Simone de Beauvoir

Le 27 novembre à Langolvas :

Simone de Beauvoir (1908 – 1986) ou l’expérience de la liberté

Par Olivier Macaux , conférencier littéraire.

Simone de Beauvoir« On ne naît pas femme, on le devient »,

 

« Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres. »

 

 

 

 

1- Sa biographie

de beauvoir sisterFigure marquante du paysage intellectuel de 1945 à 1970, Simone de Beauvoir est une philosophe, une romancière et essayiste française . Elle a partagé la vie de Sartre. Simone de Beauvoir est considérée comme une théoricienne importante du féminisme avec son livre majeur «Le deuxième sexe ».
Issue d’une famille bourgeoise, Simone de Beauvoir se distingue dès son plus jeune âge par ses capacités intellectuelles. Après la 1ère guerre mondiale, une banqueroute plonge sa famille dans le déshonneur et la déconfiture. Son père, éphémère avocat espérait vivre de l’argent de son épouse. Celle-ci se sentira coupable toute sa vie de la fortune engloutie. Simone souffre de cette situation et voit se dégrader les relations entre ses parents. Son enfance est marquée par le fait d’être une femme : son père attendait un fils,qui ne pouvait être que polytechnicien…( cf : Mémoires d’une fille rangée)
MEME YOUNG WODotée d’  « un cerveau d’homme » selon son père, à quinze ans, elle décide de devenir une écrivain célèbre.
A la fac. de lettres de Paris, où elle a obtenu une licence ès lettres en 1928, elle fait la connaissance de jeunes intellectuels en herbe , dont Sartre. Une relation mythique se noue entre eux que seule la mort viendra rompre. Elle sera son « amour nécessaire », tous deux connaîtront des « amours contingentes ». En 1929, elle est reçue deuxième à l’Agrégation, derrière Sartre.
La mort de « Zaza » , sa meilleure amie depuis l’enfance, dévorée par une passion amoureuse mal partagée, la plonge dans une souffrance extrême. De plus, Simone, élevée par une mère pieuse, a perdu la foi dès ses 14 ans , ce qui dégrade les relations avec sa mère.
Après l’agreg. Simone, ou plutôt Castor surnom donné par Maheu et repris par Sartre, est nommée à Marseille comme professeur de philosophie (« Les Castors vont en bande et ils ont l’esprit constructeur »). Sartre est nommé au Havre en 1931. Pour éviter la séparation, Sartre lui propose le mariage : rejet. Dans la Force de l’âge, elle écrit : «  je dois dire que pas un instant je ne fus tentée de donner suite à sa suggestion. Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales… » . L’année suivante, elle se rapproche de Sartre en décrochant un poste à Rouen. Bisexuelle, elle entretient des relations amoureuses avec certaines de ses élèves ainsi qu’avec un élève de Sartre…

Peu avant la 2nde Guerre Mondiale, le couple est muté à Paris. Elle enseigne dans un lycée , d’où elle est exclue pour une liaison avec l’une desartre ses élèves. Suspendue de l ‘Education Nationale suite à une plainte pour « excitation de mineure à la débauche », elle met un terme définitif à sa carrière d’enseignante, bien que réintégrée dans l’E.N. À la libération. Pendant l’Occupation,elle travaille à Radio Vichy, tout en lançant avec Sartre un mouvement de résistance éphémère et inefficace.

A la Libération , avec une pléiade d’intellectuels de 1er plan ( Sartre, Leiris, Merleau-Ponty, Aron ,Paulhan …), pour promouvoir l’existentialisme, elle crée la revue Les Temps Modernes. Elle poursuit parallèlement son oeuvre littéraire personnelle en plaidant pour l’existentialisme, mais aussi en parlant de son engagement pour le communisme et de son athéisme. Le succès de ses oeuvres lui donne une indépendance financière qui lui permet de se consacrer entièrement à son métier d’écrivain et de voyager à Cuba en Russie et aux USA où elle engage une relation passionnée avec l’écrivain Nelson Algren.

les mandarins_En 1954, le Prix Goncourt lui est attribué pour « les Mandarins » qui évoque les états d’âme des intellectuels de gauche de l’après Guerre, le désenchantement du monde et le désarroi de l’époque ,qui analyse le sens de l’engagement politique et où transparaît les difficultés d’aimer de l’auteur. Algren met un terme à sa relation avec Simone, celle-ci ne voulant pas
rompre avec Sartre.

En 1958, elle entame sa biographie , description de son milieu bourgeois d’origine rempli de préjugés et de traditions avilissantes de ses efforts pour en sortir malgré sa condition de femme.

