Simone de Beauvoir

Le 27 novembre à Langolvas :

Simone de Beauvoir (1908 – 1986) ou l’expérience de la liberté

Par Olivier Macaux , conférencier littéraire.

Simone de Beauvoir« On ne naît pas femme, on le devient »,

 

« Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres. »

 

 

 

1- Sa biographie

de beauvoir sisterFigure marquante du paysage intellectuel de 1945 à 1970, Simone de Beauvoir est une philosophe, une romancière et essayiste française . Elle a partagé la vie de Sartre. Simone de Beauvoir est considérée comme une théoricienne importante du féminisme avec son livre majeur «Le deuxième sexe ».
Issue d’une famille bourgeoise, Simone de Beauvoir se distingue dès son plus jeune âge par ses capacités intellectuelles. Après la 1ère guerre mondiale, une banqueroute plonge sa famille dans le déshonneur et la déconfiture. Son père, éphémère avocat espérait vivre de l’argent de son épouse. Celle-ci se sentira coupable toute sa vie de la fortune engloutie. Simone souffre de cette situation et voit se dégrader les relations entre ses parents. Son enfance est marquée par le fait d’être une femme : son père attendait un fils,qui ne pouvait être que polytechnicien…( cf : Mémoires d’une fille rangée)
MEME YOUNG WODotée d’  « un cerveau d’homme » selon son père, à quinze ans, elle décide de devenir une écrivain célèbre.
A la fac. de lettres de Paris, où elle a obtenu une licence ès lettres en 1928, elle fait la connaissance de jeunes intellectuels en herbe , dont Sartre. Une relation mythique se noue entre eux que seule la mort viendra rompre. Elle sera son « amour nécessaire », tous deux connaîtront des « amours contingentes ». En 1929, elle est reçue deuxième à l’Agrégation, derrière Sartre.
La mort de « Zaza » , sa meilleure amie depuis l’enfance, dévorée par une passion amoureuse mal partagée, la plonge dans une souffrance extrême. De plus, Simone, élevée par une mère pieuse, a perdu la foi dès ses 14 ans , ce qui dégrade les relations avec sa mère.
Après l’agreg. Simone, ou plutôt Castor surnom donné par Maheu et repris par Sartre, est nommée à Marseille comme professeur de philosophie (« Les Castors vont en bande et ils ont l’esprit constructeur »). Sartre est nommé au Havre en 1931. Pour éviter la séparation, Sartre lui propose le mariage : rejet. Dans la Force de l’âge, elle écrit : «  je dois dire que pas un instant je ne fus tentée de donner suite à sa suggestion. Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales… » . L’année suivante, elle se rapproche de Sartre en décrochant un poste à Rouen. Bisexuelle, elle entretient des relations amoureuses avec certaines de ses élèves ainsi qu’avec un élève de Sartre…

Peu avant la 2nde Guerre Mondiale, le couple est muté à Paris. Elle enseigne dans un lycée , d’où elle est exclue pour une liaison avec l’une desartre ses élèves. Suspendue de l ‘Education Nationale suite à une plainte pour « excitation de mineure à la débauche », elle met un terme définitif à sa carrière d’enseignante, bien que réintégrée dans l’E.N. À la libération. Pendant l’Occupation,elle travaille à Radio Vichy, tout en lançant avec Sartre un mouvement de résistance éphémère et inefficace.

A la Libération , avec une pléiade d’intellectuels de 1er plan ( Sartre, Leiris, Merleau-Ponty, Aron ,Paulhan …), pour promouvoir l’existentialisme, elle crée la revue Les Temps Modernes. Elle poursuit parallèlement son oeuvre littéraire personnelle en plaidant pour l’existentialisme, mais aussi en parlant de son engagement pour le communisme et de son athéisme. Le succès de ses oeuvres lui donne une indépendance financière qui lui permet de se consacrer entièrement à son métier d’écrivain et de voyager à Cuba en Russie et aux USA où elle engage une relation passionnée avec l’écrivain Nelson Algren.

les mandarins_En 1954, le Prix Goncourt lui est attribué pour « les Mandarins » qui évoque les états d’âme des intellectuels de gauche de l’après Guerre, le désenchantement du monde et le désarroi de l’époque ,qui analyse le sens de l’engagement politique et où transparaît les difficultés d’aimer de l’auteur. Algren met un terme à sa relation avec Simone, celle-ci ne voulant pas
rompre avec Sartre.

En 1958, elle entame sa biographie , description de son milieu bourgeois d’origine rempli de préjugés et de traditions avilissantes de ses efforts pour en sortir malgré sa condition de femme.

