L’étape de J-C Guichen

L’Etape

J-C Guichen

Fausto Romanelli n’a pas très bien dormi. Sa course, il l’a revue comme un cauchemar pendant une bonne partie de la nuit, certes il a été décevant et pour un peu il aurait fini dans le « gruppetto. » Il avait puisé dans ses réserves pour suivre le peloton maillot jaune alors qu’il devait être aux ordres de Itrixu Mujica son leader, contrôler toutes les attaques et le ramener en cas de décrochage avec son coéquipier Stuart Leimer, comme lui grimpeur attitré de l’équipe Astyanax.
Stuart et Fausto partageaient la même chambre d’hôtel , avant de se coucher il lui avait amicalement tapé sur l’épaule et dit dans le français approximatif qu’ils utilisaient : « toi aujourd’hui, peut-être moi demain ». Fausto n’était pas consolé pour autant, il ruminait les commentaires de Bjorn Sorensen leur directeur sportif et ses mots cruels, voire pervers qu’il lui avait lancé au briefing du soir devant l’équipe réunie. : «  Tu es le seul et personne d’autre responsable de l’échec de cette étape alpestre qui aurait permis à Itrixu de venir titiller à tout juste 1 minute et une poignée de secondes le maillot jaune de Steve Jenkins, qui lui aussi calait dans le dernier col. »
Dans la grande salle du déjeuner, peu de monde, la grasse matinée n’était pas un luxe après la bataille des sommets. A la table réservée à l’équipe Astyanax, chauffeurs et mécaniciens buvaient tranquillement leur jus. Discrètement, en bout de table Fausto vint s’asseoir.
– Dis donc Faust qu’est ce que tu nous fais, viens donc avec nous. Dans un quart d’heure je prépare les bécanes, parlons un peu de ton choix de développements. Hier Søren les avait choisis et sa calculette avait eu la dent dure. Je vais te mettre une gamme de braquets pour attaquer toutes les difficultés ; tu sais je suis à mon 22eme tour et je connais mieux que quiconque tout ce qui se passe entre le mécano, la machina et le campionissimo. Capite Fausto ? Le patron pour vous remettre en selle, devrait se souvenir lorsqu’il était dans le peloton, c’était la belle époque où il pouvait se faire une santé et se pousser du col à l’insu de son plein gré.
Tu vas voir mon petit Fausto, aujourd’hui est un autre jour, tu vas me faire une belle étape et merde à Søren.