En 1964, dans Une mort très douce, elle décrit la mort de sa mère en évoquant dans de poignantes lignes l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie.
Aux cotés de G. Halimi et de E. Badinter, elle s’engage dans le combat pour le droit à l’avortement. Elle rédige de manifeste des 343 , publié en 1971 .Elle cofonde le Mouvement Choisir dont l’objectif est d’aboutir à la légalisation de l’avortement (IVG).

En 1980, à la mort de Sartre, elle sort « La cérémonie des Adieux » décrivant les dernières années de son compagnon avec des détails qui choqueront plus d’un.

2- Son engagement

a) le corpus doctrinal
L’existentialisme met l’accent sur l’existence, opposée à l’essence qui est illusoire ; « l ‘Existence précède l’Essence » a écrit Sartre qui, prêtant à la conscience une glorieuse indépendance, accordait tout son poids à la réalité , lui qui avait beaucoup emprunté à la phénoménologie de Husserl. Cette phénoménologie, par un retour au concret, entendait « dépasser l’opposition de l’idéalisme et du réalisme,affirmer à la fois la souveraineté de la conscience, et la présence au monde, tel qu’il se donne à vous »(cf La force de l’âge).
Pour Sartre, il n’y a pas de nature humaine préexistante : l’homme est l’avenir de l’homme, l’homme est ce qu’il fait.
L’homme est donc responsable : il est « condamné à être libre », et ce non dans l’abstrait mais en situation. L’homme a prise sur le réel par l’action. Nos actes seuls nous jugent , et ils sont irréversibles ; « mauvaise foi » que d’invoquer de bonnes intentions ou l’idée que l’on se fait de soi.
L’existentialisme tend vers l’action. Pourtant, l’angoisse étreint l’homme au moment de l’engagement : sur quoi fonder son choix ? Cette philosophie rejette les valeurs consacrées, le bien et le mal considérés comme des absolus.( cf : les mouches)
La valeur de référence sera donc « projet », appel ; la liberté se prendra « elle-même comme valeur en tant que source de toute valeur ».
Une doctrine qui affirme le primat absolu de l’action n’a-t-elle pas ceci de redoutable que de presser l’homme à s’engager sans lui dire en quoi, pourquoi ?

b) l’engagement par la littérature les 3 essais philosophiques

b1 – les 2 premiers essais
Avocate de l’existentialisme, elle développe des thèmes existentialistes dans des essais philosophiques tels que Pyrrhus et Cinéas en 1944 suivi de Pour une morale de l’ambiguïté en 1947.

b2 – le deuxième sexe : « on ne nait pas femme, on le devient »
le deuxieme sexe_Se distinguant de Sartre pour qui l’existence est injustifiable, Simone de Beauvoir justifie l’existence humaine à travers un combat moral  : ce sera son combat pour l’émancipation de la femme. En 1949, elle consacre une volumineuse étude sur la condition de la femme : le deuxième sexe. L’ « éternel féminin » n’existe pas , pas plus que de « nature humaine ». Les traits distinctifs de la psychologie féminine ont été façonnés par un long asservissement ( infantilisation et dévouement) et ne sont pas dus à des différences originelles et immuables,( les différences physiologiques ne sont pas contestées)
Le système de domination de l’homme sur la femme est analysé :
•    tout au long l’histoire et ce depuis l’Antiquité.
•    à travers les mythes que l’homme a forgé;
•    dans des situations concrètes.
Exemples de mythes :
Adam et Eve : l’inégalité est criante dès le départ : Et Dieu créa le premier homme, Adam, puis … créa Eve, sortie du flanc d’Adam. De surcroît Eve , en mangeant le fruit défendu, chasse le genre humain du jardin de Dieu…
Ce récit attribue à la femme un rôle second , « catastrophique » , porteur d’un sentiment d’infériorité et de culpabilité.
La genèse 3 : 6 = IL dit à la femme: J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.
Elle remet en cause le mariage , la maternité, la figure de la mère, elle revendique le droit pour les femmes de vivre dans l’angoisse et le risque de la liberté, le respect de la liberté individuelle dans le couple .
L’émancipation de la femme viendra :
•    du droit au travail pour la femme
•    le droit pour la femme de disposer de son corps
•    d’une éducation sans discrimination
Ce livre est diversement accueilli lors de sa parution ( mis à l’index par le Vatican) mais aura une forte influence sur  les futurs mouvements féministes, inexistants au sortir de la guerre.
Le grand Mauriac commet cette phrase d’une élégance rare dans une lettre aux Temps Modernes : « à présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne »

