Crimes et chocolat par Chantal Pommier

le 09 avril 2015 à Langolvas

Crimes et chocolat

Quoi de plus sensuel, de plus festif que de siroter un chocolat mousseux ou de déguster une bouchée pralinée ? Qui soupçonnerait alors que le « nectar des dieux » pourrait sceller un pacte avec la mort ?
A la fin du Moyen Age, le port d’armes était interdit aux femmes, aux ecclésiastiques et aux gens de rien qui avaient alors fréquemment recours au poison pour se débarrasser de manière définitive des importuns.Le chocolat empoisonné pouvait paraître une arme idéale

1 le chocolat et les européens

Hernan Cortès découvre le breuvage chocolaté en 1519. Il est le premier à en rapporter en 1528 , à ses maîtres d’Espagne  . Dès le 17 ème siècle, le chocolat devient une boisson très appréciée de l’aristocratie et du clergé espagnol. Son commerce s’étend alors aux autres colonies espagnoles comme les Pays Bas.
L’arrivée du chocolat en France a commencé avec l’exil des juifs d’Espagne et du Portugal qui fuyaient l’Inquisition et qui sont venus se réfugier en transportant le chocolat dans leurs valises . De nombreux marranes s’installent notamment à Bayonne après 1609 ; ils sont à l’origine de l’introduction du chocolat en France.

2 les crimes associés au chocolat

Les annales judiciaires toutefois ne regorgent pas de procès retentissants alliant crime et chocolat
Don Bernard de Salazar, évêque mexicain, en 1630, aurait été empoisonné  par un verre de chocolat suite à la menace d’excommunication de toutes celles qui se gavaient de la boisson lors des offices religieux.
Antoine-François Desrue, épicier parisien qui, au lieu de payer une dette auprès de Mme de Lamotte l’empoisonna avec du chocolat, fit de même avec le fils mais échoua avec le père.
En 1774, le pape Clément XIV aurait été empoisonné avec du chocolat selon la lettre d’un diplomate. Doute sur la tentative d’empoisonnement sur Frédéric II

Une dernière affaire en  2008 : celle de la bouchée Mon chéri posée, avec un petit mot doux, sur le pare-brise d’un maire d’une petite ville touristique autrichienne, qui la mange imprudemment. La liqueur était lestée de sept-cent milligrammes de strychnine ! Le maire s’en sort mais dans quel état ! L’empoisonneur dont le geste s’expliquait par un refus de permis de construire a quant à lui tout le restant de ses jours pour méditer sur les bienfaits du chocolat, et ceci derrière les barreaux…
D’autre part, les « crimes par chocolat » inspirèrent aussi écrivains et cinéastes (Sade, Agatha Christie, Chabrol….) qui les mirent en scène dans leurs œuvres.
Dans « Chocolat » publié en 1921, destiné avant tout à l’édification politique et morale, mêlant intrigue policière et morale ,Alexandre Tarassov-Rodionov est allé trop loin en dévoilant certains tabous : les rouages du système policier qui se mettait en place et la misère du peuple.
Cette description conduisit son auteur au peloton d’exécution en 1938 .
Le chocolat peut également détruire indirectement, insidieusement, faire mourir à petit feu les enfants dans les champs de cacaoyers ( conditions de travail ) ou éliminer ceux qui s’intéressent de trop près à la « filière cacao ».

Professeur de lettres, comédienne, Chantal Pommier a d’abord écrit pour le théâtre et ensuite étudié les similitudes entre George Sand et Colette.