survie.

Adaptation et thérapies.

Tout changement de l’environnement favorise les mutations et l’adaptation aux nouvelles conditions. Les espèces trop spécialisées peuvent difficilement évoluer et risquent de disparaître, tandis que la diversité d’une population permet de sélectionner les plus aptes. Deux exemples : le système immunitaire, qui s’adapte à des antigènes nouveaux soit spontanément soit par vaccination, et le système nerveux qui s’enrichit d’informations nouvelles et apprend à faire face à l’imprévu.
La connaissance du génome ouvre la voie à des thérapeutiques nouvelles. On connaît de nombreux gènes qui prédisposent à des maladies comme le cancer, et on connaît aussi de mieux en mieux la structure interne de virus tels celui du SIDA, ce qui permet de créer des médicaments spécifiques. La thérapie génique permettrait de transférer dans les cellules d’un organisme, au moyen d’un virus inoffensif, un gène sain en remplacement d’un gène défectueux. On n’a pas encore de résultats. On peut aussi créer des vaccins génétiques qui présentent au système immunitaire de l’organisme un site spécifique de l’agent infectieux et déclencher une réaction de défense avec la production d’anticorps. Aussi efficace que la vaccination avec des virus vivants, ils n’en ont pas les dangers, car ils sont constitués de plasmides bactériens dans lesquels on a introduit des gènes codant les protéines du virus, mais non ses gènes pathogènes. Les études actuelles portent sur le SIDA ; l’hépatite B, l’herpès, la grippe, le paludisme et le cancer ; on n’attend pas d’applications avant quelques années.

Le clonage.

Le clonage consiste à créer un individu portant le même génome qu’un donneur. Les jumeaux vrais peuvent être considérés comme des clones puisqu’ils ont le même génome; ils ne sont cependant pas identiques, car le génome ne suffit pas à déterminer toutes les caractéristiques d’un individu, et il subsiste une part d’aléatoire.
Pour réaliser un clone, il faut créer une cellule comportant tous les chromosomes d’un donneur et capable de se développer en un nouvel individu. La méthode consiste à énucléer un ovule et à y introduire un noyau du donneur. Le cytoplasme de l’ovule a la capacité de reprogrammer un noyau adulte et ainsi de donner un embryon éventuellement viable, mais qui n’est pas identique au donneur, car son ADN mitochondrial ne provient pas du donneur mais de l’ovule.
Un certain nombre d’espèces , des mammifères en particulier, ont été clonés depuis la célèbre brebis Dolly. On a cloné des bovins, des chiens, des chats, des chevaux, mais avec un rendement encore bien faible. Dans le cas des bovins, on parvient au stade de blastocyste avec un taux de 40%, comme pour la fécondation in vitro, mais ensuite la mortalité est importante, même après la naissance, et le rendement final ne dépasse pas 5%. A l’age d’un an, les survivants sont normaux et leurs télomères aussi ; il n’y a donc pas de vieillissement prématuré. A l’age adulte, les clones sont fertiles ainsi que leurs descendants.

Le clonage humain.

Le clonage reproductif qui n’a pas, et pour combien de temps encore, été réalisé, heurte certaines opinions religieuses et philosophiques. Même le clonage thérapeutique, qui vise seulement à obtenir des cellules souches pour traiter des déficiences et des maladies, rencontre des oppositions. Il rencontre aussi des difficultés techniques. Récemment, une équipe coréenne avait prétendu être sur le point d’y parvenir, mais il s’agissait d’une tricherie, et les obstacles subsistent. S’ils sont surmontés, d’autres difficultés risquent d’apparaître. Les cellules souches embryonnaires peuvent se diversifier à volonté pour donner des cellules de n’importe quel organe, mais, implantées dans un patient, elles risquent de provoquer des rejets ou des cancers. Obtenues à partir de cellules du receveur lui-même, elles ne provoqueraient pas de rejet, mais resteraient porteuses de ses gènes déficients.
Le clonage thérapeutique reste un espoir, mais il risque d’être pour longtemps encore une technique très lourde et coûteuse.

Références.

La Recherche ; janvier-mars 2005 .Dossier : Génome humain et médecine.

Février 2006. Dossier : L’avenir du clonage humain.

Pour la Science ; janvier 2006. Axel Kahn ; Clonage et médecine régénératrice.

Bernard Debré ; La revanche du serpent ou la fin de l’Homo sapiens.(Odile Jacob 2005).

Christian de Duve ; Singularités. (Odile Jacob 2005).