.
d) Son combat féministe dans les années 1970
( voir supra)
Elle a par ailleurs fortement influencé les théoriciennes féministes comme Kate Millet qui publiera une thèse Sexual Politics (La Politique du mâle) analysant le pouvoir patriarcal à travers la littérature occidentale .
Son combat pour l’émancipation de la femme autour du concept de liberté aura pesé et pèse encore sur l’évolution de notre société ( législation IVG ….).

la comète Chury et la sonde Philae

La Sonde PHILAE et la Comète CHURY

SAUZ1dans le cadre de la Semaine de la Science à Morlaix ,

par Olivier Sauzereau, Dr ès Sciences – astrophotographe

Le 12 Novembre 2014 , le robot laboratoire Philae se pose sur la Comète Tchourioumov-Guérassimenko, une « patate » grisâtre congelée : un nouveau pas est franchi dans l’exploration de l’espace..

SAUZ 2Quel est l’intérêt de ce grand saut dans l’espace ?

Les comètes dans l’univers

a) généralités

Une galaxie est un assemblage d’étoiles, de gaz, de poussières et de matière noire, contenant parfois un trou noir supermassif en son centre. La Galaxie : La Voie lactée, dans laquelle se trouve le Système solaire, compte quelques centaines de milliards d »étoiles.

Le système solaire est un système planétaire composé d’une étoile , le Soleil et des objets célestes gravitant autour de lui : 8 planètes et leurs 175 satellites naturels, 5 planètes naines, et des milliards de petits corps ( astéroïdes, objets glacés, comètes, poussière interplanétaire…)

Schématiquement, le Système solaire est ainsi organisé :

SAUZ3le Soleil , au centre

4 planètes telluriques internes (ex la Terre)

une ceinture d’astéroïdes

4 planètes géantes externes ( 2 gazeuses et 2 glacées) ex : Jupiter

une 2nde ceinture appelée ceinture de Kuiper, composée d’objets glacés (ex : Pluton)

l’héliopause, limite magnétique du Système solaire

b) les comètes

-les comètes sont de petits corps célestes du Système solaire, généralement de quelques kilomètres de diamètre, principalement SAUZ4composé de glaces volatiles. Elles possèdent des orbites hautement excentriques, avec un périhélie souvent situé dans le Système solaire interne et un aphélie au-delà de Pluton. Lorsqu’une comète entre dans le Système solaire interne, la proximité du Soleil provoque la sublimation et l’ionisation de sa surface, créant une queue : une longue traînée de gaz et de poussière .

-une comète se compose de 3 parties :

le noyau et la chevelure constituent la tête de la comète.Le diamètre du noyau est estimé entre quelques centaines de mètres et quelques dizaines de kilomètres ; la période de rotation va de 5 à 70 heures, La chevelure est constituée d’atomes, de gaz et de poussières issus du noyau ,libérés sous forme de jets , avec un diamètre compris entre 50 000 et 250 000 kilomètres.

Un comète importante possède en général 2 queues :

une queue constituée de plasma rectiligne ,se maintenant à l’opposé du Soleil

une queue plus large constituée de poussières et incurvée dans le plan de l’orbite

les comètes et l’astronomie

SAUZ5-l’astronomie est la science de l’observation des astres, cherchant à expliquer leur origine, leur évolution, ainsi que leurs propriétés physiques et chimiques. Les origines de l’astronomie remontent au-delà de l’Antiquité dans les pratiques religieuses préhistoriques. La Grèce antique fut la 1ère civilisation à détacher la pratique de l’astronomie des préoccupations de calendrier, de divination ou de culte religieux, avec la volonté de trouver une explication théorique globale des phénomènes astronomiques.

A la Renaissance, Copernic propose un modèle héliocentrique du Système solaire. Un siècle plus tard, Galilée et Kepler reprennent cette idée, en l’étendant et en la corrigeant.

Galilée imagine une lunette astronomique pour améliorer ses observations. Kepler, en s’appuyant sur les observations de Tycho Brahe, imagine un système de lois régissant les détails du mouvement des planètes. Isaac Newton, en décrivant la gravitation par ses lois du mouvement donne une explication théorique du mouvement des planètes.

l’observation des comètes

Depuis l’Antiquité, les comètes ont toujours suscité la terreur, car leur apparition, avec leur changement d’aspect et leur trajectoire imprévisible était imprévue et supposée maléfique .

En 1705, Edmond Halley publie un livre indiquant que les comètes apparues dans le ciel en 1531,1607 et 1682 étaient une seule et même comète prédisant son retour en 1758, après une révolution de 76 ans sur une orbite elliptique.

