Coup de gueule de Marcel Mescam

 bidule 1

 

 

 

Coup de gueule

par Marcel Mescam  (janvier 2016)
 

Ça n’est pas encore fini, tu ne trouves pas que ce manège a assez duré ! Il faudrait que cela cesse ! J’en ai marre de tous ces volatiles jamais rassasiés, et ceci par ta faute. Pourquoi ma famille doit-elle payer un si lourd tribut ? C’est tout de même un peu facile de s’en prendre à plus petit que soi. Qu’avons-nous fait pour mériter une telle destruction ? Il me semble pourtant que nous sommes utiles, grâce à nous tu récoltes de beaux légumes et des belles fleurs. Tu n’es pas reconnaissant, bien au contraire et, je t’accuse d’être de connivence avec ces maudits oiseaux. Vous êtes des assassins ! Et je pèse mes mots. Ne t’arrive t-il pas de nous couper en deux, trois, voire en quatre, sans état d’âme ? Si ce n’est pas de la tuerie ça, je n’y connais rien. Tu n’as même pas honte ! Il est vrai que pour toi c’est facile, armé de ta fourche – bêche tu brises, émiettes ces foutues mottes et pour finir tu nous trucides.
Tu crois encore au mythe qui veut que, même coupé en deux, nous nous reproduisions ? Tu es alors satisfait, car la terre aura un meilleur rendement. Mais ceci est faux. Sache que nous ne t’aiderons plus, à moins que tu ne crées un comité de défense des animaux vivant dans la terre. Je t’invite à prendre conscience de tout le mal que tu fais. Tu es plus redoutable que ces machines agricoles et que ces mouettes, goélands et autres oiseaux marins réunis, qui nous assaillent à chaque passage des socs de charrues, des herses, et autres engins de mort. Mais toi, à la différence de l’agriculteur perché sur son char d’assaut, qui nous toise, en écoutant sa radio, indifférent au drame qui se déroule derrière lui, tu nous coupes sciemment, et nous offres généreusement en pitance à la gent ailée que j’excuse car elle a, comme nous, de nombreux prédateurs, notamment la race humaine, qui inonde ses territoires de pesticides, et provoque ainsi la disparition de nombreuses espèces utiles dans la chaîne alimentaire.
Comment peux-tu accepter toutes ces armes de destruction massive sans te poser de question ? Réfléchis une seconde, tu ne crois pas, que toi aussi tu es menacé ? J’en suis sidéré, je n’ai ni bras, ni jambes, j’ai peut-être un petit cerveau, mais je fais fonctionner mes neurones. Je te propose de réfléchir quelque temps, j’aimerais tant redevenir ton ami et continuer de fertiliser le sol. Mais de grâce, ne nous martyrise plus, je t’en supplie ! Moi qui suis âgé et ai maintes fois échappé à tes atrocités, je ne voudrais pas finir ma vie sous le couperet. Je te fais donc confiance, et retourne dans le noir. Je te remercie de ton écoute, sois notre porte-parole, convaincs tes pairs de cesser leur folie. Épargnez-nous.

Abasourdi, je reprends mon outil et rentre à la maison. Pour moi, ce jour sur Terre, fut une rencontre inoubliable.

bidule 2