liberté d’expression – le vivre ensemble – la laïcité : débat du 31 mars

Débat du 31 mars 2015 à l’I.U.T. de Morlaix

Notes prises par Ninon

entre Yves-Marie Lelay, prof de Philo er et Pierre Chamard-Bois, théologien.

Animateur :  Gérard Maillet, président de l’UTL du Pays de Morlaix.
4 thèmes : 1) Le blasphème ; 2) La liberté d’expression ; 3) La laïcité ; 4) Le vivre ensemble

Le 7 janvier 2015, « Notre 11 septembre » a dit Michel Onfray. 17 personnes exécutées sur des sites différents : des journalistes, des personnes de confession juive, une policière…
En réaction, le dimanche 11 janvier 2015, à la suite d’un appel lancé, des milliers de personnes ont défilé sous la bannière « Plus jamais ça ! »

En quoi cela va-t-il changé notre regard ? Notre attitude ?

Point de vue de Pierre Chamard-Bois

1) « Nom de Dieu ! » Cette réflexion menait directement, il fut un temps, au confessionnal ou à plus grave.
Le blasphème : parole qui outrage la religion, la divinité, élargi à la profanation d’objets, de lieux sacrés. La notion du blasphème n’a de sens que dans une croyance partagée, avec une référence commune. Dans les sociétés où religion et raison d’Etat se confondent, la notion de blasphème est plus large. Sans croyance, l’accusation n’a pas de sens.
Glissement du religieux au laïc, aujourd’hui on parle de blasphème à propos d’une atteinte au drapeau, d’un détour de sens de la Marseillaise. En France on est passible d’amende pour injure à ces symboles.
C’est très occidental. En Orient, cela n’existe pas. Cela parait de la bêtise d’accuser un des multiples dieux. Le blasphème est signe de repli, signe identitaire, marginal.
Le droit au respect des croyances est un des articles de la loi. Cela s’appelle « Injure à la religion ».
« Tu n’évoqueras pas à tort le nom de Dieu ». Dans le Judaïsme, la caricature fait sourire le croyant juif, exception faite du rapport au racisme et à l’antisémitisme.
Pour l’Islam il n’y a pas de mot pour dire le blasphème. On parle d’apostasie (renonciation publique à une religion, une doctrine, un parti). Terme gravissime qui dit le délit de diffamation de sa croyance.
Jésus Christ a été mis à mort pour blasphème. (Se proclamer Dieu et Homme)
Dans notre Occident chrétien, le catholicisme a été le plus souvent de toutes les autres religions, sujet à la caricature, aux blasphèmes, à l’injure.

2) Peut-on rire de tout ? « Oui, mais pas avec n’importe qui. » (l’humoriste Desproges)
La liberté individuelle, la liberté privée, la liberté publique à la planète entière, par Facebook, twitter, etc.
La liberté avec qui ? La France de la liberté d’expression a vécue. Elle n’est plus totale. Sont condamnables toutes les diffamations et injures. Les images prises dans des circonstances privées ne sont pas publiables. Les rumeurs, les fausses nouvelles, les attaques par rapport à certains groupes, certaines ethnies sont délits sujet à condamnation. Dans le cadre ci-dessus, les caricatures de Charlie sont passibles de condamnations. Avec une mise à distance la publication passe avec peu de problèmes. La loi sur la liberté d’expression est aujourd’hui plus cadrée.
Dans les pays anglo-saxons, la loi est plus libérale. On fait la distinction entre la caricature de la fonction et celle de la personne.

3) « Croire en Dieu, l’expression de sa foi doit rester du domaine personnel privé, intime » (Elisabeth Badinter).
Le principe de la séparation du religieux et de l’Etat. En France elle s’est installée dans un contexte difficile. « On traine une casserole ». Deux conditions : la laïcité sans adjectif et la laïcité avec, ouverte.
Tout ce qui concerne les humanistes et le religieux, doit être pratique intériorisée.
La laïcité ouverte, positive, renouvelée, réinventée sans cesse depuis 1905. L’Etat accepte des expressions publiques mais limitées à la transparence. Les Imams en France s’instituent sans être formés par des séminaires. Ils interviennent dans les mosquées et peuvent divulguer des discours et propos à tendance intégriste. Le port du voile intégral, le masque du visage, la personnalité effacée n’est pas acceptable.
En Angleterre il y a une laïcité di facto ; aux USA, se dire athée est rédhibitoire.

4) Le « vivre ensemble ». « Maintenant, construisons la fraternité ».
Une expression de fraternité d’origine évangélique. Pourquoi vivons-nous s’en nous entretuer ?
Droit et devoir : de nouvelles relations s’instaurent entre les hommes, le territoire, les nations. Suite à ces événements, différentes cultures sont amenées à coexister. Le « communautarisme »
Une charte de la fraternité a été signée par des maires de France. La société n’est pas fraternelle de façon naturelle. Un des premiers mots que l’enfant acquiert est « non ». « Nous sommes nativement menteur, violent, tueur… »
Derrière ce « natif » il y a l’homo sapiens qui a le désir d’un bien vivre ensemble. Quelque chose de fondamental le fait arrêter à temps dans ses actes de violence.

Point de vue de Yves-Marie Le Lay

1. Le « Blasphème » : il ne m’intéresse pas dans le sens de faire partie d’une communauté. La mienne est celle des « hommes ». Dieu est absent de ma vision du monde. Le sens de notre existence est à rechercher dans notre existence vivante et non de Dieu. Entre le chimpanzé et Dieu, je choisi le chimpanzé. Ils sont dans le monde et ont le regard spontané bienveillant. Allez là chercher le sens de mon existence, mais ne pas être naïf – rester attentif. mon élan est dirigé vers le bas au plus profond de moi-même. Dieu est une invention humaine.
La référence au sacré : il ne peut y avoir blasphème que par rapport au sacré – qui doit inspirer crainte, respect.

2. La liberté d’expression est totale. Les réserves faites sont intégrées, je ne peux pas être libre si je ne veux pas que l’on me fasse cela. L’insulte et la diffamation ne sont pas des propos d’une personne libre. Deux communautés différentes, un monde immanent et un monde transcendant. Chacun à ses valeurs de rire et de pleurer. Qu’est-ce que la liberté à partager ? Sans malveillance que l’on me laisse libre de lire Charlie !

3. La Laïcité.
Le concept de la laïcité est inventé par la Franc-maçonnerie. La reconnaissance des religions. Chacun est en droit de dire « je crois ». En France on ne pouvait être que « catho ». – un accroc au cours de l’HISTOIRE ? : L’Edit de Nantes.
Dans l’espace public, le voile intégral, la non-reconnaissance de la personnalité ne doit pas être tolérée.

4. Le « vivre ensemble ». Le spontanéisme bienveillant du chimpanzé c’est cela qui a éclaté le 11 janvier dernier. La loi est mise en forme de cet élan spontané. Sans loi, la cité est inutile. Eviter tous les termes en « isme » qui est un manque de respect et caricature la personne.
La devise française à reclasser dans l’ordre : 1) Fraternité, 2) égalité, 3)liberté.