SAUZ6En 1757, Lalande et Nicole-Reine Lepaute calculent les déviations de la comète dues aux grosses planètes et prédisent son retour pour 1759. La comète est au rendez-vous… la mécanique newtionnienne a triomphé, reléguant aux oubliettes de l’Histoire la théorie des tourbillons de Descartes.

Après ces découvertes scientifiques ,les comètes ont toutefois continué à inspirer des écrivains, tel que Jules Verne. En 1877 il publie Hector Servadac un roman d’aventures, où l’auteur extrapole à partir d’une hypothèse la rencontre de la Terre avec une comète, les conséquences à la fois les plus inattendues et les plus rigoureusement logiques de la situation créée.

C’est l’un des ouvrages les plus drôles et hallucinés de Jules Verne. Les « Galliens » (Terriens temporairement expatriés sur la comète Gallia, nom donné par son inventeur, le Professeur Palmyrin Rosette) subissent une diminution de l’attraction terrestre, voient un satellite s’accrocher à leur planète ou encore les journées raccourcir (de 24 à 6 heures), les années se modifier, le calendrier « gallien » supplanter le grégorien, etc.

2) LA Comète Tchoury   –l’orbiteur Rosetta – le robot laboratoire Philae

La planète surnommée Tchoury ou Chury est une planète périodique découverte par Klim Tchouriounov et Svetlana Guérassimenko SAUZ7, après observation sur leurs plaques photographiques en 1969.

a) les raisons du voyage interplanétaire de Rosetta

Les comètes sont les objets les plus primitifs du système solaire ; elles ont vécu l’immense majorité de leur vie très loin du soleil et de ce fait leur matériau n’a pas chauffé et n’a pas été modifié , et ce depuis quelques 4,56 milliards d’années.Dans le système solaire, elles sont les objets les plus riches en gaz divers congelés, l’eau étant l’un d’eux et le plus abondant : elles pourraient avoir contribué à apporter de l’eau sur Terre, il y a 3,9 milliards d’années , et à ensemencer les océans avec des molécules organiques complexes. Les mesures effectuées par la sonde pourraient contribuer à mieux comprendre les processus qui ont permis de passer de la chimie du carbone à la biologie.

b) un long voyage de 10 ans

Envoyer une sonde par tir direct de la Terre vers la comète permettait un voyage de courte durée, mais les techniques de propulsion actuelles ne permettent pas le choix de cette option.

Lancés en 2004 par Ariane V à Kourou, , Rosetta et Philae bénéficient , pour relever progressivement leur apogée d’une 1ère assistance gravitationnelle de la Terre en mars 2005, suivie en Février 2007 par une assistance gravitationnelle de Mars , survolent en 2008 l’astéroïde Steins, bénéficie d’une seconde « catapulte » gravitationnelle de la Terre en 2009. En Janvier 2014, la sonde est réactivée, elle se met sur orbite autour de la comète de 6 août 2014 . Philae se pose sur la comète le 12 Novembre 2014.

En 10 ans , l’ensemble aura parcouru 6,5 milliards de kilomètres pour une distance de 510 millions de km entre la Terre et Chury.

c) l’orbiteur ROSETTA et le robot PHILAE

SAUZ8La sonde Rosetta est constituée de deux parties : un orbiteur Rosetta, qui s’est placé en orbite autour de la comète Chury et qui est chargé d’étudier et de cartographier celle-ci, de recueillir des données sur les astéroïdes rencontrés au cours de son parcours et de transmettre les résultats à la Terre et le petit atterrisseur Philae, monté sur un des côtés de la sonde,

L’orbiteur Rosetta a la forme d’un parallélépipède de 2,8 mètres par 2,1 mètres par 2 mètres (environ 10 mètres cubes) pour une masse totale de 2 970 kilogrammes (1 300 kg sans le carburant). Il a été conçu par EADS Astrium et Alcatel Alenia Space , pour le compte de l’Agence spatiale européenne. La charge utile de l’orbiteur seul comprend 11 instruments scientifiques.

L’atterrisseur Philae se présente sous la forme d’un cylindre polygonal d’un mètre de diamètre pour 80 cm de haut et d’une masse totale de 97,9 kg dont 26,7 kg d’instrumentation scientifique(10 instruments scientifiques)

un atterrissage difficile

SAUZ10Le 12 novembre , le petit robot laboratoire Philae qui ne pèse que l’équivalent d’ 1 g sur la Comète est largué à 20 km de la surface de la comète à très faible vitesse ( 3,5 km/h)pour se fixer à la comète dans une zone préétablie.L’opération, délicate,ne se déroule exactement comme prévu ( rebond de l’appareil)

Les 1ères images arrivent néanmoins dès le 13 novembre sur la Terre….Des observations scientifiques devraient suivre….La fin de la mission est programmée pour 2015.

d) coût de l’opération

La mission Rosetta est évaluée à 1,3 milliards d’euros et a mobilisé 2 000 personnes depuis 20 ans. Elle prendra fin en 2015 et est d’ores et déjà revendiquée comme un succès par l’ESA (Agence Spatiale Européenne ).