En 1964, dans Une mort très douce, elle décrit la mort de sa mère en évoquant dans de poignantes lignes l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie.
Aux cotés de G. Halimi et de E. Badinter, elle s’engage dans le combat pour le droit à l’avortement. Elle rédige de manifeste des 343 , publié en 1971 .Elle cofonde le Mouvement Choisir dont l’objectif est d’aboutir à la légalisation de l’avortement (IVG).

En 1980, à la mort de Sartre, elle sort « La cérémonie des Adieux » décrivant les dernières années de son compagnon avec des détails qui choqueront plus d’un.

2- Son engagement

a) le corpus doctrinal
L’existentialisme met l’accent sur l’existence, opposée à l’essence qui est illusoire ; « l ‘Existence précède l’Essence » a écrit Sartre qui, prêtant à la conscience une glorieuse indépendance, accordait tout son poids à la réalité , lui qui avait beaucoup emprunté à la phénoménologie de Husserl. Cette phénoménologie, par un retour au concret, entendait « dépasser l’opposition de l’idéalisme et du réalisme,affirmer à la fois la souveraineté de la conscience, et la présence au monde, tel qu’il se donne à vous »(cf La force de l’âge).
Pour Sartre, il n’y a pas de nature humaine préexistante : l’homme est l’avenir de l’homme, l’homme est ce qu’il fait.
L’homme est donc responsable : il est « condamné à être libre », et ce non dans l’abstrait mais en situation. L’homme a prise sur le réel par l’action. Nos actes seuls nous jugent , et ils sont irréversibles ; « mauvaise foi » que d’invoquer de bonnes intentions ou l’idée que l’on se fait de soi.
L’existentialisme tend vers l’action. Pourtant, l’angoisse étreint l’homme au moment de l’engagement : sur quoi fonder son choix ? Cette philosophie rejette les valeurs consacrées, le bien et le mal considérés comme des absolus.( cf : les mouches)
La valeur de référence sera donc « projet », appel ; la liberté se prendra « elle-même comme valeur en tant que source de toute valeur ».
Une doctrine qui affirme le primat absolu de l’action n’a-t-elle pas ceci de redoutable que de presser l’homme à s’engager sans lui dire en quoi, pourquoi ?

b) l’engagement par la littérature les 3 essais philosophiques

b1 – les 2 premiers essais
Avocate de l’existentialisme, elle développe des thèmes existentialistes dans des essais philosophiques tels que Pyrrhus et Cinéas en 1944 suivi de Pour une morale de l’ambiguïté en 1947.

b2 – le deuxième sexe : « on ne nait pas femme, on le devient »
le deuxieme sexe_Se distinguant de Sartre pour qui l’existence est injustifiable, Simone de Beauvoir justifie l’existence humaine à travers un combat moral  : ce sera son combat pour l’émancipation de la femme. En 1949, elle consacre une volumineuse étude sur la condition de la femme : le deuxième sexe. L’ « éternel féminin » n’existe pas , pas plus que de « nature humaine ». Les traits distinctifs de la psychologie féminine ont été façonnés par un long asservissement ( infantilisation et dévouement) et ne sont pas dus à des différences originelles et immuables,( les différences physiologiques ne sont pas contestées)
Le système de domination de l’homme sur la femme est analysé :
•    tout au long l’histoire et ce depuis l’Antiquité.
•    à travers les mythes que l’homme a forgé;
•    dans des situations concrètes.
Exemples de mythes :
Adam et Eve : l’inégalité est criante dès le départ : Et Dieu créa le premier homme, Adam, puis … créa Eve, sortie du flanc d’Adam. De surcroît Eve , en mangeant le fruit défendu, chasse le genre humain du jardin de Dieu…
Ce récit attribue à la femme un rôle second , « catastrophique » , porteur d’un sentiment d’infériorité et de culpabilité.
La genèse 3 : 6 = IL dit à la femme: J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.
Elle remet en cause le mariage , la maternité, la figure de la mère, elle revendique le droit pour les femmes de vivre dans l’angoisse et le risque de la liberté, le respect de la liberté individuelle dans le couple .
L’émancipation de la femme viendra :
•    du droit au travail pour la femme
•    le droit pour la femme de disposer de son corps
•    d’une éducation sans discrimination
Ce livre est diversement accueilli lors de sa parution ( mis à l’index par le Vatican) mais aura une forte influence sur  les futurs mouvements féministes, inexistants au sortir de la guerre.
Le grand Mauriac commet cette phrase d’une élégance rare dans une lettre aux Temps Modernes : « à présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne »

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d) Son combat féministe dans les années 1970
( voir supra)
Elle a par ailleurs fortement influencé les théoriciennes féministes comme Kate Millet qui publiera une thèse Sexual Politics (La Politique du mâle) analysant le pouvoir patriarcal à travers la littérature occidentale .
Son combat pour l’émancipation de la femme autour du concept de liberté aura pesé et pèse encore sur l’évolution de notre société ( législation IVG ….).