Amour sacré et passions profanes par M Bernard RIO

Amour sacré et passions profanes

Le-cul-bénit-Bernard-Rio-Lectures-de-LilibaUne fée peignant sa blonde chevelure à la fontaine, une sainte Vierge offrant sa généreuse poitrine à l’enfant Jésus, une femme exhibant ses jolies fesses dans le chœur d’une chapelle… , un diable coquin dans une église, un acrobate exhibi­tionniste… La dame à la quenouille, saint Guernichon le petangueule, le souffle-à-cul .

L’accumulation de ces images dans les chapelles de Haute Bretagne et de Basse Bretagne est telle que elle ne peut pas être considérée comme anecdotique.( De la préhistoire, il reste quelques monuments mégalithiques qui célébraient déjà la fécondité : Coat Mandon, menhir de Plouarzel, Commana)

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Les documents écrits laissant entendre le sens exact qu’il convient de leur donner font défaut.

L’idée la plus communément avancée pour expliquer ces scènes érotiques, à savoir la dénonciation de la luxure pour édifier les fidèles ne convient pas davantage qu’une hypothétique volonté licencieuse du sculpteur. Ainsi l’homme au phallus  est-il visible de tous dans l’église Saint-Jean de Le Croisty (56) tandis que ce n’est pas le cas de la femme qui dévoile son sexe dans l’église Saint-Gilles à Malestroit (56), laquelle est sculptée sur une sablière de la travée nord… Pour édifier, il faut montrer or certaines scènes sont cachées ou placées hors du regard du visiteur. A contrario, pour prendre le contrepied de la morale cb2puritaine tout en évitant la censure, l’artiste doit dissimuler son œuvre or certaines scènes érotiques sont visibles de tous !

Un sanctuaire a été conçu par les bâtisseurs comme un lieu de rencontre entre la terre et le ciel, un lieu d’harmonie pour que l’homme intègre un plan divin.
Il n’y a pas à séparer le profane et le sacré. Il convient au contraire de requalifier le plaisir de la chair pour célébrer Dieu sur le modèle des temples hindous (Cf Daniélou).

cb4Sur une longue durée, il apparaît que l’homme cherche avec constance les moyens de s’unir à Dieu, que ce soit la Grande Déesse dont les attributs ornent les allées couvertes, les personnages de la sirène ou de la fée, ou encore la sainte Vierge, sainte Anne, sainte Brigitte ou les autres saintes dites à la quenouille.

Les bâtisseurs du Moyen Âge et les sculpteurs de la Renaissance ont légué un puzzle de scènes dont on ne peut comprendre le sens si on ne cherche pas à interpréter l’ensemble du décor, en déambulant dans le lieu de culte dans le sens de rotation solaire à partir de la porte sud
Le langage des bâtisseurs n’est ni désinvolte ni inintelligible. Isoler une scène érotique d’un ensemble que ce soit par voyeurisme ou par puritanisme, tel l’homme en érection à la croisée du transept de l’église Saint-Jean de Le Croisty (56) où la femme qui dévoile son sexe dans le porche de la chapelle Notre-Dame du Tertre à Chatelaudren (22),c’est tronquer et trahir un schéma symbolique cohérent.( Cf le décryptage du rite de Rimou (35) : les cônes)

 

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