 

CHAGALL

–  le peintre CHAGALL

par Béatrice Riou, guide conférencière, le 06 novembre 2014

CHAG1( selon les notes de Ninon)

 

 

 

 

1ère période 1887-1948

Marc Chagall, nait en 1887 à Vitebsk dans une famille juive de culture Yiddish. Ainé de neufs enfants. Sa mère tient une épicerie, son père travaille dans un dépôt de harengs et est aussi employé à la synagogue. Eduqué dans la paix et la tendresse, cette tendresse se reflètera dans son oeuvre. Les vacances à la campagne chez son grand-père marqueront aussi son imaginaire.

Son œuvre, pleine de références au pays de son enfance, la Biélorussie juive, semble souvent échapper aux guerres qui l’entourent. Il sait faire passer ses sentiments au travers de couleurs très vives et pleines de légèreté. Il montre parfois un esprit bohème et souvent CHAG2détaché de la réalité. Avec sa compagne Bella, il exprime un amour omniprésent et pose un regard bienveillant sur le monde. Son œuvre est tour à tour théâtre juif, message biblique, rêves, images.

« Mon cirque se joue dans le ciel, il se joue dans nuages parmi les chaises,

il se joue dans la fenêtre où se reflète la lumière »

L’artiste semble se poser en observateur du monde, un monde richement coloré comme vu à travers des vitraux. Le « Chromatisme onirique » : il renverse les impressions chromatiques habituelles et emploie la palette pour structurer l’espace de la toile davantage que pour traduire la réalité.

Sa mère soutient sa vocation et dès 1906 Chagall fréquente l’école d’Arts créée par un ami de son père, Iouri Pen. Date de cette période « La femme à la corbeille ».

CHAG3Il se rend à Saint-Pétersbourg. Pour obtenir un permis,il travaille chez un peintre d’enseignes. Sa créativité personnelle ne convient pas aux conventions du genre d’où un début difficile. Il quittera cette école académique pour une école libérale avec pour professeur, Léon Batkst. Il rencontre Bella, une jeune fille qu’il épousera.

En 1910, Vinaver, un mécène lui offrira un voyage à Paris via Berlin ; il y restera 4 ans. Il va habiter la « Ruche » à Montparnasse où il est témoin de mouvements picturaux : le fauvisme qui lui inspirera une couleur pure, gaie, claire et le cubisme dont il tirera une certaine déconstruction de l’objet. Il s’intéresse à la naissance du surréalisme. Néanmoins, il n’adhèrera à aucune école, à aucun mouvement. Parallèlement il suit les cours du Musée du Louvre où il étudie les grands peintres.

Les œuvres de cette période présentées :

CHAG4« La sœur Anna » ; « Le mariage Juif » : dans la lignée des impressionnistes ces œuvres laissent paraitre une nostalgie, une peinture reconstruite autour d’une influence philosophique et hassidique, une réflexion spirituelle, une exaltation. « Le boucher », gouache qui participe aussi à ses souvenirs (son grand-père). Il parait perdu dans une méditation intérieure. L’étoile jaune accrochée au mur positionne sa culture vécue en Russie. « Les Musiciens » (1911) – flûte et violon : pas d’éléments de décors, entre réalité et imaginaire, fragilité et division de la vie… « Le Musicien » (1912-1913) : construction de triangles imbriqués les uns les autres ; un moment évocateur. Derrière sa main le vide de l’esprit. « Le nu au peigne » (1911-1912) dans la mouvance du début du 20ème siècle. La forme s’inspire des avant-gardes – déconstruction du corps. Entre Picasso et Matisse.

Dans cette effervescence, il expose en 1914 au Salon des Indépendants, puis à Berlin dans la galerie Der-Sturm. C’est un succès.

Retour à Vitebsk – 1914-1922

CHAG5Chagall rentre en Russie pour une courte visite, croit-il, mais la guerre mondiale et la Révolution russe lui empêchent tout retour immédiat. Pendant cette période – (8 ans) – il peindra surtout la vie de la communauté juive persécutée par l’Etat-Major Russe ; il renoue avec sa culture hassidique.

