Vieillir et alors ! par Mme Véronique Griner

Vieillir et alors !

griner abarahamPar Mme Véronique Griner-Abraham – psychiatre au CHRU de Brest.

Le vieillissement est inéluctable et rappelle la mort qui s’approche « Mourir, la belle affaire, disait Brel, mais vieillir… ».
Dans un temps où le « jeunisme » prévaut, parler de la vieillesse paraît décalé. Or la population française ( et européenne) vieillit :
La population de + de 60 ans :
-en 1950 16,2 % de la population
-en 2000 20,6%
-en 2030 30 %
-en 2060 33% , soit 1 personne sur 3
Cette évolution de la démographie ne peut s’ignorer…

Être vieux,
-selon l’OMS , c’est être âgé de plus de 60 ans
-dans les Institutions, c’est être âgé de + de 85 ans
-pour tout un chacun , c’est quand on devient grand parent, ou quand on reçoit la carte vermeil, ou au départ en retraite. ou…
-c’est quand on a dépassé l’espérance de vie en bonne santé ( en 2008 , 64,2ans pour les hommes)

1) Comment caractériser la vieillesse ?

La vieillesse est le temps des pertes non compensées globalement par des gains

a) les pertes organiques et fonctionnelles
Le corps se tasse , se ride, peut devenir douloureux et nécessiter des appareillages. Certains veulent contrer l’effet du temps par la chirurgie esthétique par exemple, qui parfois s’avère catastrophique.
Chacun vieillit différemment des autres : des personnages comme Mick Jagger(73 ans) ou Clint Eastwood (86ans) ou encore Sean Connery(86ans) semblent n’avoir rien perdu de  leur ardeur juvénile, voire se seraient bonifiés au fil des ans,… mais ce n’est pas le lot du commun des mortels.
Toutefois , et contrairement aux idées reçues, si l’on se réfère aux statistiques US, les désirs ne disparaissent pas avec l’âge : 53% de 65-75 ans déclarent avoir une activité sexuelle et 26 % au-delà des 75 ans . Alors la sagesse du désir ou le désir de sagesse ?

Tout être humain s’il avance en âge traverse à un moment ou à un autre une crise de sénescence qui peut être mal vécue ( pose de prothèse, incontinence qui mène à la honte et à l’isolement).
Ces trauma ramènent très souvent à des trauma vécus au cours de l’enfance, période pendant laquelle l’être est dépendant d’autrui ( impression rassurante et en même temps persécutante). La confiance en soi est l’élément fondamental pour affronter ce passage. Les croyances, la foi,… permettent d’atteindre une certaine sérénité;

Un corps « douloureux » entraîne souvent un repli sur soi ,une régression sur le plan physique,et sur le plan moral une mise à mal de son image narcissique.
La personne doit accepter les limitations imposées par son corps, accepter une certaine lenteur. Difficile dans une époque où la vitesse est partout à l’honneur…Il faut passer du « corps que l’on a » au « corps que l’on est » ..
Il faut également discriminer les sensations de douleur de celles du plaisir :
-par exemple si l’ouïe faiblit, le toucher peut par exemple se développer,
-la musique et le rythme sont des plaisirs que l’être humain conserve jusqu’à la fin (vive les chorales)

b) les pertes sur le plan social
Partir en retraite rime très souvent avec leçon d’humilité. Quid du savoir et du savoir-faire acquis tout au long de la carrière professionnelle?Pour bon nombre, fini le temps des hauts revenus, du statut social élevé, d’un tissu social développé, d’une vie rythmée. D’autant que certains ont toutes leurs relations dans le monde du travail.

Car dans notre société, le monde du travail est un lieu d’équilibre , d’échange et de transmission entre générations, sexes et hiérarchies, tout en étant un lieu où bon nombre revivent des conflits vécus dans l’enfance. Le travail reste globalement un facteur de bonne santé, où l’homme s’accomplit et a une place….

La retraite doit donc se caractériser :
-par une libération des contraintes
-par de nouvelles règles
-par un investissement dans de nouvelles activités ( ex association, cours,…)
-par se trouver de nouvelles envies ou d’anciennes non réalisées

c) les pertes sur le plan affectif
La génération de + de 60ans a vu une évolution rapide de la famille qui a vu surgir des problèmes nouveaux d’éthique : familles recomposées, PMA, etc
L’éducation des enfants n’est pas en reste : de l’obéissance qui était la règle majeure le dialogue avec les enfants ( tout doit être expliqué)devient l’élément central de l’éducation…sachant que 8 à 20% de la construction d’un enfant viennent de la famille
La retraite est également le moment où les époux sont appelés à vivre ensemble en permanence , ou pas…Le taux de divorce après la retraite a été multiplié par neuf en une décennie. La floraison des sites de rencontre ( type senior proximeety ou maxi senior) s’explique, par ce phénomène( et bien entendu par le veuvage).
La transmission familiale des affaires,( exploitation agricole, petit commerce,…) , la règle auparavant, devient l’exception.

