Un bilan sur l’Atelier Science de l’UTL

LA CULTURE SCIENTIFIQUE

riobravoA L’UNIVERSITE DU TEMPS LIBRE DE MORLAIX

par André Rio – Président d’honneur de l’UTL
Ingénieur ENSIC
Docteur es Sciences Physiques
Septembre 2002

Introduction

En 1982, je suis depuis peu en préretraite et j’ai rejoint ma ville natale après le long exil que m’a imposé ma profession. J’adhère à l’Université du Troisième Age qui devient ensuite Université du Temps Libre (UTL) et qui vient d’être créée, avec l’intention d’y trouver de nouvelles activités. J’inaugure bientôt une série d’exposés scientifiques et forme un groupe qui va se passionner pour la connaissance des algues marines.
En 1983, je tombe dans un traquenard : soumis à une forte pression, je dois accepter la présidence de l’UTA. L’aspect administratif me répugne, mais je trouve de l’aide, et j’y vois l’occasion de créer d’autres groupes de travail dont un groupe d’initiation à la culture scientifique que je prends en charge.
J’ai constaté que si les thèmes littéraires et historiques ont la faveur des participants, les sujets scientifiques les laissent plus réticents. Pour beaucoup, les sciences expérimentales sont considérées comme rebutantes et d’accès difficile. L’enseignement secondaire, trop scolaire, trop abstrait, est une bonne préparation pour de futurs scientifiques, mais ne laisse aux autres que des souvenirs mal assimilés.
Aux membres de l’UTA, il faut apporter autre chose : des idées plus générales, des explications qualitatives, peu ou pas de formules qui rebutent, moyennant quoi on peut attirer l’intérêt et exciter la curiosité.
Le manque de culture scientifique a une conséquence désastreuse : la croyance au paranormal, aux pseudosciences, aux guérisseurs. Les exposés que je fais de temps en temps à l’ensemble des adhérents, et qui constituent la matière du présent recueil, essaient de combattre quelques préjugés tenaces, mais ne permettent pas de dialogues prolongés. Un groupe plus restreint de 10 à 20 personnes plus motivées qui se réunit fréquemment permet des échanges d’idées et des discussions souvent animées prenant souvent pour thème des ouvrages de vulgarisation de bon niveau, parmi lesquels :
Le Hasard et la nécessité (J. Monod).
Patience dans l’Azur (H. Reeves).
L’Aventure du Vivant (J. de Rosnay).
Introduction à une Histoire Naturelle (C.Allègre).
Le cantique des Quantiques (S. Ortoli ; J.P. Pharabod).
Penser la science (B.d’Espagnat).
Une brève Histoire du temps (S.Hawking).
Matière à Pensée (J.P. Changeux ; A.Connes).
L’Homme neuronal (J.P.Changeux) ;
EN 1993, je laisse la présidence de l’UTL, tout en continuant à assurer les activités scientifiques. Le groupe fonctionne maintenant depuis une vingtaine d’années. L’assistance s’est en partie renouvelée, mais un noyau de fidèles est toujours présent depuis l’origine. Souvent, les sujets présentés à l’ensemble des adhérents ont fait d’abord l’objet de nombreuses séances plus approfondies avec le groupe restreint.
Toute cette activité n’a touché qu’un nombre limité de personnes qui paraît dérisoire devant l’immensité de l’ignorance et du refus de la culture scientifique. Il existe heureusement des ouvrages de large diffusion comme :
Devenez sorcier, devenez savant De G. Charpak et H.Broch, qui démystifie bien des croyances puériles, mais qui fait aussi un bilan consternant de leur implantation dans un public qui se prétend cultivé.

Culture et Sciences

Peut-on se dire cultivé si on ignore délibérément les sciences? La culture ne concerne-t-elle que les arts, les lettres ou le folklore?
Cependant la science moderne nous apporte des connaissances authentiques sur le monde et sur nous-mêmes. Incomplètes sans doute, mais autrement valables et efficaces que les idées reçues, les dogmes et le verbiage de modes de pensée périmés.
Trop souvent, on s’en détourne avec indifférence ou dédain, en la considérant comme le domaine réservé des spécialistes, inaccessible et sans intérêt pour les autres.
L’enseignement secondaire, dont c’est le rôle de donner à tous une formation générale, semble mal remplir ce rôle : valable pour préparer de futurs scientifiques, il ne donne aux autres qu’une image trop souvent rebutante des disciplines scientifiques, et laisse une lacune que viennent combler charlatanisme, astrologie, médecines ”naturelles” et publicités trompeuses.
Quoique trop souvent mal connue, la physique, très mathématisée et abstraite, n’en est pas moins une science expérimentale concrète qui possède un grand prestige.
La biologie, plus proche du sens commun et beaucoup plus descriptive, est devenue très touffue, mais nous concerne de très près en tant qu’êtres vivants.
Entre les deux, la chimie qui touche à l’une et à l’autre, semble aujourd’hui la plus mal comprise et la plus mal aimée, bien que très concrète et n’exigeant le plus souvent dans sa pratique que des mathématiques très élémentaires comme la règle de trois.

A l’Université du Temps Libre de Morlaix un groupe d’initiation à la culture scientifique qui fonctionne depuis une douzaine d’années s’est proposé de réaliser une introduction à la compréhension de la chimie destinée à ceux qui n’en ayant que peu ou pas de connaissances, et que le caractère trop scolaire ou trop technique des manuels ou de l’enseignement ont découragés, souhaitent y être initiés. Volontairement très simplifié, faisant appel autant que possible à des faits familiers, mais s’efforçant de dégager les idées fondamentales, ce travail aura atteint son but s’il donne l’envie d’en savoir plus.
Il se propose aussi d’apporter de la chimie une image plus juste, débarrassée des préjugés et des idées fausses et de montrer comment elle intervient partout dans les activités de la vie courante, dans la structure et le fonctionnement des plantes, des animaux, et jusque dans notre cerveau.

Le groupe de culture scientifique.
Ne pas être totalement ignorant des extraordinaires découvertes réalisées en quelques décennies en astronomie, dans les sciences de la vie, le fonctionnement du cerveau et la connaissance de nos lointains ancêtres, qui ont bouleversé nos idées sur le monde, la vie et la conscience, tel est le programme du groupe. Fonctionnant depuis plus de 25 ans, à raison de deux séances par mois, il continue à passionner de nombreux participants, fidèles ou occasionnels, dont la plupart n’avaient pas de formation scientifique. Des textes résumant les sujets traités sont disponibles.

Le groupe des algues marines.
Récolter, identifier, dessiner ou photographier les algues marines qui, contrairement aux plantes terrestres, conservent leur aspect et leurs couleurs après séchage, c’est le moyen de constituer de magnifiques collections de ces végétaux mal connus dont des centaines d’espèces sont présentes sur nos côtes. De nombreux amateurs se sont succédés dans le groupe, créé lui aussi il y a plus de 25 ans. Un Guide illustré des Algues de Bretagne issu des activités du groupe, outil de travail des participants, a été édité en 2001 et reste disponible.