Œuvres remarquables. :

« Pharmacie à Vitebsk » : couleurs douces, acidulées, transparence.

« Le magasin de l’oncle Liozno » ; « Le salon de coiffure », « Mon père », « David à la mandoline » : réflexion, ambiguïté.

« Vieux à Vitebsk » : travail sur l’art juif.

« Le brancard » : œil vide. « La guerre » : à l’encre de chine. « L’horloge » : décalage entre le gigantisme de l’horloge et son environnement. « Le Miroir » : une lampe reflétée. « Le Juif rouge » : superposition, une figure du père s’inscrit comme écrasée.

CHAG7Des représentations de sa femme Bella : « Les amoureux en vert » : réunis dans un cœur. « Les amoureux en rose » : théâtralité plus accentuée. « Bella » (1915) : facture proche de ses contemporains Vuillard et Bonnard. « Bella » (1917) : paysage ouvert, la fenêtre, le rideau. « Le bain de l’enfant » (1916) : scène intimiste, travail sur l’espace.

Après la Révolution il devient « Commissaire aux Beaux-Arts » et responsable de la vie artistique de Vitebsk. Il prend la direction de l’école dont son premier maître – Iouri Pen – avait créé une ébauche « L’Ecole artistique de Vitebsk ». Malevitch, leader radical de la jeunesse artistique vient y participer puis prend le relais de Chagall. Il rebaptise l’école « Académie Suprématiste ». Chagall, démissionné, repart pour Moscou où il créé des décors pour le Théâtre d’art juif.

En 1922 il se rend à Berlin puis rentre à Paris. Ses œuvres sont connues jusqu’aux USA où des expos sont organisées.

En 1923, l’éditeur Ambroise Vollard lui commande des gouaches et eaux fortes pour l’illustration des œuvres de La Fontaine, Nicolas Gogol, La Bible… Il voyage beaucoup avec sa femme Bella.

Œuvres présentées : « La prisée » (1923-24) : témoignage de fidélité au ghetto – sa mémoire reste familiale. « Le violoniste » (1927) « La promenade » (1917) ; « Gravure russe du 19ème » : toute l’iconographie russe, tout l’humour russe encré dans l’imaginaire joyeux qu’il porte, venu de sa culture hassidique.

« On trouve l’éternité dans chaque instant, dans chaque personne, Dieu est présent ».

CHAG8En 1931, plusieurs de ses tableaux sont brûlés à Berlin.

En 1937 il prend la nationalité française pour fuir l’antisémitisme sévissant en Europe Centrale. A la fin du printemps de 1941 il est arrêté et ne doit son salut qu’au journaliste américain, Fry. Celui-ci lui permettra de rejoindre les U.S.A.. Sa femme Bella meurt en 1944. Cet événement marque le choix des sujets de cette époque douloureuse.

Après la guerre les œuvres de Chagall sont à nouveau exposées en Europe. Il retraverse l’Atlantique en 1948 et s’installe à Vence, en France.

Une seconde période dans son œuvre commence…

Biographie : « Ma Vie » aux Editions Stock 1928 – traduite par Bella Chagall.

La piraterie maritime

–  le retour de la piraterie maritime

par l’Amiral Merer le 16 octobre 2014

MER2selon les notes prises par M Ronan Pouliquen

 

 

 

La piraterie ( pillage de bateaux et prises d’otages en haute mer) connut plusieurs périodes fastes,notamment à la fin du 1er siècle avant JC en Méditerranée , au XVIIIème siècle dans les Antilles et l’Océan Indien pour disparaître peu à peu vers 1830 de ces régions, du fait du quadrillage des marines des Etats modernes.

-Laurent_Mérer_2011La réapparition de la piraterie date des années 90, à la fin du monde bi-polaire qui assurait la « police » sur les eaux internationales .

De 250 évènements de piraterie répertoriés en 2001 par l’IMB ( International Maritime Bureau), ce chiffre dépasse les 400 évènements à la fin de la 1ère décennie de ce siècle.

 

 

1) la localisation de la piraterie moderne : 4 zones géographiques

a) Dans le détroit de Malacca, le long des cotes malaisiennes, région de fort trafic maritime, elle se développe en 1990 mais est vite reprise en main par les pays riverains. Une régulation régionale se met en place. Elle réapparait aujourd’hui un peu plus à l’est, du côté de Bornéo.

b) Le golfe d’Aden et la côte de Somalie (apogée en 2008-2010). Toujours active, elle peut être considérée comme étant sous MER3contrôle.

c) Le golfe de Guinée est la zone où la piraterie est la plus active aujourd’hui, elle est aussi la plus sournoise , la plus violente et la plus compliquée à combattre.

d) La mer des Caraïbes est une piraterie liée au trafic de drogue. Elle est combattue par les américains, les hollandais, les anglais et les français. Sous contrôle, elle est toujours active.

