CHAGALL

–  le peintre CHAGALL

par Béatrice Riou, guide conférencière, le 06 novembre 2014

CHAG1( selon les notes de Ninon)

 

 

 

 

1ère période 1887-1948

Marc Chagall, nait en 1887 à Vitebsk dans une famille juive de culture Yiddish. Ainé de neufs enfants. Sa mère tient une épicerie, son père travaille dans un dépôt de harengs et est aussi employé à la synagogue. Eduqué dans la paix et la tendresse, cette tendresse se reflètera dans son oeuvre. Les vacances à la campagne chez son grand-père marqueront aussi son imaginaire.

Son œuvre, pleine de références au pays de son enfance, la Biélorussie juive, semble souvent échapper aux guerres qui l’entourent. Il sait faire passer ses sentiments au travers de couleurs très vives et pleines de légèreté. Il montre parfois un esprit bohème et souvent CHAG2détaché de la réalité. Avec sa compagne Bella, il exprime un amour omniprésent et pose un regard bienveillant sur le monde. Son œuvre est tour à tour théâtre juif, message biblique, rêves, images.

« Mon cirque se joue dans le ciel, il se joue dans nuages parmi les chaises,

il se joue dans la fenêtre où se reflète la lumière »

L’artiste semble se poser en observateur du monde, un monde richement coloré comme vu à travers des vitraux. Le « Chromatisme onirique » : il renverse les impressions chromatiques habituelles et emploie la palette pour structurer l’espace de la toile davantage que pour traduire la réalité.

Sa mère soutient sa vocation et dès 1906 Chagall fréquente l’école d’Arts créée par un ami de son père, Iouri Pen. Date de cette période « La femme à la corbeille ».

CHAG3Il se rend à Saint-Pétersbourg. Pour obtenir un permis,il travaille chez un peintre d’enseignes. Sa créativité personnelle ne convient pas aux conventions du genre d’où un début difficile. Il quittera cette école académique pour une école libérale avec pour professeur, Léon Batkst. Il rencontre Bella, une jeune fille qu’il épousera.

En 1910, Vinaver, un mécène lui offrira un voyage à Paris via Berlin ; il y restera 4 ans. Il va habiter la « Ruche » à Montparnasse où il est témoin de mouvements picturaux : le fauvisme qui lui inspirera une couleur pure, gaie, claire et le cubisme dont il tirera une certaine déconstruction de l’objet. Il s’intéresse à la naissance du surréalisme. Néanmoins, il n’adhèrera à aucune école, à aucun mouvement. Parallèlement il suit les cours du Musée du Louvre où il étudie les grands peintres.

Les œuvres de cette période présentées :

CHAG4« La sœur Anna » ; « Le mariage Juif » : dans la lignée des impressionnistes ces œuvres laissent paraitre une nostalgie, une peinture reconstruite autour d’une influence philosophique et hassidique, une réflexion spirituelle, une exaltation. « Le boucher », gouache qui participe aussi à ses souvenirs (son grand-père). Il parait perdu dans une méditation intérieure. L’étoile jaune accrochée au mur positionne sa culture vécue en Russie. « Les Musiciens » (1911) – flûte et violon : pas d’éléments de décors, entre réalité et imaginaire, fragilité et division de la vie… « Le Musicien » (1912-1913) : construction de triangles imbriqués les uns les autres ; un moment évocateur. Derrière sa main le vide de l’esprit. « Le nu au peigne » (1911-1912) dans la mouvance du début du 20ème siècle. La forme s’inspire des avant-gardes – déconstruction du corps. Entre Picasso et Matisse.

Dans cette effervescence, il expose en 1914 au Salon des Indépendants, puis à Berlin dans la galerie Der-Sturm. C’est un succès.

Retour à Vitebsk – 1914-1922

CHAG5Chagall rentre en Russie pour une courte visite, croit-il, mais la guerre mondiale et la Révolution russe lui empêchent tout retour immédiat. Pendant cette période – (8 ans) – il peindra surtout la vie de la communauté juive persécutée par l’Etat-Major Russe ; il renoue avec sa culture hassidique.

Œuvres remarquables. :

« Pharmacie à Vitebsk » : couleurs douces, acidulées, transparence.

« Le magasin de l’oncle Liozno » ; « Le salon de coiffure », « Mon père », « David à la mandoline » : réflexion, ambiguïté.

« Vieux à Vitebsk » : travail sur l’art juif.

« Le brancard » : œil vide. « La guerre » : à l’encre de chine. « L’horloge » : décalage entre le gigantisme de l’horloge et son environnement. « Le Miroir » : une lampe reflétée. « Le Juif rouge » : superposition, une figure du père s’inscrit comme écrasée.

CHAG7Des représentations de sa femme Bella : « Les amoureux en vert » : réunis dans un cœur. « Les amoureux en rose » : théâtralité plus accentuée. « Bella » (1915) : facture proche de ses contemporains Vuillard et Bonnard. « Bella » (1917) : paysage ouvert, la fenêtre, le rideau. « Le bain de l’enfant » (1916) : scène intimiste, travail sur l’espace.

Après la Révolution il devient « Commissaire aux Beaux-Arts » et responsable de la vie artistique de Vitebsk. Il prend la direction de l’école dont son premier maître – Iouri Pen – avait créé une ébauche « L’Ecole artistique de Vitebsk ». Malevitch, leader radical de la jeunesse artistique vient y participer puis prend le relais de Chagall. Il rebaptise l’école « Académie Suprématiste ». Chagall, démissionné, repart pour Moscou où il créé des décors pour le Théâtre d’art juif.

En 1922 il se rend à Berlin puis rentre à Paris. Ses œuvres sont connues jusqu’aux USA où des expos sont organisées.

En 1923, l’éditeur Ambroise Vollard lui commande des gouaches et eaux fortes pour l’illustration des œuvres de La Fontaine, Nicolas Gogol, La Bible… Il voyage beaucoup avec sa femme Bella.

Œuvres présentées : « La prisée » (1923-24) : témoignage de fidélité au ghetto – sa mémoire reste familiale. « Le violoniste » (1927) « La promenade » (1917) ; « Gravure russe du 19ème » : toute l’iconographie russe, tout l’humour russe encré dans l’imaginaire joyeux qu’il porte, venu de sa culture hassidique.

« On trouve l’éternité dans chaque instant, dans chaque personne, Dieu est présent ».

CHAG8En 1931, plusieurs de ses tableaux sont brûlés à Berlin.

En 1937 il prend la nationalité française pour fuir l’antisémitisme sévissant en Europe Centrale. A la fin du printemps de 1941 il est arrêté et ne doit son salut qu’au journaliste américain, Fry. Celui-ci lui permettra de rejoindre les U.S.A.. Sa femme Bella meurt en 1944. Cet événement marque le choix des sujets de cette époque douloureuse.

Après la guerre les œuvres de Chagall sont à nouveau exposées en Europe. Il retraverse l’Atlantique en 1948 et s’installe à Vence, en France.

Une seconde période dans son œuvre commence…

Biographie : « Ma Vie » aux Editions Stock 1928 – traduite par Bella Chagall.