Les Algues Marines

Les algues marines, des végétaux mal connus.

riobravoTexte de M RIO

Si chacun connaît et peut nommer des centaines, des milliers de plantes terrestres, ceux même qui vivent au bord de la mer sont généralement incapables de reconnaître plus d’une demi douzaine d’algues tout au plus et parfois pas une seule. ,gluante et peu appétissante.
La langue française ne dispose pour les désigner que d’un lexique très restreint emprunté au latin : fucus, laminaire…Le breton, beaucoup plus riche, car c’était la langue des goémoniers, ne possède lui-même qu’un vocabulaire très approximatif et disparate, et seul le latin des algologues est capable de rendre compte de la diversité de la végétation marine.
Il faut avoir la curiosité d’aller l’examiner sur place pour apprécier la variété de formes, de couleurs, et la beauté de cette flore méconnue. .

Que sont les algues?

Ce sont des végétaux marins, d’eau douce ou des lieux humides. Le milieu aqueux dans lequel ils vivent ne leur impose pas les mêmes contraintes que le milieu terrestre : ils baignent dans une eau qui leur apporte directement les sels minéraux et le gaz carbonique nécessaires à leur croissance et la lumière leur fournit l’énergie pour la synthèse chlorophyllienne. Ils n’ont donc besoin ni de racines pour puiser dans le sol les éléments indispensables, ni de vaisseaux pour les faire remonter jusqu’aux extrémités, ni de fleurs pour attirer des pollinisateurs : les courants suffisent pour disperser leurs gamètes.
Les algues marines sont les plus développées. A quelques exceptions près, les algues d’eau douce sont beaucoup plus discrètes. Chaque espèce exige des conditions de vie particulières. Il lui faut donc un support pour se fixer dans le lieu qui lui convient. C’est tantôt un rocher ou un caillou, tantôt une coquille ou une autre algue.
Le niveau joue un rôle de sélection très important : des plus hautes aux plus basses mers, on observe un étagement très net; certaines espèces ne sont atteintes qu’aux grandes marées, d’autres ne supportent pas d’être découvertes et se réfugient dans les cuvettes rocheuses, les flaques, les écoulements permanents ou en profondeur. Entre ces extrêmes, la plupart des espèces supportent ou même parfois exigent une émersion périodique au rythme des marées.
Les zones très agitées conviennent aux espèces robustes solidement fixées; les plus fragiles préfèrent les zones calmes, mais les courants, même modérés sont favorables ,car ils renouvellent le milieu nourricier.
L’éclairage varie avec le niveau, et de nombreuses espèces s’y adaptent en associant à la chlorophylle des pigments bruns ou rouges. profondes.
La salinité, constante en milieu marin, peut être très variable dans les niveaux élevés exposés à la pluie et aux ruissellements d’eau douce , ainsi qu’à la dessiccation en été. Ces zones abritent une flore particulière qui s’y est adaptée.
Les saisons provoquent des fluctuations importantes : le printemps est la période la plus favorable qui voit une explosion de la croissance et l’apparition de nombreuses espèces. L’été est plus mal supporté : la chaleur, l’ensoleillement ,font des ravages, détruisant les pigments, faisant disparaître beaucoup d’espèces, mais quelques unes au contraire ne se trouvent qu’à cette époque. Dès l’automne et pendant l’hiver, la croissance reprend discrètement, tandis que les tempêtes arrachent des masses considérables d’algues qui viennent s’échouer sur les plages.
La flore des mers chaudes est très différente de celle des eaux tempérées ou froides, bien qu’il existe de nombreuses espèces cosmopolites. Souvent plus petites, plus disséminées, les algues de ces eaux sont moins attrayantes par leur aspect, mais leur originalité, leur exotisme, peuvent être pour nous un motif d’intérêt.

Les différentes sortes d’algues.

Si l’usage est d’appeler algues les plantes sans fleurs qui vivent dans l’eau, cette appellation recouvre en réalité des catégories de végétaux très différentes qui n’ont entre elles aucune parenté. Toutes sont issues d’organismes unicellulaires, mais dans des conditions et à des époques bien distinctes qu’on sait maintenant préciser à partir de données concrètes.
Les plus anciennes, les algues bleues (cyanophycées ou bactériophycées) remontent aux origines de la vie (3,7 milliards d’années) .Leurs cellules ne possèdent pas de noyau : ce sont des procaryotes, et elles ne se reproduisent pas par voie sexuée. Elles sont toujours très petites. Toutes les autres sont des eucaryotes : leurs cellules possèdent un noyau et elles peuvent se reproduire par voie sexuée.
Viennent d’abord les algues rouges (rhodophycées) ,il y a 1,7 milliards d’années. A côté de la chlorophylle, elles renferment des pigments rouges qui favorisent l’action de la lumière. Dans nos régions, ce sont elles qui comportent le plus grand nombre d’espèces, et elles sont abondantes au niveau des basses mers.
Les algues vertes (chlorophycées ou ulvophycées) seraient apparues il y a 1,3 milliards d’années. Leur coloration est due essentiellement à la chlorophylle, et elles occupent surtout les niveaux élevés. Elles seules ont donné naissance aux plantes terrestres, et on a pu dire qu’une ulve par exemple est plus proche d’un chêne que d’une algue rouge malgré la différence d’aspect évidente.
Les algues brunes (phéophycées ou fucophycées) , un peu plus récentes (1,1 milliard d’années) renferment des pigments bruns. Elles se situent principalement dans les niveaux moyens comme les fucus et en profondeur comme les laminaires. Si leurs espèces sont moins nombreuses que celles des algues rouges, elles représentent une masse beaucoup plus importante.