2 ) Comment gérer ces pertes

a) le sentiment de l’estime de soi
-narcissisme infantile ( valeur perçue de soi dans sa petite enfance – 4 ans)
-sa propre expérience ( sa plus ou moins réussite dans la vie selon soi)
-la satisfaction d’objet par la plus ou moins grande valorisation de soi par son entourage
Ce narcissisme est l’élément qui permet d’affronter les difficultés de la vie .

b) comment réussir son vieillissement
-s’identifier à ses parents déjà décédés
-s’inscrire sans la chaîne des générations
-accepter d’avoir moins d’importance
-s’approcher du juste et cesser de viser le superbe
-s’occuper de soi ( appareillage adapté , en bon état)

3)le vieillissement pathologique

Ce type de vieillissement provient d’un ensemble de causes
– de  l’individu lui-même ( entourage, plaisirs, caractère, structure mentale)
– de l’état physique ( appareillé ou non par exemple)

4 pathologies
-la démence ( mort de l’esprit) : refuge pour certains
-la déprime
-le délire et/ou la confusion( 1 personnes sur 3 peut être sujet aux hallucinations)
-les addictions ( alcool, jeux,…)

a) la déprime / le suicide
Derrière l’anxiété, ou l’agressivité, ou le délire, ou l’hypercondrie, ou les tendances suicidaires peut se cacher une déprime qui n’est parfois pas diagnostiquée ou diagnostiquée trop tardivement.
Un traitement adapté soulage la personne car il faut savoir qu’une tentative de suicide pour un homme est couronnée de succès à quasiment 100%, moindre score pour la femme.
Ces suicides peuvent être provoqués :
-par la proximité avec la mort ( après 85 ans par ex)
-par l’échéance d’un anniversaire
-par la disparition d’un être cher
-par des stress anciens qui refont surface

Risque : que le suicide d’un aîné devienne un modèle identificatoire pour les autres membres de la famille.

Quelques signes de tendances suicidaires :
-les arrêts de traitement , les conduites à risque ( souvent déniées par l’entourage)
-l’anorexie
-les demande d’euthanasie
-des syndromes de glissement ( refus de s’alimenter…)

Certains suicides sont des suicides d’effroi ( annonce d’une maladie incurable par ex) , des suicides pour éviter de mourir ( par crainte de la mort paradoxalement).
Les pertes de mémoire sont monnaie courante ( et à tout âge) mais ce sont les troubles psycho-comportementaux qui posent problème : délire , agressivité,… l’individu dans son comportement devient méconnaissable

Ex : l’élégante qui vient à se négliger

-le délire est parfois salvateur mais il est souvent en relation avec une blessure narcissique antérieure
-l’hypocondrie que l’individu peut attribuer à un autre
-l’addiction à la drogue ou à l’alcool ( même en Institution)

b) Le rôle du psychiatre est de trouver un sens derrière ces comportements , de cerner la personnalité de la personne en se disant que le savoir affectif est plus important que le savoir intellectuel et de l’accompagner tant qu’il y a de la vie.

La prise en charge peut se faire sur 2 plans distincts :
-soigner l’enfant qui est en lui
-soigner de l’enfance ( ex :idéaux intransigeants)
C’est l’occasion de revenir également sur des évènements passés mal vécus qui peuvent en certains cas être relativisés

Même si l’aide aux enfants est supérieure à l’aide aux parents, cette dernière existe vraiment. La solidarité joue dans les 2 sens : les grands parents à près de 80% s’occupent de leurs petits enfants et le nombre de grands parents dépendants restant à leur domicile ne peut s’expliquer entre autres que par une solidarité familiale réelle , solidarité qui malheureusement peut se briser sur un décès ou un divorce.

c) les solutions
-rester à domicile
avec en moyenne 800 € de retraite, certains se retrouvent en situation difficile
Demander de l’aide aux enfants : mettre sa fierté sous ses pieds ?
-aller en Institution
1) coût entre 1500 € et 4400 € / mois
2)choisir une institution ( recherche d’un compromis)

.
Ainsi la vieillesse peut être comparée à une ruine :
-soit à une belle ruine
-soit à une ruine dévastée
La vieillesse questionne sur le sens de la vie, sur les sources de plaisir encore disponibles et sur le temps de vivre avant de n’être plus.
Vieillir , c’est envisager son inachèvement non comme une insuffisance mais comme une façon de vivre jusqu’au bout, c’est envisager non pas une vie rêvée mais une vie avec encore quelques rêves.

Biblio:

vieillissimo_

 

 

 

 

 

 

 

une psy à l'oues _

 

 

 

 

 

 

 

 

réf 2 CYJ feb16