19 Mai 2015 – « Temps glaciaires » de Fred Vargas

Fred    « Temps glaciaires » est un régal.

Oh, je ne sais pas si tout est crédible, l’organisation de la police, par exemple, mais quelle finesse dans l’observation des êtres, quelle finesse d’humour ! Les personnages sont attachants, même les plus inquiétants, pétris d’humanité avec toutes ses failles et l’auteur, on le sent bien, sait les observer avec bienveillance.
N’en déplaise à l’ami Yves citant Desproges, j’utilise plein de points d’exclamation, « ce genre de ponctuation facile dont le dessin « bital » et « monocouille » ne peut que heurter la pudeur ».
Voici le commissaire Adamsberg confronté à une affaire inextricable comme une grosse pelote d’algues enchevêtrées, qui part d’une lettre ramassée dans la rue et adressée à son destinataire par la bonne âme qui l’a ramassée et postée, mène à plusieurs morts suspectes, à une suspicion de cannibalisme en Islande, le tout entremêlé de séances de reconstitution de la Convention de 1794 avec personnages en costume dont un Robespierre plus vrai que nature….

Compliqué ? Oui, compliqué à souhait pour de vrais bons moments de lecture distrayante, sourire aux lèvres, frissons, réflexions sur l’héritage de nos ancêtres dans nos destinées personnelles. Quelle imagination, ce n’est pas si fréquent quand on nous ennuie ailleurs tant avec de fades personnages sortis de notre quotidien auxquels n’arrivent que des histoires de fesses. Drôle, poétique – extrait : « Continue, dit-il, continue et tais-toi./ – A quoi?/ – A frapper le sol. Continue. Je sais pourquoi cela m’énerve. Parce que cela fait monter un têtard. /- Quel têtard ?/ – Un début d’idée informe, Louis , se hâta d’expliquer Adamsberg, de peur de se perdre à nouveau dans la brume.Les idées sortent toujours de l’eau, d’où crois-tu qu’elles viennent? Mais elles s’en vont si l’on parle. Tais-toi. Continue.»
Aux côtés d’Adamsberg, le lecteur fidèle retrouve Violette, Danglard, Veyrenc, et croise de singuliers personnages, comme un sanglier prénommé Marc, ou un descendant de bourreau qui pleure encore à l’évocation de la femme qui l’a quitté lorsqu’elle a appris qu’il travaillait dans un abattoir: « ça va passer, ça va passer. Quand on appuie fort sur les yeux, ça fait rentrer les larmes au-dedans. J’ai supplié, j’ai dit tout ce qu’on peut, amis elle est partie. Son visage, quand elle me regardait, il était devenu dégoûté« .

Télérama a beaucoup apprécié, Eric Chevillard du Monde pas. A vous de prendre le risque d’un authentique plaisir.

Véronique Poirson

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.