Annexes

 Enchaînement de l'ADN
Enchaînement de l’ADN

 

.......La double hélice
…….La double hélice
les acides aminés
les acides aminés
le code génétique
le code génétique

 

ORDRE DE GRANDEUR DES DIMENSIONS DE LA
CELLULE ET DE SES CONSTITUANTS

La cellule : quelques micromètres (millièmes de millimètre)

Un virus : 10 à 100 nanomètres (millièmes de micromètres)

Une molécule : quelques nanomètres

Un atome : un dixième de nanomètre
LES ETAPES DE LA VIE

-Le Big- Bang : 13,7 milliards d’années

-Formation de la Terre : 4,5 milliards d’années

-Apparition de la vie : 3,5 à4 milliards d’années :

-Dernier ancêtre commun universel

Eubactéries et archéobactéries

(reproduction par division)

Apparition de l’oxygène : 2,2 milliards d’années

Eucaryotes unicellulaires : 2 milliards d’années

(reproduction par spores et reproduction sexuée)

Algues , animaux et champignons

(les algues vertes donnent naissance aux plantes terrestres)

-Pluricellulaires : 600 millions d’années

-La vie sort de l’eau : 400 millions d’années

-Grands singes : 10 millions d’années

-Homo erectus : 1,5 million d’années

-Homo sapiens : 100 000 à 200 000 ans

43 pour les intimes… de Maria Mens-Casas Vela

43 pour les intimes…

Maria Mens-Casas Vela

A mes petits-enfants

Tout était calme dans la maison, le robinet gouttait comme toujours dans l’évier, et on devinait qu’il ne s’arrêterait de sitôt. « Cela commence à me courir sur le haricot » dit xccx4987543 (43 pour les intimes). Il aimait bien cette expression loufoque qu’il avait apprise dans les cours accélérés de la langue de ces humains qui s’appelaient eux-mêmes « français ». Il paraîtrait que l’expression venait du XIVe siècle de leur calendrier et que « le haricot » faisait référence à l’orteil, en langage familier.
Bien que la transmission de pensée fût le meilleur moyen de communication car on n’avait pas besoin de langues, pour lui la connaissance des rouages cérébraux des créatures d’autres planètes apportait un complément au travail de naturaliste, son travail. « Parachuté » d’un engin volant pour étudier secrètement les conséquences des transformations sur la flore de cette planète, il était venu préparer, au besoin, une vraie expédition qui éviterait les possibles catastrophes de certaines molécules inventées par ces imprudents pour accélérer la croissance des plantes. Ils n’étaient pas encore trop en avance, mais ils ne savaient pas où ils avaient mis les pieds. La consommation de ces végétaux – que d’autres avaient déjà trouvés – avaient eu à la longue des effets imprévisibles sur d’autres planètes, accélérant la combustion et la concentration des toxines dans les organes vitaux, provoquant des hécatombes.
On avait choisi pour lui cette contrée de la côte nord-ouest du pays parce qu’il avait un de ces laboratoires pas loin et il s’était « invité » à proximité dans cette petite maison habitée par une vieille dame gentille, mais fofolle et distraite, qui ne risquait pas de le découvrir pour la bonne raison qu’il était volontairement transparent et silencieux. Il l’avait étudiée à son insu et avait scruté ses pensées pendant qu’elle tricotait. Et ces pensées allaient surtout aux travaux que la maison nécessitait avec urgence. Le toit qui laissait passer de l’eau dans le grenier par temps de pluie, obligeant à mettre des vieilles bassines métalliques, bien réparties, sur le sol du grenier.
En cas de vent d’ouest, entre les rafales féroces par moments et le tintinnabulement de l’eau sur le métal, la maison prenait les allures d’un théâtre d’orchestre symphonique. Cela faisait rire 43 qui vivait dans un monde où les toits n’existent pas, remplacés par des forces magnétiques isolantes, indestructibles et protectrices, qui occultaient la lumière si nécessaire.
La vieille dame lui était sympathique : il voulait l’aider et respectait son intimité. Il n’avait pas besoin de sa chambre d’amis car il dormait en suspension dans le salon, près du plafond – en lévitation – pour éviter les surprises et les chocs. Ni besoin de couvertures parce que sa température intérieure s’accommodait aux circonstances extérieures. Pour ce qui était de la nourriture, on avait tout prévu : on lui avait préparé l’organisme à l’avance pour ralentir et combler ses besoins vitaux. La raison principale d’occuper la maison était de s’approcher des humains de cette planète et de connaître leurs réactions, dans leur milieu familier. Lui aussi était humain avec des sentiments, de l’humour et même des humeurs. Il avait la permission de se montrer en cas de besoin s’il rencontrait une confiance réciproque.