La piraterie est un sujet ambigu, à double face. Des populations entières,dans certaines circonstances historiques sont parfois contraintes à la piraterie, qui n’est qu’une forme du banditisme…pour assurer leur simple survie.

2) les raisons du développement de la piraterie moderne

a)Le 1er paramètre commun aux quatre zones précitées, c’est l’histoire. Elle se développe là où elle a existé précédemment.

b)Le 2nd paramètre, c’est la géographie : un détroit bordé par plusieurs pays, un passage obligé pour les navires, se prêtent aux actes de piraterie.

c)Le 3ème paramètre, un droit international maritime quasiment muet sur la piraterie. La convention internationale de Montego Bay de 1982, la dernière en date donne une définition de la piraterie mais ne donne pas les instruments juridiques pour la combattre. Le jugement des pirates emprisonnés suite à la prise du Ponant s’est heurté à un vide juridique par exemple.

autre paramètre ,la mondialisation entraine une augmentation considérable du trafic maritime avec en même temps pour des raisons de cout une fragilisation des équipages de bateaux de commerce. Sur ceux-ci il n’est pas rare de trouver autant de nationalités que d’hommes d’équipage, provoquant des incompréhensions et un manque de cohésion. De plus avec le développement des technologies la conduite des bateaux se fait par un ou pas d’officier de quart, donc plus ou peu de veille optique sur le danger d’approche des pirates. Ceux ci disposent de moyens modernes de communication et d’armes plus ou moins sophistiquées.

e)des populations pauvres, voire au seuil de la misère , abandonnées à leur triste sort, qui se cherchent des solutions à portée de main (ou de fusil)

f) le délitement des structures étatiques ( guerre civile , corruption,…)

3) les côtes somaliennes et le golfe de Guinée pour illustrer le phénomène

a) la Somalie,

MER4Après l’occupation italienne, s’installe une dictature musclée avec Siad Barré. C’est un pays d’élevage avec une côte très poissonneuse. En 1991, Siad Barré est expulsé, une guerre civile fait rage et le pays éclate en trois parties :

– le Somaliland au Nord Ouest.

– le Pount au Nord Est .( ou Punt Land)

– la partie sud le Mogadishu avec Mogadiscio.

La situation dans le pays devient anarchique, il n’y a plus de police ni de surveillance maritime. En 1992, les yéménites puis d’autres flottes de pêche viennent piller les eaux somaliennes. Les somaliens n’hésitent pas à s’affronter à ces pillards. Puis après les bateaux de pêche ils s’attaquent aux petits navires marchands passant près de leur côte. En 2002, le business devient intéressant avec des demandes de rançons à la clef.

En 2004, le 26 décembre, un tsunami ravage le littoral de la Thaïlande, de la Malaisie, puis de la Somalie. Les pêcheurs somaliens perdent leurs bateaux et leurs maisons. Ils récupèrent, malheureusement, suite au tsunami, des bidons contenant en fait des déchets hyper-toxiques immergés précédemment et illégalement par les pays industrialisés avancés dans une zone sans aucun contrôle,entrainant des centaines de mort par empoisonnement et intoxication.( l’immersion de ces déchets coute 1 000 fois moins cher que le retraitement).

Pour s’installer pirate en Somalie (1 bateau rapide – instrument de navigation – 1 kalach – 1 grappin), il suffit de 10 000 €, une somme importante pour un Somalien , un investissement juteux pour certains membres de la diaspora somalienne installés en Occident.

Parallèlement à « l’artisanat » de la piraterie qui perdure encore, après le tsunami, en 2005, la filière se structure pour la ‘pêche au gros » : 3 sociétés de plus de 300 personnes chacune émergent : elles intègrent la totalité de la chaîne logistique ( le navire de projection pour la haute mer, les esquifs rapides pour les arraisonnements, les centres d’hébergement pour les otages, les interprètes, les négociateurs en rançons, etc..) Exemple : le 15 novembre 2008, le Sirius Star, superpétrolier de 318 000 tonnes , long de 330 mètres est devenu le plus grand navire de l’histoire capturé par des pirates, et ce au large de Mogadiscio.

En moins d’un quart de siècle, en Somalie, s’est donc constitué un véritable secteur d’activité qui irrigue le tissu économique local.

B) le Golfe de Guinée.

La guerre du Biafra (avec en toile fonds le partage des revenus du pétrole)entre les Ibos et d’autres ethnies est à la source de la MER5piraterie.

