Le visage des GAD – témoignage d’Olivier Le Bras

LE VISAGE DES GAD

(ou la chronique d’un désastre industriel et social annoncé)

le bras cruzA l’occasion de la parution de son témoignage « LE VISAGE DES GAD», Olivier Le Bras s’est entretenu avec Anne Guillou de son expérience dans l’entreprise GAD (de son embauche à la liquidation de la société).

1 – l’entreprise GAD

-1956 création de l’entreprise GAD dans le bourg de Lampaul-Guimiliau
1987 Loîc Gad, le dernier fils du fondateur succède à son frère René à la direction de l’entreprise
2000 le site de Lampaul emploie 1200 salariés
-2001 Prestor, groupement finistérien de producteurs de porc entre au capital de Gad à hauteur de 33% en compagnie d’Unigrain
2008 Unigrain cède ses parts à la coopérative agricole CECAB (marque d’Aucy)
2011 la CECAB rachète les parts de Loïc Gad et devient majoritaire en détenant 66% du capital.
Pertes de l’entreprise : 14 millions d’€ (bénéfices de 9 millions en 2010)
2012 Gad SAS :
.St martin des Champs siège = 50 salariés
.Lampaul Guimiliau abattage et découpe de porcs, fabrication de produits élaborés et précuits / 859 salariés / site de 43 000 m2
.Josselin abattage et découpe de porcs, fabrication de produits élaborés crus 650 salariés
.Saint Nazaire fabrication de produits élaborés et de charcuterie 80 salariés
-2013 en février, la société est mise en redressement judiciaire et mise sous tutelle
le 11 octobre, validation du plan de continuation : le site de Lampaul est fermé .

gad

2 – les raisons des difficultés

Les outils bretons d’abattage de porc se retrouvent dans les années 2010 en sous capacité d’utilisation. L’entreprise s’engage dans une spirale de pertes et d’endettement(100 millions d’€).
De surcroît la CECAB, spécialisée dans la transformation des légumes a racheté, dans une stratégie de diversification, une activité très éloignée de son secteur d’origine (conserve/frais)et de sa culture d’entreprise.

3 – le parcours ouvrier d’Olivier Le Bras

– le salarié : Fils d’agriculteur, il renonce à reprendre l’exploitation familiale de St Thégonnec pour entrer en 1995 chez GAD (intérimaire puis CCD Gad, puis CDI) où il gravit tous les échelons de la production
le syndicaliste : de 95 à 97 apprentissage en étant délégué du personnel suppléant CFDT auprès d’André Terrier, puis délégué titulaire FO en 1997, puis délégué central en février 2013

4 – la condition d’ouvrier chez GAD

. répartition : 60% hommes, 40%femmes
. horaire: 5 heures – 13 heures
. salaire SMIC (avec 13 ème mois) en dehors de 30 ouvriers qualifiés
. origine sociale des salariés : en majorité enfants d’agriculteurs des communes avoisinantes
. recrutement : par relation (familiale pour beaucoup)
. pénibilité du travail /forte camaraderie entre salariés/  paternalisme de la direction
. grève : une seule en 19 ans

5 – « la descente aux enfers » et la casse sociale

A la mi-février 2013, dans le cadre de la mise en redressement judiciaire, Olivier Le Bras est désigné comme délégué syndical central. Il devient le porte-parole de l’ensemble des salariés du groupe .
La statégie adoptée :
. dans un premier temps, «sauver l’emploi à tout prix» en faisant valoir les atouts suivants :
a) un outil industriel classé le meilleur d’Europe
b) un important bassin de production porcine dans le Nord Finistère
fight gadc) un outil industriel en état de marche ( non paralysé par les grèves)
Pour les syndicalistes ouvriers, pas de doute : l’entreprise intéresserait des repreneurs. Mais aucun ne se présente….
Les élus sont, dès le départ, alertés mais se révèlent impuissants (idem pour les différents ministres contactés). Impuissants par exemple à regrouper les industriels bretons de l’abattage pour affronter la concurrence allemande .Les dirigeants de la CECAB quant à eux sont aux abonnés absents…
Seul recours : une large mobilisation et l’utilisation des media
Mais le 11 octobre, le plan de continuation est annoncé : le site de Lampaul ferme ; le site de Josselin est préservé
889 salariés restent sur le carreau et autant de familles…
. dans un 2ème temps : « la défense des intérêts des salariés »
a) obtenir des primes de licenciement extra-légales : un doublement est acté
b) la cellule de reclassement (entre les mains de sociétés privées)
le résultat du reclassement 1,5 an après fermeture est décevant : 140 salariés (les plus qualifiés) ont retrouvé un travail sur les 889 licenciés ( soit 15%)et les fins de droits s’annoncent (suite = RSA)
c) des appuis pour une remise à niveau en français pour les salariés étrangers (18),

un lourd bilan :
-5 suicides, 40 divorces, la rupture du lien social pour tous, Lampaul Guimiliau et ses environs sinistrés, une friche industrielle
-un outil industriel dépecé, bradé aux concurrents est-européens.(la CECAB a finalement liquidé l’ensemble de son secteur viandes)

Son combat pour la dignité des salariés qu’il a mené ,avec ses coups d’éclats médiatiques, mais le tout sans violence l’a profondément transformé, confie-t-il.
A 4O ans passés , Olivier Le Bras qui prévoit d’autres futurs « Gad » , si une harmonisation sociale ne voit pas le jour à l’échelle de l’Europe, prépare sa reconversion dans un autre secteur d’activité.

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« Le visage des GAD » – le combat d ‘un « métis breton »

par Olivier Le Bras en collaboration avec Anne Guillou
Paru aux éditions : Locus Solus 18€

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