Morlaix et le déluge par J-C Guichen

Morlaix et le déluge

par J-C Guichen

Il n’avait pas plu pendant quarante jours et quarante nuits et Brassens avait depuis longtemps restitué le parapluie volé.
Morlaix fêtait noël. La jolie ville aux trois collines voyait brutalement ses rues et ses places transformées en réceptacle de bassin versant. La curiosité de l’eau est on le sait, sans limite. Visiter restaurants, librairies, magasins de chaussures, de vêtements, s’installer au volant d’une voiture font partie des tours pendables qu’elle aime jouer. Si, sans égard pour « l’endormie » un flot descendu tout schuss des sommets, la réveille brusquement et sans ménagement la sort de son lit. Pensez à sa mauvaise humeur : devoir s’engouffrer dans ce petit trou noir où elle ne peut plus passer les épaules, alors que mille guirlandes scintillent dans la cité. Pourquoi au moment ou j’embrasse ma petite sœur Jarlot, des êtres dit sensés ont eu cette idée folle de me mettre sous terre, de m’obliger à passer dans le chas d’une aiguille entre deux arches du colossal viaduc, être l’otage des parkings, être le doux asile des marins du Dimanche. Pourtant, sans me lasser, avec discrétion et sans brutalité je les envase…Qui entend mes discrets appels au secours ?
Alors lorsque nuées et marées viennent me redonner le courage de la révolte, je montre aux Morlaisiens que suis un fleuve qu’on ne prive pas de liberté.

Le Ministre de l’intérieur est venu constater les dégâts et nous assurer de la solidarité nationale …Voyez les assureurs.
Nous Jarlot et Queffleuth réunis nous vous conseillons en attendant de passer l‘éponge.

L’anachronique de Morlaix
Journal Apolitique et facétieux

viaduc pieds dans l'eau