Les Ibos armés s’attaquent aux navires d’assistance des plates formes pétrolières. La situation est complexe, violente et confuse. Les pirates sont de mèche avec leur gouvernement. Les seuls gardes admis sur les bateaux étrangers doivent être nigériens. Les compagnies pétrolières préfèrent payer les rançons plutôt que d’avoir une mauvaise publicité d’où un grand silence radio sur les actes de piraterie. En 2013, 25 pays proches du Golfe de Guinée se sont réunis pour essayer de contrer la piraterie en s’équipant notamment de patrouilleurs maritimes. Certains de nos chantiers de construction navale en sont de gros fournisseurs.

4) la réaction des pays développés .

a) à long terme, la piraterie se traite d’abord à terre…. , en permettant à la population somalienne de se nourrir , en aidant à la reconstitution de structures étatiques efficaces ,mais … la Somalie , petit pays de 10 millions d’habitants n’intéresse plus personne.(après la désastreuse opération Restore Hope )

b) à CT et MT, la réponse des armateurs et des nations développées

équiper les navires de systèmes défensifs

Les armements des bateaux marchands s’organisent de leur coté en faisant passer les navires plus au large, plus rapidement et en protégeant leurs équipages dans des sorte de bunker. Certains embarquent des gardes armés privés, pratique interdite sur les bateaux français, pratique couteuse. Des thoniers français et espagnols embarquent des soldats, mais suite aux manques d’effectif, cela devient plus difficile.

Engager des opérations internationales. avec comme problématique de « contrôler » un espace de la longueur des côtes somaliennes ( 1000 km) sur une profondeur de 2000 km, soit plus que la surface de l’Europe ( à l’occasion de négocier avec les « autorités » du Pount un droit de poursuite en eaux territoriales, voir sur le sol somalien)

En 2007, a été montée une opération de protection des bateaux marchands par des bateaux de guerre. Après l’affaire du Ponant, la France monte des barrières juridiques. En Océan Indien on trouve jusqu’à 40 bateaux de guerre dans le cadre de l’opération ATALANTA avec le concours de flottes européennes. De leur cote l’OTAN et les Etats Unis ont monté leur propre opération avec des bateaux de toute nationalité. On peut même trouver des bateaux de guerre russe et chinois. Pour ces derniers c’est un moyen MER6d’occuper quelque peu le sol africain.

Les tentatives de piratage toujours aussi nombreuses sont moins fructueuses avec la présence de nombreux bateaux de guerre équipés d’hélicoptères et le survol des avions de surveillance maritime. Pour l’instant on assiste à un certain statu quo sur cette zone.

CONCLUSION : Les prochains points chauds à surveiller pourraient être la zone littorale du Maghreb ( la Libye) et le canal de Mozambique (découverte de pétrole) situé entre Madagascar et la côte Est africaine.

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QUESTIONS

MER7Pourquoi n’y a-t-il pas de résolution du vide juridique concernant la haute mer ? La Grande Bretagne, ancienne 1ère puissance maritime s’oppose à toute législation concernant la haute mer , considérant que celle-ci appartient à tous , donc … à elle.Par ailleurs, les « petits pays » craignent une législation contraire à leurs intérêts….

A qui profite la piraterie ? Si les rançons profitent à des places financières comme Dubaï, elles ont aussi profité au peuple de la côte de Somalie pour ce qui concerne l’Océan Indien.

Qui paye les rançons ? Si on prend le cas du Ponant, c’est l’armateur CMA-CGM qui a réglé. Les armateurs sont assurés contre ces actes mais cela leur coute fort cher.

Rapport avec l’Islam ? Il n’y en a pas au niveau de la Somalie, par contre, ailleurs il n’est pas impossible que des rançons servent à des factions islamistes.

L’amiral Laurent Merer :

en 2000, préfet maritime de la zone Manche – Mer du Nord, basé à Cherbourg,

en 2001 commandant de la zone maritime de l’océan Indien où il fut confronté au problème renaissant de la piraterie maritime,

en 2004 préfet maritime de la zone Atlantique, basé à Brest.

Conférencier et écrivain il a écrit plusieurs ouvrages qui lui ont valu des prix littéraires.

« Alindien » : Un marin dans l’océan indien . (Editions du Télégramme) Prix de l’Académie française en 2006 , Prix Éric Tabarly en 2006 .

Moi, Osmane, pirate somalien. (Editions du Rocher)

A l’assaut des pirates du Ponant. (Editions du Rocher)

Nos carnets d’Éthiopie Éditions du Rocher 2013 ,