Algue verte /  Algue brune  / Algue rouge
algue verteUlva gigantea

 

 

 

 

 

 

 

 

algue bruneSargassum muticum

 

 

 

 

 

 

 

 

 

algue rougePhycodrys rubens

 

 

 

 

 

 

 

 

Les formes des algues.

Les plus simples sont constituées de filaments plus ou moins ramifiés. On trouve aussi des lames formées d’une ou plusieurs couches de cellules : les ulves en comportent deux couches; et des tubes plus ou moins aplatis comme les entéromorphes. Les algues plus robustes sont formées de plusieurs couches de cellules et souvent de filaments soudés ou enchevêtrés. En coupe, on distingue une couche superficielle, le cortex, formé de cellules colorées, et à l’intérieur une zone médullaire constituée de cellules incolores.
Les formes sont extrêmement variées selon les espèces et sont le moyen le plus immédiat, quoique souvent insuffisant, pour les identifier. Quelques espèces, le plus souvent des rouges, sont imprégnées de calcaire et constituent soit des croûtes adhérant aux rochers, aux coquilles ou à d’autres algues, soit des formes développées comme les corallines.

La reproduction des algues.

Ses modalités sont extrêmement variables selon les espèces. La reproduction non sexuée peut se faire par développement d’un nouvel individu à partir d’un fragment quelconque ou d’un ramule appelé propagule qui se détache de la plante mère. C’est l’équivalent d’un bouturage.
Elle se fait de façon beaucoup plus générale avec des cellules spécialisées, les spores, portées par des individus appelés sporophytes. Dans la majorité des cas, la reproduction sexuée alterne avec la reproduction par spores: les spores en germant donnent des individus mâles ou femelles, les gamétophytes, et la génération sexuée redonne après fécondation des sporophytes.
Le plus souvent, gamétophytes et sporophytes ont le même aspect, mais il existe de nombreuses exceptions. l arrive que l’une des formes soit de très petite dimensions ou de structure différente; c’est en particulier le cas des laminaires dont la forme sexuée est microscopique, ainsi que la femelle de Palmaria.
Les cellules reproductrices se forment de bien des façons : elles peuvent résulter de la division d’une cellule banale, cas des algues vertes, à la formation d’organes spécialisés comme les conceptacles des fucus, les cystocarpes ,organes femelles de nombreuses algues rouges, les anthéridies, organes mâles, es stichidies, renfermant les spores. Ceux-ci peuvent aussi être groupés en simples amas, es sores.
Certaines espèces sont hermaphrodites, et il arrive même exceptionnellement qu’un seul individu porte à la fois des gamètes et des spores.

 

polysiphonia 3Polysiphonia stricta

 

 

 

 

 

 

 

 

Les utilisations des algues.

Les algues renferment essentiellement deux sortes de composés susceptibles d’utilisation : des sels minéraux et des substances gélifiantes, ainsi que des protéines utilisables dans l’alimentation animale et humaine.
Les algues ont la propriété de concentrer les sels contenus dans l’eau de mer, en particulier les nitrates, les phosphates, les iodures, ainsi que le potassium, le calcium et le magnésium, d’où leur emploi comme engrais. Les cendres d’algues , utilisées autrefois, ont été abandonnées au profit de matières premières plus avantageuses.
La consommation humaine, traditionnelle en Extrême-Orient, est actuellement à la mode chez nous, mais reste très marginale. Le principal débouché est celui des gélifiants, polymères glucidiques acides. Les alginates, extraits des laminaires, ont essentiellement des applications techniques et industrielles : papeterie, textile, cosmétiques, etc. Ce sont des polymères acides dérivés du mannose, sucre voisin du glucose.
Les agars et les carraghénanes sont utilisés dans les préparations alimentaires. Ce sont des polymères sulfatés du galactose, autre sucre. Les agars, sulfatés à 5%,sont extraits des espèces Gelidium et Gracilaria. Ils sont utilisés en boulangerie, confiserie, dans les viandes en gelée. Les carraghénanes, plus sulfatés (20 à 25%) sont extraits des Chondrus (le pioka breton) ,Gigartina et Eucheuma. Se combinant avec les protéines du lait pour donner des gels onctueux, ils sont utilisés dans les crèmes, les glaces, les flans, la pâtisserie, et aussi en charcuterie et dans les plats préparés.

Comment conserver les algues?

Après la récolte, les algues se dégradent très rapidement, mais on peut les conserver très longtemps à l’obscurité dans de l’eau de mer formolée à 2% seulement.
Le plus souvent, on les collectionne à l’état sec fixées sur papier ou sur bristol où elles adhèrent plus ou moins au cours du séchage. Il est recommandé de leur éviter une trop longue exposition à la lumière qui détruit progressivement leurs pigments.