Louisette – ainsi répondait la dame au téléphone – avait deux amies de son âge et elle les invitait souvent à tricoter et à prendre un café. Toutes les trois papotaient et critiquaient un peu certaines personnes du village qui devenaient familières à 43 : le fils de la boulangère, par exemple, piquait dans la caisse de sa mère pour entretenir sa moto ; la vendeuse de l’épicerie, donnait en cachette des bonbons à la sœur de son copain et sa patronne la tenait à l’œil ; le boucher faisait les yeux doux aux femmes célibataires de moins de 40 ans mais il n’attirait personne avec sa voix de soprano…Bref, le village commençait à être familier à 43.
Les premiers temps, il avait visité à sa façon le laboratoire proche, observant d’une certaine hauteur pour apprécier l’avancée des travaux et il savait, par l’informatique, que plusieurs équipes travaillaient de concert pour la réussite de la recherche. Ils se réunissaient pour faire le point par vidéoconférence avec les chefs des autres équipes. Heureusement, ils cafouillaient encore pas mal. Il avait attendu d’être sollicité par son correspondant de transmission de pensée pour faire son compte-rendu et après cela il se sentit en vacances.
« Je vais aider Louisette, se dit-il. Je vais m’attaquer à ce maudit robinet qui me court sur le haricot. » Cela le fit sourire. Et comme Louisette était partie prendre le café avec ses copines, 43 put travailler tranquillement. Il aurait pu facilement démonter cela avec les doigts mais c’était moins amusant. Les outils primitifs étaient dans la cave, et une rondelle de caoutchouc et une pince – comme ils disaient – avaient été suffisantes. « Drôle d’engin, ce robinet » pensa-t-il. Il avait l’impression de se promener dans un musée de l’époque de Jules Verne, ce visionnaire qu’il avait découvert parmi les auteurs favoris des Français. « Après je m’attaquerai au toit, mais là il faut plus de temps. Si Jules Verne me voyait ! J’aimerais parler avec lui, nous aurions des choses à nous raconter ! »
Quand Louisette était rentrée, le robinet ne coulait plus, mais elle ne s’aperçut de rien. Comme elle avait trouvé naturel d’avoir encore du bois pour sa cheminée, coupé et bien rangé dans la remise du jardin. Ou les pommes du pommier sur les étagères bien au sec et séparées pour passer l’hiver. 43 aimait beaucoup jouer au génie protecteur, car Louisette, distraite comme d’habitude, ne s’alarmait pas. Elle se disait, cependant : « Tiens ! Je ne me souvenais pas de l’avoir fait. » Et elle était contente d’elle-même, ce qui amusait énormément 43, qui craignait d’aller trop loin. Mais Louisette était de ces personnes qui font une chose en pensant à une autre, surtout en ce qui concerne les tâches obligatoires et ingrates.
Les jours s’écoulaient entre les visites au laboratoire pour surveiller les avancées des recherches dangereuses des équipes et préparer, si besoin, un sabotage discret pour faire abandonner les découvertes. 43 n’était pas seul, car simultanément, tous les centres qui travaillaient à cette investigation, faisaient l’objet de surveillance. Mais si on se fiait aux algorithmes très poussés des visiteurs, cela ne saurait pas tarder et que faire s’ils persistaient ? Car cela faisait des années qu’ils avaient commencé et ils n’abandonneraient pas sans des sérieuses raisons, cependant, les plus tragiques on ne les découvrirait qu’à long terme. Alors, que faire ?
43 se promenait dans la campagne alentour à sa façon, c’est-à-dire invisible et plus ou moins en volant. C’est comme cela qu’il était monté sur les toits des voisins pour étudier la technique des constructeurs, qu’il trouvait ingénieuse, drôle et souvent artistique, quoique nécessitant un travail pénible avec leurs moyens primitifs, et possiblement dangereux. Car ces humains n’avaient pas encore la possibilité de se mettre en gravitation et une chute à ces hauteurs…. Ils avaient beaucoup à découvrir si, au moins, ils en avaient le temps avant d’ingérer la maudite molécule de croissance accélérée. Sur la planète de 43, l’éthique obligeait à ne pas intervenir dans l’évolution d’autres civilisations. Une subite vague de connaissances pouvait faire plus de mal que de bien, coupant les individus de leurs racines et leur faisant perdre totalement leurs repères. Il y arriveraient bien à leur rythme.
Quelques jours après, un incident bête arriva à Louisette : elle trébucha dans son potager et se tordit la cheville. 43 l’entendit se plaindre et en la voyant faire des efforts inutiles pour se mettre débout, il sut que le moment était venu de se présenter, de se dévoiler. Il accourut comme s’il venait de la route en demandant : « Êtes-vous tombée, madame ? Ne bougez pas, j’arrive pour vous aider ! » Louisette vit un jeune homme, grand et maigre comme un clou, habillé d’une combinaison blanche. qui se précipitait pour la secourir. A première vue, elle crut avoir affaire au neveu de son amie Hortensia, décédée l’année précédente.
