Jardin de mer et biotechnologies bleues : mythes et réalité

Jardin de Mer et Biotechs bleues : Mythes et réalité

patrick cormierbac_Roscoffle 08 octobre à Langolvas

par Patrick Cormier (Centre Marin biologique-Roscoff)

Souvent ignorés par le grand public, des organismes marins, comme les oursins ou la limace de mer, sont à l’origine de découvertes scientifiques majeures en santé humaine. Plusieurs prix Nobel sont l’aboutissement d’une recherche fondamentale initiée sur des invertébrés marins. Comment est-il possible de transférer à l’Homme les résultats obtenus à partir d’organismes apparemment si éloignés de nous-mêmes et souvent considérés, à tort, comme moins évolués ? La connaissance complète de leur génome nous a permis de poser un regard nouveau sur ces organismes et a fait progresser notre intelligence de la biologie humaine.

A côté de ces connaissances fondamentales, la mer et l’océan sont souvent présentés comme des ressources biologiques importantes pour l’innovation et les biotechnologies de demain. Mythes ou réalités, ces termes sont souvent repris dans les grands média. Cette présentation a pour ambition de permettre au grand public station-biologique-roscoff-spectrometrie-de-masse-2255d’appréhender, avec des exemples simples, les approches scientifiques les plus modernes sur lesquelles s’appuient certains projets d’innovation. Evocation ensuite de la faisabilité, voir de la réalité, de certains projets à la lumière de nos connaissances actuelles.

 

L’oursin n’a-t-il plus de secrets pour les chercheurs ?

Sur les 23 300 gènes révélés par le séquençage*, seuls 9 000 d’entre eux, c’est-à-dire 30 %, ont été annotés* manuellement. Les 86 gènes annotés par l’équipe de la station biologique font partie de ceux-là ! Mais ce qui est sûr, c’est que nous sommes en train de changer d’ère et de passer à celle du « post- génome » .

L’oursin est un super outil pour les chercheurs, notamment parce qu’il produit des œufs en grand nombre, faciles à manipuler, mais aussi parce que c’est une espèce proche de l’Homme pour ce qui est des premières phases de développement de l’embryon. Or les résultats du séquençage confirment cette similitude : 70 % des gènes de l’oursin se retrouvent chez l’Homme ! Cela renforce l’idée selon laquelle l’évolution ne s’explique pas simplement par la l’apparition ou la disparition de gènes spécifiques. Tout le processus est orchestré par des régulations beaucoup plus fines que cela et le challenge, pour les biologistes, est maintenant de comprendre comment cette orchestration est effectuée dans le cadre de mécanismes cellulaires précis.

Comment ont débuté les travaux sur le génome de l’oursin ?
L’oursin est un modèle très utilisé dans les laboratoires et des équipes du monde entier travaillent dessus. Mais ce sont des Américains qui se sont lancés les premiers dans le séquençage de l’espèce Strongylocentrotus purpuratus. Cette opération en elle-même n’est pas compliquée, mais nécessite des fonds importants et un matériel sophistiqué. Elle est aujourd’hui totalement robotisée et informatisée. La phase suivante, l’annotation, est plus délicate. C’est à ce moment que les Américains ont sollicité d’autres laboratoires ; ils ont ouvert le projet à l’ensemble de la communauté des chercheurs travaillant sur les oursins, avec une volonté de transparence et de communication. Cette dynamique collective a d’ailleurs été relayée au niveau européen par le réseau d’excellence « Marine Genomics Europe ». Les gènes ont alors été répartis dans les différents laboratoires, en fonction de leur centre d’intérêt. À Roscoff, nous avons « hérité » principalement des gènes impliqués dans la régulation de la traduction*.

Le génome qui a été séquencé est celui de l’espèce Strongylocentrotus purpuratus , très courant sur les côtes américaines. Mais il est facile de transposer les données du génome de l’oursin américain à celui de l’oursin violet (Sphaerechinus granularis ), présent sur nos côtes et utilisé dans l’équipe Cycle cellulaire et développement.

Le fait de disposer du génome permet de mettre au point des outils moléculaires puissants. À Roscoff, nous travaillons par exemple sur la traduction : une grosse machinerie, qui implique au moins 120 partenaires différents. Avant, les biologistes pouvaient tâtonner plusieurs années avant de remonter jusqu’à la séquence codant pour une protéine. Aujourd’hui, le fait d’avoir accès à l’ensemble du génome rend cette recherche quasi instantanée.

La confirmation de la similitude avec le génome humain nous conforte par ailleurs dans la valorisation de nos recherches vers le domaine médical, en étudiant en effet les mécanismes de régulation de la traduction qui contrôlent les mécanismes de la division et de la mort cellulaire, pour voir s’ils sont impliqués dans certaines pathologies humaines. .

* Lexique

– Le séquençage consiste à identifier une à une les unités de base qui constituent l’ADN, support du patrimoine génétique.

