Les cœlacanthes

sciences.la-recherche-du-mysterieux-coelacanthe-par-100-m-de-fond« L’évolution, la biologie et le comportement des cœlacanthes »

par Gaël Clément , Professeur en Paléontologie au Muséum national d’Histoire Naturelle

 

 

Les cœlacanthes ne furent longtemps connus que comme un groupe de spécimens fossiles largement représentés dans les alluvions du Dévonien au Crétacé, avec une apparente extinction à la fin de l’ère secondaire. La découverte des premiers fossiles fut l’œuvre de l’ichtyologue Louis Agassiz, en 1832. Dès 1829, il projeta de publier ses conclusions dans « Recherches sur les poissons fossiles » (paru en cinq volumes entre 1833 et 1843), où les cœlacanthérés sont mentionnés pour la 1ère fois.
Les premiers cœlacanthes connus datent de –410 millions d’années, Ils évoluaient dans de nombreux milieux aquatiques très différents (marin, d’eau douce, euryhalin, et lacustre). C’est au Trias que les paléontologues ont répertorié la plus grande diversité d’espèces.Ils se développèrent jusqu’à atteindre des longueurs de 3 mètres au Crétacé avant de décliner vers la fin de cette période (70 à 60 Ma)

coelacanthe3Surprise en 1938 : l’ornithologue sud-africaine Marjorie Courtenay-Latimer annonçe la découverte d’un cœlacanthe vivant. Le 22 décembre 1938, elle avait reçu un appel téléphonique lui indiquant qu’un pêcheur actif dans l’estuaire   de la Chalumna River venait de remonter dans ses filets un poisson de type inconnu. Elle fit naturaliser l’animal et contacta l’ichthyologue James L. Brierley-Smith (1897-1968) qui y vit un cœlacanthe. L’espèce est depuis baptisée Latimeria chalumnæ en l’honneur de Marjorie Courtenay-Latimer et des eaux dans lesquelles elle a été retrouvée. Il faudra attendre 1952 pour qu’un nouveau spécimen soit découvert.
Le cœlacanthe actuel,présente de nombreux traits remarquables sur le plan anatomique :
1 nageoires charnues
Ces appendices sont un caractère propre aux poissons sarcoptérygiens, dont sont issus les tétra
podes (lignée des vertébrés terrestres). Très similaires à celles de Latimeria, les nageoires charnues de la lignée des tétrapodomorphes – les sarcoptérygiens, à l’origine des tétrapodes – étaient les organes à l’origine de nos membres.
La nageoire pectorale de Latimeria contient une série d’os gainée par des muscles, au bout de laquelle s’étirent les rayons soutenant les nageoires, qui sont caractéristiques des sarcoptérygiens. La nageoire pectorale (ou pelvienne) est articulée au reste du corps via un os unique, qui est l’homologue de l’humérus (ou du fémur).
2 joint intercrânien
Cette articulation est une particularité présente chez tous les poissons sarcoptérygiens fossiles, mais que les dipneustes (des poissons à poumons) et les tétrapodes ont perdue.
Elle articule les parties antérieure et postérieure du crâne lorsque l’animal ouvre la gueule. La biomécanique de cette articulation et son éventuel rôle dans la prise alimentaire restent mal connus.
photo coelacanthe 23 organe rostral
Cet organe se trouve dans une cavité située dans le museau. Latimeria serait doté du même genre d’électroperception que les squales.
4 poumon vestigial
Le poumon consiste en un court diverticule issu de l’œsophage, entouré d’un manchon graisseux s’étirant dans la cavité abdominale. Non alvéolé, ce poumon n’est pas fonctionnel chez Latimeria
Toutefois, de nombreux cœlacanthes fossiles, en particulier les formes datant du Mésozoïque ( de 252 à 66millions d’années), sont dotés d’un sac ossifié, allongé et fortement vascularisé. L’étude de cette structure chez un cœlacanthe du Crétacé, indique qu’il s’agissait d’un poumon fonctionnel.
5 encéphale
Le cerveau occupe environ un pour cent du volume de la cavité endocrânienne chez l’adulte, le reste étant rempli d’un tissu graisseux dans lequel s’étirent les nerfs crâniens et les vaisseaux sanguins.
6 ovoviviparité
Le cœlacanthe est ovovivipare, c’est-à-dire que les œufs se développent et éclosent à l’intérieur de la femelle. Les embryons ont une morphologie très semblable à celle des adultes et se développent grâce un sac rempli de réserves nutritives (sac vitellin). Les femelles peuvent porter jusqu’à 26 embryons dont la taille atteint parfois 30 centimètres.

L’un des traits anatomiques remarquable de Latimeria chalumnae est sa curieuse nageoire caudale secondaire.

Depuis 1952, on a capturé près de 200 spécimens. Malgré la protection dont il fait l’objet, sa pêche intensive le mène à l’extinction. Sa population n’excède pas 300 à 600 individus dans l’Océan Indien. Cette espèce est répertoriée comme « en danger extrême ».
Le coelacanthe actuel mesure 1,50 m de long en moyenne pour environ 65 kg. Cependant, il peut atteindre 1,80 m et peser 95 kg.
Latimeria chalumnae nage entre 100 et 400 mètres de profondeur dans les eaux côtières près de l’archipel des Comores.
C’est un poisson qui chasse plutôt à l’affût et se précipite sur toutes les proies qui passent à sa portée. Son régime est carnivore et il se nourrit notamment de poissons.
photo coelacanthe 1Des photographies du cœlacanthe prisent en 2010 par le biologiste et plongeur Laurent Ballesta vont entrainer l’expédition scientifique nommée « Projet Gombessa »,dans les grottes du Jesser Canyon par – 120m , au large de l’Afrique du Sud .avec pour objectif d’étudier notamment les membres articulés du « dinosaure marin ». Pour ce faire, les chercheurs ont mis au point un nouveau système de caméra qui décompose ses mouvements , permettant d’analyser ses nageoires en trois dimensions.

Le but est de savoir si la nage du cœlacanthe peut nous renseigner sur les toutes premières tentatives de marche terrestre. L’objectif de l’équipe dirigée par Laurent Ballesta est multiple :

–  enregistrer le son pour comprendre la communication des cœlacanthes,
– établir un volet génétique de son ADN en prenant des échantillons de son mucus,
– placer une balise sur l’un des individus pour suivre son déplacement, et tout cela en quatre semaines.

 

Pour comprendre son environnement,au cours d’une dernière expédition, les plongeurs ont réussi à équiper un cœlacanthe de 1m30 d’une balise capable d’enregistrer la température mais aussi la pression ambiante, qui permet de retracer les déplacements de l’animal marin et comprendre son milieu naturel. Les informations collectés ont été récupérées par satellite à la remontée de la balise à la surface, 9 mois après sa fixation sur l’animal .

Les précieux renseignements ont permis de constater les résultats suivants : le coelacanthe vit dans des eaux dont la température se situe entre 18 et 22°C, il peut descendre à plus de 380 mètres de profondeur et sort toutes les nuits de sa grotte afin de chasser,
La modélisation de ses mouvements en 3D, du fait de sa nage très complexe, demande elle, encore un certain nombre de temps avant d’avoir des résultats visuels exploitables.