– Vous êtes charmant, seriez-vous le neveu….?
– D’ Hortensia ? répliqua 43, sans répondre directement (Heureusement il lisait en Louisette comme dans un livre).
– Ah, il me semblait bien, vous êtes ici pour ventiler la maison. J’ai eu de la chance que vous soyez passé par là ! Je ne sais pas comment j’ai mis mon pied !
– Ne vous inquiétez pas. Je m’y connais en chevilles : je suis entraineur sportif d’un groupe de jeunes étourdis. Si vous avez une bande et un gel pour un massage, dans quelques jours tout sera fini.
Louisette fut conduite avec délicatesse jusqu’à son fauteuil et sa cheville, manipulée et massée, cessa de la faire souffrir. 43 s’intéressa à ce que la vieille dame avait encore à faire dans ses jardinet et potager et il proposa immédiatement de le faire à sa place.
– Vous êtes vraiment gentil, et je voudrais vous offrir un café, mais je ne crois pas que je pourrai le faire aujourd’hui !
– Merci, madame, mais je viens de sortir d’un intoxication alimentaire et je ne peux pas me permettre de manger ni boire quoi que ce soit pendant quelques jours, mon régime est très strict.
– Quel dommage ! Vous n’êtes déjà pas très épais. Mais vous avez bonne mine malgré tout.
43 faillit éclater de rire. Si la vieille dame voyait sa vraie mine…Il passait pour beau dans son monde, mais, dans celui-ci, sans son masque visuel extérieur, en trois dimensions, la dame aurait pu être victime d’une crise cardiaque. C’est simple, il ne ressemblait à personne ni a rien sur cette planète. Mais ce qui était réconfortant c’est que ses sentiments trouvaient un écho en ceux de Louisette et il l’aimait bien.
Les jours suivants, ils s’appelaient « Louisette » et « le petit », nom que la tante  Hortensia donnait toujours à ses neveux. Après la tonte de la pelouse – assez modeste – un nettoyage des mauvais herbes du potager et la cueillette très amusante de quelques légumes pour la soupe, 43 s’occupa du toit, en se cachant : un peu d’isolation, quelques ardoises à mettre en place, survolant le toit comme un papillon et quelques bassines en moins. Louisette rayonnait. Elle voulait présenter « le petit » à ses amies, mais il lui raconta une histoire qui se tenait : il préférait qu’elle garde le secret de sa venue pour éviter la jalousie des autres neveux qui ne voulaient pas qu’il garde la clef, de peur qu’il prenne des libertés. Mais enfin, quelles libertés ? elle n’avait rien ! Mais elle promit.
Et le moment de partir arriva. Les supérieurs de 43 avaient décidé que avant que les choses ne deviennent irrémédiables et les frais des recherche trop onéreux pour les abandonner volontairement sans preuves indubitables, il fallait tenter une action tout en gardant l’anonymat nécessaire. La solution était de passer en boucle, dans tous les ordinateurs de tous les laboratoires, les algorithmes introduisant des variables qu’ils avaient ignorées, seule façon de leur signaler l’erreur qui conduirait inexorablement à la catastrophe causée par la molécule. Les chercheurs se poseraient des questions, mais l’essentiel était qu’ils prennent conscience de l’erreur. Ils penseraient que l’un d’entre eux avait trouvé la faille et ne voulait pas se faire connaître, mais ce n’était pas plus mal.
43 dit à Louisette qu’il partirait le lendemain et pour la dernière fois le soir, il avait repris sa place pour dormir près du plafond. Au matin, il avait regardé, une fois de plus, la petite araignée, sa copine, qui tissait sa toile sur les bras de la lampe ancienne de son amie. Oui, son amie, charmante, sans malice et distraite. Et, d’ailleurs, que faisait-elle dans la cuisine aux aurores ? Un délicieux parfum vint chatouiller l’organe olfactif de 43.
Cela devint limpide quand 43 arrivant par la porte, comme il se doit, vit Louisette avec un paquet bien emballé : « Tiens, petit, c’est pour toi. Tu ne partiras pas sans mon far four, comme ceux que vous faisait ta tante. Tu dois aller mieux, maintenant. Salue tes parents de ma part et merci pour tout. Viens chez moi quand tu voudras ! »
43, ému, serra contre lui la petite dame, avec tendresse, et partit très vite. Il pensait à la tête de son chef quand il le verrait revenir avec son paquet au vaisseau spatial.
« Je ne lâcherai pas mon far four, quitte à devoir le passer par les rayons stérilisants ! » se dit-il.

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