– Le but de l’annotation est d’identifier les gènes, en essayant de leur attribuer une fonction.

– Chaque gène code pour une protéine. Ce passage s’effectue en plusieurs temps, dont deux grandes réactions : la transcription (passage de l’ADN à l’ARN) et la traduction (passage de l’ARN messager à la protéine).

La Station Biologique de Roscoff

En 1872, Henri de Lacaze Duthiers, professeur à la Sorbonne, fonde à Roscoff le «laboratoire de zoologie expérimentale». Ses objectifs : la recherche, l’enseignement et l’accueil.

 

REPORTAGE SEMINAIRE 2014
2014

Le choix de Roscoff s’explique par la grande biodiversité végétale et animale, l’accessibilité du site à marée basse avec des horaires de marées favorables, une luminosité permanente même l’hiver . Après la seconde guerre mondiale, le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) implante le Centre d’étude d’océanographie et de biologie marine. En 1985, la station biologique de Roscoff devient l’école interne n°37 de l’Université Pierre et Marie-Curie (UPMC), et acquiert le statut d’observatoire océanologique de l’Institut national des sciences de l’univers (INSU).
350 personnes environ travaillent aujourd’hui à la station, chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, doctorants et post-doctorants.

 

 

 

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les lectures d’Octobre d’Annette

1 – Le retour du chasseur de James Grenier

le retour du chasseurGilbert Malétran passe sa thèse en histoire sur un point précis concernant le Moyen âge. Son oncle, son mentor, le réprimande parce qu’il veut écrire un roman policier, même s ‘il se passe au Moyen Âge.Une fois passée sa thèse, il aura tous les droits.
Gilbert vit à son époque, la nôtre, et écrit son polar sur le Moyen Âge.
Aux deux époques, une Frédé, dévergondées toutes deux et pareillement irrésistibles:Frédérique, sa femme qui s’en va, qui revient, Frédégonde, du Moyen Âge, royale putain.
Epoque décadente du Moyen Âge.
Toute notre belle civilisation !!! engloutie sous la fête du IIIème millénaire qui dégénère. Gilbert le sage méprisé mais Gilbert l’assassin écouté.
Cette sorte de comparaison, pas trop sérieuse en fin de compte m’a séduite par son originalité, sa fantaisie, sans compter la maîtrise de l’auteur.

2 – Gisèle ou la vie rebâtie d’Anne Guillou-Gisèle Rousseau

cvt_Gisele_ ou la vie rebâtieCe n’est pas un roman, c’est un récit vécu. La vie de Gisèle qui sombre dans l’alcoolisme, qui s’en sortira après bien des déboires avec la médecine et sa façon mécaniste de considérer le malade psychologique. Elle s’en sortira grâce à 10 ans de psychanalyse. Mais elle sait combien elle doit se surveiller sans relâche.
Elle comprend bien qu’elle n’a pas été le centre du monde mais elle aussi a besoin de vivre comme tout le monde.
Seul le malade détient la clef de sa guérison, encore faut-il qu’il s’en accorde la possibilité et qu’on l’aide en l’écoutant.
La psychanalyse lui a permis d’apprendre « la distance » : ne pas se laisser envahir, réfléchir.
J’ai aimé ce récit accessible qui invite à comprendre au lieu de juger.

3 – La nuit de Walenhammes d’Alexis Jenni

En finissant ce livre, je pense à « 1984 » de George Orwell. Pas de vraie similitude mais…

Voilà la vie que nous menons et que nous allons mener. L’éphéméride de Larbi fait le point, il nous explique l’idéologie que sous-tend ce qui arrive.
Voilà le modernisme et ses nouvelle valeurs prônées par nos experts richement gratifiés.
Voilà ce que doit être, ce que va devenir le travail. Plus de place pour les opposants ou les embarrassants. Les Brabançons les liquident.
Charles, lui, écrit. Il ne sait fairla nuit de Walenhammer_e que cela.
Il arrive à Walenhammes pour écrire ce qui se passe dans cette ville du nord qui a perdu toutes ses usines.
Mais il rencontre Marie qui est maître-nageur, et qui n’aime que nager ; naît alors un amour simple, sûr , merveilleux sans aucune place au doute…
Des pages remarquables sur le travail, horribles sur l’école, délectables celles qui décrivent l’amour.
Elles éclairent ce livre angoissant d’autant qu’il est si proche de notre quotidien.

NI LE CIEL NI LA TERRE cinéma le 12 octobre à 14h30 à la Salamandre

 

NI LE CIEL NI LA TERRE

de Clément Cogitore (France – 2015 – 1h40)

NI LE CIEL NI LA TERREAvec Jérémy Renier…
Afghanistan 2014.
A l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan.
Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper.
Une nuit, des soldats se mettent à disparaître mystérieusement dans la vallée.

Dans ce beau film fantastique et mystique, Clément Cogitore parvient à nous questionner sur les limites du voir et du cinéma. Critikat
Lundi 12 octobre 14h30  à la SALAMANDRE